Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu de Pierre Terzian aux Éditions Quidam

” J’aime quand tu m’appelles Pierre, Gaëtan. Et j’aime quand tu me dis « Bon matin ». On n’a pas ça chez nous, « Bon matin ». C’est pour ça qu’on a des matins de merde. La bonne humeur québécoise, c’est quelque chose. C’est bien plus qu’une curiosité touristique. C’est un impératif moral, quasi religieux, un truc de pionnier. « Le cœur vaillant et débonnaire de notre peuple» m’a dit le daron de ma blonde, la première fois que je l’ai rencontré. Ça fout la pression. Tu te sens tout petit tout laid avec ta grosse massue plaintive. Souvent je me paie le soupir-massue, celui qui me caresse le plexus, qui m’aide à me sentir en vie. Quand il n’y a plus de beurre, quand le recyclage déborde. Raaaaa. Je jette mon grand froid sur la cuisine et ses habitants. Ma femme, ça la révolte. Elle me demande si je viens d’apprendre que j’ai le cancer. Elle veut me faire mal, la bitch. Elle trouve ça laid. Elle a pas tort. Faut tenir debout, question de culture. Avec leur « Bon matin », c’est radical, t’as l’impression de mettre le pied dans une comédie musicale. Tout devient rose et vert pastel et les décors se mettent à bouger. “

Qu’est-ce que j’ai bien fait de commencer de « Bon matin » ce roman qui de premier abord m’attirait moyennement. Mais comme on dit en France « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis».

Tabernak qu’il fut bon ce moment de procrastination intense, car évidemment une fois commencée cette aventure québécoise je ne l’ai quittée qu’une fois terminée et bien sûr à regret.

Pierre, un français bien de chez nous, a suivi sa blonde, sa belle québécoise à Montréal, et en attendant de trouver l’inspiration pour son prochain roman, il devient remplaçant en garderie. Lui qui n’a pas encore d’enfant, ça risque d’être drôle.

Il n’est d’ailleurs pas le seul expatrié à faire ce boulot, il va croiser quelques français mais pas que.

Très vite il va se rendre compte que ces garderies où on l’envoie ce n’est pas des cinq étoiles, elles manquent cruellement de moyens et subissent de plein fouet les restrictions budgétaires du fameux Couillard, du coup on « ferme sa yeule et s’organise. »

À travers tous ces enfants d’horizons et de cultures différentes, on découvre une galerie de portraits très représentative du Québec dans le milieu des garderies trop souvent ignorés, avec ses moments tendres, ses mots d’enfants souvent très drôle mais parfois d’autres plus difficiles que l’on pourrait nommer les journées caca…

Un univers où se côtoient petits et grands, où les mots français, anglais, québécois virevoltent, se mélangent jusqu’à donner une langue unique et hilarante où l’amour pour les enfants dépassent toutes les frontières.

Ce fut vraiment une belle surprise, et j’ai comme on dit au Québec « ma petite crotte sur le cœur » car même si je ne travaillerai jamais en garderie, suis triste de quitter ces petites canailles et tous leurs anges gardiens qui s’occupent d’eux chaque jour en les aidant à grandir, pour que leurs vies soient pleines de « Bon matin »

« – Pourquoi les filles elle mettent du vernis à ongles et pas nous ?

– Parce que ça pue. »

( Slimane et Xavier, sexe faible);

Câlisse que c’était bien et cette langue je kiffe ♥️

Pour info :

 Pierre Terzian est un écrivain, metteur en scène de théâtre et vidéaste français, né aux Lilas, en 1979.

Il vit aujourd’hui à Montréal. Il est l’auteur plusieurs romans : dont Crevasse et de Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu.

Pierre Terzian s’intéresse aux combats des « invisibles ». Qu’elle soit littéraire ou théâtrale, sa démarche a toujours un ancrage social très fort, et pour ambition de rendre ses lettres de noblesses à une frange de la population souvent oubliée du monde culturel.

Une vie et des poussières

Une vie et des poussières de Valérie Clo aux Éditions Buchet . Chastel

” Un soir, il y’a quelques semaines, avant de partir, elle m’a apporté ce carnet. J’ai adoré sa couverture en cuir marron, ornée de belles fleurs colorées. Elle s’est dit qu’une ancienne journaliste devait sans doute aimer écrire. Je l’ai prise au mot et, depuis, je me suis remise à l’écriture. J’avais oublié le plaisir que c’était. “

Mathilde vient d’être placé dans une maison de retraite. Pas facile au départ de se retrouver avec tous ces vieux (comme elle dit), alors elle s’attache à Delphine, une aide soignante qu’elle baptise Maryline en souvenir de l’actrice.

 » Depuis que je suis ici, j’ai le temps de penser. Je n’ai même que cela à faire. Penser et observer. Et je peux vous assurer que ce que je vois n’est pas triste. Il y a de sacrés énergumènes qui vivent dans cet établissement. Je ne savais pas que cela pouvait exister des zozos pareils. Personne n’a idée de ce qui se passe en fin de parcours. Je crois surtout que l’on a pas envie de le savoir. On nous cache, il ne faudrait pas que l’on vienne gâcher la fête. C’est comme si on entrait dans un monde invisible. “

Même si la mémoire de Mathilde lui fait parfois défaut, elle n’en demeure pas moins lucide, et avec beaucoup d’humour elle nous raconte sa vie passée et présente à travers le journal que Maryline lui a gentiment offert. Une façon comme une autre de laisser une trace de son passé sur terre et de répondre un peu à toutes les interrogations de sa fille.

” Lorsque je regarde mes compagnons de la dernière heure, je me demande si eux aussi ont des questions sans réponses à l’hiver de leur vie. Des choses non résolues, des haines toujours vivaces, des regrets, des remords, des rancœurs ? Des histoires de famille insolvables ? Des traumatismes encore présents ? Des nœuds dans leur cœur, impossible à défaire, qu’ils emporteront avec eux dans leur tombe ? Il y en a de si coriaces qu’ils sont capables de leur survivre et de venir hanter l’âme de leurs enfants. “

Entre hier et aujourd’hui, Mathilde partage avec nous ses souvenirs douloureux de son enfance pendant la guerre mais aussi sa vie actuelle où chaque jour apporte son lot de joie et parfois de peine.

Un magnifique portrait de femme et un bel hommage à ces maisons de retraites trop souvent oubliées.

Ce que j’en dis (aussi) :

Comme chacun a pu se rendre compte, vieillir n’est pas une partie de plaisir, et lorsque l’on se retrouve comme Mathilde placée en EPHAD, ce n’est guère réjouissant, comme j’ai pu le constater à maintes reprises au cours de mon travail.

À travers ce sublime portrait de femme, Valérie Clo nous confronte à tout ce qui peut survenir en fin de vie, sans larmoiement, avec élégance, humour et beaucoup de tendresse.

De la vieillesse qu’il faut supporter, au placement en maison de retraite, à la culpabilité de la famille, à toutes ces interrogations qui persistent et tous ces souvenirs qui ont du mal à lâcher prise même quand la mémoire se défile.

Sortie avant le confinement, ce récit m’a profondément touché car il a pris suite aux événements actuels, une résonance particulière et m’a rapproché un peu plus de tous les anciens que je côtoie pour un embellissement capillaire.

D »une justesse extraordinaire, ce roman nous conforte à ne surtout pas oublier nos aînés et à saluer toutes les personnes qui prennent chaque jour soin d’eux.

Découvrez le vous aussi, avant que notre vie parte en poussière…

Pour info :

Valérie Clo vit à Meudon.

Depuis plusieurs années, elle est art-thérapeute et intervient auprès de publics en grandes difficultés.

Je remercie les Éditions Buchet Chastel pour ce roman de toute beauté.

Les incroyables aventures des sœurs Shergill

Les aventures des sœurs Shergill de Balli Kaur Jaswal aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Singapour) par Laura Vaz

À sa mort, Sita Kaur Shergill, laisse à ses trois filles, Rajini, Jezmeen et Shirina, un testament assez particulier. N’ayant pas pu se rendre une dernière fois en Inde, elle les charge à travers une dernière lettre d’effectuer ensemble ce voyage pour y répandre ses cendres, une fois le pèlerinage effectué.

(…) Voici la liste des endroits que j’aimerais que vous visitiez pour moi une fois que je ne serai plus de ce monde. Le voyage devrait durer une semaine et vous mènera sur les routes de Delhi, d’Amritsar et j’en passe. Ensemble vous devrez effectuer un seva pour venir en aide aux autres et pratiquer la modestie, vous baigner dans un sarovar pour laver et purifier vôtre âme, et marcher jusqu’au sommet de la spiritualité pour rendre grâce au corps, notre enveloppe charnelle sur Terre. Je souhaiterais aussi que vous répandiez mes cendres en Inde.

Les trois sœurs, à peine remise de leur surprise, sont loin de se réjouir de ce qui les attend, d’autant plus qu’elles ne se supportent pas, leur mère l’aurait elle oublié ?

Il va pourtant falloir se résoudre à effectuer ce voyage et y trouver quelques points positifs. Rajni, l’ainée avait besoin d’un break, la séduisante Jezmeen, actrice de métier souhaitait s’éloigner de la presse peuple londonienne quand à Shirina, qui s’apprête à se marier, cela lui permettra d’en connaître davantage sur ses racines et à réfléchir sur sa situation pas si glamour qu’elle devrait être, alors pourquoi pas ?

Un voyage qui s’annonce mouvementé mais va leur réserver au final de belles surprises.

Ce que j’en dis :

Après son fabuleux premier roman : le club des veuves qui aimaient la littérature érotique (ma chronique ici) aussi jubilatoire que passionnant qui nous plongeait au cœur d’une communauté indienne située à Londres, c’est avec plaisir que je retrouve cette plume qui à travers une nouvelle histoire nous fait découvrir d’autres facettes de ce pays.

En voyageant avec ces trois sœurs, on découvre qu’en Inde la condition des femmes est loin d’être idéale, face aux traditions ancestrales.

Jour après jour, elles vont pourtant chacune se redécouvrir, s’apprivoiser, s’aimer et malgré les mésaventures qu’elles vont rencontrer, ce pèlerinage au départ forcé va réussir à les réunir tout en leur ouvrant les yeux et le cœur.

Un voyage touchant qui nous emporte dans le tourbillon de la vie d’une fratrie avec une bonne dose d’humour, d’amour, où l’on s’aperçoit que l’héritage de certaines traditions peut être parfois un lourd fardeau dont il faut se libérer pour enfin vivre pleinement.

Pour info :

Née à Singapour, Balli Kaur Jaswal a vécu au Japon, aux Philippines et en Russie.

Diplômée de plusieurs ateliers de creative writing, ses romans – dont Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique (Belfond, 2018), sélectionné par Reese Witherspoon pour son fameux book club – ont tous remporté un joli succès critique lors de leurs publications anglophones.

Je remercie les éditions Belfond pour ce pèlerinage au pays des mille et une nuit.

Marseille 73

Marseille 73 de Dominique Manotti aux Éditions Équinox / Les Arénes

1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit milliers de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.

Durant l’automne 1972, le gouvernement français prends de nouvelles mesures à l’encontre des immigrés, résidents en France ou souhaitant y entrer. La circulaire Marcellin leur impose désormais d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement s’ils souhaitent bénéficier d’une carte de séjour afin d’éviter les expulsions prévues dès l’été 73.

À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte pat le gouvernement et lance, le 9 juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».

La France va alors connaître une vague d’assassinats. Des arabes, surtout des algériens, sont pris pour cible, notamment à Marseille, épicentre du terrorisme raciste.

Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme.

Le jeune commissaire Daquin, bien d’être nommé à l’Évèché , l’hôtel de police de Marseille, est bien décidé à mettre un terme à cette violence, même s’il doit mettre au pilori certains collègues.

(…) Nous sommes confrontés ici à Marseille à une vague de terrorisme anti-immigrés maghrébins, dans le prolongement de la guerre d’Algerie, et sans doute dans le prolongement du terrorisme de l’OAS. Et apparemment, la consigne donnée à la police et à la justice est de regarder ailleurs. Cela ne peut pas être sans conséquence. Les répercussions seront lourdes sur la société, mais aussi sur le fonctionnement de nos services. Vous le savez aussi bien que moi.

Dans cette ville portuaire du sud de la France, cette histoire basée sur des faits réels, portée par la plume légendaire de Dominique Manotti nous fait découvrir cette tragédie à travers une enquête menée de main de maître, et fête le retour de notre héros, l’inspecteur Daquin.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais trop tard pour faire connaissance avec une belle plume retardée j’avoue par le côté polar politique qui m’effrayait et pourtant je ne regrette pas cette découverte, bien au contraire.

Pour sortir de mes zones de confort, c’est bien souvent comme pour le cinéma, il suffit que ce soit basée sur des faits réels, d’après une histoire vraie ou d’un fait historique pour que je sois attirée.

En 73, j’étais bien trop jeune pour me souvenir de ces tragiques événements mais grâce à ce récit et à travers cette enquête policière, brillamment menée mes lacunes sont comblées.

Car Dominique Manotti a fait de sacrés recherches en amont pour nous offrir ce roman d’une noirceur effrayante.

Tout comme certains auteurs, elle n’hésite pas à toucher certains points sensibles qui rappellent étrangement certains faits récents de notre actualité. Sous couvert de leur uniforme, il est vrai que certaines professions s’accordent quelques passes droits.

À travers ce roman, elle nous confronte à une terrible réalité et nous plonge au cœur même de la corruption policière gangrenée par le racisme.

Qu’ils soient du bon ou du mauvais côté, ses personnages interpellent, bouleversent, révulsent, aucun ne peut nous laisser indifférent.

Une écriture remarquable qui véhicule à travers une tension extrême une multitude d’émotions, qui en font un véritable page-Turner difficile à quitter et impossible à oublier.

Percutant, dérangeant, époustouflant, c’est à lire absolument.

Pour info :

Née en 1942, Dominique Manotti a enseigné à l’université l’histoire écono­mique contemporaine.

Autrefois militante politique et syndicale, elle publie à partir de 1995 une dizaine de romans noirs, dont trois mettant en scène le commissaire Daquin.

L’un de ces romans, Nos fantastiques années fric, a été adapté au cinéma sous le titre Une affaire d’État. Après Bien connu des services de police, Trophée 813 du Meilleur roman noir francophone en 2010, elle a reçu pour L’Honorable société, écrit avec DOA, le Grand Prix de Littérature policière 2011.

Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. Racket (ed. Les arènes, 2018) , Marseille 73 est son treizième roman.

Je remercie les Éditions Les Arénes pour ce récit bluffant.

Joueuse

Joueuse de Benoit Philippon aux Éditions Les arènes

” Certaines batailles tracent leur histoire sur la peau, d’autres sous les chairs. Ces blessures, on peut choisir de les appréhender de deux façons radicalement différentes : geindre dans la boue en espérant susciter la compassion d’une âme miséricordieuse, ou en arborer les cicatrices comme des trophées, témoignages de combats menés dont on est ressorti, abîmé certes, mais victorieux. Zack a choisi la seconde attitude. “

Zack a été élevé à la dur par son père, l’élève a fini par dépasser le maître et devenu joueur professionnel.

Avec son pote Baloo, il forme une sacré équipe jusqu’à ce qu’il croise la route d’une nana et tombe sous son charme.

” Zack s’est taillé une belle réputation de joueur d’exception qui lui vaut l’intérêt de gros poissons. Mais il sait rester prudent , tenter sa chance juste ce qu’il faut pour ne pas finir la soirée éventré entre deux poubelles.

Pour l’instant.

Il s’avère que cette nana en connaît un rayon sur le bluff, et pour obtenir ce qu’elle veut elle n’hésite pas à se servir de ses charmes, des atouts indiscutables qui mettent vite Zack au tapis.

Maxine a des comptes à régler avec un gros joueur, et Zack pourrait bien l’aider à gagner cet partie, à condition qu’il accepte le deal qu’elle lui propose.

” Les jeux sont fait. Rien ne va plus. “

” La bataille se prépare, elle sera sanglante, et sans pitié. “

Ce que j’en dis :

Cabossé, son tout premier roman m’avait déjà conquise, puis il a récidivé avec Mamie Luger, un roman absolument jubilatoire avec une héroïne hors du commun qu’il est impossible d’oublier, mais alors là, Joueuse m’a bluffer. En même temps c’était plus ou moins à prévoir étant donné les parties de poker qui se jouent par ici.

Benoit Philippon, fidèle à son style nous fait cadeau d’une nouvelle héroïne, au caractère bien trempé, sans pourtant oublier Mamie Luger, à laquelle il n’oublie pas de faire un petit clin d’œil bien mérité.

À travers une plume aussi fleurie que les chemises dont il raffole, l’auteur nous entraîne dans une spirale infernale sous haute tension, un véritable tournoi de poker où chaque partie risque de te mettre au tapis pour un temps plus ou moins limité voir éternel. Et même s’il est question d’arnaque, pas question d’arnaquer le lecteur qui en aura pour sa mise de départ. Il garde dans son jeu quelques joker pour protéger la gente féminine, des pires crapules des bas-fonds et autre lieu de perdition.

Sous la plume de Benoit Philippon, les coupables ne restent pas impunis. Ici on respecte les femmes ou on passe à la casse.

Avec une once d’humanité, une dose d’humour et d’esprit, de l’action et du suspens et même un peu d’amour, Joueuse nous offre une partie endiablée qui risque d’en surprendre plus d’un.

Je n’ai pas aimé, non, j’ai adoré ♥️

Pour info

Benoît Philippon passe son enfance en Côte d’Ivoire, aux Antilles, puis entre la France et le Canada. 

Il devient scénariste à vingt ans pour le cinéma et l’animation. 
Il réalise son premier long-métrage, Lullaby for Pi, avec un casting international (Forest Whitaker, Clémence Poésy, Rupert Friend), sorti en 2010 ; puis un film d’animation (coréalisé avec Alexandre Heboyan), Mune, le gardien de la Lune (prix du meilleur film à Tokyo, Toronto, Erevan), qui fut le septième plus gros succès français à l’étranger en 2015. 

Benoît Philippon aime mélanger les codes et naviguer entre les genres. 
Après Cabossé  (Prix du Goéland Masqué 2018, Prix Transfuge du meilleur espoir Polar 2016) publié dans la Série Noire, Mamie Luger (Equinox/Les Arènes) son deuxième roman noir publié en 2018 a reçu le prix Cezam inter CE en 2019.

Joueuse (Équinox /Les Arénes) est son troisième roman.

Je remercie les Éditions Équinox/ Les Arénes pour cette partie endiablée absolument exquise.

Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

Les agents

Les agents de Grégoire Courtois aux Éditions Le Quartanier

L’ENDROIT où nous vivons est l’endroit où nous travaillons. Nous sommes des agents.

C’est notre statut, notre identité, notre fierté.

Nous exécutons un travail, devant des machines d’un autre siècle ronronnant comme des animaux domestiques, pendant que, derrière les vitres teintées de notre bureau, une épaisse couverture nuageuse rampe de l’est vers l’ouest. “

Pendant qu’à l’extérieur, le monde semble plongé dans le chaos, au prise de toute les terreurs, sous la coupe de ceux qu’on appelle les chats, les agents travaillent sans relâche dans leurs box blindés, dans les hautes tours de verres, indéfiniment bloqués à moins de plonger vers une mort inévitable.

” L’espoir, c’est ce qui nous fait tenir, les premiers jours, lorsque les parois du box nous paraissent si proches, notre espace si exigu. Et nous mettons quelque temps à abandonner cet espoir, prisonniers que nous sommes des instincts animaux qui nous susurrent à l’oreille que cette vie a un sens. “

Prostrés devant leurs écrans, les agents surveillent la bonne marche du monde qui tourne sans eux.

Ils vivent, si l’on peut appeler cela une vie, accompagnée d’une peur constante, victime de paranoïa, sous l’emprise des instructeurs-machines,

Au moindre écart, c’est la rue qui les attend, châtiment bien pire que la mort.

” Nous ne travaillons pas pour surveiller. Nous surveillons pour travailler.

Sans travail, nous serions laids et sauvages, inutiles et indignes.

C’est ce que nous raconte l’histoire première, et chaque jour nous confirme son exceptionnelle pertinence. “

Pour survivre, ils forment des guildes, qui toutes se livrent une guerre lente et insidieuse. Une guerre impitoyable se joue entre les guildes pour prendre le contrôle de l’étage.

Mais lorsque l’agent remplaçant l’agent suicidé apparaît, à l’allure vieillotte, ils réalisent que leur monde est un leurre, et que la fin est proche.

 » Pourquoi nous laisser imaginer que la vérité existe ? Pourquoi nous laisser avoir peur alors qu’il y a de toute évidence une explication ? Et pourquoi laisser ces gens, là, en bas, s’il y en a ? Ceux qui ont été jetés à la rue, nous pouvons le comprendre, mais les autres ? Ceux qui sont tombés ? Ou ceux qui sont nés sur le sol ? Pourquoi les laisser s’enfoncer dans l’horreur et la honte de n’être rien de plus qu’un chat ?

Et surtout, qu’est-ce qu’un chat, au juste ? . “

Ce que j’en dis :

Il faut parfois laisser mijoter un peu ses pensées pour parvenir à parler d’un roman, pas toujours facile de le décrypter surtout lorsqu’il cache une flopée de messages et entraîne le lecteur vers de nombreuses interrogations.

À mon sens, derrière cette dystopie qui nous invite à découvrir le futur peu reluisant, on se rends compte qu’à force d’avoir remplacé l’homme par des machines, le monde est tombé sous leurs emprises et ne laissent plus de place à la vie, telle qu’on la connaît.

Car en fait, les agents, ne seraient-ils pas ceux qui restent et officient derrière les machines, pour continuer à engranger de l’argent pour les maîtres du monde tout en surveillant ceux qui restent, en protégeant coûte que coûte leurs places pour ne pas finir à la rue, rejoindre les chats, ces SDF, ayant tout perdus, condamnés à errer et à détruire leurs semblables pour survivre.

Un futur qui fait peur, mais qui hélas semble déjà bien en prendre le chemin. Il n’y a qu’à regarder autour de soi.

Un récit surprenant, même si certaines informations restent floues, et m’aurait davantage conquise avec plus de précision sur ce monde extérieur plongé dans le chaos.

Je finirai mon humble avis, par ce dernier extrait :

” Ces visions successives de plus d’une trentaine d’étages, tous identiques, équipés des mêmes box, peuples des mêmes agents, s’activant en temps normal sur les mêmes écrans, illuminés par les mêmes machines, confortent Solveig dans sa résolution de quitter au plus vite cet univers cauchemardesque, sans vie ni beauté, un monde voué au travail et à l’oubli de qui nous sommes et, plus que tout, de qui nous pourrions être.  »

Et par cette remarque que j’avais faite à une réunion de travail, qui m’a valu un avertissement :

« Je ne vis pas pour travailler, je travaille pour vivre. »

Pensez y…

Pour info :

Né en 1978 Grégoire Courtois a publié au Quartanier, Révolution. Suréquipée et Les lois du ciel. Ces deux derniers titres ont été repris en poche par Folio. Les lois du ciel a été remarqué par le New York Times et l’écrivain Brian Evenson l’a inclus dans sa liste des romans d’horreur les plus terrifiants.

Grégoire Courtois vit à Auxerre, où il tient la librairie indépendante Obliques.

Je remercie les Éditions le Quartanier et Camille de l’agence Trames pour cette dystopie surprenante.

Ce qui nous tue

Ce qui nous tue de Tom McAllister aux Éditions Cherche Midi

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Le Bot

” Il est 11 heures. D’ici midi, il aura tué dix-neuf personnes et en aura blessé quarante-cinq. Il est lourdement armé, assez pour en éliminer bien plus, mais son fusil va s’enrayer et l’une des bombes artisanales ne va pas exploser.

(…) Plus tard, les commentateurs se perdront en conjectures. Ils chercheront des raisons. Ils voudront savoir pourquoi. Il le qualifieront de loup solitaire et citeront d’anciens professeurs disant qu’il était intelligent mais timide et qu’ils ne l’auraient jamais cru capable d’une chose pareille. Ils diront : « Personne n’aurait imaginé que ça pouvait arriver ici. » “

En Pennsylvanie, dans le lycée de Seldom Falls, un jeune adolescent débarque armé jusqu’au dents et fait un véritable carnage. Une nouvelle fois, l’Amérique est en deuil.

Anna Crawford, professeure d’anglais, qui venait juste d’être virée pour insubordination et suspecté de complicité, par le FBI.

Rapidement innocentée, elle garde cependant une certaine amertume car le mal est fait, en ayant été de cette manière sous le feu des projecteurs, sa vie va se retrouver changée à jamais.

” Il leur fallait mettre la main sur des suspects, alors ils ont montré des photos d’employés récemment licenciés. Ils ont montré mon visage. Ils ont dit mon nom. « Voici Anna Crawford, ont-ils dit. Elle a récemment été licenciée de son poste de professeur d’anglais pour insubordination. Elle a posté un message en ligne pour dire qu’elle détestait ce lycée … “

Tout autour d’elle, la folie des hommes gagne chaque jour du terrain, et en réponses à ce drame les médias s’enflamment, de nouveaux hashtag apparaissent, de plus en plus d’armes en circulation et de nouvelles lois aussi incompréhensibles que ridicules font surface.

Tout interdire sauf les armes. Interdire les espaces publics. Interdire les bâtiments. Interdire les doigts qui appuient sur la détente. Interdire la colère. Interdire la chair, les organes, l’épanchement de sang. Interdire les femmes et les enf qui constituent des cibles faciles, interdire les hommes qui aiment tirer sur des cibles. Interdire la physique et la vitesse. Interdire les interactions humaines. “

Le monde devient de plus en plus barjot et ça ne semble déranger personne.

Ce que j’en dis :

Dès le départ, l’auteur annonce la couleur, rouge comme le sang qui va couler incessamment sous peu. Le thème est annoncé est sera abordé de différentes manières.

Ce récit atypique, nous présente CE QUI NOUS TUE, et très vite on se rends compte que les armes ne sont pas les seules responsables.

La destruction commence par la bêtise, puis se rajoutent les rumeurs, l’incompétence, les réseaux sociaux, le manque de communication, la folie, la paranoïa, l’indifférence, le harcèlement. La violence est partout et s’infiltre dans chaque brèche jusqu’à l’explosion finale.

À travers cette satyre, pimentée d’une bonne dose d’humour noir, Tom McAllister nous entraîne au côté d’Anna une femme en colère dans un monde qui part à la dérive où la violence devient de plus en plus difficile à éradiquer.

Si j’ai apprécié la construction du récit et cette radiographie de la violence, j’ai eu bien plus de mal à m’accrocher au style et certaines répétitions m’ont quelques peu agacé, ce qui a rendu du coup cette lecture assez laborieuse et j’en ressort mitigée. Pas vraiment conquise sans être complètement déçue,

Un récit étonnant mais qui n’a pas réussi à me captiver autant que je l’espérais.

Pour info :

Tom McAllister vit dans le New Jersey. Ce qui nous tue est son premier roman publié en France.

Je remercie Léa du Picabo river Book Club et les Éditions Cherche Midi pour cette découverte.

Le noir entre les étoiles

Le noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Marina Boraso

” Une image à l’écran. Le tourbillon des gyrophares des voitures de police, l’image vacillante et floue. Elle s’est retournée, sans comprendre ce que la journaliste, Tricia Flip d’Action News Six, était en train d’expliquer devant les caméras. Impossible. Voilà le premier mot qui lui a traversé l’esprit, ce mot qui la liait déjà à des centaines de mères comme elle, des mères qui lui inspiraient une forme de pitié abstraite chaque fois qu’une soudaine irruption de violence était rapportée aux informations, survenue en quelque endroit lointain. Impossible – non, a-t-elle pensé, pourquoi ajouter une telle catastrophe à la longue liste de ses soucis, un événement pareil ne pouvait pas se produire chez eux. Et pourtant, le téléphone hurlait déjà dans la cuisine.

Eve a lâché la corbeille, le linge s’est renversé par terre et elle a trébuché dessus en se ruant vers l’appareil. Elle a collé le combiné à son oreille, et ce qui a suivi devait rester à jamais ancré dans sa mémoire. “

Eve n’était pas préparée à vivre un tel moment même si malgré tout elle a du y penser, parfois, comme de nombreuses familles américaines.

Une fusillade a eu lieu dans le lycée de ses enfants, faisant plusieurs victimes dont Oliver son aîné, toujours en vie mais abîmé à jamais.

” Que faisait Oliver à cet endroit ? Une question qu’Eve se gardait bien de soulever, même si la curiosité déraisonnable qu’elle abritait tout près de son cœur ne pouvait se défendre d’y revenir encore et encore. Elle s’était efforcée d’accepter les faits bruts : Oliver se trouvait là, sur la route d’Hector, et ce dernier l’avait visé avec son fusil, avant d’assassiner l’avenir de sa famille. “

Oliver se retrouve plongé dans un coma profond. Sa famille est brisée par ce drame et se désunie jour après jour. Jed, le père, un artiste raté s’enfonce davantage dans une profonde dépression et trouve refuge dans l’alcool. Charlie, le cadet, quitte le Texas et rejoint New-York, rêvant de devenir écrivain, seule Eve reste présente auprès de son aîné, refusant de perdre l’espoir qu’il se réveille.

Dix ans sont passés lorsque de nouveaux examens révèlent chez Oliver, les signes d’une activité cérébrale. Cette nouvelle redonne un brin d’espoir et réunit enfin sa famille à son chevet…

” Le vent se lève à l’ouest, et un spectre de poussière évanescent se dépose sur Bliss, érodant un peu plus les façades de Main Street. Puis le nuage s’envole vers l’est, aspiré par le bleu immaculé du ciel, et s’évanouit dans un soupir, retourné au néant. “

Ce que j’en dis :

Se plonger dans une des dernières parutions de la collection Terres d’Amérique des éditions Albin Michel est toujours pour moi prémisse de lecture époustouflante et celle-ci ne déroge pas à la règle.

Ce n’est pourtant pas un sujet facile, une fusillade dans un lycée, thème souvent abordée dans la littérature américaine, un pays tellement armé qu’il est souvent au proie de telles dérives mortelles, mais Stefan Merrill Block l’aborde avec une extrême délicatesse et nous offre un récit bouleversant.

C’est à travers les voix de ceux qui restent que l’on découvre cette histoire, notamment Eve la mère d’Oliver, présente chaque jour auprès de son fils.

Les dommages collatéraux n’ont pas épargné les membres de cette famille, et chacun à sa manière tente de survivre à ce traumatisme et entame le long processus de résilience.

Chacun essaie de comprendre en se remémorant cette soirée où leurs vies a basculé sans pouvoir éviter de culpabiliser.

Et lorsque Oliver se manifeste par le pouvoir de ses pensées c’est on peu plus émouvant.

Stefan Merrill Block nous offre un second roman ambitieux, captivant, emplit d’humanité d’amour et d’espoir, absolument déchirant.

Une lecture marquante, et une plume remarquable qui m’a follement envie de découvrir l’Histoire de l’oubli, son premier roman.

Un énorme coup de cœur.

Pour info :

Né en 1982, Stefan Merrill Block est originaire du Texas et vit aujourd’hui à Brooklyn.

Son premier roman, Histoire de l’oubli (Albin Michel, 2009), a connu un immense succès, tant critique que commercial.

Traduit en une dizaine de langues, il a été distingué par de multiples récompenses dont le Prix du Meilleur Premier Roman au festival international de littérature de Rome.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce roman époustouflant.

Bleu blanc rouge

Bleu blanc rouge de Lea Carpenter aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons-Reumaux

” Ce qui arriva dans la boîte aux lettres d’Anna après la mort de son père, après l’enterrement et la lune de miel, avait l’air d’une énigme alors qu’il s’agissait d’un indice. Qui essayait de lui dire quelque chose. De le lui crier, pourrait-on dire. “

Anna était sur le point de se marier, lorsque son père meurt dans une avalanche en Suisse. Ayant toujours été très proche de lui, sa douleur est immense.

Quelques mois plus tard, pendant sa lune de miel dans le sud de la France, elle tombe par hasard sur un vieil ami de son père, un de ses anciens collègues qui semble vouloir lui révéler des informations étranges sur le passé.

À son retour à New-York, une clé usb l’attend dans sa boîte aux lettres. Il lui reste juste un court moment de plénitude avant que sa vie vole en éclat.

” Voici l’histoire de ton père, Anna. Tu as l’âge, maintenant. “

Ce que j’en dis :

Après avoir lu un commentaire de Kirkus Reviews sur la quatrième de couverture, je comprends mieux pourquoi je ressors de ce roman un peu déboussolée.

Ça ne fait aucun doute maintenant, les romans d’espionnage sont loin d’être mon univers de prédilection préféré.

En dehors de ce fait, il faut reconnaître que l’écriture de Lea Carpenter est remarquable, et on sent un long travail de recherche en amont afin d’être au plus juste pour nous révéler la face cachée de la CIA, et lever le voile sur certaines de ses fonctions.

À travers des personnages attachants, on remonte le fil de l’histoire de Noel, tout en suivant le jeune couple dans ses péripéties.

Une lecture qui s’avère exigeante mais qui m’a offert un final bluffant.

Même si l’histoire ne m’a pas entièrement conquise, j’ai vraiment apprécié la plume de Lea Carpenter que je retrouverai prochainement avec son premier roman Onze jours.

Pour info :

Lea Carpenter est née en 1972 dans le Delaware.

Diplômée de Princeton et de Harvard, elle a été éditrice du magazine de Francis Ford Coppola, Zoetrope.

Elle partage son temps d’écriture entre scénarios et œuvre romanesque. Onze jours est son premier roman, qu’elle a commencé à écrire après la mort de son père, espion dans l’Army Intelligence en Chine et en Birmanie pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Lea Carpenter vit à New-York.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette immersion au cœur de la CIA en compagnie d’une jeune femme touchante.