La fauve

La fauve de Yvan Robin aux Éditions Lajouanie

Hier en regardant la série Inside Man, j’ai retenu cette réplique d’un prisonnier attendant sa sentence dans le couloir de la mort : « il existe des moments qui nous transforment en meurtrier, il suffit d’une bonne raison et d’une mauvaise journée. Nous sommes tous des meurtriers, il suffit de rencontrer la bonne personne. », une réplique qui a pris effectivement tout son sens lors du visionnage et qui fait étrangement écho à cette histoire démoniaque.

Car si comme l’annonce la couverture et l’extrait qui va suivre, la fauve hante ce lieu, il suffit de la crise d’une seule personne, pour provoquer une suite d’événements fatals, mettre à feu et à sang les abords du village en une seule nuit et faire des simples mortels, des meurtriers sanguinaires.

“ Le loch Ness avait son monstre, le Gévaudan sa bête. Ici, c’était la Fauve. Un félin femelle mangeur d’hommes, échappé d’un cirque à la manque, dans les années vingt du siècle d’avant. Dixit la légende locale. Le bois de la Fauve n’avait aucun attrait touristique au-delà des frontières du village, mais la croyance qu’il était hanté par cette chatte sanguinaire perdurait. Aucun forestier ne daignait s’occuper des arbres couchés par les tempêtes, et la chasse y était prohibée. ”

Rien ne s’est passé comme prévu, ni pour la responsable de ce carnage, ni pour les autres, se trouvant sur son chemin.

“ Son pouls tambourinait dans ses oreilles. Ses poumons incendiaient sa poitrine. Il fallait transpirer toute cette crasse qu’on avait mis en elle. Elle devait s’enfuir plus loin que ses jambes la porteraient. S’enfoncer dans la forêt. Disparaître. Se livrer à la bête. Se laisser dévorer. ”

Véritable coup de théâtre en trois actes, avec des comédiens qui improvisent au fur et à mesure , chacun cherchant au mieux à sauver sa peau. Même la bête, tant redoutée, pourra satisfaire son appétit…

“ Goutte à goutte dans les feuilles. Larmes. Prière. Murmure. Prière. Langue râpeuse. Prière. Goût du sel. Hurlement. Goût de viande. Hurlements de l’homme. Goût salé de viande d’homme. ”

Connaissant déjà l’auteur pour avoir lu ses trois précédents romans, ( chroniques, ici, , et là aussi), que j’avais fortement appréciés, en fidèle lectrice j’étais impatiente de découvrir ce petit dernier dont je n’ai fait qu’une bouchée, tant le menu était à la hauteur de mes espérances.

Une fois cette nouvelle proie livresque entre mes mains, je me suis retrouvée piégée dans une course infernale contre la mort qui rôdait entre ces pages.

Comme à son habitude, l’auteur joue avec les mots, n’utilisant que les meilleurs nous offrant un festin littéraire sans aucune indigestion, l’essentiel étant là. Ni trop, ni pas assez, et moi l’amoureuse des mots j’apprécie.

Yvan Robin pose un regard au scalpel, sur les habitants de ce village, leur donnant voix au chapitre qui les concerne.

Et comme toujours, dans ce chaos, il n’oublie pas de réparer les injustices, permettant aux victimes de se libérer de leurs bourreaux.

Vous l’aurez compris, La Fauve et moi, on était faite pour bien s’entendre, je l’ai vite apprivoisée, et une fois de plus, tout en se renouvelant avec une nouvelle histoire à l’opposée des anciennes, Yvan Robin nous en met plein la vue.

Mais jusqu’où ira cet auteur ? En bonne place dans les palmarès ça déjà c’est certain.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Lajouanie de m’avoir permis de découvrir La Fauve avant le passage du père Noël…

Les trente meilleures façons d’assassiner son mari

Les trente meilleures façons d’assassiner son mari de Seo Mi–ae aux Éditions Matin calme

Traduit du coréen par Kwon Jihyun et Rémi Delmas

“ Des idées me traversaient la tête. Comment m’y prendre ? Et l’alibi ? Que faire du corps ?

Plus mon plan se précisait, plus je devenais prudente. Je prenais soin de mon mari, lui préparais de bon petit plats, histoire de le payer pour toutes ces années de mariage où la tendresse et la sincérité avaient cruellement manqué. Après tout, il n’avait plus que quelques jours à vivre, et c’était mon époux. Je pouvais faire ça pour lui. ”

Si certains livres vous proposent 30 façons d’accommoder les restes, celui-ci écrit par l’auteure de Bonne nuit maman, vous propose 30 façons d’assassiner son mari, voilà qui pourrait donner des idées à certains et certaines, pour qui le divorce s’avère compliqué voir impossible….

À travers cinq histoires, l’auteure mets en avant ce qui poussent ces femmes au crime.

Qu’ils soient question de jalousie, de harcèlement, de violence conjugale, d’amour toxique, de soumission, toutes ont une bonne raison de vouloir se libérer de leurs maris qui font de leur vie un enfer.

Une solution comme une autre pour se débarrasser des encombrants sans forcément se déplacer à la déchèterie.

Une lecture assez jubilatoire à prendre au second degré évidemment, un petit intermède avant de retrouver le prochain thriller de Seo Mi- ae .

Bois de fer

Bois de fer de Mireille Gagné aux Éditions La Peuplade

“ Dans l’espoir de me réanimer, j’ingurgite toutes sortes de savantes mixtures bios, de vitamines, de capsules colorées, décolorées. […] Vous angoissez tous à m’arroser. Donnez-moi juste un peu d’espace, allouez-moi une terre, un champ, une forêt, une île, pour m’enraciner.”

Mireille Gagné nous fait sortir des sentiers battus, en nous offrant à sa manière un récit poétique, écologiste avec une belle part d’ironie où l’on devine ses inquiétudes face à toutes les agressions que la planète subit, là où le béton étouffe la terre laissant tout de même l’espoir d’une guérison si on lui apporte enfin les soins nécessaires.

“ […] Survivre à l’extinction, survivre à l’extinction…”

Après le règne animal exploré dans “ Le lièvre d’Amérique ”, l’auteur nous emporte vers le règne végétal à travers “ Bois de fer ”. La magie opère et la poésie se libère sous sa plume pour nous conter l’histoire de cette femme en pleine mutation végétale, passant par des phases liées au temps qui passe, apportant son lot de décrépitude, de maladie. Un véritable conte où l’humain se transforme en arbre pour nous faire ressentir les souffrances qu’ils endurent face à leurs destructions.

“ Il faut garder espoir qu’une partie de soi puisse être sauvée. ”

Bois de fer, un livre où l’espoir de résurrection de la terre reste encore une possibilité si infime soit-elle tant que les arbres seront là.

Les oiseaux des marais

Les oiseaux des marais de Lisa Sandlin aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire-Marie Clévy

Pour faire connaissance avec Delpha Wade et Tom Phelan , il est vivement recommandé de lire le premier roman : Les Samaritains du bayou (chronique ici), puisque cette nouvelle enquête est la continuité de la précédente.

Difficile donc de présenter Les oiseaux des marais sans spolier, vais donc m’en tenir à mes impressions.

Si le précédent m’avait un peu perdue par moment, celui-ci est à mon sens plus réussi.

On retrouve notre duo d’enquêteurs Delpha et Wade, dorénavant attachés l’un à l’autre, prêt à tout pour mener à bien les nouvelles enquêtes tout en gardant un œil sur celle passée, tout n’étant pas encore classé.

Moins de suprise connaissant le duo plutôt attachant mais ils ont davantage de relief, tout en étant plus complices.

Un roman bien ancré dans les années 70 du Sud des États-Unis, avec les travers de l’époque, nous plongeant dans une enquête assez classique qui permet de lever le voile sur le passé de chacun des enquêteurs.

À retrouver peut-être dans un troisième volet, voir plus, le bureau d’enquêtes restant ouvert…

Quatuor d’automne

Quatuor d’automne de Barbara Pym aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Martine Béquié avec la collaboration d’Anne-Marie Augustyniak

“ Elles recevraient chacune une petite gratification de fin de services, mais l’État subviendrait à leurs besoins essentiels, qui ne pouvaient pas être bien considérai. Les femmes vieillissantes n’avaient pas besoin de manger beaucoup, il était plus important d’avoir chaud, et de gens comme Letty et Marcia avaient probablement des ressources personnelles ou des économies, un pécule à la poste ou dans une société de crédit immobilier. C’était un réconfort que d’envisager la situation sous ce jour, et même si elles n’avaient rien, les services sociaux s’étaient tellement améliorés que personne ne mourait de faim ou de froid. Et si les gouvernements manquaient à leur devoir, il y avait toujours les médias – les émissions de télévision qui vous harcelaient sans cesse, des articles émouvants dans les journaux du dimanche et des photos qui vous ébranlaient dans les suppléments couleurs. Il n’était pas nécessaire de s’inquiéter poMiss Crowe et Miss Ivory. ”

Après avoir travaillé quarante ans aux côtés de Norman et d’Edwin, Letty et Marcia arrive au bout de leur carrière, l’heure de la retraite est arrivée. Pour ces deux femmes célibataires que l’on peut indubitablement considérer comme vieille fille, il va falloir trouver comment s’occuper, elles qui n’avaient guère d’activités en dehors du travail mise à part des passages à la bibliothèque ou à l’église.

Que faire du temps qu’il leur reste ?

Barbara Pym mets en scène ces célibataires d’un âge avancé confrontés à la solitude, que ce soit du côté féminin ou masculin.

Elle amène ses personnages à se questionner sur leur vie passée, sur les relations humaines laissant dans son sillage son lot de nostalgie quand les regrets s’invitent dans le paysage.

Assez cynique et quelque peu déprimant, heureusement les temps ont bien changé, ce qui permet à ce Quatuor d’automne absolument Vintage de trouver sa place dans cette collection.

Le sourire de Jackrabbit

Le sourire de Jackrabbit de Joe R.Lansdale aux éditions Folio

Trader l’anglais (États-Unis) par Frédéric Brument

“ […] Mais commençons par le commencement. J’ai l’impression d’un malaise sur les différences de couleur. Si les Noirs, les basanés, les rouquines super séduisantes comme ma femme, ou les personnes exceptionnelles comme moi, vous posent un problème, alors ça ne sert à rien qu’on discute. ”

Être dérangé le jour de ses noces, franchement c’est abusé, surtout par une famille qui transpire le racisme à plein nez, y’a qu’à voir leurs tatouages. Mais voilà, ces intégristes religieux n’ont plus de nouvelles de leur fille surnommée Jackrabbit, et il semblerait qu’après avoir fait le tour des agences de détectives privés, ils n’aient pas trouver mieux que la leur.

Et puis pour Hap et Leonard, nos deux détectives c’est pas un problème, au contraire ça les amuse.

“ […] tu peux m’expliquer pourquoi il y a une pastèque, des gâteaux et de la liqueur de malt sur le bureau ?

– Si ces deux-là se pointent, j’ai pensé que ça collerait au stéréotype. J’adore les asticoter.
– Pas aujourd’hui, dit Brett. Range-moi ces trucs. J’y ai réfléchi toute la nuit. Ce sont peut-être des connards, mais s’ils nous engagent, ce seront nos connards de clients, alors traitons-les comme tels. Libre à nous de les détester en dehors des heures de travail. ”

Même s’ils doivent passer par Marvel Creek, où la fille a été aperçue, une petite ville reculée du Texas, bien connue pour son côté raciste et où une bande de fanatiques fait sa loi.

Ne vous fiez pas aux apparences, Hap et Leonard même s’ils ont de l’humour et de l’esprit, ils sont bien plus dangereux que ceux qu’ils poursuivent, rien ne les arrête, et une chose est sûre, avec eux on ne s’ennuie pas.

Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas encore notre duo d’inséparables.

Si Hap est blanc, hétéro et idéaliste, Leonard lui est noir, homo et républicain, toujours prompts à la deconnade quelque soit la situation.

Faut pas avoir peur du politiquement incorrect comme on dit dans le jargon littéraire, car s’ils mouillent leur chemise allant jusqu’à avoir chaud aux fesses, toi lecteur, tu vas franchement t’éclater jusqu’à pleurer de rire.

Nouveau volet de la série mettant en scène ce duo dont on ne se lasse pas, où Lansdale nous entraîne au cœur de l’Amérique sombre mettant sous le feu des projecteurs les laissés pour compte, faisant d’eux de magnifiques loosers.

Lansdale c’est trop de la balle, vous auriez tort de passer à côté.

Mr Wilder et moi

Mr Wilder et moi de Jonathan Coe aux Éditions Folio

Traduit de l’anglais par Marguerite Capelle

« Qu’est-ce que je vais devenir, Geoff ? ai-je demandé en lui agrippant les mains. J’ai deux talents. Deux choses qui me donnent une raison de continuer à vivre. Je suis une bonne compositrice, et je suis une bonne mère. Écrire de la musique, élever des enfants. C’est ce que je sais faire. Et maintenant voilà qu’en gros, on me dit qu’on n’a plus besoin de ces deux compétences. Sur les deux fronts, je suis finie. Kaput. Et je n’ai que cinquante-sept ans ! Cinquante-sept ans, c’est tout. »

Ce matin la vie de Calista, la cinquantaine, mariée, deux enfants prends une tournure qui ne lui plaît guère. Ses filles s’apprêtent à quitter le cocon familial, et sa carrière de compositrice semble s’éteindre tout doucement. La nostalgie l’envahît et les souvenirs du passé surgissent, lui rappelant son plus bel été des années 70 où par un heureux hasard elle s’était retrouvée embauchée comme assistante sur le tournage du dernier film de Billy Wilder.

Alors que Billy est sur le point de boucler sa carrière, la sienne est sur le point de commencer.

[…] Billy. Je crois sincèrement que la seule chose qui comptait vraiment à ses yeux, c’était de faire des films. Tout le reste – les conditions de leur réalisation, le confort (ou le manque de confort) du cadre, les petites impolitesses des chauffeurs, des serveurs ou des grooms – n’avait absolument aucune prise sur lui. Il était au dessus de tout ça et conservait sa bonne humeur face à toutes les petites épreuves de la vie. […] Cela ne signifie pas qu’il n’était pas capable de se montrer grossier ou agressif quand l’envie lui en prenait.

À travers les souvenirs de Calista, Jonathan Coe nous plonge dans les coulisses du cinéma, notamment la carrière du grand Billy Wilder, nous montrant l’envers du décor, celui que l’on ne voit pas, lorsque bien installé dans notre fauteuil au cinéma, on découvre le film.

Le lecteur devient spectateur avant l’heure, assiste au tournage, découvre les caprices des stars et les aléas du quotidien des réalisateurs et des scénaristes à travers de nombreuses anecdotes.

À sa manière, Jonathan Coe rend un bel hommage à un réalisateur qu’il vénère, une brillante idée pour mettre en valeur le septième art, pour que les étoiles ne meurt jamais.

Un bon moment de lecture pour la cinéphile que je suis où l’humour anglais est au rendez-vous, mais loin du plaisir que j’avais éprouvé avec son roman : La pluie, avant qu’elle tombe paru en 2009.

À vous de voir…

Médecine blanche pour Crazy Horse

Médecine blanche pour Crazy Horse de Dan O’Brien aux Éditions Le diable Vauvert

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weil

“ […] quand je ferme les yeux, viennent se mêler de plus en plus souvent à tous ces bruits modernes des sons qui me semblent plus naturels : l’agréable monotonie de la répétition d’un grave battement de tambour, une mélopée funèbre chantée au loin par des femmes sauvages, le craquement de l’armoise sous des bottes usées. J’entends le grincement du harnais et de la selle, les pointes de sabre contre les éperons, les grognements complices des chevaux. Lorsque ces sons me reviennent, j’ai l’impression de parcourir le temps aussi sûrement que les marins parcourent la mer et je me prépare aux souvenirs qui sont aujourd’hui ma vie. ”

Le docteur Valentine McGuillycuddy, vit à présent dans un hôtel à San Francisco. Malgré son âge avancé, il exerce toujours et certains soirs lorsque le sommeil tarde à venir, il se souvient des moments forts de sa vie, quand sa femme Fanny était à ses côtés et tout particulièrement de l’époque où ils résidaient dans les Grandes Plaines de l’Amérique du Nord, et notamment du six septembre 1877, ce fameux jour où il vécu un des plus grands moments décisifs de sa vie.

“ C’était le vieux docteur McGraw qui, en me voyant travailler et me façonner à son image, m’avait finalement mis sur la voie qui m’avait conduit jusqu’ici. Si McGraw ne m’avait pas pris à l’écart un soir d’ivresse en me confiant le tourment de sa vie, je n’aurais jamais vu les Grandes Plaines, jamais éprouvé la force d’une vie nomade, jamais eu la chance d’employer mes talents à soigner le dernier chef de guerre de la nation oglala. ”

Depuis 1876 la grande guerre des sioux fait rage, dans l’Ouest de l’Amérique. Avant ce fameux jour, le docteur Valentine fera la connaissance de Crazy Horse dans des circonstances inattendues.

Et lorsque quelques temps plus tard, ils se reverront, le docteur Valentine, chirurgien au Camp Robinson, sera amené à tout faire pour sauver la vie du grand chef indien Crazy Horse, victime d’une tentative de meurtre.

“ Il y avait de l’émeute dans l’air, un risque de tumulte et de guerre. Au loin à l’Est on voyait un groupe de guerrier, coiffés de pleines parures de plumes, avec à leur centre Red Cloud. L’échec observait la scène avec un visage de marbre, comme s’il regardait une pièce dont il connaissait déjà le dénouement. ”

Sous la magnifique plume de Dan O’Brien, le grand chef Crazy Horse et le docteur Valentine renaissent et nous permettent de découvrir un pan d’Histoire, nous entraînant dans les Grandes Plaines, sur les terres des indiens.

Une chevauchée fantastique, en pleine guerre de territoire où les soldats de l’armée américaine combattaient les indiens rebelles, alors qu’un médecin tentait de réparer les dégâts du côté ennemi et dans son camp. Un médecin qui ne supportait pas la violence, même s’il comprenait qu’elle était inévitable.

“ Les petits sioux étaient connus pour leur don pour l’équitation, le tir à l’arc, et le chapardage des viandes mises à sécher. Je les avais observés dans leur camp et je savais que Touch the Clouds avait raison. Toute leur éducation était tournée vers la guerre, le vol des chevaux, l’endurance et le courage. ”

Avec un talent incroyable, Dan O’Brien nous fait revivre ces moments, nous fait part de l’amitié improbable, née entre un médecin et un chef indien.

Il nous transporte au cœur des Grandes Plaines, à l’époque où les hommes s’affrontaient pour un territoire, et où le début de la médecine permettait parfois de sauver des vies.

C’est brillant, d’une réalité incroyable, avec des passages de toute beauté pour nous immerger au cœur des grands espaces, et d’une grande précision pour les personnages, leurs cultures et traditions, sans oublier les réserves indiennes et les camps militaires.

Je regrette que la couverture du format poche ne rende pas davantage justice à ce formidable roman, qui comme semblait le penser Jim Harrison : « À croire que les fantômes des Sioux ont inspiré ce livre ».

Il serait vraiment dommage de passer à côté.

Miss Joséphine

Miss Joséphine de Margaret Wilkerson Sexton aux Éditions Actes Sud

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Mistral

« Toutes les femmes qui sont venues avant toi sont à tes côtés, elles te soutiennent, elles ont te guider jusqu’au bout. ”

2017, à la Nouvelle-Orléans, Ava une jeune femme métisse de 34 ans, mère célibataire, emménage avec son fils King, chez sa grand-mère paternel, une femme blanche très fortunée d’un âge avancé et à la santé délicate.

Sa mère Gladys, n’est pas très à l’aise avec cette idée, et préfère encourager Ava sa fille à rester méfiante.

Ava, découvre jour après jour selon les humeurs de sa grand-mère, son caractère et le racisme qui l’habite toujours. Et ce n’est pas le portrait de Joséphine son arrière-grand-mère qui ne l’a quitte pas qui lui dira le contraire, lorsque le don particulier que possède les femmes de cette famille se manifeste.

Le passé se confronte au présent, jamais il ne meurt et montre à quel point l’inégalité entre les blancs et les noirs perdure.

“ Je m’éclaircis la gorge et pose la tête sur l’oreiller. C’est dur de regarder en arrière. Même si près de la mort, je préfère encore regarder devant moi. ”

Avec talent, Margaret Wilkerson Sexton nous fait voyager à travers trois époques, et trois voix féminines unies par les liens familiaux, qui tentent chacune à leur manière et selon l’époque et les épreuves qu’elles traversent de se construire une identité, confrontées à la ségrégation depuis plus de 150 ans.

Une nouvelle plume américaine qui nous entraîne avec enchantement d’une génération à l’autre, révélant l’importance de l’héritage familial, de sa transmission, pour qu’un jour l’espoir de liberté et d’égalité ne soit plus uniquement qu’un rêve.

Plus bas dans la vallée

Plus bas dans la vallée de Ron Rash aux Éditions Gallimard

Collection La Noire

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Plus bas dans la vallée, la forêt est sur le point de disparaître laissant derrière elle un aspect vérolé, sans âme, les animaux ayant fuit cet endroit de désolation, chacun à sa suite…

“ Dans un marais on pouvait couper les arbres tout en sachant que des poissons continueraient à nager là où il y avait des arbres, et puis sur leurs souches on voyait des grenouilles, des tortues boites et des oiseaux. Mais ici les souches pâles donnaient à la terre un aspect vérolé, comme si elle était infectée par une horrible maladie. Une maladie qui tuait aussi l’ensemble des animaux, parce que Quince n’avait vu ni lapin, ni cerf, ni oiseau dans le secteur qu’ils avaient déboisé. ”

Serena est de retour et semble vouloir en finir avec cet endroit pour retrouver le Brésil, pour de nouvelles forêts à exploiter, à détruire…

Plus bas dans la vallée, les appalachiens tentent de garder la tête hors de l’eau, tant les conditions de vie sont devenus difficiles.

La forêt disparaît et pourtant l’horizon reste toujours aussi obscur pour ces hommes et ces femmes.

Mais malgré tout on s’entraide par ici, pour le meilleur comme pour le pire.

“ Nous nous en sortirons ensemble, mais cela allait de soi. Ils étaient voisins. ”

C’est comme à Vegas, tout ce qui se passe plus bas dans la vallée reste plus bas dans la vallée, et pour ceux qui réussiront à la quitter, ils n’oublieront jamais être passé par-là, ils n’oublieront pas à quel point ils lui sont redevable, mais encore faut-il réussir à partir…

Car il est bien difficile de quitter ces Appalaches si chères au cœur de Ron Rash qui nous en donnent des nouvelles à travers six histoires qui reflètent bien l’ambiance de cette contrée et les conditions de vie de ces oubliés de l’Amérique qu’elles soient du passé ou du présent.

Et pour ceux qui oseront s’aventurer sur ces terres avec de mauvaises intentions, ce sera à leur risque et péril.

Ron Rash nous ouvre une nouvelle fenêtre sur son territoire, nous laissant poser un regard sur ces habitants, partageant ses inquiétudes face à la destruction humaine et au changement climatique avec une bonne dose d’humour noir et un style poétique qui lui sied si bien.

Un territoire qu’il connaît bien et qui l’habite jusqu’au bout de sa plume.

Un territoire que l’on quitte à regret en espérant d’autres nouvelles de cet acabit, en attendant la suite de Serena (le roman paru en 2011) qui s’annonce déjà spectaculaire, vu la première nouvelle, il ne peut en être autrement.

Lisez-le vous comprendrez.