Vivonne

Vivonne de Jérôme Leroy aux Éditions de La Table ronde

[…] Aux dernière nouvelles, le Calvados n’était pas encore touché par les inondations, les pluies diluviennes et les typhons cataclysmiques ravageant méthodiquement, en ce mois de novembre, les Hauts-de-France, la Picardie et maintenant Paris.

On parlait de plus de cent morts et s’il en jugeait par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux, la tempête tropicale qui s’était déclenchée depuis deux heures allait faire un sacré nombre de victimes dans Paris.

Depuis son bureau parisien, rue de l’Odéon, l’éditeur Alexandre Garnier assiste à un spectacle hallucinant. Un typhon s’est abattu sur la région, détruisant tout sur son passage, en laissant dans son sillage de nombreux morts et des milliers de blessés.

Une rivière de boue a envahi les rues de Paris et les rats surgissent des égouts. La fin du monde semble proche pour Alexandre qui voit resurgir avec nostalgie les souvenirs de son passé où la vie était bien plus clémente.

Inquiet de voir son monde disparaître, il repense justement à Adrien Vivonne, un écrivain, poète dont il a publié les livres et qui s’est évaporé mystérieusement en 2008.

“ Où était Adrien Vivonne, dans cette guerre absurde de tous contre tous ? Était-il encore en vie ? Y avait-il encore un jardin clos pour lui, dans une petite maison couverte de vigne vierge, dans un quartier calme d’une sous-préfecture aux toits de lauze ou aux murs de tuffeau ? Une chaise longue avec une pile de vieux livres de poche dans l’herbe ou une table de ferme sur laquelle il écrivait dans une cuisine aux tommettes fraîches, aux cuivres rutilants dans la pénombre traversée par des rais de soleil qui font voler une poussière lumineuse à travers les persiennes ? ”

Il pouvait être caché n’importe où, sur le plateau des Millevaches ou pourquoi pas dans les Cyclades.

Qui pourrait lui en vouloir ? Le monde s’écroule, les ouragans s’enchaînent, suivis de sécheresse, de canicule et politiquement ce n’est pas mieux, les Dingues sont au pouvoir, et la multiplication des cybersabotages risquent bien de provoquer une Grande Panne.

Il est urgent de retrouver Vivonne, car sous ses airs de poète fantasque, il semble avoir trouvé un passage secret vers un monde apaisé.

Mais n’est-ce pas “ un peu tard dans la saison ” pour retrouver Vivonne ? Devra-t’il Nager vers la Norvège, jusqu’au Cimetière des plaisirs pour vivre enfin Les jours d’après ?

« On ne savait pas depuis quand mais, c’était sûr, ils étaient là. Ils débarquaient dans les îles, et ils ne choisissaient pas n’importe lesquelles. Seulement celles qui possédaient dans leurs temples ou leurs bibliothèques des reliques et des livres du Poète. Ils massacraient les Amis qui tentaient de résister. Ils détruisaient les maisons et les bateaux. Ils rétablissaient le culte de l’Ancien Dieu.

Et surtout, les Autres brûlaient les livres du Poète. Les livres d’Adrien. ”

Ce que j’en dis :

Sentant venir la fin du monde, notre éditeur perclus de culpabilité, semble vouloir passer à confesse. Rongé par la jalousie face au talent de son ami poète, il s’est éloigné de lui et maintenant qu’il est en galère il le regrette.

Sachant que Jérôme Leroy possède plusieurs cordes à son arc, notamment celle de poète, je me demande si avec cette fiction qui n’est parfois pas si loin de la réalité, il n’a pas quelques comptes à régler avec l’humanité ?

“ Seuls les idiots croient que la réalité apprend plus de choses que les romans. Les romans sont les Guides du Routard de l’existence. En mieux écrits et avec des personnages qui nous ressemblent, même s’ils ne nous plaisent pas, surtout s’ils ne nous plaisent pas. ”

Mine de rien, tout en nous divertissant, on sent bien qu’il est inquiet sur le devenir de notre planète que ce soit du côté climatique que politique, mais aussi sur le monde de l’édition où la poésie a du mal à se faire une place au Paradis, du à certains éditeurs frileux et aux manques de lecteurs. Pourtant ne dit-on pas : les mots guérissent les maux. Alors si l’on en croit cette histoire, la poésie de Vivonne possède des chemins de traverse qui mènent vers un lieu préservé que seul les lecteurs trouveront. Elle me plaît énormément cette idée.

Ce roman atypique réunit à lui seul tous les styles de l’auteur, tantôt poète, tantôt romancier, pour les lecteurs de 7 à 77 ans voir plus, il joue avec les mots avec élégance et on ne s’en lasse pas. Si Vivonne détient un secret, il est clair que Jérôme Leroy nous passe de nombreux messages à travers ces réflexions pertinentes sur notre monde, et les conséquences que peuvent entraîner un tel chaos climatique et social.

En ces temps difficile, il est bien agréable de s’échapper dans un bon roman, et puis qui sait, Vivonne risque de vous surprendre et de vous révéler ses lieux secrets pour vous évaporer avec lui…

Il serait vraiment dommage de passer à côté.

Pour info :

Né à Rouen le 29 août 1964, Jérôme Leroy est un écrivain français auteur de romans, de romans noirs, de romans pour la jeunesse et de poésie.
Il a été professeur de français dans différents collèges du Nord, pendant près de vingt ans.
Après un premier roman, il découvre le néo-polar par l’intermédiaire de Frédéric Fajardie. Jérôme Leroy est l’auteur du livre Le Bloc (Gallimard, 2011) qui met en scène un parti d’extrême droite, nommé le « Bloc Patriotique ». En 2017, il est le co-scénariste du film de Lucas Belvaux, Chez nous, adapté de son ouvrage. Il publie également de la poésie et reçoit le prix de l’Académie française Maïse Ploquin-Caunan 2011 pour Un dernier verre en Atlantide (La Table Ronde, 2010). L’Ange Gardien(Série Noire, 2014) reçoit le Prix des Lecteurs Quais du polar/20 minutes en 2015. Jérôme Leroy est contributeur aux pages livres de Causeur et chroniqueur politique de l’hebdomadaire communiste Liberté Hebdo depuis 2008. En 2017, il reçoit le prix Rive Gauche à Paris pour Un peu tard dans la saison (La Table Ronde). Son avant dernier roman, La petite Gauloise, est paru à la Manufacture de livres en 2018.

Aux éditions Syros, on lui doit une Souris Noire – La princesse et le Viking – deux romans en Rat Noir : La grande môme (2017) et Norlande (2013) primé à de nombreuses reprises, un hors collection, Macha ou l’évasion (2016) et un Mini Soon + Les filles de la pluie (2018).

Je remercie les Éditions de La Table Ronde,pour ce voyage littéraire plein de surprises.

Nos corps étrangers

Nos corps étrangers de Carine Joaquim aux éditions de La Manufacture de livres

[…] l’impression de se trouver loin de Paris. C’était ce qu’Elisabeth aimait par-dessus tout : une fois poussée la porte vitrée, elle basculait dans un monde préservé, le monde de l’intime, protégé de l’environnement extérieur.

Élisabeth et Stéphane l’aimaient pourtant cet appartement Parisien où leur fille Maëva avait fait ses premiers pas, mais pour oublier ce corps étranger qui s’était immiscé dans leur couple, il était nécessaire de le quitter pour tenter de recoller les morceaux en prenant un nouveau départ dans cette grande maison à la campagne que Stéphane avait trouvé.

Prendre de la distance et pourquoi pas réaliser enfin certains rêves et tenter de réconcilier leurs corps devenus étrangers l’un à l’autre.

Elle avait doucement essuyé une larme, sans vraiment savoir ce qui, entre la douceur du souvenir et le déchirement du départ, l’avait fait couler. ”

Mais il n’est jamais simple de tourner la page, d’oublier la trahison, les mensonges, et l’adaptation à ce nouvel endroit est loin d’être aisée. De nouveaux corps étrangers s’invitent dans leur nouvelle vie, et risquent de perturber à nouveau le bonheur de leur famille.

Malgré les apparences, Élisabeth n’était pas là. Du haut de son donjon, elle voyait grand, elle voyait loin, devant elle s’étalait tout le champ des possibles, se dessinaient tous les rêves qui n’avaient pas encore pris forme et, elle le savait, cet horizon onirique lui serait accessible, si seulement elle faisait les quelques pas nécessaires pour s’éloigner de sa tour. ”

Et pourtant, c’est peut-être auprès de ces corps étrangers qu’il leur sera possible de retrouver enfin une raison de vivre…

Ce que j’en dis :

En apportant ce projet à Pierre Fourniaud, François Guérif, l’ancien directeur des éditions Rivages a eu du flair et on ne peut que le remercier au passage. Et personnellement ça me plaît ces transmissions entre passionnés qui permettent à de jeunes écrivains méritants de voir enfin leurs manuscrits sortir de l’ombre, et il aurait été bien dommage de ne pas découvrir celui-ci.

Dès les premières pages on tombe sous le charme de la magnifique plume de Carine Joaquim qui nous plonge dans l’intimité d’un couple désuni.

À travers les trois personnages qui composent cette famille, nous suivrons la tentative de reconstruction du couple, cherchant parfois un échappatoire auprès de corps étrangers. Que ce soit pour le couple ou pour Maëva en pleine crise d’adolescence qui découvre à son tour les prémisses de l’amour, rien ne sera simple.

L’auteur nous confronte à cette vie de couple, avec ses trahisons, ses non-dits, ses rêves, sa force mais aussi ses faiblesses, ses souffrances intimes, ses incompréhensions, ses regrets, tout ce qui rapproche ou au contraire détruit sans espoir de retour en arrière.

Un premier roman à limite du thriller psychologique qui cache bien son jeu, car c’est bien plus qu’une histoire de désamour, c’est une histoire qui rends bien justice à tous ces corps étrangers qui jalonnent ces pages.

Bouleversant, surprenant, porté par une plume pleine de sensibilité, Nos corps étrangers s’avère une très belle découverte, et j’espère qu’à mon tour je vous aurai donné envie de le découvrir.

Pour info :

Née en 1976 à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur.Nos corps étrangers est son premier roman publié.

Je remercie la Manufacture de livres et l’agence Trames pour cette lecture intime qui ne manque pas caractère,

Belladone

Belladone d’Hervé Bougel aux Éditions Buchet.Chastel

“ La maison n’est pas belle, la maison n’est pas propre, la maison n’est pas rangée. La serrure est cassée. Mon père l’a brisée une nuit, de trois coups de pied. Ma mère ne voulait pas le laisser entrer : Fous- moi le camp, tu es encore bourré! On bloque la porte d’un bout de carton replié, ça tient. Qui voudrait nous voler ?

C’est ici que nous vivons. C’est comme ça. ”

À la fin des années 60, l’été pointe son nez dans une petite ville maussade des Alpes. La montagne surplombe le bourg, et une statue géante de la Vierge veille sur la vallée.

C’est ici que vit un jeune garçon avec sa famille.

Du haut de ses dix ans, il observe et nous livre sa vie tourmentée d’enfant malmené.

Auprès de sa famille brisée par l’alcoolisme du père suicidaire, la violence du frère, le désespoir de sa sœur et d’une mère mal-aimante, cet enfant s’efforce de grandir, rongé par les secrets, silencieux retenant ses paroles qu’il faut taire à tout prix.

“ Nous ne savons pas ce qu’est apprendre la vie, comme le rabâche notre père, mais nous avons retenu cette leçon. Nous nous taisons. Nous nous taisons pour tout ; même entre nous, nous nous taisons.

Comment s’échapper de cette vie avec de si lourds bagages ?

La peur, à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le cœur. La peur qui enserre, la peur qui réduit , la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête. ”

Par où s’enfuir ?

Ce que j’en dis :

Hervé Bougel nous offre un roman noir d’une grande sensibilité, écrit au cordeau, qui nous transporte en l’espace de quelques jours au milieu de cette vie tellement sombre que même le soleil brûlant de cet été caniculaire a bien du mal à trouver sa place.

Difficile de croire en l’avenir en grandissant dans un climat familial si torturé, et pourtant encore aujourd’hui de nombreux enfants connaissent une enfance similaire.

Impossible de ne pas être touché par ce court roman, cette écriture poétique, cette histoire dramatique qui nous donne envie de prendre cet enfant par la main pour l’emmener là où la joie illuminera enfin sa vie.

Un roman bouleversant qui vous mettra le cœur en miette.

Une belle découverte de cette rentrée littéraire 2021.

Pour info :

Hervé Bougel est né en 1958. A 16 ans, il quitte l’école et exerce différentes professions, jusqu’à devenir, en 1997, éditeur de poésie. Il vit aujourd’hui à Bordeaux.

Je remercie les Éditions Buchet . Chastel

Beautiful Boy

Beautiful Boy de Tom Barbash aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

“ Le Dakota Building, où nous avions emménagé quand j’avais quatre ans, est l’un des immeubles les plus connus au monde. […] La liste des habitants de cet immeuble et des invités qui y ont défilé est le Who’s Who d’un siècle de culture américaine. Le Dakota aurait dû figurer au beau milieu de cette vieille couverture du New Yorker qui représente une petite partie de Manhattan entourée de minuscules points symbolisant le reste du monde, car c’est l’image qu’on avait de lui quand j’étais petit. ”

New-York 1980. À l’angle de la 72 éme rue, face à Central Park, le Dakota Building domine depuis une centaine d’années. C’est dans ce lieu mythique que vit le jeune Anton Winter avec sa famille.

Il est de retour d’une mission humanitaire en Afrique et espère bien se refaire une santé auprès des siens.

“ Je me suis senti chanceux d’avoir eu une enfance relativement ordinaire, bien qu’extraordinaire. Je n’avais pas été enlevé par un de mes parents, et aucun des deux ne s’était fait renverser par un flic ivre, du moins pas encore.

Notre période d’infortune, c’est maintenant que nous la traversions. ”

Son père, Buddy, fait également une pause, après avoir été sous les projecteurs en tant qu’animateur de télévision. Il se remet doucement d’une dépression nerveuse et espère que son fils l’aidera à relancer sa carrière.

Quand à sa mère, ex- mannequin elle se consacre à la campagne de Ted Kennedy.

Sans oublier l’illustre John Lennon un des ses voisins dont il se rapproche sans pour autant profiter de sa notoriété. Une belle amitié s’installe entre eux qui sera hélas écourtée par Mark David Chapman qui fera couler beaucoup d’encre après avoir fait couler le sang au pied du Dakota Building.

Ce que j’en dis :

Tom Barbash nous offre une errance New-Yorkaise de toute beauté en nous transportant dans les années 80 au sein du Mythique Dakota Building en compagnie de la famille Winter.

Anton très proche de son père lui apporte son soutien mais avec une folle envie de s’affirmer et de prendre enfin son envol.

L’auteur pose un regard avisé sur cette famille qui a connu la célébrité dans cette ville en pleine mutation, permettant même à John Lennon de s’illustrer une dernière fois, à travers ses moments d’amitié avec le jeune Anton, qui ne l’oubliera jamais.

La violence rôde dans les rues de New-York sans pour autant mettre fin aux rêves qui hantent de nombreux américains.

Tom Barbash est l’image de sa ville, après son magnifique recueil de nouvelles , il prends de la hauteur avec ce superbe roman et grimpe sur les podiums littéraires en route vers le succès.

Une belle plume américaine, qui ravira tous les amoureux de New-York.

Pour info :

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse.

Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette balade new-yorkaise pleine de nostalgie.

La mer sans étoiles

La mer sans étoiles dErin Morgenstern aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony

En grand lecteur que vous êtes, vous connaissez forcément le monde de Narnia, l’école des sorciers d’Harry Potter, Arthur et les minimoys et même l’univers d’Alice et son pays des merveilles, mais connaissez-vous La mer sans étoiles ?

Alors permettez-moi de vous la présenter…

Peut-être l’un d’entre vous l’a peut-être déjà visité ? Car c’est derrière certaines portes que cet endroit mystérieux se cache.

“ Toutes les portes mènent à un Port sur la mer sans Étoiles, pour peu que quelqu’un ose l’ouvrir.

Peu de choses les distinguent d’une porte normale. Certaines sont simples. D’autres décorées minutieusement. La plupart ont un bouton qui n’attend que d’être tourné bien que d’autres aient des poignées à baisser.

[…] Ceux qui cherchent trouveront. Leur porte les attend. ”

Zachary Ezra Rawlins s’est trouvé face à l’une d’elle, mais ce jour là il n’a pas osé s’y attarder. Jusqu’au jour où il tombe sur un livre à la bibliothèque de son université qui raconte justement cet épisode. Comment cela est-il possible ? Le fils de la voyante devrait pourtant avoir l’habitude d’être confronté à des phénomènes étranges mais là c’est de lui dont il est question, cela devient quelque peu inquiétant.

Commence alors une véritable quête pour découvrir le fin mot de l’histoire. Une quête qui va le conduire dans un étrange labyrinthe souterrain sur les rives de la mer sans étoiles vers une bibliothèque secrète hautement protégée.

– Quel est l’interêt d’une bibliothèque musée si personne ne peut lire les livres ?

– La préservation, réplique Allegra. Vous pensez que je veux la cacher, c’est ça ? Je la protège. De… d’un monde devenu trop dangereux pour elle. Vous imaginez ce qui pourrait arriver si ça se savait ? Qu’un endroit magique, faute d’un meilleur terme, s’étend sous nos pieds ? Ce qui pourrait arriver une fois qu’il y aura des posts sur des blogs, des hashtags et des touristes ? ”

Ce que j’en dis encore :

Imaginez que la couverture soit une porte, ouvrez la et pénétrez à votre tour dans cette mystérieuse histoire pour découvrir tous les secrets qu’elle recèle.

Prenez comme guide Zachary pour ne surtout pas vous perdre en route et poursuivez votre aventure.

Préparez-vous à rencontrer de surprenantes créatures, des sorcières, des pirates, de nombreux chats, des abeilles, des gardiens, des veilleurs, des poètes et même des peintres.

Ne vous inquiétez pas pour la langue, dans ce monde elle est universelle, les livres et les paroles se traduisent d’eux-mêmes. N’est-ce pas merveilleux ?

Même le temps semble s’écouler différemment.

Et pour les repas, je vous garantis que vous ne serez pas déçu.

Si le voyage vous parait parfois ardu, surtout n’abandonnez jamais, vous pourriez regretter de ne pas en voir la fin.

Vous l’aurez compris, cette histoire est habitée par la magie, elle réveillera votre âme d’enfant et vous fera oublier vos tourments.

Et à travers tous ces fragments d’histoire disséminés à travers ce lieu atypique, vous lèverez le voile sur certaines énigmes pour découvrir enfin la grande Histoire.

Et croyez-moi, la prochaine fois que vous verrez une porte dans un lieu insolite, vous serez certainement très tenté de l’ouvrir espérant vous aussi, trouver le chemin de cette bibliothèque secrète.

“ C’est un sanctuaire pour les raconteurs d’histoires, les gardiens d’histoires, les amoureux d’histoires. Ils mangent, dorment et rêvent entourés de chroniques, de récits et de mythes. Certains y passent de quelques heures a quelques jours avant de regagner la surface, mais d’autres y restent des semaines voire des années ; ils logent dans des appartements partagés ou privatifs et passent leur temps à lire, à étudier ou à écrire, à discuter et à créer avec leurs compagnons ou à travailler dans la solitude.

Parmi ceux qui restent, un petit nombre choisissent de se consacrer ace lieu, ce temple des histoires.

Il y a trois chemins. Celui-ci en est un. ”

Erin Morgenstern véritable conteuse vous offre un magnifique moment d’évasion à travers ce récit fabuleux. Un moment hors du temps entouré de livres et de créatures étonnantes, où l’amour et l’amitié voyagent d’un être à l’autre pour attendrir tous les cœurs à prendre.

Un livre de belle facture, à l’apparence soignée, véritable trésor qui trouvera sa place dans votre bibliothèque, attendant patiemment qu’un autre lecteur ouvre la porte et se laisse transporter vers la mer sans étoiles.

Parfois la vie est bizarre.

Vous pouvez essayer de l’ignorer, ou vous pouvez voir où le bizarre vous emmène.

Vous ouvrez une porte.

Qu’est-ce qui se passe après ? ”

Lisez, vous verrez…

Pour info :

Erin Morgenstern a grandi et vit toujours dans l’État du Massachusetts. À la suite d’un cursus universitaire en écriture dramatique, elle s’essaye à plusieurs métiers dans le monde du théâtre.

Après avoir travaillé un temps en entreprise, elle renoue avec l’écriture par le biais de l’opération National Novel Writing Month (NaNoWriMo). À cette occasion, elle débute la rédaction de son premier roman, Le Cirque des rêves, qui conquiert des légions de lecteurs à travers le monde et paraît en 2012 chez Flammarion.

Sept ans plus tard, c’est son second roman, La Mer sans Étoiles, qui voit le jour.


Parallèlement, Erin Morgenstern a écrit des contes inspirés de photographies prises par son ami Carey Farrell. Parmi ses références avouées, on compte Shakespeare, Charles Dickens, Roald Dahl ou encore Edward Gorey.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette aventure extraordinaire.

De nos ombres

De nos ombres de Jean-Marc Graziani aux Éditions Joëlle Losfeld

“ Cela arrivait à l’improviste. Presque chaque fois, par un chuchotement, puis avec le temps, sous bien d’autres formes encore. Ou bien était-ce simplement moi qui, plus attentif à ses manifestations, les décelais plus précocement – avant même que les mots ne surviennent – dans le grésillement erratique d’une lampe, la vibration discrète d’un objet, l’absence d’écho d’une cave … ”

Au cours de l’année 1954, à Bastia, Joseph un jeune homme de 12 ans découvre qu’il possède un don. Il pensait être possédé par une douce folie mais heureusement Mammö son arrière-grand-mère va l’aider à dompter et à accepter ce don.

En sa compagnie, après chaque manifestation il va tenter de décrypter les messages, remontant jour après jour le cours du temps vers des secrets de famille enfouis.

“ Certains se découvrent fous un couteau à la main, d’autres en se trouvant nus dans le regard des gens ; moi , c’est le râle crépitant d’un disque qui me l’apprit et le visage fardé d’un ténor italien vint confirmer la chose : j’étais fou. Les larmes vinrent aussitôt. Toutes étaient pour maman, pour le mal que j’allais lui faire. ”

Ce que j’en dis :

Dans l’ombre se cache une grande histoire. Murmure après murmure, elle se dévoile à Joseph, qui la partage avec nous.

Jean – Marc Graziani tisse une véritable intrigue, pleine de mystères et de croyances tout en musicalité, en véritable orfèvre.

Sa voix se confond avec celle de son personnage et nous transporte dans un univers pittoresque qu’il connaît bien et qu’il retranscrit à merveille en donnant vie à Joseph et Mammö, notre duo d’enquêteurs inoubliables.

Un magnifique premier roman qui nous entraîne dans les rues de Bastia pour une aventure hors du commun.

C’est publié chez Joëlle Losfeld toujours au top pour dénicher de nouveaux talents et nous offrir des voyages littéraires inoubliables.

Pour info :

Jean-Marc Graziani est né, vit et travaille en Corse.

De nos ombres est son premier roman.

Je remercie Babelio pour cette merveilleuse découverte.

Les pantoufles

Les pantoufles de Luc-Michel Fouassier aux Éditions de l’arbre vengeur

En pantoufles et complet veston, je risquais de détonner un peu, voire de passer carrément pour un cinglé. Il eut été préférable finalement de sortir vêtu d’une robe de chambre. Au moins, cela eût pu me donner des allures de gardien d’immeuble pressé de faire une course et de regagner sa loge pour vaquer à des occupations plus tranquille.

Notre héros s’est laissé distraire ce matin par quelques grains de poussières oubliés par sa femme de ménage. Un peu contrarié et plutôt pressé, il sort précipitamment s’apercevant trop tard que ses clés sont restées à l’intérieur et qu’il a toujours ses pantoufles aux pieds.

“ Je ne les avais jamais observées avec autant d’attention, mes charentaises. Mis à part, cette tâche, elles avaient fière allure. Les extrémités au-dessus des gros orteils ne présentaient pas encore l’usure habituelle qui dégénérait en trou, signe annonciateur d’un remplacement imminent. […] Pointure 42, tissu 100% laine, fabriqué en France. Fières, mes charentaises affichaient un petit air aristocratique.

Quelque peu contrarié au départ, il va pourtant se faire très vite à l’idée et c’est à pas feutrés qu’il poursuivra sa journée ignorant encore les surprises qui l’attendent.

Ce que j’en dis :

Un homme sort en pantoufles et tout le monde ou presque semble offusqué, pourtant personne n’a fait de réclamation auprès de Naghi qui s’affiche à la télé en costume avec des baskets toujours très olé olé aux pieds devant des millions de spectateurs, allez comprendre.

Il est clair que dès que l’on s’offre un peu de fantaisie dans ses tenues vestimentaires, les regards s’attardent et se permettent de juger, sans même savoir le pourquoi du comment. Et bien évidemment notre étourdi va vite s’en rendre compte. Son obstination va même lui fermer quelques portes et lui interdire certains accès, tout ça parce qu’il porte des pantoufles.

Mais n’en déplaise aux biens chaussés, les pantoufles c’est le pied… et même Cendrillon et sa pantoufle de verre ne font pas le poids face à ces pantoufles en feutre qui pourraient bien permettre à notre héros de se faire de nouveaux amis et peut-être même de trouver chaussure à son pieds.

Une lecture fort agréable, drôle et pleine d’esprit à lire au coin du feu, les doigts de pieds en éventail dans une bonne paire de charentaises.

Pour info :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de l’arbre vengeur pour cette chouette découverte.

Ohio

Ohio de Stephen Markley aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Il est difficile de dire où cela s’achève et même où cela a commencé, car on finit par se rendre compte que la linéarité n’existe pas. Tout ce qui existe, c’est ce lance-flammes délirant, ce rêve collectif dans lequel nous naissons, voyageons et mourons. “

New Canaan, une petite ville de l’Ohio a vu grandir ces quatre trentenaires qui sans le savoir vont se croiser un soir d’été.

Ils étaient camarades au lycée avant de prendre chacun une route vers leur destinée qu’ils osaient rêver prometteuse.

En premier lieu, Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire aujourd’hui toxicomane. Il transporte avec lui un mystérieux paquet qu’il est supposé livrer dans le coin.

” Au- delà de sa mission et de toutes ces conséquences, il n’avait pas été mécontent de fuir quelques jours La Nouvelle-Orléans et sa chaleur nucléaire. Il s’y sentait autant à l’étroit qu’à New Canaan. C’était l’unique leçon qu’il tirait de ses voyages : où qu’on aille, même si tout paraît neuf quand on débarque, au bout du compte c’est toujours les mêmes bars, la même bouffe, les mêmes meufs, la même politique, la même picole, les mêmes drogues, les mêmes emmerdes. “

Puis Stacey Moore homosexuelle, venue rencontrer la mère de son ex-petite amie et également son frère espérant régler ses comptes.

” Même s’il se trouvait encore à plusieurs kilomètres à l’ouest, elle perçut la présence du lycée. Sans avoir besoin de le voir, elle le sentit comme une démangeaison,. Un bloc d’architecture réglementaire dégueulasse, une pièce de Lego avec la petite touche autoritariste des années soixante. Elle était fascinée par le pouvoir du lycée américain sur l’imaginaire collectif. Depuis longtemps elle avait remarqué que les gens considèrent, leurs années de lycée comme une période fondatrice. Il suffisait de les lancer sur le sujet et d’un coup ils avaient plein d’histoires terrifiantes et merveilleuses qui étaient le terreau d’autant de romans.  »

Puis nous croiserons Dan Eaton, ce jeune vétéran qui a laissé un œil en Irak, qui s’apprête à retrouver son amour de jeunesse tout en se raccrochant désespérément à la vie.

 » L’histoire est faite de cycles et nous en sommes le produit, même si nous ne les comprenons pas sur le moment. Cycles de la politique, de l’exploitation, de l’immigration, de l’organisation, de l’accumulation, de la distribution, de la peine, du désespoir, de l’espoir. La grande erreur, se disait Dan, c’est de croire qu’on vit un moment inédit. Mais toute sa vie il avait gardé cette sensation dans la poitrine : le déjà-vu. Comme s’il connaissait déjà ce moment mille ans avant sa naissance et le connaîtrait encore mille ans après sa mort. “

Et enfin Tina Ross, qui a décidé de se venger de celui qui hante son esprit depuis trop longtemps.

 » Désormais elle ne voyait plus New Canaan que par les yeux de Cole : un bled pourri qui ne s’améliorait pas. La nostalgie protégeait le reste.[…] Comment lui expliquer la tristesse de cette ville, ses tragédies. Au moment où elle en était partie, elle avait gravée dans le cœur l’idée d’une malédiction, celle dont toute la ville parlait. […] Quel soulagement ce serait de ne plus avoir tout le temps peur et tout le temps mal . “

Quatre voix, les voix de la jeunesse américaine, une jeunesse meurtrie, désenchantée, qui s’enlise depuis les attentats du 11 septembre, subissant la récession, la montée du prolétarisme et la fin du rêve américain.

Et pourtant chacun d’entre eux ira jusqu’au bout de cette journée pour atteindre le but final.

Ce que j’en dis :

En donnant la voix à quatre personnages, l’auteur nous entraîne à travers des allers retours entre le passé et le présent dans la ville de New Canaan dans l’Ohio, un coin perdu de l’Amérique.

À travers ces quatre portraits qui reflètent tel un miroir la jeunesse américaine assez désœuvrée, une jeunesse en perdition accro à l’alcool. à la drogue, à l’amour et même pour certains à la guerre, l’auteur brouille les pistes, fragmentant les souvenirs pour nous offrir un roman noir grandiose.

Un véritable jeu de pistes, qui en une demi-journée va nous révéler des secrets vieux d’une dizaine d’années.

Ohio est ce qui s’apparente le mieux au grand roman américain.

Un roman ambitieux, qui en impose, par son impertinence, son intelligence, son réalisme face à cette jeunesse déboussolée qui chute après chute a perdu tout espoir de se relever un jour pour enfin s’élever vers l’illusion du rêve américain.

Un premier roman qui marque l’entrée du jeune artiste Stephen Markley dans la cour des grands auteurs américains à suivre absolument.

Pour info :

Né en 1983, Stephen Markley est originaire de l’Ohio.

Il s’impose avec ce premier roman comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures, dans la lignée de Jonathan Franzen.

Son roman est en cours d’adaptation télévisée.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fresque américaine vertigineuse.

Le lièvre d’ Amérique

Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné aux Éditions La Peuplade

Encore le même cauchemar. Diane sursaute et ouvre les yeux, aussi anxieuse que la veille. Quelqu’un l’a poursuivie toute la nuit. Elle se remémore un chemin touffu. L’hiver. Des branches de sapin lui frôlant le visage. Il fait froid, mais elle ne le ressent pas vraiment. Ou très peu. Un cri étrange. Comme celui d’un enfant perdu en forêt. Ou était-ce le sien ? La scène fuit devant la réalité. D’un claquement de doigts. Son appartement se superpose au rêve. “

Diane est ce qui pourrait s’apparenter le mieux à une employée modèle. Une véritable acharnée du travail qui ne compte pas ses heures. Mais depuis quelques temps, elle ressent d’étranges sensations même si cela ne l’empêche pas de se surpasser au travail comme à son habitude, elle ne peut pas faire taire les inquiétudes qui l’envahissent face aux regards que lui portent ses collègues. Et si l’intervention chirurgicale qu’elle venait de subir y était pour quelque chose ?

” Dans l’exaltation de son retour, elle ne remarque pas que ses collègues l’examinent attentivement de la tête aux pieds. À l’affût du moindre changement. La moindre faille. Un rien démarre une rumeur. Ils notent une certaine agitation dans ses mouvements, par saccades. Une manière inhabituelle de bouger les yeux. Aussi, son port de tête est plus reculé, et ses lèvres sont étrangement serrées par- dessus ses dents. Plusieurs minimes changements l’animent, comme si, pendant sa brève absence, quelqu’un d’autre s’était immiscé dans son corps. “

Des souvenirs resurgissent du passé. Quinze ans plus tôt, pendant son adolescence à l’Isle-aux-grues , elle avait fait connaissance avec un jeune homme fasciné par les espèces en voie d’extinction. Une rencontre marquante qu’elle n’a jamais complètement oublié.

” J’ai su qu’on deviendrait plus que des amis.

Tu n’étais pas comme tout le monde. “

Et si tout ceci était lié ?

Ce que j’en dis :

Le lièvre d’ Amérique sort des sentiers battus c’est le moins que l’on puisse dire.

Il a franchit les frontières pour nous permettre de découvrir son histoire atypique.

D’un chapitre à l’autre, le lièvre d’Amérique bondit et nous embarque dans une fable contemporaine adaptée librement par Mireille Gagné d’une histoire algonquienne, où l’on découvre les origines de Nanabozo.

Impossible de ne pas être sous le charme de ce récit qui tout en gardant une part de mystère nous fait rêver à travers ce comte original et poétique.

Un véritable plaisir pour les sens qui se réveillent avec une folle envie de filer au Canada, pour suivre les traces de ce lièvre à travers cette nature où l’on pourrait se perdre pour oublier toute cette effervescence qui bouscule notre quotidien.

Liberté quelque peu retrouvée, mais toujours avec quelques barrières étant donné le climat actuel, il fait bon de croiser ce genre de livre sur notre route littéraire, de laisser les plumes canadiennes nous permettre de formidables évasions grâce notamment à cette maison d’éditions La peuplade, qui nous offre à petit prix des voyages extraordinaires et nous permet de rencontrer des auteurs remarquables.

Alors sortez votre collet, filez en librairie et n’hésitez pas à piéger ce lièvre d’Amérique, vous ne pouvez pas le rater, sa couverture est magnifique.

Même s’il est plutôt malicieux :

Pour info :

Mireille Gagné est née à l’Isle-aux-Grues et vit à Québec.

Depuis 2010, elle a publié des livres de poésie et de nouvelles. 

Le lièvre d’Amérique est son premier roman.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions La peuplade pour ce voyage poétique dépaysant .

Qui sème le vent

Qui sème le vent de Marieke Lucas Rijneveld aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin

” Malgré la douleur et la petite décharge électrique qui traverse mon corps, je réprime mes larmes. Pleurer sur mon sort et ne pas pleurer Matthies , ce ne serait pas juste. Il ne m’en coûte pas moins un sacré effort. Suis-je en train de devenir aussi fragile que le service de maman ? Va-t-il falloir qu’on m’enveloppe dans des journaux quand je me déplace au collège ? Montre-toi solide, je me chuchote à moi-même. Sois solide. “

Juste avant Noël, après avoir fait un vœux qui va par la suite lui apporter une montagne de chagrin et de culpabilité, Parka, une jeune fille de 10 ans perd son frère.

La vie n’était déjà pas facile à la ferme pour cette famille de paysans, protestante, stricte et pieuse, mais depuis ce drame tout semble partir à vau – l’eau.

Leur religion leur interdisant tout épanchement, cette famille perclus de douleur se renferme portant le deuil comme une malédiction qu’elle semble avoir méritée.

[…] le sourire de papa se dissout dans la peau de son visage jusqu’à tout à fait disparaître. Il y a des gens dont le sourire reste visible, y compris lorsque la tristesse les habite. Aucune main, on observe le phénomène inverse. Ils ont l’air triste y compris quand ils sourient, à croire qu’une main a posé demi-carré à la commissure de leurs lèvres puis tracé deux lignes obliques vers le bas.

– Les morts, on n’en parle pas, on se les remémore.

À travers la voix de Parka, nous plongeons au cœur de cette tragédie familiale, accompagnant jour après jour leurs souffrances.

” Entre mes cils, je zieute papa, il a les joues mouillées. S’agit-il de prier, non pour les produits de la nature, mais pour la récolte du village, c’est à dire pour que les enfants d’ici deviennent grands et forts ? Papa se rends compte qu’il ne s’intéresse guère à ses champs, qu’il en a même laissé un disparaître sous les eaux. En plus de nourriture et de vêtements, les enfants ont besoin d’attention. Ce que papa et maman semblent oublier de plus en plus. “

Ce que j’en dis :

Douloureuse est le premier mot qui me vient à l’esprit après cette lecture. Car si j’ai été admirative devant la plume de cette jeune auteure qui vient de recevoir l’international Booker Prize pour ce premier roman à l’âge de vingt-neuf ans, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à m’attacher à ce récit habité par tant de désolation.

Terriblement anxiogène, cette histoire bouleversante m’a submergé de désespoir, et m’a lecture est devenue laborieuse, j’avais hâte de quitter cette famille tant leur chagrin m’envahissait insidieusement.

J’en ressors du coup quelque peu mitigée tout en étant consciente d’avoir entre les mains un roman atypique, rude, âpre, avec le pressentiment que Qui sème le vent récoltera de nombreux lauriers.

Difficile de disserter davantage, mais cette dose d’encre si noire soit-elle fera beaucoup parler d’elle c’est assuré.

Pour un premier roman c’est assez épatant.

Une jeune auteure qui possède une plume extraordinaire, très prometteuse, à suivre c’est certain.

Pour info :

Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, a grandi dans une famille protestante aux Pays-Bas, et vit aujourd’hui à Utrecht.

Ce prodige des lettres néerlandaises, célèbre pour ses recueils de poésie, travaille dans une ferme et se consacre à l’écriture.

Je remercie les Éditions Buchet.Chastel pour cette découverte surprenante.