La prière des oiseaux

La prière des oiseaux de Chigozie Obioma aux Éditions Buchet.Chastel

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

” La nuit à l’est était tombée, et la route devant et derrière lui était drapée d’un châle de ténèbres. (…) Il avait entendu dire, quelques jours plus tôt, qu’en cette saison des pluies, féconde entre toutes, une crue du fleuve avait noyé une femme et son enfant. D’ordinaire il n’accordait guère de crédit aux rumeurs tragiques qui circulaient en ville comme une pièce de monnaie pipée, mais cette histoire-là s’était gravée dans son esprit pour une raison que même moi, son chi, je ne pouvais saisir. À peine parvenait-il au milieu du pont, obnubilé par cette mère et son enfant, qu’il vit une voiture garée près du parapet, une portière grande ouverte. Il ne distingua d’abord que le véhicule, son habitacle sombre, et un point de lumière reflété sur la vitre du conducteur. Mais en détournant les yeux il aperçut, vision terrifiante, une femme qui tentait d’enjamber le garde-fou. “

Au Nigeria, Chinonso un jeune éleveur de volailles, de retour du marché, aperçoit sur le pont qu’il s’apprête à traverser, une jeune et belle femme sur le point de se jeter dans le vide. Afin de lui faire changer d’avis, il sacrifie deux de ses plus précieux poulets et les jette du pont, dans les eaux en contrebas. Ndali, la jeune femme semble touchée par le geste de cet inconnu et renonce à son geste.

Ce soir là, ils tombent amoureux. Un lien d’une force inouï va les lier à jamais.

(…) quand je vis le cœur de mon hôte actuel s’embraser d’un feu semblable, je pris peur car je connaissais la puissance de ce feu, une puissance telle qu’à terme rien ne pourrait plus l’éteindre. (…) Je craignis que l’amour, une fois pleinement épanoui dans son cœur, ne l’aveugle et ne le rende sourd à mes conseils. Et je voyais déjà l’amour commencer à le posséder. “

Mais hélas pour Chinonso, il n’est qu’un simple éleveur, alors que Ndali vient d’une riche famille qui ne tolère absolument pas cette relation.

Afin de se faire accepter par cette famille qui ne cesse de l’humilier, il va reprendre ses études à Chypre après s’être séparé de tous ses biens. Mais rien ne va se passer comme prévu, et il ira de désenchantement en désenchantement…

Ce que j’en dis :

” Ô Mmalitenaogwugwu, les anciens disent que si on garde un secret trop longtemps, même les sourds finiront par l’entendre. “

Alors il est grand temps que je vous parle de ma toute première lecture de l’année 2020 que je gardais secrète jusqu’à sa sortie en librairie.

Ce roman extraordinaire est également on ne peut plus surprenant, puisque c’est à travers la voix du Chi de Chinonso, son esprit protecteur selon les croyances igbo, que nous allons la découvrir.

Ce narrateur centenaire remonte le temps et nous comte le destin de son hôte, un destin jalonné de joie, d’amour, d’espoir, d’injustice, de peine, de colère, de trahison.

Et pourtant Chi veille et apporte à chaque épreuve toute son expérience et sa sagesse.

Une sagesse qui m’a gagné peu à peu, comme si le Chi avait le pouvoir de transmettre également ses précieux conseils aux lecteurs.

” Ô Ikukuamanaonya, l’impatience est l’un des plus curieux traits de l’esprit humain. Elle est une goutte de sang vicié dans les veines du temps. Elle domine tout et rend l’homme incapable de faire quoi que ce soit, sinon supplier le temps de passer plus vite. Un événement retardé par le cours naturel du temps ou par une intervention humaine finit par obséder l’esprit d’une personne. Il pèse sur le présent jusqu’à l’annihiler. (…) L’homme anxieux et impatient tente de percer l’avenir en gestation, de connaître l’événement qui n’a pas encore eu lieu. Avant le voyage, il se voit déjà dans le pays. Il s’imagine danser avec les habitants, goûter la cuisine locale, admirer les paysages. Telle est l’alchimie de l’impatience, fondée sur une personne, celle d’un événement ou d’une rencontre qu’on ne supporte pas devoir attendre. Bien des fois j’ai vu cela. “

Ce récit bouleversant nous emporte tel un comte, nous éblouis par sa grâce, nous charme par plume divine et son style flamboyant jusqu’à nous déchirer le cœur à la fin de cette quête tragique.

C’est puissant, terriblement beau et c’est un énorme coup de cœur que je vous encourage à découvrir.

J’ai de ce pas commandé à mon dealer préféré son premier et précédent roman : Les pêcheurs.

Pour info:

Chigozie Obioma est né en 1986 au Nigeria, et vit désormais aux États-Unis où il enseigne le creative writing.

Son premier roman, Les Pêcheurs (L’Olivier, 2016), finaliste du Booker Prize, lui a valu une reconnaissance mondiale.

La prière des oiseaux, son deuxième roman, a lui aussi figuré dans la « short list » du prestigieux prix et a été traduit dans douze pays.

Je remercie Claire et les Éditions Buchet . Chastel pour cette épopée éblouissante.

3 réflexions sur “La prière des oiseaux

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