Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

Les rues bleues

Les rues bleues de Julien Thèves aux Éditions Buchet.Chastel

“ Cette ville, qu’on appellera Paris, il n’y aura pas d’ambiguïté, coulait lentement entre deux rives, depuis des siècles, depuis des années, elle coulait lentement de jour en jour, vers sa destruction prochaine. ”

Souhaitant quitter sa province, notre narrateur est “ monté “ à Paris, dont il tombe très vite amoureux. Un amour qui ne cesse de grandir de 1989 à 2019.

Loin du cocon familial étouffant, il va pouvoir s’affirmer et découvrir les joies de la vie parisienne et ses plaisirs nocturnes.

Je deviens petit à petit un gay, un pédé, c’est le nom qu’ils se donnent, qu’on nous donne, qu’on se donne.

Tout ça m’attire irrémédiablement.

Cette culture.

Ces corps, bien sûr, mais surtout ce monde.

L’appel de la nuit.

Tout réinventer. “

Il partage avec nous ses souvenirs et nous offre une radiographie de Paris du côté architectural, historique mais aussi du côté social.

Comment le corps change, insensiblement ? Comment les amitiés se forment, se défont ? Comment une ville ne change pas – et en même temps se transforme ?

Au fil des pages, ses souvenirs prennent vie et réveillent les nôtres.

Paris s’illumine, scintille, mais parfois Paris souffre, Paris brûle, tombe de douleur mais toujours se relève.

“ Paris est à nous, plus que jamais, cela valait le coup d’y vivre, d’attendre, de ne pas se décourager, elle nous a tant apporté, la ville. ”

C’est l’histoire d’un homme et de sa ville, une bien belle histoire d’amour…

Ce que j’en dis :

Voilà tout à fait le genre de récit qu’il me plaît de découvrir. À travers cette plume très musicale, qui slame tout en poésie, on découvre l’histoire d’un homme mais aussi celle de sa ville de cœur.

Immanquablement, ses pensées, ses souvenirs réveillent les nôtres enfouis parfois très profondément et s’illuminent avec un brin de nostalgie.

On découvre son passé, où s’invite le nôtre, son histoire, tous ces moments mis bout à bout et font de ces instants de vie une grande histoire, un peu comme si parfois l’auteur nous interpellait : « tu te souviens ? ».

Lui se souvient autant que possible, du bon comme du moins bon, du long chemin parcouru à travers les ans, de sa ville qui comme lui se métamorphose au rythme des saisons, des jours, des années.

Le passé se mêle au présent et nous transportent dans le tourbillon de la vie avec une douce mélancolie le temps de trois décennies.

Un magnifique roman qui m’a fait penser au roman de Richard Bohringer : “ C’est beau une ville la nuit ” mais aussi à “ Paris est une fête ” d’ Ernest Hemingway, de beaux souvenirs de lecture auxquels“ Les rue bleues ” de Julien Thèves se rajoutent.

Une belle balade avec notre narrateur dans le Paris d’hier et d’aujourd’hui, que je vous invite fortement à découvrir.

Pour info :


Julien Thèves est né en 1972 à Strasbourg.

Il travaille dans la communication, dans l’édition, à la radio. Ses textes sont lus au théâtre, adaptés au cinéma et diffusés sur France Culture.

Il a reçu le prix Marguerite Duras pour son roman, Le Pays d’où l’on ne revient jamais.

Je remercie les éditions Buchet Chastel pour cette belle virée parisienne pleine de charme.

Après le monde

Après le monde d’Antoinette Rychner aux Éditions Buchet Chastel

Le 5 novembre 2022, un samedi, soixante mille personnes sont mortes dans un ouragan frappant la baie de San Francisco. Celles qui survécurent s’empressèrent d’envoyer le message « Je suis en sécurité » à tous leurs contacts. Celles qui n’avaient ni famille ni amis là-bas reçurent tout au plus une notification émise par leur application d’information en continu : Oakland et San José étaient détruites, avons-nous lu.

Une vague compassionnelle a relié nos cœurs et nos écrans.

Dans notre majorité, nous pensions en rester là. “

Tout à commencé sur la côte ouest des États-Unis, lorsqu’un cyclone d’une ampleur phénoménale ravagea toute la baie de San Francisco.

Les dégâts sont d’une telle importance que les assurances ne peuvent plus faire face aux remboursement, et tombent en faillite, puis c’est tout le système financier américain qui s’effondre, entraînant dans sa chute le système mondial.

Mois après mois, les catastrophes s’enchaînent, plus d’argent, plus de sources d’énergie, plus de communications, les conditions climatiques deviennent désastreuses…

En quelques mois, notre monde tel que nous le connaissions disparaît.

En s’inspirant des théories de la « Collapsologie » (étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder), l’auteure bâtit son roman, nous racontant en alternance l’avant et l’après catastrophe à travers deux voix féminines .

” Pour décrire le monde qui les entourait, tous les témoignages comptaient. Elle s’efforçaient de retracer l’histoire récente de la région, mais ce qui les intéressait le plus, c’était le précieux matériau offert par les itinérants et personnes de passage, en particulier ceux venus de loin, qui avant-dernière s’établir à Meuqueux avaient traversé toutes sortes de territoires. Entre recoupements et passionnantes discordances, ces récits-là leur permettaient, lorsqu’elles les combinaient à l’expérience des formes sociales rencontrées de Maramures à La Chaux-de-Fonds, d’extrapoler ce qui se passait à large échelle. “

C’est l’histoire de survivants qui tentent de reconstruire un monde dans des conditions difficiles où il faut d’une part tout réinventer mais surtout faire face parfois à la barbarie.

Ce roman extrêmement perturbant pour ma part, tellement visionnaire fait étrangement écho à la série ” L’effondrement “ diffusée en novembre 2019.

L’auteur nous offre un conte cauchemardesque et pose un regard avisé et terrifiant sur ce futur si proche et invite le lecteur à s’interroger, à réfléchir, peut-être même à prendre certaines précautions en cas où…

Plus le temps passe, plus les catastrophes diverses à travers le monde se suivent, plus on s’approche de l’effondrement.

Antoinette Rychner, véritable prophète nous emporte dans le monde d’après et ce n’est guère accueillant.

Un récit fort qui me hante encore…

Pour info :

Antoinette Rychner est née en Suisse en 1979.

Après des études à l’Institut Littéraire Suisse, elle se consacre à l’écriture dramatique et romanesque. En 2013, elle a obtenu le prix SACD de la dramaturgie de langue française pour Intimité Data Storage (Les Solitaires Intempestifs).

Après cinq pièces de théâtre, un recueil de nouvelles et un roman épistolaire, elle a publié en 2015 son premier roman, Le Prix, dans la collection Qui Vive. Il a obtenu le prix Michel-Dentan et le prix suisse de littérature 2016, les deux plus importantes récompenses littéraires de Suisse romande. 

Après le monde est son deuxième roman paru chez Qui Vive-Buchet/Chastel.

Je remercie Nathalie et les Éditions Buchet Chastel pour cette belle découverte.

La prière des oiseaux

La prière des oiseaux de Chigozie Obioma aux Éditions Buchet.Chastel

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

” La nuit à l’est était tombée, et la route devant et derrière lui était drapée d’un châle de ténèbres. (…) Il avait entendu dire, quelques jours plus tôt, qu’en cette saison des pluies, féconde entre toutes, une crue du fleuve avait noyé une femme et son enfant. D’ordinaire il n’accordait guère de crédit aux rumeurs tragiques qui circulaient en ville comme une pièce de monnaie pipée, mais cette histoire-là s’était gravée dans son esprit pour une raison que même moi, son chi, je ne pouvais saisir. À peine parvenait-il au milieu du pont, obnubilé par cette mère et son enfant, qu’il vit une voiture garée près du parapet, une portière grande ouverte. Il ne distingua d’abord que le véhicule, son habitacle sombre, et un point de lumière reflété sur la vitre du conducteur. Mais en détournant les yeux il aperçut, vision terrifiante, une femme qui tentait d’enjamber le garde-fou. “

Au Nigeria, Chinonso un jeune éleveur de volailles, de retour du marché, aperçoit sur le pont qu’il s’apprête à traverser, une jeune et belle femme sur le point de se jeter dans le vide. Afin de lui faire changer d’avis, il sacrifie deux de ses plus précieux poulets et les jette du pont, dans les eaux en contrebas. Ndali, la jeune femme semble touchée par le geste de cet inconnu et renonce à son geste.

Ce soir là, ils tombent amoureux. Un lien d’une force inouï va les lier à jamais.

(…) quand je vis le cœur de mon hôte actuel s’embraser d’un feu semblable, je pris peur car je connaissais la puissance de ce feu, une puissance telle qu’à terme rien ne pourrait plus l’éteindre. (…) Je craignis que l’amour, une fois pleinement épanoui dans son cœur, ne l’aveugle et ne le rende sourd à mes conseils. Et je voyais déjà l’amour commencer à le posséder. “

Mais hélas pour Chinonso, il n’est qu’un simple éleveur, alors que Ndali vient d’une riche famille qui ne tolère absolument pas cette relation.

Afin de se faire accepter par cette famille qui ne cesse de l’humilier, il va reprendre ses études à Chypre après s’être séparé de tous ses biens. Mais rien ne va se passer comme prévu, et il ira de désenchantement en désenchantement…

Ce que j’en dis :

” Ô Mmalitenaogwugwu, les anciens disent que si on garde un secret trop longtemps, même les sourds finiront par l’entendre. “

Alors il est grand temps que je vous parle de ma toute première lecture de l’année 2020 que je gardais secrète jusqu’à sa sortie en librairie.

Ce roman extraordinaire est également on ne peut plus surprenant, puisque c’est à travers la voix du Chi de Chinonso, son esprit protecteur selon les croyances igbo, que nous allons la découvrir.

Ce narrateur centenaire remonte le temps et nous comte le destin de son hôte, un destin jalonné de joie, d’amour, d’espoir, d’injustice, de peine, de colère, de trahison.

Et pourtant Chi veille et apporte à chaque épreuve toute son expérience et sa sagesse.

Une sagesse qui m’a gagné peu à peu, comme si le Chi avait le pouvoir de transmettre également ses précieux conseils aux lecteurs.

” Ô Ikukuamanaonya, l’impatience est l’un des plus curieux traits de l’esprit humain. Elle est une goutte de sang vicié dans les veines du temps. Elle domine tout et rend l’homme incapable de faire quoi que ce soit, sinon supplier le temps de passer plus vite. Un événement retardé par le cours naturel du temps ou par une intervention humaine finit par obséder l’esprit d’une personne. Il pèse sur le présent jusqu’à l’annihiler. (…) L’homme anxieux et impatient tente de percer l’avenir en gestation, de connaître l’événement qui n’a pas encore eu lieu. Avant le voyage, il se voit déjà dans le pays. Il s’imagine danser avec les habitants, goûter la cuisine locale, admirer les paysages. Telle est l’alchimie de l’impatience, fondée sur une personne, celle d’un événement ou d’une rencontre qu’on ne supporte pas devoir attendre. Bien des fois j’ai vu cela. “

Ce récit bouleversant nous emporte tel un comte, nous éblouis par sa grâce, nous charme par plume divine et son style flamboyant jusqu’à nous déchirer le cœur à la fin de cette quête tragique.

C’est puissant, terriblement beau et c’est un énorme coup de cœur que je vous encourage à découvrir.

J’ai de ce pas commandé à mon dealer préféré son premier et précédent roman : Les pêcheurs.

Pour info:

Chigozie Obioma est né en 1986 au Nigeria, et vit désormais aux États-Unis où il enseigne le creative writing.

Son premier roman, Les Pêcheurs (L’Olivier, 2016), finaliste du Booker Prize, lui a valu une reconnaissance mondiale.

La prière des oiseaux, son deuxième roman, a lui aussi figuré dans la « short list » du prestigieux prix et a été traduit dans douze pays.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet . Chastel pour cette épopée éblouissante.

“ Ce qu’elles disent ”

Ce qu’elles disent de Miriam Toews aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

” Les réunions ont été organisées à la hâte par Agata Friesen et Greta Loewen en réaction aux étranges agressions qui hantent le quotidien des femmes de Molotschna depuis plusieurs années. Depuis 2005, en fait, les filles et les femmes de la colonie ont presque toutes été violées – par des fantômes ou par Satan, croyait on, à cause de péchés qu’elles auraient commis. Les agressions se produisaient la nuit. Pendant que les familles dormaient, les filles et les femmes étaient plongées dans un profond sommeil au moyen d’un anesthésiant en pulvérisateur, à base de belladone, utilisé pour nos animaux de ferme.(…) Récemment, on a appris que les huit démons responsables de ces attaques étaient des hommes en chair et en os de Molotschna, dont plusieurs étaient de proches parents – frères, cousins, neveux – des femmes. “

En 2009, en Bolivie, dans une colonie de mennonite de Mantoba, des femmes ayant subit durant quatre ans la folie des hommes, se sont réunies pour décider de leur avenir.

Elles ont quarante huit heures pour reprendre leur destin en main. Quarante huit heures pour décider si elles restent ou si elles quittent la colonie, quarante huit heures avant le retour de ces hommes, qui vont être libérés sous cautions…

” Nous perdons du temps, dit Greta, d’une voix suppliant. En voulant éloigner la souffrance, nous nous passons ce fardeau, ce lourd sac lesté de pierres. Il faut que cela cesse. Il ne faut plus nous refiler notre souffrance l’une à l’autre, comme une patate chaude. Absorbons- là, dit-elle. Inhalons-la, digérons-la, changeons-la en carburant. “

Ce que j’en dis :

Quand une écrivaine qui a connu dans sa jeunesse la vie dans une colonie identique mais heureusement plus moderne, s’inspire d’un fait divers réel absolument dramatique, cela donne un récit puissant et déchirant, même si sa lecture est parfois assez déroutante.

Afin de l’apprécier davantage, j’ai pris parti de le lire comme un témoignage et non comme un roman, car les discussions recueillies par August, qui fut un temps banni de la communauté, nous sont retranscrites avec précision mais de nombreuses personnes interviennent et j’ai parfois eu du mal à rester concentré, toutes ont tellement à dire.

Car, ce qu’elles disent est loin d’être anodin et c’est leur avenir qui se joue.

Trois solutions s’offrent à elles : Ne rien faire, rester ou partir.

Analphabètes, et pourtant pertinentes et éclairées même si elles ne connaissent rien du monde extérieur à la colonie. Elles vont devoir s’unir pour survivre ici ou ailleurs.

Un récit touchant, révoltant où l’on s’aperçoit une fois encore de tout le chemin qu’il reste à faire pour certaines femmes pour s’affranchir et se libérer de la tyrannie des hommes.

Ensemble, tout semble possible…

Pour info :

Miriam Toews est née en 1964 dans une communauté mennonite du Manitoba, au Canada.

Elle est l’auteure de plusieurs romans et a été lauréate de nombreux prix littéraires, notamment du Governor General’s Award. Elle vit au Canada. 

Ce qu’elles disent est son premier roman à paraître chez Buchet/Chastel, et le troisième à paraître en France après Drôle de tendresse (Seuil, 2006) et Pauvres petits chagrins (Bourgois, 2015).

Je remercie les Éditions Buchet . Chastel pour cette belle découverte.

“ La grande escapade ”

La grande escapade de Jean-Philippe Blondel aux Éditions Buchet.Chastel

” Parfois les adultes ignorent le poids qu’ils peuvent avoir sur la destinée des enfants qui ne sont pas les leurs. “

Les habitants d’une petite ville de province nous propulsent à travers cette histoire dans les années 70. On y croise notamment une bande d’instits bien pensants, persuadés du bienfait de leur travail sur ces enfants quitte à filer quelques claques pour se faire entendre. À l’époque c’était permis, on est encore bien loin de l’interdiction de la fessée.

C’est l’époque des cabanes dans les arbres, des jeux de plein air, du film très attendu le mardi et le samedi soir, des commères de village toujours promptes à débusquer les couples adultères et autres cancans tout aussi truculents.

” Bien sûr, elle cesserait d’être une simple spectatrice. Elle trouverait elle aussi une raison imparable pour se rendre dans la capitale (…) Et elle interviendrait. Parfaitement. Parce que là, stop, hein. Passe encore qu’on se morfonde devant un amour inassouvi en se rendant compte qu’on a raté sa vie, mais qu’on fasse en sorte de rattraper le temps perdu, et puis quoi encore ? On est sur cette terre pour souffrir. On est responsable de ses choix. On les assume. Sinon, c’est la chienlit. “

C’est l’époque des coups de foudre mais aussi des trahisons. Des grandes amitiés et des premières fugues. Des grands éclats de rire et de quelques larmes. L’époque de la sagesse et des grandes ambitions. Des électrochocs en cas de folie…

” (…) elle ne se rend pas compte du barouf qu’elle a créé dans le quartier, tout le monde est au courant de ce qu’elle a hurlé, de toute façon, à peine auront-ils posé le pied par terre que c’est direction la psychiatrie et les électrochocs, c’est sans doute ce qu’il y a de mieux pour remettre d’aplomb sa caboche à celle-ci, de toute façon, les tarés, honnêtement, s’il pouvait ne pas se rater, ça rendrait le monde meilleur, mais bon, ça, c’est des raisonnements que tu ne peux pas tenir à haute voix, surtout quand tu es pompier. “

Puis le port de la ceinture de sécurité devient obligatoire, les classes deviennent mixtes, les femmes commence à s’affirmer…

Une époque pas si lointaine et pourtant…

Ce que j’en dis :

Quel bonheur cette virée dans le passé aux côtés de personnages qu’on imagine très bien, tellement l’auteur en brosse les portraits avec un réalisme surprenant.

On les a tous croisé dans sa vie, à moins d’avoir 20 ans, c’est certain et page après page, cette histoire réveille nos souvenirs et nous rends mélancolique de ce passé si simple, si doux, bien avant l’affluence en tout genre. Une époque où l’on pouvait encore rêver, s’amuser simplement, aimer et croire aux lendemains qui chantent.

Un récit qui fait sourire, très plaisant à lire, idéal pour tous les nostalgiques du temps passé, de l’ambiance noire et blanche et des décors vintages.

Les vacances se terminent pour certains mais la rentrée littéraire est déjà là, alors profitez d’une petite pause pour vous projeter hors du temps pour une recréation livresque pleine de charme, de rire et juste quelques larmes de bonheur.

Pour info :

Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne Ardennes. Il a déjà publié chez Buchet Chastel sept romans.

Je remercie les Éditions Buchet Chastel pour cette lecture pleine de nostalgie absolument savoureuse.

“ Pères et fils ”

Pères et fils de Howard Cunnell aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Stéphane Roques

C’est par Seaside Road que l’on entre et sort de la ville. Si on prend à droite, et qu’on va assez loin, on tombe sur le Régal, la salle de jeu, et sur le Painted Wagon près du centre-ville, où tout les petits durs qui habitent à l’est de la jetée traînent les soirs d’été, fumant et crachant par terre, attendant qu’il se passe quelque chose. Dans quelques année, Luke sera l’un des pires durs du coin. Pour ma part, je ferai seulement semblant d’en être un. (…) Je veux que les autres garçons m’aiment bien parce que cela pourrait contredire ce que je sais à mon sujet. Que je ne vaux rien. Que c’est pour ça que mon père est parti. Sans moi, il n’aurait pas quitté maman et Luke, et ils seraient toujours heureux. Papa savait à quoi s’en tenir avec moi avant même ma naissance. Ça ne valait pas le coup de rester pour moi. “

Grandir sans père, le narrateur s’y est attelé du mieux qu’il ait pu, même si ce fut difficile. L’absence du père crée un manque douloureux, un vide difficile à combler et l’entraîne jour après jour vers une rébellion qui l’incite à jouer les durs pour ne pas montrer ses faiblesses aux autres.

J’ai bu une gorgée, puis une autre.

La colère en moi était permanente, et je n’aurais jamais pensé pouvoir éprouver autre chose.

La colère était un monstre qui vivait en moi, se nourrissait de l’absence.

Mon père ne voulait pas de moi parce que j’étais une merde.

Boire fit disparaître le monstre. Dès la première gorgée. Je n’arrivais pas à y croire. Cela me protègera de ce que j’éprouve. “

Longtemps, emplis de culpabilité. Il laissera le chaos envahir sa vie. Des années noires, se mettant en danger en permanence, jusqu’au jour où il laissera entrer dans sa vie l’amour et connaîtra à son tour la paternité.

Même si en premier temps, il sera un père de substitution pour les enfants de sa compagne, il prendra ce rôle très au sérieux, surtout pour Jay, qui vit une adolescence torturée et se révèle peu à peu être un garçon.

” C’est là – tandis que son cœur bat fort contre ma main – que Jay, en plus de tout ce qu’elle est par ailleurs, me donne plus que tout l’impression d’être un cadeau.

Je me dis en brossant les cheveux de Jay qu’en l’absence de liens du sang, la force où tout ce qui fait la connexion entre nous reposera toujours sur l’amour et rien que sur l’amour. L’amour que je donne à Jay, à ses deux sœurs et à leur mère me sera toujours rendu au centuple.

Cette hache qui sculpte, c’est l’amour. “

Ce que j’en dis :

Construit à la manière d’un diptyque, on suit le chemin de la vie du narrateur, de sa jeunesse à l’âge adulte. Un parcours à la fois chaotique et bouleversant où l’on découvre les souffrances et la culpabilité de cet homme qui a grandi sans père.

Habité par une profonde colère il réussira pourtant à donner l’amour que l’on peut attendre d’un père, aux enfants de sa compagne, avant d’être père biologique si l’on peut dire, à son tour. Un défi d’autant plus grand, qu’il sera confronté avec la femme qu’il aime, aux changements qui s’opèrent jour après jour sur Jay, cette jeune fille qui se sent garçon.

L’auteur puise dans les souvenirs de son enfance, dans ses propres expériences qui lui ont donné une certaine maturité pour nous offrir un récit très intime et touchant, et pourtant complètement autofictionnel.

Il explore l’absence du père à travers des références littéraires – de Kerouac à Hemingway en passant par Carver – des auteurs qui l’ont aidé à se construire, à accepter cet abandon et à comprendre son histoire.

Une écriture poignante, une langue délicate qui s’habille de lyrisme pour nous offrir un très beau récit sur la paternité.

Une très belle découverte,

Pour info :

Howard Cunnell est universitaire et écrivain. Il est l’éditeur et le coordinateur de Sur la route ; Le rouleau original de Jack Kerouac.

Il vit à Londres avec sa famille.

Pères et fils est son premier roman traduit en français.

Je remercie Claire et les éditions Buchet . Chastel pour cette très belle découverte.

“ Les belles espérances ”

Les belles espérances de Caroline Sers aux Éditions Buchet.Chastel

” – C’est formidable, lui avait expliqué son jumeau avec enthousiasme, tout le monde peut s’exprimer ! On parle enfin ! On explore des idées neuves !

Pierre l’avait écouté avec circonspection. Cette liberté dont il lui rabattait les oreilles lui paraissait si lointaine… “

Mai 68 à Paris, c’est ici que cette histoire commence, en pleine manifestation d’étudiants indisciplinés, refusant l’ordre gaulliste et la vieille société sclérosée…

Pierre et Fabrice sont jumeaux, issus d’une famille où le statut social a de l’importance.

” À cette époque, tout le monde les appelait « les jumeaux » sans mesurer à quel point ils étaient différents et en opposition constante. “

Tout deux viennent de commencer leur vie d’adulte, ont fait des choix et fait des rencontres décisives.

Pierre si jeune, est déjà en couple et même père. Fabrice lui, fait ses débuts dans l’entreprise familiale. Néanmoins, ils restent l’un et l’autre sous la coupe de leur mère, veuve, une femme autoritaire, pleine de principes qui ne se fait pas à l’idée que le monde est en train de changer.

Tel un pavé dans la mare, Fabrice va lancer la première pierre, et va faire voler en éclat tout ce qu’on avait prévu à son attention…

” Oui, il allait partir dans le Sud et commencer une autre vie. Même si le nouveau monde n’était pas encore pour demain, il allait se construire son nouveau monde à lui, comme il l’entendait. Il était temps de vivre… “

De mai 68 à nos jours Les belles espérances raconte le tourbillon de la vie d’une famille française qui devra faire face à l’évolution en marche. Une vie faite de passion, d’amour, de rancoeur, de jalousie, parsemées d’ambitions, de doutes, d’envie, de rêves, de mariage, de naissance, de divorce, où la maladie et parfois les décès révèlent certains secrets honteux.

” Un tableau de vie familiale comme dans les films. “

La vie quoi…

Ce que j’en dis :

À ma grande surprise, la plume de Caroline Sers m’a emporté au cœur de cette famille parisienne à laquelle je me suis très vite attachée.

La vie de ces hommes et de ces femmes défile sous nos yeux, année après année, avec ses joies et ses peines dans une France qui ne cesse d’évoluer que ce soit au niveau technologique mais également des mœurs.

L’auteure pose un regard avisé et subtil sur toutes ces générations qui se suivent sans pourtant se ressembler mais qui restent liées par ce lien du sang qu’on appelle la famille.

Les émotions nous envahissent et réveillent nos propres souvenirs, sur ce demi-siècle passé si vite.

C’est ce qui fait la force de ce roman, sa capacité à retracer tout ce chemin parcouru à travers des personnages réalistes et attachants, auxquels on s’identifie très souvent.

Comme si l’on visionnait les diapos d’une vie avec une voix of qui nous dirait : tu te rappelles ?

On dit souvent : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », ce roman en est la preuve. J’ai erré entre ses pages en compagnie d’êtres humains qui auraient pu croiser ma vie et ont fait partie de la mienne le temps d’une lecture absolument magnifique.

Une belle rencontre livresque qui restera ancrée en moi, auprès de mes plus beaux coups de cœur littéraire.

Je ne peux que vous encourager à vous y plonger très vite.

Biographie présentée par l’auteure :

Je suis née le 18 septembre 1969 à Tulle, en Corrèze. Une enfance puis une adolescence parisiennes m’ont donné le goût des villes, mais l’envie de nature me saisit régulièrement, et c’est en Corrèze ou dans le Gers que je l’assouvis. 

Les livres ont représenté très tôt un havre de paix : dans ma famille, celui qui lit est sacré, rien ne doit le perturber… ce qui m’a permis de me soustraire aux aléas de la fratrie.

J’ai écrit beaucoup de textes inachevés avant de faire lire mon premier manuscrit à un éditeur — une éditrice en l’occurrence. Tombent les avions est paru en septembre 2004 chez Buchet/Chastel. Puis ont suivi La Maison Tudaure, en 2006, Les Petits Sacrifices, en 2008, Des voisins qui vous veulent du bien, en 2009 (chez Parigramme), Le Regard de crocodileen 2012, Sans les meubles, en 2014 et enfin Maman est en haut, en 2016.

Parallèlement, j’ai participé à plusieurs recueils collectifs de nouvelles : trois autour de groupes mythiques, les Ramones, les Doors et Nirvana, et un constitué autour de photographies retrouvées.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet. Chastel pour cette balade à travers le temps.

“ La faille du temps ”

La faille du temps de Jeanette Winterson aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit de l’anglais (Royaume – Uni) par Céline Leroy

 » Les « boîtes à bébés » ont toutes une histoire. La grande histoire n’est-elle pas faite de petites histoires ? Vous croyez vivre dans le présent mais le passé vous colle comme une ombre. “

Lors d’une soirée fortement pluvieuse, dans une ville américaine, un afro-américain et son fils assistent à une agression violente et tentent d’intervenir pour sauver la victime. Hélas l’homme ne s’en sortira pas. En quittant la scène de crime de peur de se retrouver impliqués, ils font une autre étrange découverte.

” Et c’est là que je la vois. La lumière.

La boîte à bébé est allumée.

J’ai l’impression que tout est lié – la BM, le tas de boue, l’homme mort, le bébé.

Parce qu’il y a un bébé dans la boîte. “

Impossible pour eux de laisser ce bébé. Ils décident de le sauver, de l’adopter et de prénommer cette petite fille Perdita, « la fille perdue » .

” Il y a tant de récits où ce qui a été perdu est retrouvé.

À croire que l’histoire est un vaste service des objets trouvés.

Cela remonte peut-être au moment où la Lune s’est détachée de la Terre, pâle, solitaire, vigilante, présente, décalée, inspirée. La jumelle autiste de la Terre. “

Entre l’Angleterre et les États-Unis, l’histoire de ce bébé nous est conté, à travers la plume singulière de Jeanette Winterson qui nous offre une variation brillante et contemporaine d’une œuvre de Shakespeare : Le conte d’hiver.

” Et, une pierre après l’autre, l’histoire fut révélée, scintillante et concentrée, comme le temps est concentré dans un diamant, comme la lumière dans chaque pierre précieuse. Les pierres parlent, et ce qui était silence ouvre la bouche pour raconter une histoire, et l’histoire se grave dans la pierre pour la briser. Ce qui est arrivé est arrivé.

Mais.

Le passé est une grenade qui n’explose que quant on lance. “

Ce que j’en dis :

C’est avec une petite appréhension que j’ai démarré ce roman, n’ayant pas spécialement de grande connaissance de la tragédie Shakespearienne et de ses œuvres littéraires en générale.

Ayant rencontré Céline Leroy la traductrice, j’étais plutôt curieuse de lire, une fois de plus son travail de traductrice et m’aventurer dans ce roman en découvrant également une auteure que je ne connaissais pas.

J’en profite pour souligner le merveilleux travail de Céline, toujours très méticuleux pour retranscrire au plus juste l’histoire en gardant toutes les émotions que dégage le roman.

La faille du temps se révèle, telle une ligne de vie, parsemées de rencontres, de hasard bousculant le destin où le pouvoir et la jalousie engendrent des fractures irréversibles.

En nous offrant une variation contemporaine et brillante de ce conte d’hiver, Jeanette Winterson nous fait voyager à travers le temps et mélange passé, présent et futur dans une histoire extraordinaire, tragique où s’entremêlent l’amour, la passion, la jalousie et l’avidité.

Une création originale et complètement addictive auprès de personnages très forts que je ne suis pas prête d’oublier.

Une œuvre merveilleuse, une écriture singulière, qui ferait certainement pâlir de jalousie Shakespeare.

Aussi conquise par la plume de l’auteure que par cette histoire, un véritable coup de cœur que je vous recommande infiniment.

Il suffit d’un instant pour changer toute une vie et il faut tout une vie pour comprendre ce qui a changé. « 

Pour info :

Jeanette Winterson est née en 1959 à Manchester et a grandi dans le nord de la Grande-Bretagne.

Elle relatera ces années de formation dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (L’Olivier, 2012).

Traduite dans près de trente pays, elle connaît depuis Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier, 2012) un immense succès en France.

Je remercie Les Éditions Buchet . Chastel pour cet extraordinaire voyage livresque.

“ On dirait que je suis morte ”

On dirait que je suis morte de Jen Beagin aux Éditions Buchet / Chastel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy

 » En réalité, passer l’aspirateur faisait partie de ses activités préférées. Sur les formulaires, elle le mettait dans la liste de ses hobbies. Même enfant, elle préférait passer l’aspirateur plutôt que de jouer au volley ou à la poupée. On avait obligé ses copines de classe à apprendre le violoncelle et le violon, mais son instrument de prédilection avait été le Hoover Aero-Dyne Modèle 51. “

Manon, 24 ans, assez cabossée, bien plus douée pour les taches ménagères que pour choisir le reste, surtout pour ce qui pourrait l’amener vers une vie meilleure. Alors pour gagner vie, elle nettoie celles des autres avec beaucoup de méticulosité et même une certaine curiosité.

 » – Ah, tu es fouineuse.

– Méthodique. Et…observatrice. Il y a beaucoup à apprendre sur les gens en faisant le ménage chez eux. Ce qu’ils mangent, ce qu’ils lisent aux toilettes, quels comprimés ils avalent le soir. Ce à quoi ils tiennent, ce qu’ils cachent, ce qu’ils jettent. Je sais où est l’alcool, le porno, le godemichet à la con fourré sous le lit. Je vois tout le vide qui remplit leur vie. “

Pour occuper certaines de ses soirées, elle distribue des seringues aux junkies de Lowell dans le Massachusetts. C’est là qu’elle va faire la connaissance de celui qu’elle surnommera M.Dégoutant, un artiste raté et sans dent.

” – On a de la chance de s’être trouvé. Nous, les deux orphelins. “

Ce qui ne l’empêchera pas de tomber amoureuse. Son intuition peu fiable va encore lui réserver de drôles de surprises.

” – Tu es en train de me dire que tu fais le maquereau ? Parce que ce serait pire que de ne pas avoir de dents, bien pire.

– Je préfère « gangster de l’amour », répliqua-t-il sur un ton un peu prétentieux. “

Après une nouvelle déconvenue, elle décide de prendre un nouveau départ et file vers Le Nouveau-Mexique à Taos. Là-bas l’attendent des loufoques en tout genre. Toujours habité par sa curiosité et son besoin de nettoyer elle va être amenée à découvrir bien plus que ce qu’elle s’imaginait et peut-être enfin trouver sa place dans le monde.

Ce que j’en dis :

– Mes premières impressions au bout de quelques pages : à l’image de la couverture.

– Mais encore direz-vous ?

Et je rajouterais :

– drôle, subtil, original, prometteur, et la suite fut à la hauteur de mes espérances.

Il est clair que pour rendre le récit de la vie d’une femme de ménage captivant, il faut avoir une certaine imagination et si le rire est de la partie c’est gagné d’avance.

Il est parfois nécessaire de mettre des gants pour raconter certaines histoires car derrières des sourires se cachent parfois des drames, les apparences sont parfois trompeuses derrières certaines attitudes loufoques.

Et cette obsession du ménage, comme si, vider les poubelles des autres permettait de désencombrer les siennes.

C’est clair il faut bien le reconnaître, le ménage n’est jamais une partie de plaisir mais en compagnie de Mona, tout devient possible et bien plus sympathique.

Ce roman est incontestablement une belle surprise de la rentrée littéraire. L’auteur nous offre un roman ingénieux, rafraîchissant, d’une belle sensibilité et non dépourvu d’humour. Mona est attachante et même très touchante, le genre de personnage qu’on aimerait croiser et que l’on n’est pas prête d’oublier.

Je ne peux que féliciter la traductrice Céline Leroy pour avoir réussi à retranscrire avec brio toutes les émotions qui se dégagent de ce roman.

Alors j’espère que vous mettrez de côté votre ménage et vos Mappas pour vous plonger au plus vite entre les pages de cette délicieuse aventure rocambolesque pleine de charme.

Mon premier coup de cœur de la rentrée ❤️

Pour info :

Jen Beagin vit à Hudson, dans l’État de New York. Elle a collaboré à plusieurs revues et publié des nouvelles. On dirait que je suis morte est son premier roman, lequel a reçu un accueil enthousiaste outre-Atlantique et a été finaliste de plusieurs prix.

Je remercie les Éditions Buchet. Chastel pour cette rencontre éblouissante.