Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

Les agents

Les agents de Grégoire Courtois aux Éditions Le Quartanier

L’ENDROIT où nous vivons est l’endroit où nous travaillons. Nous sommes des agents.

C’est notre statut, notre identité, notre fierté.

Nous exécutons un travail, devant des machines d’un autre siècle ronronnant comme des animaux domestiques, pendant que, derrière les vitres teintées de notre bureau, une épaisse couverture nuageuse rampe de l’est vers l’ouest. “

Pendant qu’à l’extérieur, le monde semble plongé dans le chaos, au prise de toute les terreurs, sous la coupe de ceux qu’on appelle les chats, les agents travaillent sans relâche dans leurs box blindés, dans les hautes tours de verres, indéfiniment bloqués à moins de plonger vers une mort inévitable.

” L’espoir, c’est ce qui nous fait tenir, les premiers jours, lorsque les parois du box nous paraissent si proches, notre espace si exigu. Et nous mettons quelque temps à abandonner cet espoir, prisonniers que nous sommes des instincts animaux qui nous susurrent à l’oreille que cette vie a un sens. “

Prostrés devant leurs écrans, les agents surveillent la bonne marche du monde qui tourne sans eux.

Ils vivent, si l’on peut appeler cela une vie, accompagnée d’une peur constante, victime de paranoïa, sous l’emprise des instructeurs-machines,

Au moindre écart, c’est la rue qui les attend, châtiment bien pire que la mort.

” Nous ne travaillons pas pour surveiller. Nous surveillons pour travailler.

Sans travail, nous serions laids et sauvages, inutiles et indignes.

C’est ce que nous raconte l’histoire première, et chaque jour nous confirme son exceptionnelle pertinence. “

Pour survivre, ils forment des guildes, qui toutes se livrent une guerre lente et insidieuse. Une guerre impitoyable se joue entre les guildes pour prendre le contrôle de l’étage.

Mais lorsque l’agent remplaçant l’agent suicidé apparaît, à l’allure vieillotte, ils réalisent que leur monde est un leurre, et que la fin est proche.

 » Pourquoi nous laisser imaginer que la vérité existe ? Pourquoi nous laisser avoir peur alors qu’il y a de toute évidence une explication ? Et pourquoi laisser ces gens, là, en bas, s’il y en a ? Ceux qui ont été jetés à la rue, nous pouvons le comprendre, mais les autres ? Ceux qui sont tombés ? Ou ceux qui sont nés sur le sol ? Pourquoi les laisser s’enfoncer dans l’horreur et la honte de n’être rien de plus qu’un chat ?

Et surtout, qu’est-ce qu’un chat, au juste ? . “

Ce que j’en dis :

Il faut parfois laisser mijoter un peu ses pensées pour parvenir à parler d’un roman, pas toujours facile de le décrypter surtout lorsqu’il cache une flopée de messages et entraîne le lecteur vers de nombreuses interrogations.

À mon sens, derrière cette dystopie qui nous invite à découvrir le futur peu reluisant, on se rends compte qu’à force d’avoir remplacé l’homme par des machines, le monde est tombé sous leurs emprises et ne laissent plus de place à la vie, telle qu’on la connaît.

Car en fait, les agents, ne seraient-ils pas ceux qui restent et officient derrière les machines, pour continuer à engranger de l’argent pour les maîtres du monde tout en surveillant ceux qui restent, en protégeant coûte que coûte leurs places pour ne pas finir à la rue, rejoindre les chats, ces SDF, ayant tout perdus, condamnés à errer et à détruire leurs semblables pour survivre.

Un futur qui fait peur, mais qui hélas semble déjà bien en prendre le chemin. Il n’y a qu’à regarder autour de soi.

Un récit surprenant, même si certaines informations restent floues, et m’aurait davantage conquise avec plus de précision sur ce monde extérieur plongé dans le chaos.

Je finirai mon humble avis, par ce dernier extrait :

” Ces visions successives de plus d’une trentaine d’étages, tous identiques, équipés des mêmes box, peuples des mêmes agents, s’activant en temps normal sur les mêmes écrans, illuminés par les mêmes machines, confortent Solveig dans sa résolution de quitter au plus vite cet univers cauchemardesque, sans vie ni beauté, un monde voué au travail et à l’oubli de qui nous sommes et, plus que tout, de qui nous pourrions être.  »

Et par cette remarque que j’avais faite à une réunion de travail, qui m’a valu un avertissement :

« Je ne vis pas pour travailler, je travaille pour vivre. »

Pensez y…

Pour info :

Né en 1978 Grégoire Courtois a publié au Quartanier, Révolution. Suréquipée et Les lois du ciel. Ces deux derniers titres ont été repris en poche par Folio. Les lois du ciel a été remarqué par le New York Times et l’écrivain Brian Evenson l’a inclus dans sa liste des romans d’horreur les plus terrifiants.

Grégoire Courtois vit à Auxerre, où il tient la librairie indépendante Obliques.

Je remercie les Éditions le Quartanier et Camille de l’agence Trames pour cette dystopie surprenante.

Ce qui nous tue

Ce qui nous tue de Tom McAllister aux Éditions Cherche Midi

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Le Bot

” Il est 11 heures. D’ici midi, il aura tué dix-neuf personnes et en aura blessé quarante-cinq. Il est lourdement armé, assez pour en éliminer bien plus, mais son fusil va s’enrayer et l’une des bombes artisanales ne va pas exploser.

(…) Plus tard, les commentateurs se perdront en conjectures. Ils chercheront des raisons. Ils voudront savoir pourquoi. Il le qualifieront de loup solitaire et citeront d’anciens professeurs disant qu’il était intelligent mais timide et qu’ils ne l’auraient jamais cru capable d’une chose pareille. Ils diront : « Personne n’aurait imaginé que ça pouvait arriver ici. » “

En Pennsylvanie, dans le lycée de Seldom Falls, un jeune adolescent débarque armé jusqu’au dents et fait un véritable carnage. Une nouvelle fois, l’Amérique est en deuil.

Anna Crawford, professeure d’anglais, qui venait juste d’être virée pour insubordination et suspecté de complicité, par le FBI.

Rapidement innocentée, elle garde cependant une certaine amertume car le mal est fait, en ayant été de cette manière sous le feu des projecteurs, sa vie va se retrouver changée à jamais.

” Il leur fallait mettre la main sur des suspects, alors ils ont montré des photos d’employés récemment licenciés. Ils ont montré mon visage. Ils ont dit mon nom. « Voici Anna Crawford, ont-ils dit. Elle a récemment été licenciée de son poste de professeur d’anglais pour insubordination. Elle a posté un message en ligne pour dire qu’elle détestait ce lycée … “

Tout autour d’elle, la folie des hommes gagne chaque jour du terrain, et en réponses à ce drame les médias s’enflamment, de nouveaux hashtag apparaissent, de plus en plus d’armes en circulation et de nouvelles lois aussi incompréhensibles que ridicules font surface.

Tout interdire sauf les armes. Interdire les espaces publics. Interdire les bâtiments. Interdire les doigts qui appuient sur la détente. Interdire la colère. Interdire la chair, les organes, l’épanchement de sang. Interdire les femmes et les enf qui constituent des cibles faciles, interdire les hommes qui aiment tirer sur des cibles. Interdire la physique et la vitesse. Interdire les interactions humaines. “

Le monde devient de plus en plus barjot et ça ne semble déranger personne.

Ce que j’en dis :

Dès le départ, l’auteur annonce la couleur, rouge comme le sang qui va couler incessamment sous peu. Le thème est annoncé est sera abordé de différentes manières.

Ce récit atypique, nous présente CE QUI NOUS TUE, et très vite on se rends compte que les armes ne sont pas les seules responsables.

La destruction commence par la bêtise, puis se rajoutent les rumeurs, l’incompétence, les réseaux sociaux, le manque de communication, la folie, la paranoïa, l’indifférence, le harcèlement. La violence est partout et s’infiltre dans chaque brèche jusqu’à l’explosion finale.

À travers cette satyre, pimentée d’une bonne dose d’humour noir, Tom McAllister nous entraîne au côté d’Anna une femme en colère dans un monde qui part à la dérive où la violence devient de plus en plus difficile à éradiquer.

Si j’ai apprécié la construction du récit et cette radiographie de la violence, j’ai eu bien plus de mal à m’accrocher au style et certaines répétitions m’ont quelques peu agacé, ce qui a rendu du coup cette lecture assez laborieuse et j’en ressort mitigée. Pas vraiment conquise sans être complètement déçue,

Un récit étonnant mais qui n’a pas réussi à me captiver autant que je l’espérais.

Pour info :

Tom McAllister vit dans le New Jersey. Ce qui nous tue est son premier roman publié en France.

Je remercie Léa du Picabo river Book Club et les Éditions Cherche Midi pour cette découverte.

Le noir entre les étoiles

Le noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Marina Boraso

” Une image à l’écran. Le tourbillon des gyrophares des voitures de police, l’image vacillante et floue. Elle s’est retournée, sans comprendre ce que la journaliste, Tricia Flip d’Action News Six, était en train d’expliquer devant les caméras. Impossible. Voilà le premier mot qui lui a traversé l’esprit, ce mot qui la liait déjà à des centaines de mères comme elle, des mères qui lui inspiraient une forme de pitié abstraite chaque fois qu’une soudaine irruption de violence était rapportée aux informations, survenue en quelque endroit lointain. Impossible – non, a-t-elle pensé, pourquoi ajouter une telle catastrophe à la longue liste de ses soucis, un événement pareil ne pouvait pas se produire chez eux. Et pourtant, le téléphone hurlait déjà dans la cuisine.

Eve a lâché la corbeille, le linge s’est renversé par terre et elle a trébuché dessus en se ruant vers l’appareil. Elle a collé le combiné à son oreille, et ce qui a suivi devait rester à jamais ancré dans sa mémoire. “

Eve n’était pas préparée à vivre un tel moment même si malgré tout elle a du y penser, parfois, comme de nombreuses familles américaines.

Une fusillade a eu lieu dans le lycée de ses enfants, faisant plusieurs victimes dont Oliver son aîné, toujours en vie mais abîmé à jamais.

” Que faisait Oliver à cet endroit ? Une question qu’Eve se gardait bien de soulever, même si la curiosité déraisonnable qu’elle abritait tout près de son cœur ne pouvait se défendre d’y revenir encore et encore. Elle s’était efforcée d’accepter les faits bruts : Oliver se trouvait là, sur la route d’Hector, et ce dernier l’avait visé avec son fusil, avant d’assassiner l’avenir de sa famille. “

Oliver se retrouve plongé dans un coma profond. Sa famille est brisée par ce drame et se désunie jour après jour. Jed, le père, un artiste raté s’enfonce davantage dans une profonde dépression et trouve refuge dans l’alcool. Charlie, le cadet, quitte le Texas et rejoint New-York, rêvant de devenir écrivain, seule Eve reste présente auprès de son aîné, refusant de perdre l’espoir qu’il se réveille.

Dix ans sont passés lorsque de nouveaux examens révèlent chez Oliver, les signes d’une activité cérébrale. Cette nouvelle redonne un brin d’espoir et réunit enfin sa famille à son chevet…

” Le vent se lève à l’ouest, et un spectre de poussière évanescent se dépose sur Bliss, érodant un peu plus les façades de Main Street. Puis le nuage s’envole vers l’est, aspiré par le bleu immaculé du ciel, et s’évanouit dans un soupir, retourné au néant. “

Ce que j’en dis :

Se plonger dans une des dernières parutions de la collection Terres d’Amérique des éditions Albin Michel est toujours pour moi prémisse de lecture époustouflante et celle-ci ne déroge pas à la règle.

Ce n’est pourtant pas un sujet facile, une fusillade dans un lycée, thème souvent abordée dans la littérature américaine, un pays tellement armé qu’il est souvent au proie de telles dérives mortelles, mais Stefan Merrill Block l’aborde avec une extrême délicatesse et nous offre un récit bouleversant.

C’est à travers les voix de ceux qui restent que l’on découvre cette histoire, notamment Eve la mère d’Oliver, présente chaque jour auprès de son fils.

Les dommages collatéraux n’ont pas épargné les membres de cette famille, et chacun à sa manière tente de survivre à ce traumatisme et entame le long processus de résilience.

Chacun essaie de comprendre en se remémorant cette soirée où leurs vies a basculé sans pouvoir éviter de culpabiliser.

Et lorsque Oliver se manifeste par le pouvoir de ses pensées c’est on peu plus émouvant.

Stefan Merrill Block nous offre un second roman ambitieux, captivant, emplit d’humanité d’amour et d’espoir, absolument déchirant.

Une lecture marquante, et une plume remarquable qui m’a follement envie de découvrir l’Histoire de l’oubli, son premier roman.

Un énorme coup de cœur.

Pour info :

Né en 1982, Stefan Merrill Block est originaire du Texas et vit aujourd’hui à Brooklyn.

Son premier roman, Histoire de l’oubli (Albin Michel, 2009), a connu un immense succès, tant critique que commercial.

Traduit en une dizaine de langues, il a été distingué par de multiples récompenses dont le Prix du Meilleur Premier Roman au festival international de littérature de Rome.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce roman époustouflant.

Bleu blanc rouge

Bleu blanc rouge de Lea Carpenter aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Anatole Pons-Reumaux

” Ce qui arriva dans la boîte aux lettres d’Anna après la mort de son père, après l’enterrement et la lune de miel, avait l’air d’une énigme alors qu’il s’agissait d’un indice. Qui essayait de lui dire quelque chose. De le lui crier, pourrait-on dire. “

Anna était sur le point de se marier, lorsque son père meurt dans une avalanche en Suisse. Ayant toujours été très proche de lui, sa douleur est immense.

Quelques mois plus tard, pendant sa lune de miel dans le sud de la France, elle tombe par hasard sur un vieil ami de son père, un de ses anciens collègues qui semble vouloir lui révéler des informations étranges sur le passé.

À son retour à New-York, une clé usb l’attend dans sa boîte aux lettres. Il lui reste juste un court moment de plénitude avant que sa vie vole en éclat.

” Voici l’histoire de ton père, Anna. Tu as l’âge, maintenant. “

Ce que j’en dis :

Après avoir lu un commentaire de Kirkus Reviews sur la quatrième de couverture, je comprends mieux pourquoi je ressors de ce roman un peu déboussolée.

Ça ne fait aucun doute maintenant, les romans d’espionnage sont loin d’être mon univers de prédilection préféré.

En dehors de ce fait, il faut reconnaître que l’écriture de Lea Carpenter est remarquable, et on sent un long travail de recherche en amont afin d’être au plus juste pour nous révéler la face cachée de la CIA, et lever le voile sur certaines de ses fonctions.

À travers des personnages attachants, on remonte le fil de l’histoire de Noel, tout en suivant le jeune couple dans ses péripéties.

Une lecture qui s’avère exigeante mais qui m’a offert un final bluffant.

Même si l’histoire ne m’a pas entièrement conquise, j’ai vraiment apprécié la plume de Lea Carpenter que je retrouverai prochainement avec son premier roman Onze jours.

Pour info :

Lea Carpenter est née en 1972 dans le Delaware.

Diplômée de Princeton et de Harvard, elle a été éditrice du magazine de Francis Ford Coppola, Zoetrope.

Elle partage son temps d’écriture entre scénarios et œuvre romanesque. Onze jours est son premier roman, qu’elle a commencé à écrire après la mort de son père, espion dans l’Army Intelligence en Chine et en Birmanie pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Lea Carpenter vit à New-York.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cette immersion au cœur de la CIA en compagnie d’une jeune femme touchante.

Johannesburg

Johannesburg de Fiona Melrose aux Éditions La Table ronde

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Cécile Arnaud

Le 6 décembre 2013, la ville de Johannesburg s’apprête à porter le deuil, le grand Nelson Mandela vient de s’éteindre.

Ce même jour, Gin de retour après une longue absence, prépare une fête d’anniversaire pour les quatre-vingt ans de sa mère. Mercy, l’employé de maison, l’aide à tout organiser, tout en surveillant l’agitation au-dehors.

A quelques rues de la demeure, le peuple commence à se rassembler pour rendre hommage à Madiba.

September, un jeune mendiant, récemment blessé par balle au cours d’une grève, fait comme chaque jour la manche à un carrefour avant d’aller manifester devant la mine qui l’employait.

” Johannesburg était la grande prêtresse de l’agitation permanente. Elle était bâtie sur l’or. Ce serait toujours une ville pionnière, une ville frontière, la ville des chercheurs et des négociants. Des conducteurs, des piétons, des coups frappés en permanence à la vitre de votre voiture, toc toc toc, par des vendeurs à la sauvette, des mendiants et des filous qui mimaient la faim, la misère et la déchéance, trahis par leurs baskets et les écouteurs, par les bosses en papiers qu’ils attachaient dans leur dos, parce qu’une bosse rapporte de l’argent, un dos voûté accompagné d’une boiterie encore plus. C’était toujours pareil. L’assaut d’exigences. “

Johannesburg bruisse de vie et de mort en ce jour de forte chaleur et de tension historique. En s’installant à New-York, Gin avait fuit l’Afrique du Sud et ses démons. En l’espace d’une journée elle n’a d’autre choix, que d’y replonger, tête la première…

” À l’instant où elle prononça ces mots, elle eut honte de son aigreur – le seul fait d’être ici, de retour parmi ces vieux tableaux, ces vieux sofas et bureaux, l’avait réveillée. Comme si son enfance était conservée dans un secrétaire et qu’il avait suffi de tourner la clé, comme elle l’avait fait la veille au soir en cherchant un stylo, pour libérer ce venin.

La porte de sa mère était fermée. “

Ce que j’en dis :

En novembre 2016, je découvrais la sublime plume de Fiona Melrose à travers son premier et magnifique roman Midwinter, (ma chronique ici), qui m’avait emporté dans le Sufflok auprès de Landyn Midwinter et de Vale, son fils.

Cette fois l’auteur rends à travers cette histoire, un bel hommage à Johannesburg, sa ville de naissance.

Autour de différents portraits, Johannesburg, personnage à part entière, nous charme par sa beauté et nous bouleverse par toute cette pauvreté omniprésente qui l’habite.

Alors que Midwinter nous offrait une histoire mettant en scène son père et son fils, Johannesburg nous emporte auprès d’une mère et de sa fille, chacune liées à cette ville où d’autres destins rejoignent ce duo en nous offrant une histoire extraordinaire.

Fiona Melrose possède une plume singulière, touchante, d’une grande maîtrise qui vous envoûtera, tel ce chant d’amour, véritable offrande à cette ville, sans oublier Virginia Woolf qui rôde avec bienveillance entre ces pages, appréciant très certainement le subtil hommage qui lui est rendu.

Un voyage livresque de toute beauté.

Pour info :

Née à Johannesburg, Fiona Melrose a eu plusieurs carrières, notamment dans l’analyse politique pour des O.N.G. et le secteur privé.

Elle vit aujourd’hui en Afrique du Sud. 

Midwinter a été sélectionné pour le Baileys Women’s Prize for Fiction 2017.

Je remercie les Éditions de La Table ronde pour ce voyage émouvant en Afrique du Sud.

Les rues bleues

Les rues bleues de Julien Thèves aux Éditions Buchet.Chastel

“ Cette ville, qu’on appellera Paris, il n’y aura pas d’ambiguïté, coulait lentement entre deux rives, depuis des siècles, depuis des années, elle coulait lentement de jour en jour, vers sa destruction prochaine. ”

Souhaitant quitter sa province, notre narrateur est “ monté “ à Paris, dont il tombe très vite amoureux. Un amour qui ne cesse de grandir de 1989 à 2019.

Loin du cocon familial étouffant, il va pouvoir s’affirmer et découvrir les joies de la vie parisienne et ses plaisirs nocturnes.

Je deviens petit à petit un gay, un pédé, c’est le nom qu’ils se donnent, qu’on nous donne, qu’on se donne.

Tout ça m’attire irrémédiablement.

Cette culture.

Ces corps, bien sûr, mais surtout ce monde.

L’appel de la nuit.

Tout réinventer. “

Il partage avec nous ses souvenirs et nous offre une radiographie de Paris du côté architectural, historique mais aussi du côté social.

Comment le corps change, insensiblement ? Comment les amitiés se forment, se défont ? Comment une ville ne change pas – et en même temps se transforme ?

Au fil des pages, ses souvenirs prennent vie et réveillent les nôtres.

Paris s’illumine, scintille, mais parfois Paris souffre, Paris brûle, tombe de douleur mais toujours se relève.

“ Paris est à nous, plus que jamais, cela valait le coup d’y vivre, d’attendre, de ne pas se décourager, elle nous a tant apporté, la ville. ”

C’est l’histoire d’un homme et de sa ville, une bien belle histoire d’amour…

Ce que j’en dis :

Voilà tout à fait le genre de récit qu’il me plaît de découvrir. À travers cette plume très musicale, qui slame tout en poésie, on découvre l’histoire d’un homme mais aussi celle de sa ville de cœur.

Immanquablement, ses pensées, ses souvenirs réveillent les nôtres enfouis parfois très profondément et s’illuminent avec un brin de nostalgie.

On découvre son passé, où s’invite le nôtre, son histoire, tous ces moments mis bout à bout et font de ces instants de vie une grande histoire, un peu comme si parfois l’auteur nous interpellait : « tu te souviens ? ».

Lui se souvient autant que possible, du bon comme du moins bon, du long chemin parcouru à travers les ans, de sa ville qui comme lui se métamorphose au rythme des saisons, des jours, des années.

Le passé se mêle au présent et nous transportent dans le tourbillon de la vie avec une douce mélancolie le temps de trois décennies.

Un magnifique roman qui m’a fait penser au roman de Richard Bohringer : “ C’est beau une ville la nuit ” mais aussi à “ Paris est une fête ” d’ Ernest Hemingway, de beaux souvenirs de lecture auxquels“ Les rue bleues ” de Julien Thèves se rajoutent.

Une belle balade avec notre narrateur dans le Paris d’hier et d’aujourd’hui, que je vous invite fortement à découvrir.

Pour info :


Julien Thèves est né en 1972 à Strasbourg.

Il travaille dans la communication, dans l’édition, à la radio. Ses textes sont lus au théâtre, adaptés au cinéma et diffusés sur France Culture.

Il a reçu le prix Marguerite Duras pour son roman, Le Pays d’où l’on ne revient jamais.

Je remercie les éditions Buchet Chastel pour cette belle virée parisienne pleine de charme.

Tout ce que nous n’avons pas fait

Tout ce que nous n’avons pas fait de Bruno Veyrès aux Éditions du Toucan

” Dans le ciel, les nuages clairs s’étiraient, s’effilochaient, capitulaient. C’était notre dernier après-midi. J’ai promis à Mme Barns de redonner vie à Clive. Elle a souri, indulgente pour ma fascination, comme je lui avouais ce que je devais à son fils et ce qu’il était pour moi. Je lui ai demandé de choisir la photo de couverture du livre que j’écrirai. Elle n’a pas retenu le visage aux cheveux rasés qui me poursuit depuis mon premier été à Galina. Elle a préféré un cliché de Clive et de Rose devant le drive-in de Galina. Un choix de mère. J’ai quitté Mme Barns à l’heure du dîner, un gratin de pommes de terre de l’Idaho. Elle m’a laissé partir avec les conseils de prudence qu’on réserve à ceux qu’on aime. J’ai promis. Il était temps pour moi de rentrer, j’en savais assez sur tout ce que je n’avais pas fait. “

Bruno Veyrès a été touché par la guerre du Vietnam, de ce fait il a choisi de rendre hommage à travers ce récit à un des enfants sacrifiés de l’Amerique, Clive, un jeune vétéran qui n’est jamais revenu auprès des siens.

En remontant le fil du temps, on fait connaissance avec ce jeune homme, sa famille, ses amis, et l’on suit le cours de sa vie qui le mène petit à petit vers un destin tragique.

Ce que j’en dis :

Si le thème du livre m’a énormément plu, tout comme sa construction et sa présentation, je n’ai pas réussi à adhérer au style très détaillé de l’auteur.

J’étais pourtant très emballée au départ, mais plus j’avançais dans l’histoire plus je me détachais malgré l’ensemble du récit plutôt touchant, mais qui manquait de style, de relief pour que je sois davantage conquise.

Clive est en plus poursuivi par la malchance ce qui n’aide pas à rendre cette lecture attrayante.

C’est dommage car cet hommage est louable, et non démuni d’empathie, il manque juste un petit quelque chose pour lui donner plus de pep’s.

Un premier roman inspiré de fait réel intéressant même si j’en ressort assez mitigée.

Pour info :

Bruno Veyrès est médecin. Tout ce que nous n’avons pas fait est son premier roman.

Je remercie les Éditions du Toucan et Masse Critique Babelio pour cette découverte.

Saisons en friche

Saisons en friche de Sonia Ristić aux Éditions Intervalles

” C’est une ancienne gare de marchandises, désaffectée depuis des années. Plus de dix mille mètres carrés, une immense cour avec un quai de chargement au milieu, sous une verrière en plutôt bon état, et des entrepôts, des bureaux, une quantité de couloirs et de petites pièces. Avant d’investir officiellement les lieux la semaine précédente, ils n’avaient pas réalisé à quel point l’endroit était vaste. Cela faisait déjà plusieurs mois que le collectif avait été expulsé de la vitrerie-miroiterie datant du XIX° siècle dans laquelle ils avaient passé les deux années précédentes. Éparpillés, ils avaient quadrillé Paris à la recherche d’un nouveau squat. “

Dans cette bande de squatteurs nous allons y croiser, Alice, Thomas, Lena, Alexandre, Malo, Douma, Vladimir, Clémence, Nieves, et beaucoup d’autres. Ils nous offrent à travers ce collectif d’artistes en herbe, une véritable galerie de portraits éclectiques à la vie en friche.

 » Il y avait dans le sillage de Malo et Alexandre tellement d’ombre, et en même temps ces deux fous portaient également en eux tant de facétie, de folie et de rires que l’ombre était tenue à distance. C’est avec Alexandre et Malo que Douma avait découlé squat, toute la foule bigarrée qui s’y côtoyait, et il avait rapidement compris, que chacun, chacune, traînait ses propres fantômes, qu’il s’agissait d’un lieu fait pour celles et ceux qui redessinaient des cartes, reconstruisaient des mondes.  »

Tous rêvent de briller sur scène, que ce soit à travers l’écriture, la peinture, la comédie, le cirque, tout en unissant leurs forces et leurs idées pour y parvenir.

En attendant, ils vivent l’instant présent aussi intensément et aussi solidaire que possible tout en restant lucide sur l’avenir.

” Il y a toujours des éclats de voix, des disputes, des prises de têtes. Untel a oublié de sortir les poubelles, une autre a laissé un bordel innommable dans la salle blanche. Truc s’est servi dans le stock des boissons du bar sans le recharger et Machine s’est retrouvée dans la merde le soir du vernissage avec le frigo vide ; Bidule débarque systématiquement à midi le dimanche quand tout est bien installé et après on le voit passer son après-midi à drague, il met rarement les mains dans la plonge. Parfois, ça s’emporte en débattant des différences cruciales entre l’anarchie libertaire et le communisme autogestionnaire. Il y’a des drames et des pleurnicheries. L’utopie n’est pas tout à fait au point non plus, mais malgré tout, c’est la joie qui domine. “

Ce que j’en dis:

En s’inspirant de son passé, Sonia Ristić nous offre un roman choral plutôt touchant.

Elle nous offre ces tranches de vies, que chacun croque de mille façons selon ses envies, ses besoins, ses rêves au cœur de ce squat d’artistes.

Tous ont un point commun, ils aspirent à une vie meilleure, une vie plus pétillante.

Malgré le style assez décousu, un peu déstabilisant, l’auteure a réussi à m’embarquer dans son univers grâce à ces personnages plutôt attachants, dans cette aventure humaine où la France d’aujourd’hui résonne étrangement.

Une belle découverte.

Pour info :

Née en 1972 à Belgrade, elle a grandi entre l’Ex-Yougoslavie et l’Afriqueet vit à Paris depuis 1991. Après des études de lettres et de théâtre, elle a travaillé comme comédienne, metteuse en scène, mais aussi avec des ONG sur les actions autour des guerres en ex-Yougoslavie et des questions de Droits de l’Homme. Dans les années 2000, elle a fait partie du collectif du Théâtre de Verre et a créé sa compagnie, Seulement pour les fous. Elle encadre régulièrement des ateliers d’écriture et de jeu en France et à l’étranger. La plupart de ses textes ont été publiés ou mis sur les ondes. Elle a bénéficié de nombreuses bourses et a reçu plusieurs prix pour ses textes.

Je remercie Aurélie de l’agence un livre à soi et la maison d’éditions Intervalles pour cette aventure parisienne étonnante.

Le répondeur

Le répondeur de Luc Blanvillain aux Éditions Quidam

” Était-ce une façon honorable de gagner sa vie ? Doublure vocale. Pas plus indigne que de nettoyer des bureaux ou de mener des enquêtes de satisfaction. Il avait fait les deux. Et bien d’autres choses épuisantes, matinales ou nocturnes, dominicales, répétitives. Au moins, il pouvait rester chez lui, perfectionner son répertoire et bosser au lit. Sans compter qu’endosser provisoirement la vie d’un glorieux quinquagénaire, à son âge, n’était pas donné à tout le monde.  »

À la base, Baptiste est imitateur. Il maîtrise l’art de la contrefaçon des voies qui se sont tues. Et même s’il est plutôt doué, il n’attire guère la foule dans le théâtre associatif où il se produit. Alors lorsqu’un grand écrivain lui propose un job dans ses cordes, aussi étrange soit-il, il n’hésite guère.

Il prends alors possession du portable du romancier, avec pour mission de répondre à sa place à tous les appels. Il devient la voie de celui-ci et prends jour après jour possession de sa vie.

” Pendant un temps donné, quelqu’un vous déchargeait de votre vie, de vos relations, explorait vos habitudes et inventait des chemins. C’était risqué, bien sûr, mais Chozène avait-il quelque chose à perdre ? Qu’espérer du destin, quand on avait passé la cinquantaine, sinon la triste série des catastrophes prévisibles ? Baptiste lui permettait de relancer les dés, de redonner sa chance au hasard. Pour un homme ordinaire, c’était une aventure. Pour un romancier, une manne. “

Chozène, enfin libérer de toutes contraintes téléphoniques peut se remettre à l’écriture de son prochain roman.

Baptiste prends son job de répondeur aussi sérieusement que possible, prenant parfois quelques libertés. En quelques jours, il devient, père, ami, amant, écrivain, lui qui aime tant imiter les voix, va-t-il toujours y trouver autant de plaisir ?

À jouer avec la voix d’un autre ne risque t’il pas de perdre la sienne ?

Et Chozène, a-t-il encore voix au chapitre ?

” Baptiste souffla longuement et tenta de se tenir aux lisières des sentiments. Tâcha de se convaincre qu’au fond ce n’était pas sa vie. Pas tout à fait. “

Ce que j’en dis :

Imaginez un peu si vous pouviez vous décharger d’une corvée pesante, pénible et contraignante, quel bonheur ce serait au quotidien. Pour ma part j’ai toujours rêvé d’avoir un secrétaire pour gérer tous mes papiers, que ce soit le classement de ceux-ci ainsi que la correspondance administrative. Ce serait le pied, je pourrais lire encore plus, une fois libérée de cette contrainte.

Dans ce roman satirique, l’auteur nous offre une œuvre originale plutôt surprenante.

À travers trois personnages principaux, un écrivain, un imitateur et une jeune artiste peintre, on découvre le pouvoir de la voix, les dangers de la prêter au risque de perdre le fil de sa vie, ou au contraire la possibilité de lui donner une toute autre direction.

On pourrait croire à une farce, une idée farfelue d’un écrivain qui fait sa star, et pourtant ce roman mets également en avant les difficultés que peuvent rencontrer les artistes pour mener à bien un projet, tout en affrontant de vieilles blessures intimes qui font parfois barrage à la création.

Le répondeur risque d’en surprendre plus d’un c’est certain et risque de faire parler de nombreuses voix, alors si vous avez un message à lui transmettre, merci de parler après le bipppppppppppp…

Une belle découverte de cette rentrée littéraire 2020.

Pour info :

Professeur de lettres et passionné de lectures, Luc Blanvillain s’est rapidement spécialisé dans les romans jeunesse.

Il publie son premier roman chez Quespire en 2008, Olaf chez les Langre. Puis, il se tourne vers la littérature de jeunesse, désireux de retrouver le frisson que lui procuraient les grands raconteurs d’histoires qu’il dévorait dans son enfance, notamment Jules Verne et Alexandre Dumas.

Chacun de ses romans explore un genre, souvent très codifié, qu’il travaille et détourne : le policier avec Crimes et Jeans slim (Quespire 2010), le roman d’aventures, avec Une Histoire de fous (Milan, 2011) et Opération Gerfaut(Quespire 2012), la comédie sentimentale avec Un amour de Geek (Plon, 2011).

Il est également l’auteur de roman adulte qui se déroule à La Défense, au sein d’une grande entreprise informatique : Nos âmes seules (Plon, 2015)

Je remercie les Éditions Quidam pour cette lecture pleine de surprises.