La proie

La proie de Deon Meyer aux Éditions Gallimard / série noire

Traduit de l’Afrikaans par Georges Lory

« J’ai appris une chose sur ce pays, Vaughn. Ça ne va jamais aussi mal qu’on le craint. Et ça ne va jamais aussi bien qu’on le voudrait. Il y a eu un moment où moi aussi j’ai failli perdre tout courage. Il me semblait que tout allait mal… la roue tourne. Les choses vont s’améliorer, Vaughn. Un jour ou l’autre. Pas au point d’aller danser dans les rues. Mais ça ira mieux. »

Le Cap, Afrique du Sud.

C’est ici que je fais la rencontre Benny Griessel et Vaughn Cupido, deux membres de la brigade des Hawks.

Le corps sans vie d’un ancien membre de leurs services, qui était devenu consultant en protection personnelle, vient d’être retrouvé. Apparemment il a été jeté par la fenêtre du train le plus luxueux du monde, le Rovos.

Griessel et Cupido ne vont rien lâcher malgré la pression en haut lieu, et tout mettre en œuvre pour trouver le meurtrier, car pour eux ça ne fait aucun doute, il s’agit bien d’un meurtre.

Au même moment à Bordeaux, Daniel Darret, ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, s’est construit une nouvelle vie tranquille assez clandestine, souhaitant oublier son passé. Tout se passait plutôt bien, jusqu’à l’apparition d’une ancienne connaissance qui vient lui demander un service…

Embarqué contre son gré, il se retrouve très vite dans une nouvelle mission avec à ses trousse des Russes, et les services secrets sud-africains.

Seulement sa proie est déjà dans sa ligne de mire, la traque peut se poursuivre.

Ce que j’en dis :

Comment se débarrasser même fictivement d’un être indésirable de son pays ? Peut-être en écrivant un roman…

Deon Meyer, s’est certainement fait plaisir et a peut-être régler à sa manière quelques comptes face à la corruption qui fait rage dans son pays.

À travers ce roman. Il nous dépeint l’Afrique du Sud gangrenée par la misère, les meurtres, les complots, la perversion, les trafics à travers une double intrigue qui franchit les frontières, nous montrant à quel point la violence est partout, et bien souvent sous le contrôle des gouvernements, là où des hommes de l’ombre agissent à leurs places.

Fortement attaché à son pays et révulsé de constater à quel point il se dégrade, Deon Meyer nous offre un thriller politique haletant, puissant avec un côté hyper réaliste plutôt effrayant.

” – Nous avons un très gros soucis. Tout le département du renseignement criminel de la police nationale est corrompue et compromis. Il ne fait pas de doute que le procureur général est un homme corrompu et compromis. Que notre ministre de l’intérieur est un homme corrompu et compromis, et qu’il en va de même pour le président de la République. Corrompu et compromis par trois criminels indiens qui se font passer pour des hommes d’affaires. Je ne suis pas certaine au sujet du directeur général de la police, mais il suit les ordres de son ministre corrompu, il n’a plus aucune crédibilité. “

Mais en fait, sommes nous vraiment en Afrique du Sud ?

C’est à découvrir dès maintenant chez votre dealer de livres préféré.

Pour info :

Né en 1958 à Paarl, en Afrique du Sud, Deon Meyer a grandi dans une ville minière de la Province du Nord-Ouest.

Ancien journaliste, puis rédacteur publicitaire et stratège en positionnement Internet, il est aujourd’hui l’auteur unanimement reconnu de best-sellers traduits dans 15 pays.

Il vit à Melkbosstrand.

La fresque

La fresque d’Alain Siméon et Sandrine Zorn aux Éditions Lajouanie

Camille, debout devant sa fenêtre, porta son attention sur le terrain vague puis sur la fresque. Aujourd’hui, le mur décrépi était entièrement couvert, suggérant la fin de l’histoire. Elle la détailla, tour à tour séduite, interrogative et mal à l’aise. L’expression du tourment y était criante. La violence explosait, accentuée par l’omniprésence du rouge carmin. Elle était trop loin pour saisir toutes les subtilités. Néanmoins, son intérêt était suffisant pour qu’elle se soit à plusieurs reprises introduite sur le chantier pour en observer les détails. Elle avait photographié sa progression. Par contre, jamais elle n’avait vu l’auteur. (…) Depuis peu, des objets étaient apparus, essentiellement des bijoux, comme des éléments significatifs… Mais de quoi ? “

Après avoir réussi à percer les secrets de Mitragyna, Camille Jeanson, la jeune chercheuse est devenue présidente d’une association écologique.

Depuis son bureau, soir après soir, elle suit la progression d’une œuvre artistique taguée par un inconnu plein de talent.

Plus elle l’observe, plus elle a l’impression que cette magnifique fresque cache un message.

De son côté, le capitaine Silas Kravinsky est toujours à la recherche de l’assassin de sa femme.

Quand à son tour, il découvre la fresque, et y aperçoit certains éléments, son sang ne fait qu’un tour. Il est temps de rouvrir cette enquête inachevée et mettre fin à tant d’incertitudes.

Même si Camille vient d’être sollicitée pour enquêter au sein d’un grand quotidien, Silas sait qu’il pourra compter sur son aide.

” Silas n’en croyait pas ses yeux, les événements récompensaient enfin sa ténacité. Tout ce fatras d’affaires révélait finalement des liaisons. De longues années de veille et le chasseur trouvait une trace à suivre, récompensant la patience et l’obstination. “

Ce que j’en dis :

Il est désormais certain que ces deux têtes bien pensantes se sont bien trouvées et ils nous le prouvent avec ce deuxième polar contemporain et sociétal absolument réussi.

Toujours d’une grande maîtrise dans l’écriture et la construction, se servant d’une manière très originale d’un graff, ils nous offrent une nouvelle aventure en compagnie du duo rencontré dans leur premier roman, Camille et Silas.

Camille est cette fois plus posée, mais toujours un brin rebelle et toujours aussi déterminée, prête à tout pour que la vérité éclate au grand jour. Quand à Silas, la zone d’ombre de son passé s’éclaircit et on découvre un homme plus fragile derrière sa carapace d’homme de loi.

Sans le savoir au départ, ce duo va se retrouver au cœur de deux affaires qui semblent liées entre elles.

Mais chut, gardons le suspens pour les futurs lecteurs dont vous ferez partie évidemment.

Tout comme notre duo d’écrivains, ces deux là font la paire, je m’y suis attachée forcément et j’ attend leur prochaine affaire avec impatience

Alors cet été, rajoutez La fresque à votre sélection de lecture estivale, vous verrez ce récit est extra mais pas que…

Pour info :

Sandrine Zorn évolue dans le domaine de l’agriculture. Elle travaille et réside à Metz. Alain Siméon est enseignant et chef d’entreprise. Il habite Troyes. 

Ils se sont connus sur les bancs de l’uni­versité et se sont découverts une passion commune, la littérature policière. Depuis ils se retrouvent régulièrement sur les salons. C’est lors d’une manifestation consacrée au polar qu’ils ont décidé de se lancer dans l’écriture d’un roman à quatre mains.

La fresque est leur deuxième roman.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette formidable nouvelle enquête.

Le portrait de la Traviata

Le portrait de la Traviata de Do Jinki aux Éditions Matin Calme

Traduit du Coréen par Kyungran Chol et Delphine Bourgoin

” Une femme et un homme ont été assassinés à l’arme blanche. Leurs corps ont été retrouvés dans l’appartement de la jeune femme. Tous deux étaient presque des inconnus l’un pour l’autre. “

Voilà comment démarre cette histoire, une double mort dans un appartement au premier étage d’un immeuble. Se sont-ils entretués ?

” (…) D’après moi, le mobile d’un crime est plus important que la méthode utilisée ou les indices relevés. Une fois qu’on l’ a établi, il ne reste plus qu’à dérouler le fil pour trouver le coupable. “

Ou alors une tierce personne ? Mais alors qui est le coupable ? Le concierge peut-être ? Ou le petit ami d’une des victimes ?

 » – Ce meurtre est un véritable travail d’orfèvre. Nous allons devoir faire preuve à notre tour d’une grande imagination et nous montrer à la hauteur de son génie. “

Pour Lee Yuhyeon, cette affaire est pleine de mystère et l’aide précieuse de l’avocat Gojin, baptisé l’avocat de l’ombre sera la bienvenue.

” Lee Yuhyeon a l’impression que le brouillard se dissipe. Le lieu du crime, les indices, les dépositions des témoins… Le puzzle prend forme. “

Un véritable jeu de piste pour trouver le véritable meurtrier commence, les interrogatoires s’enchaînent car ils sont nombreux en fin de compte à avoir une bonne raison d’avoir commis ce double meurtre.

Ce que j’en pense :

À peine commencé je me suis retrouvée au cœur d’un Cluedo coréen avec un avocat qui ressemblait étrangement à Colombo, toujours à fouiner partout, en posant des questions dérangeantes aux suspects et possédant un flair extraordinaire.

Il est clair que face à un tel cas de figure, l’enquête ne va pas être facile à résoudre.

Mais on peut compter sur la persévérance de ce duo, flic avocat pour obtenir satisfaction.

Tout comme ce double meurtre, ce roman bien ficelé, qui ne manque pas d’énigmes à résoudre, ravira tous les fans du jeu Cluedo, ou des enquêtes de la reine du crime Agatha Christie

Un nouveau menu à la sauce Coréenne qui s’ajoute à la carte des éditions Matin Calme.

Pour info :

Do Jinki a 48 ans. Depuis vingt ans, il est juge au tribunal du district nord de Séoul. À quarante ans, il est devenu écrivain à succès de romans policiers. En 2010 son premier polar reçoit le Mystery Rookie Award de la Korean Mystery Artists Association. Il sera suivi par neuf autres romans policiers en deux séries parallèles, l’une mettant en scène l’avocat Gojin, l’autre le juge Djingi. En 2014, il obtient le Koreen Mystery literary Award pour son long-métrage, Thé. Statof Judas. Ses romans sont notamment traduit en Chine et quatre de ses livres ont été vendus à des sociétés de production faisant la part belle aux rebondissements. Ses fans l’ont baptisé le « John Grisham de Corée».

Je remercie les Éditions Matin Calme et l’agence Trames pour ce nouveau menu Coréen qui ne manque pas d’énigmes.

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu de Pierre Terzian aux Éditions Quidam

” J’aime quand tu m’appelles Pierre, Gaëtan. Et j’aime quand tu me dis « Bon matin ». On n’a pas ça chez nous, « Bon matin ». C’est pour ça qu’on a des matins de merde. La bonne humeur québécoise, c’est quelque chose. C’est bien plus qu’une curiosité touristique. C’est un impératif moral, quasi religieux, un truc de pionnier. « Le cœur vaillant et débonnaire de notre peuple» m’a dit le daron de ma blonde, la première fois que je l’ai rencontré. Ça fout la pression. Tu te sens tout petit tout laid avec ta grosse massue plaintive. Souvent je me paie le soupir-massue, celui qui me caresse le plexus, qui m’aide à me sentir en vie. Quand il n’y a plus de beurre, quand le recyclage déborde. Raaaaa. Je jette mon grand froid sur la cuisine et ses habitants. Ma femme, ça la révolte. Elle me demande si je viens d’apprendre que j’ai le cancer. Elle veut me faire mal, la bitch. Elle trouve ça laid. Elle a pas tort. Faut tenir debout, question de culture. Avec leur « Bon matin », c’est radical, t’as l’impression de mettre le pied dans une comédie musicale. Tout devient rose et vert pastel et les décors se mettent à bouger. “

Qu’est-ce que j’ai bien fait de commencer de « Bon matin » ce roman qui de premier abord m’attirait moyennement. Mais comme on dit en France « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis».

Tabernak qu’il fut bon ce moment de procrastination intense, car évidemment une fois commencée cette aventure québécoise je ne l’ai quittée qu’une fois terminée et bien sûr à regret.

Pierre, un français bien de chez nous, a suivi sa blonde, sa belle québécoise à Montréal, et en attendant de trouver l’inspiration pour son prochain roman, il devient remplaçant en garderie. Lui qui n’a pas encore d’enfant, ça risque d’être drôle.

Il n’est d’ailleurs pas le seul expatrié à faire ce boulot, il va croiser quelques français mais pas que.

Très vite il va se rendre compte que ces garderies où on l’envoie ce n’est pas des cinq étoiles, elles manquent cruellement de moyens et subissent de plein fouet les restrictions budgétaires du fameux Couillard, du coup on « ferme sa yeule et s’organise. »

À travers tous ces enfants d’horizons et de cultures différentes, on découvre une galerie de portraits très représentative du Québec dans le milieu des garderies trop souvent ignorés, avec ses moments tendres, ses mots d’enfants souvent très drôle mais parfois d’autres plus difficiles que l’on pourrait nommer les journées caca…

Un univers où se côtoient petits et grands, où les mots français, anglais, québécois virevoltent, se mélangent jusqu’à donner une langue unique et hilarante où l’amour pour les enfants dépassent toutes les frontières.

Ce fut vraiment une belle surprise, et j’ai comme on dit au Québec « ma petite crotte sur le cœur » car même si je ne travaillerai jamais en garderie, suis triste de quitter ces petites canailles et tous leurs anges gardiens qui s’occupent d’eux chaque jour en les aidant à grandir, pour que leurs vies soient pleines de « Bon matin »

« – Pourquoi les filles elle mettent du vernis à ongles et pas nous ?

– Parce que ça pue. »

( Slimane et Xavier, sexe faible);

Câlisse que c’était bien et cette langue je kiffe ♥️

Pour info :

 Pierre Terzian est un écrivain, metteur en scène de théâtre et vidéaste français, né aux Lilas, en 1979.

Il vit aujourd’hui à Montréal. Il est l’auteur plusieurs romans : dont Crevasse et de Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu.

Pierre Terzian s’intéresse aux combats des « invisibles ». Qu’elle soit littéraire ou théâtrale, sa démarche a toujours un ancrage social très fort, et pour ambition de rendre ses lettres de noblesses à une frange de la population souvent oubliée du monde culturel.

Une vie et des poussières

Une vie et des poussières de Valérie Clo aux Éditions Buchet . Chastel

” Un soir, il y’a quelques semaines, avant de partir, elle m’a apporté ce carnet. J’ai adoré sa couverture en cuir marron, ornée de belles fleurs colorées. Elle s’est dit qu’une ancienne journaliste devait sans doute aimer écrire. Je l’ai prise au mot et, depuis, je me suis remise à l’écriture. J’avais oublié le plaisir que c’était. “

Mathilde vient d’être placé dans une maison de retraite. Pas facile au départ de se retrouver avec tous ces vieux (comme elle dit), alors elle s’attache à Delphine, une aide soignante qu’elle baptise Maryline en souvenir de l’actrice.

 » Depuis que je suis ici, j’ai le temps de penser. Je n’ai même que cela à faire. Penser et observer. Et je peux vous assurer que ce que je vois n’est pas triste. Il y a de sacrés énergumènes qui vivent dans cet établissement. Je ne savais pas que cela pouvait exister des zozos pareils. Personne n’a idée de ce qui se passe en fin de parcours. Je crois surtout que l’on a pas envie de le savoir. On nous cache, il ne faudrait pas que l’on vienne gâcher la fête. C’est comme si on entrait dans un monde invisible. “

Même si la mémoire de Mathilde lui fait parfois défaut, elle n’en demeure pas moins lucide, et avec beaucoup d’humour elle nous raconte sa vie passée et présente à travers le journal que Maryline lui a gentiment offert. Une façon comme une autre de laisser une trace de son passé sur terre et de répondre un peu à toutes les interrogations de sa fille.

” Lorsque je regarde mes compagnons de la dernière heure, je me demande si eux aussi ont des questions sans réponses à l’hiver de leur vie. Des choses non résolues, des haines toujours vivaces, des regrets, des remords, des rancœurs ? Des histoires de famille insolvables ? Des traumatismes encore présents ? Des nœuds dans leur cœur, impossible à défaire, qu’ils emporteront avec eux dans leur tombe ? Il y en a de si coriaces qu’ils sont capables de leur survivre et de venir hanter l’âme de leurs enfants. “

Entre hier et aujourd’hui, Mathilde partage avec nous ses souvenirs douloureux de son enfance pendant la guerre mais aussi sa vie actuelle où chaque jour apporte son lot de joie et parfois de peine.

Un magnifique portrait de femme et un bel hommage à ces maisons de retraites trop souvent oubliées.

Ce que j’en dis (aussi) :

Comme chacun a pu se rendre compte, vieillir n’est pas une partie de plaisir, et lorsque l’on se retrouve comme Mathilde placée en EPHAD, ce n’est guère réjouissant, comme j’ai pu le constater à maintes reprises au cours de mon travail.

À travers ce sublime portrait de femme, Valérie Clo nous confronte à tout ce qui peut survenir en fin de vie, sans larmoiement, avec élégance, humour et beaucoup de tendresse.

De la vieillesse qu’il faut supporter, au placement en maison de retraite, à la culpabilité de la famille, à toutes ces interrogations qui persistent et tous ces souvenirs qui ont du mal à lâcher prise même quand la mémoire se défile.

Sortie avant le confinement, ce récit m’a profondément touché car il a pris suite aux événements actuels, une résonance particulière et m’a rapproché un peu plus de tous les anciens que je côtoie pour un embellissement capillaire.

D »une justesse extraordinaire, ce roman nous conforte à ne surtout pas oublier nos aînés et à saluer toutes les personnes qui prennent chaque jour soin d’eux.

Découvrez le vous aussi, avant que notre vie parte en poussière…

Pour info :

Valérie Clo vit à Meudon.

Depuis plusieurs années, elle est art-thérapeute et intervient auprès de publics en grandes difficultés.

Je remercie les Éditions Buchet Chastel pour ce roman de toute beauté.

The cry

The cry d’ Helen Fitzgerald aux Éditions les Arènes / Équinox

Traduit de l’anglais par Alexandre Civico

” La faute à la sécurité de l’aéroport.

Si elle n’avait pas eu à acheter ces deux petits flacons transparents de cent millilitres chez Boots, si elle n’avait pas eu à transvaser les médicaments, agenouillée devant la librairie WH Smith, si elle n’avait pas eu à faire la queue une heure de plus devant la sécurité, seins douloureux… Si elle n’avait rien eu à faire de tout ça, son bébé serait encore auprès d’elle. “

Le vol depuis Glasgow jusqu’à Melbourne fut un véritable cauchemar pour Johanna et Noah, son jeune bébé de 9 mois. Malgré tout elle était loin d’imaginer qu’ils allaient être séparés à jamais l’un de l’autre.

Alistair son compagnon, le père de Noah, prends les choses en main, mais rien n’empêchera Johanna de plonger dans une terrible dépression au bord de la folie.

Le scénario mis en place par Alistair ne fait que la culpabiliser davantage et l’entraîne jour après jour au plus profond de l’abîme.

Mais que s’est-il réellement passé au cours de ce vol ?

Connaît on vraiment ceux qui partagent notre vie ?

Ce que j’en dis :

Comme dans quasiment 80 % de mes lectures, j’ai commencé celle-ci à l’aveugle, sans rien lire sur ce roman au préalable, pas même la quatrième de couverture pour garder un maximum de suspens et de surprises, je ne vous en dirai donc pas plus sur le synopsis et même beaucoup moins que la présentation au dos du livre.

Mais une chose est sûre, une fois que vous commencerez ce thriller psychologique de haut-vol, absolument machiavélique, tout comme moi, vous ne pourrez plus le quitter avant de le terminer, autant vous prévenir pour éviter toute frustration et donc prévoir une belle plage de lecture.

Car si dès le départ vous allez vite découvrir le sort de cet enfant, vous n’en demeurerez pas moins intrigué. Tout comme les personnages, vous vous retrouverez piégé, le cœur brisé, cherchant désespérément une once d’empathie pour Alistair ce pervers narcissique et un brin de compassion pour cette mère désespérée qu’on semble vouloir mettre au pilori.

Helen Fitzgerald va mettre vos nerfs à rude épreuve en vous entraînant au cœur d’une histoire perverse où la manipulation est reine, et où le chemin de la rédemption ne sera possible qu’en prenant des chemins de traverse aux allures diaboliques.

Pas étonnant que ce roman qui a inspiré une série de la BBC, devenue un véritable phénomène sur la chaîne fasse un carton.

C’est sidérant, complètement addictif, ça vient de paraître et c’est à mettre absolument dans ses lectures estivales.

Encore une belle entrée dans les Arènes d’Aurélien Masson.

Pour info :

Née en 1966 à Melbourne (Australie), Helen FitzGerald est autrice et scénariste.

Elle a travaillé dix ans comme assistante sociale pour la justice pénale puis auprès de délinquants sexuels en prison.

Elle vit aujourd’hui à Glasgow avec son mari et ses deux enfants.

Un grand merci aux éditions les arènes pour ce thriller étourdissant.

Les incroyables aventures des sœurs Shergill

Les aventures des sœurs Shergill de Balli Kaur Jaswal aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Singapour) par Laura Vaz

À sa mort, Sita Kaur Shergill, laisse à ses trois filles, Rajini, Jezmeen et Shirina, un testament assez particulier. N’ayant pas pu se rendre une dernière fois en Inde, elle les charge à travers une dernière lettre d’effectuer ensemble ce voyage pour y répandre ses cendres, une fois le pèlerinage effectué.

(…) Voici la liste des endroits que j’aimerais que vous visitiez pour moi une fois que je ne serai plus de ce monde. Le voyage devrait durer une semaine et vous mènera sur les routes de Delhi, d’Amritsar et j’en passe. Ensemble vous devrez effectuer un seva pour venir en aide aux autres et pratiquer la modestie, vous baigner dans un sarovar pour laver et purifier vôtre âme, et marcher jusqu’au sommet de la spiritualité pour rendre grâce au corps, notre enveloppe charnelle sur Terre. Je souhaiterais aussi que vous répandiez mes cendres en Inde.

Les trois sœurs, à peine remise de leur surprise, sont loin de se réjouir de ce qui les attend, d’autant plus qu’elles ne se supportent pas, leur mère l’aurait elle oublié ?

Il va pourtant falloir se résoudre à effectuer ce voyage et y trouver quelques points positifs. Rajni, l’ainée avait besoin d’un break, la séduisante Jezmeen, actrice de métier souhaitait s’éloigner de la presse peuple londonienne quand à Shirina, qui s’apprête à se marier, cela lui permettra d’en connaître davantage sur ses racines et à réfléchir sur sa situation pas si glamour qu’elle devrait être, alors pourquoi pas ?

Un voyage qui s’annonce mouvementé mais va leur réserver au final de belles surprises.

Ce que j’en dis :

Après son fabuleux premier roman : le club des veuves qui aimaient la littérature érotique (ma chronique ici) aussi jubilatoire que passionnant qui nous plongeait au cœur d’une communauté indienne située à Londres, c’est avec plaisir que je retrouve cette plume qui à travers une nouvelle histoire nous fait découvrir d’autres facettes de ce pays.

En voyageant avec ces trois sœurs, on découvre qu’en Inde la condition des femmes est loin d’être idéale, face aux traditions ancestrales.

Jour après jour, elles vont pourtant chacune se redécouvrir, s’apprivoiser, s’aimer et malgré les mésaventures qu’elles vont rencontrer, ce pèlerinage au départ forcé va réussir à les réunir tout en leur ouvrant les yeux et le cœur.

Un voyage touchant qui nous emporte dans le tourbillon de la vie d’une fratrie avec une bonne dose d’humour, d’amour, où l’on s’aperçoit que l’héritage de certaines traditions peut être parfois un lourd fardeau dont il faut se libérer pour enfin vivre pleinement.

Pour info :

Née à Singapour, Balli Kaur Jaswal a vécu au Japon, aux Philippines et en Russie.

Diplômée de plusieurs ateliers de creative writing, ses romans – dont Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique (Belfond, 2018), sélectionné par Reese Witherspoon pour son fameux book club – ont tous remporté un joli succès critique lors de leurs publications anglophones.

Je remercie les éditions Belfond pour ce pèlerinage au pays des mille et une nuit.

Marseille 73

Marseille 73 de Dominique Manotti aux Éditions Équinox / Les Arénes

1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit milliers de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.

Durant l’automne 1972, le gouvernement français prends de nouvelles mesures à l’encontre des immigrés, résidents en France ou souhaitant y entrer. La circulaire Marcellin leur impose désormais d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement s’ils souhaitent bénéficier d’une carte de séjour afin d’éviter les expulsions prévues dès l’été 73.

À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte pat le gouvernement et lance, le 9 juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».

La France va alors connaître une vague d’assassinats. Des arabes, surtout des algériens, sont pris pour cible, notamment à Marseille, épicentre du terrorisme raciste.

Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme.

Le jeune commissaire Daquin, bien d’être nommé à l’Évèché , l’hôtel de police de Marseille, est bien décidé à mettre un terme à cette violence, même s’il doit mettre au pilori certains collègues.

(…) Nous sommes confrontés ici à Marseille à une vague de terrorisme anti-immigrés maghrébins, dans le prolongement de la guerre d’Algerie, et sans doute dans le prolongement du terrorisme de l’OAS. Et apparemment, la consigne donnée à la police et à la justice est de regarder ailleurs. Cela ne peut pas être sans conséquence. Les répercussions seront lourdes sur la société, mais aussi sur le fonctionnement de nos services. Vous le savez aussi bien que moi.

Dans cette ville portuaire du sud de la France, cette histoire basée sur des faits réels, portée par la plume légendaire de Dominique Manotti nous fait découvrir cette tragédie à travers une enquête menée de main de maître, et fête le retour de notre héros, l’inspecteur Daquin.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais trop tard pour faire connaissance avec une belle plume retardée j’avoue par le côté polar politique qui m’effrayait et pourtant je ne regrette pas cette découverte, bien au contraire.

Pour sortir de mes zones de confort, c’est bien souvent comme pour le cinéma, il suffit que ce soit basée sur des faits réels, d’après une histoire vraie ou d’un fait historique pour que je sois attirée.

En 73, j’étais bien trop jeune pour me souvenir de ces tragiques événements mais grâce à ce récit et à travers cette enquête policière, brillamment menée mes lacunes sont comblées.

Car Dominique Manotti a fait de sacrés recherches en amont pour nous offrir ce roman d’une noirceur effrayante.

Tout comme certains auteurs, elle n’hésite pas à toucher certains points sensibles qui rappellent étrangement certains faits récents de notre actualité. Sous couvert de leur uniforme, il est vrai que certaines professions s’accordent quelques passes droits.

À travers ce roman, elle nous confronte à une terrible réalité et nous plonge au cœur même de la corruption policière gangrenée par le racisme.

Qu’ils soient du bon ou du mauvais côté, ses personnages interpellent, bouleversent, révulsent, aucun ne peut nous laisser indifférent.

Une écriture remarquable qui véhicule à travers une tension extrême une multitude d’émotions, qui en font un véritable page-Turner difficile à quitter et impossible à oublier.

Percutant, dérangeant, époustouflant, c’est à lire absolument.

Pour info :

Née en 1942, Dominique Manotti a enseigné à l’université l’histoire écono­mique contemporaine.

Autrefois militante politique et syndicale, elle publie à partir de 1995 une dizaine de romans noirs, dont trois mettant en scène le commissaire Daquin.

L’un de ces romans, Nos fantastiques années fric, a été adapté au cinéma sous le titre Une affaire d’État. Après Bien connu des services de police, Trophée 813 du Meilleur roman noir francophone en 2010, elle a reçu pour L’Honorable société, écrit avec DOA, le Grand Prix de Littérature policière 2011.

Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. Racket (ed. Les arènes, 2018) , Marseille 73 est son treizième roman.

Je remercie les Éditions Les Arénes pour ce récit bluffant.

Représailles

Représailles de Florian Eglin aux Éditions la Baconnière

(…) – Toi qui cherchais une amorce pour ton prochain roman, je crois que tu l’as trouvée, fit Adèle en se recroquevillant sur son siège. Cette poursuite en pleine nuit, c’est accrocheur, non ?

Elle semblait se retenir très fort. Pour ne pas crier. Pour ne pas pleurer. Pour continuer à faire comme si tout allait bien. Hormis foncer sans se laisser déporter, Tom était impuissant. Totalement. Ou alors freiner sec pour repartir dans l’autre sens après un tête-à-queue contrôlé ? Tom était bon conducteur. Très bon même. Avec sa famille dans la voiture, il ne pouvait cependant pas prendre le moindre risque en se la jouant Fasr and Furious. De toute façon, il ne connaissait pas la région. Il finirait par se retrouver sur une route pas carrossable. Un scénario foireux qui ne lui disait rien.

Tom et Adèle sillonnent avec leurs deux enfants, une route corse afin de rejoindre leur lieu de vacances. Lorsque qu’un monstrueux SUV commence à les suivre, ils sont loin d’imaginer ce qu’ils s’apprêtent à vivre.

À bord de ce SUV, un trio monstrueux, prêt à tout pour assouvir leur soif de violence.

Tom, voit prendre vie le pire scénario dont il a toujours rêvé écrire.

La route des vacances va vite se transformer en descente en enfer, une drôle de manière de faire connaissance avec le désert des Agriates et l’hospitalité Corse.

(…) – Tu sais, quand on touche à la famille, avec ces types qui se croient deux siècles en arrière… Pour moi, c’est comme si c’était écrit, ça va finir dans le sang.

Ce que j’en dis :

Représailles, sortie initialement prévue le 20 mars 2020, reportée au 5 juin 2020, suite au confinement sanitaire imposé par le petit chef, mérite tout les lauriers que l’on commence ici et là, à lui décerner, et il aurait vraiment été injuste de ne pas vous en parler.

Car si mon petit laïus de présentation vous fait croire à un scénario classique, voir déjà lu, vous êtes loin du compte, et tout juste au début d’une multitude de surprises.

Cette traque sauvage va vous entraîner dans les méandres de l’âme humaine à travers le paysage Corse, et vous confronter à une violence démoniaque.

Ce roman noir, qui flirte avec les codes du thriller et du polar, est en plus porté par une plume absolument somptueuse.

Florian Eglin peut s’enorgueillir de posséder autant de qualité.

Il nous offre un récit construit de main de maître, au rythme infernal, glaçant tout en étant bouleversant, riche en référence littéraire et cinématographique, (ça ne va pas arranger vos listes), avec des personnages terrifiants et pourtant attachants, où s’invite en plus une pointe d’humour grinçante.

C’est simple, une fois commencé, vous ne pourrez plus quitter cette histoire sanglante terriblement déchirante.

Croyez-moi, vous êtes loin d’imaginer ce qui vous attend, et désormais il ne tient qu’à vous d’en découvrir davantage.

Il aurait pu être américain et bien non , Florian Eglin est Suisse, tout comme son confrère Joseph Incardona, qui m’a également bluffé dernièrement. Décidément cette année n’a pas fini de me surprendre, pour mon plus grand plaisir.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire… N’est-ce pas ?

Ps : Si quelqu’un connaît Tarantino, ce serait bien de lui faire lire aussi, on ne sait jamais, ça pourrait le tenter pour une adaptation cinématographique.

Pour info :

Florian Eglin est né le 7 décembre 1974 à Genève et enseigne le français au collège. Marié avec une enseignante, il vit à Genève et est père de deux enfants.

Il est l’auteur aux éditions La Baconnière d’une trilogie sur un personnage de fiction mi-homme mi- dieu, Solal Aronowicz (Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal. Roman brutal et improbable, 2013 ; Solal Aronowicz, une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?, 2014 ; Solal Aronowicz. Holocauste, 2015), qui a connu un beau succès critique en Suisse. Holocauste a également remporté le Prix du Salon du livre de Genève 2016 et le premier tome a été primé par le Prix public de la RTS. Les deux premiers tomes, épuisés, ont été réédités en poche.

Héritier concomitant de Ian Fleming et d’Huysmans, les écrits grinçants, violents et terriblement drôles de Florian Eglin sont à mettre entre les mains d’un public averti, amateur d’une littérature contemporaine et originale.

Il a remporté lePrix du Salon du livre de Genève en 2016 et est lauréat de la Plume d’or de la société genevoise des écrivains en 2018.

Je remercie infiniment Aurélie de l’agence Un livre à soi et les Éditions la Baconnière pour ce récit magistral, absolument inoubliable.

Champ de tir

Champ de tir de Linwood Barclay aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Çanada) par Renaud Morin.

” L’inspecteur Barry Duckworth, de la police de Promise Falls, était à son bureau quand son téléphone sonna. Il décrocha le combiné d’un geste vif.

– Duckworth

– Bayliss à l’appareil

Trent Bayliss, le sergent préposé à l’accueil.

– Ouais ?

– J’ai un sacré spécimen ici, dit Bayliss, incapable de dissimuler son amusement.

– Qu’est-ce que vous racontez ?

– Le type s’est fait ramasser alors qu’il errait en ville. Il veut parler à un inspecteur. Je vous l’envoie. Il dit s’appeler, Brian Gaffney. Mais il n’a pas de papier sur lui.

– C’est quoi son histoire ?

– Mieux vaut qu’il vous raconte ça lui-même. Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir, répondit Bayliss avant de raccrocher. “

L’inspecteur Duckworth de Promise Falls est à peine remis des derniers événements meurtriers survenus dernièrement dans sa ville, qu’il se retrouve chargé d’une étrange affaire.

Un jeune homme prétend avoir été enlevé, mais vu qu’il ne se souvient de rien c’est difficilement crédible. Mise à part l’étrange message indélébile trouvé sur son corps, aucun indice pour démarrer l’enquête. Ça ne va pas être simple.

De son côté, le détective privé Cal Weaver est sollicité pour protéger Jeremy Pilford, ce gosse de riche, arrogant, soupçonné d’avoir écrasé une jeune fille. Acquitté par le tribunal pour irresponsabilité, l’adolescent n’en demeure pas moins coupable aux yeux de certains qui n’hésitent pas à le lyncher sur les réseaux sociaux.

Il semblerait que des redresseurs de torts soient bien décidés à faire justice eux-mêmes. Mais ont-ils choisi les bonnes cibles, aveuglés par leur soif de vengeance ?

Décidément, ce n’est pas encore maintenant que Promise Falls pourra prétendre à nouveau à son statut de ville paisible.

Mais heureusement on peut compter sur l’inspecteur Duckworth et sur le détective Weaver pour lutter contre cette chasse aux sorcières des temps modernes.

Ce que j’en dis :

Depuis Fausses promesses, publié en 2018 suivi d’ En lieux sûrs en 2017, puis Faux amis en 2018 et Vraie folie en 2019, je suis les aventures de cette bourgade américaine avec attention, il faut dire que Linwood Barclay, fait bien son job pour accrocher le lecteur en gardant du suspens jusqu’à quasiment la dernière page et en remettant en scène ce duo flic/détective plutôt sympathique.

Un peu comme une série télé où chaque nouvelle saison t’entraîne vers de nouvelles affaires pleines de péripéties.

Ce dernier, Champ de tir est plutôt réussi, et j’ai même trouvé l’écriture plus soignée même si elle reste assez simple dans l’ensemble.

Le scénario tient la route et le suspens est maintenu à travers des chapitres courts où l’inspecteur et le détective interviennent à tour de rôle.

Donc, si vous avez accroché avec les précédents, ce petit dernier devrait vous plaire, et comme l’auteur est malin, même si les affaires sont bouclées, la fin ouverte laisse présager de nouvelles aventures.

À suivre…

Pour info :

Auteur de polars incontournable, Linwood Barclay a déjà publié seize romans chez Belfond, dont Cette nuit-là (2009) et sa trilogie consacrée à la ville fictive de Promise Falls – Fausses promesses (2018), Faux amis (2018) et Vraie folie (2019).

Tous sont repris chez J’ai lu.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture addictive.