De nos ombres

De nos ombres de Jean-Marc Graziani aux Éditions Joëlle Losfeld

“ Cela arrivait à l’improviste. Presque chaque fois, par un chuchotement, puis avec le temps, sous bien d’autres formes encore. Ou bien était-ce simplement moi qui, plus attentif à ses manifestations, les décelais plus précocement – avant même que les mots ne surviennent – dans le grésillement erratique d’une lampe, la vibration discrète d’un objet, l’absence d’écho d’une cave … ”

Au cours de l’année 1954, à Bastia, Joseph un jeune homme de 12 ans découvre qu’il possède un don. Il pensait être possédé par une douce folie mais heureusement Mammö son arrière-grand-mère va l’aider à dompter et à accepter ce don.

En sa compagnie, après chaque manifestation il va tenter de décrypter les messages, remontant jour après jour le cours du temps vers des secrets de famille enfouis.

“ Certains se découvrent fous un couteau à la main, d’autres en se trouvant nus dans le regard des gens ; moi , c’est le râle crépitant d’un disque qui me l’apprit et le visage fardé d’un ténor italien vint confirmer la chose : j’étais fou. Les larmes vinrent aussitôt. Toutes étaient pour maman, pour le mal que j’allais lui faire. ”

Ce que j’en dis :

Dans l’ombre se cache une grande histoire. Murmure après murmure, elle se dévoile à Joseph, qui la partage avec nous.

Jean – Marc Graziani tisse une véritable intrigue, pleine de mystères et de croyances tout en musicalité, en véritable orfèvre.

Sa voix se confond avec celle de son personnage et nous transporte dans un univers pittoresque qu’il connaît bien et qu’il retranscrit à merveille en donnant vie à Joseph et Mammö, notre duo d’enquêteurs inoubliables.

Un magnifique premier roman qui nous entraîne dans les rues de Bastia pour une aventure hors du commun.

C’est publié chez Joëlle Losfeld toujours au top pour dénicher de nouveaux talents et nous offrir des voyages littéraires inoubliables.

Pour info :

Jean-Marc Graziani est né, vit et travaille en Corse.

De nos ombres est son premier roman.

Je remercie Babelio pour cette merveilleuse découverte.

Les pantoufles

Les pantoufles de Luc-Michel Fouassier aux Éditions de l’arbre vengeur

En pantoufles et complet veston, je risquais de détonner un peu, voire de passer carrément pour un cinglé. Il eut été préférable finalement de sortir vêtu d’une robe de chambre. Au moins, cela eût pu me donner des allures de gardien d’immeuble pressé de faire une course et de regagner sa loge pour vaquer à des occupations plus tranquille.

Notre héros s’est laissé distraire ce matin par quelques grains de poussières oubliés par sa femme de ménage. Un peu contrarié et plutôt pressé, il sort précipitamment s’apercevant trop tard que ses clés sont restées à l’intérieur et qu’il a toujours ses pantoufles aux pieds.

“ Je ne les avais jamais observées avec autant d’attention, mes charentaises. Mis à part, cette tâche, elles avaient fière allure. Les extrémités au-dessus des gros orteils ne présentaient pas encore l’usure habituelle qui dégénérait en trou, signe annonciateur d’un remplacement imminent. […] Pointure 42, tissu 100% laine, fabriqué en France. Fières, mes charentaises affichaient un petit air aristocratique.

Quelque peu contrarié au départ, il va pourtant se faire très vite à l’idée et c’est à pas feutrés qu’il poursuivra sa journée ignorant encore les surprises qui l’attendent.

Ce que j’en dis :

Un homme sort en pantoufles et tout le monde ou presque semble offusqué, pourtant personne n’a fait de réclamation auprès de Naghi qui s’affiche à la télé en costume avec des baskets toujours très olé olé aux pieds devant des millions de spectateurs, allez comprendre.

Il est clair que dès que l’on s’offre un peu de fantaisie dans ses tenues vestimentaires, les regards s’attardent et se permettent de juger, sans même savoir le pourquoi du comment. Et bien évidemment notre étourdi va vite s’en rendre compte. Son obstination va même lui fermer quelques portes et lui interdire certains accès, tout ça parce qu’il porte des pantoufles.

Mais n’en déplaise aux biens chaussés, les pantoufles c’est le pied… et même Cendrillon et sa pantoufle de verre ne font pas le poids face à ces pantoufles en feutre qui pourraient bien permettre à notre héros de se faire de nouveaux amis et peut-être même de trouver chaussure à son pieds.

Une lecture fort agréable, drôle et pleine d’esprit à lire au coin du feu, les doigts de pieds en éventail dans une bonne paire de charentaises.

Pour info :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de l’arbre vengeur pour cette chouette découverte.

Ohio

Ohio de Stephen Markley aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Il est difficile de dire où cela s’achève et même où cela a commencé, car on finit par se rendre compte que la linéarité n’existe pas. Tout ce qui existe, c’est ce lance-flammes délirant, ce rêve collectif dans lequel nous naissons, voyageons et mourons. “

New Canaan, une petite ville de l’Ohio a vu grandir ces quatre trentenaires qui sans le savoir vont se croiser un soir d’été.

Ils étaient camarades au lycée avant de prendre chacun une route vers leur destinée qu’ils osaient rêver prometteuse.

En premier lieu, Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire aujourd’hui toxicomane. Il transporte avec lui un mystérieux paquet qu’il est supposé livrer dans le coin.

” Au- delà de sa mission et de toutes ces conséquences, il n’avait pas été mécontent de fuir quelques jours La Nouvelle-Orléans et sa chaleur nucléaire. Il s’y sentait autant à l’étroit qu’à New Canaan. C’était l’unique leçon qu’il tirait de ses voyages : où qu’on aille, même si tout paraît neuf quand on débarque, au bout du compte c’est toujours les mêmes bars, la même bouffe, les mêmes meufs, la même politique, la même picole, les mêmes drogues, les mêmes emmerdes. “

Puis Stacey Moore homosexuelle, venue rencontrer la mère de son ex-petite amie et également son frère espérant régler ses comptes.

” Même s’il se trouvait encore à plusieurs kilomètres à l’ouest, elle perçut la présence du lycée. Sans avoir besoin de le voir, elle le sentit comme une démangeaison,. Un bloc d’architecture réglementaire dégueulasse, une pièce de Lego avec la petite touche autoritariste des années soixante. Elle était fascinée par le pouvoir du lycée américain sur l’imaginaire collectif. Depuis longtemps elle avait remarqué que les gens considèrent, leurs années de lycée comme une période fondatrice. Il suffisait de les lancer sur le sujet et d’un coup ils avaient plein d’histoires terrifiantes et merveilleuses qui étaient le terreau d’autant de romans.  »

Puis nous croiserons Dan Eaton, ce jeune vétéran qui a laissé un œil en Irak, qui s’apprête à retrouver son amour de jeunesse tout en se raccrochant désespérément à la vie.

 » L’histoire est faite de cycles et nous en sommes le produit, même si nous ne les comprenons pas sur le moment. Cycles de la politique, de l’exploitation, de l’immigration, de l’organisation, de l’accumulation, de la distribution, de la peine, du désespoir, de l’espoir. La grande erreur, se disait Dan, c’est de croire qu’on vit un moment inédit. Mais toute sa vie il avait gardé cette sensation dans la poitrine : le déjà-vu. Comme s’il connaissait déjà ce moment mille ans avant sa naissance et le connaîtrait encore mille ans après sa mort. “

Et enfin Tina Ross, qui a décidé de se venger de celui qui hante son esprit depuis trop longtemps.

 » Désormais elle ne voyait plus New Canaan que par les yeux de Cole : un bled pourri qui ne s’améliorait pas. La nostalgie protégeait le reste.[…] Comment lui expliquer la tristesse de cette ville, ses tragédies. Au moment où elle en était partie, elle avait gravée dans le cœur l’idée d’une malédiction, celle dont toute la ville parlait. […] Quel soulagement ce serait de ne plus avoir tout le temps peur et tout le temps mal . “

Quatre voix, les voix de la jeunesse américaine, une jeunesse meurtrie, désenchantée, qui s’enlise depuis les attentats du 11 septembre, subissant la récession, la montée du prolétarisme et la fin du rêve américain.

Et pourtant chacun d’entre eux ira jusqu’au bout de cette journée pour atteindre le but final.

Ce que j’en dis :

En donnant la voix à quatre personnages, l’auteur nous entraîne à travers des allers retours entre le passé et le présent dans la ville de New Canaan dans l’Ohio, un coin perdu de l’Amérique.

À travers ces quatre portraits qui reflètent tel un miroir la jeunesse américaine assez désœuvrée, une jeunesse en perdition accro à l’alcool. à la drogue, à l’amour et même pour certains à la guerre, l’auteur brouille les pistes, fragmentant les souvenirs pour nous offrir un roman noir grandiose.

Un véritable jeu de pistes, qui en une demi-journée va nous révéler des secrets vieux d’une dizaine d’années.

Ohio est ce qui s’apparente le mieux au grand roman américain.

Un roman ambitieux, qui en impose, par son impertinence, son intelligence, son réalisme face à cette jeunesse déboussolée qui chute après chute a perdu tout espoir de se relever un jour pour enfin s’élever vers l’illusion du rêve américain.

Un premier roman qui marque l’entrée du jeune artiste Stephen Markley dans la cour des grands auteurs américains à suivre absolument.

Pour info :

Né en 1983, Stephen Markley est originaire de l’Ohio.

Il s’impose avec ce premier roman comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures, dans la lignée de Jonathan Franzen.

Son roman est en cours d’adaptation télévisée.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fresque américaine vertigineuse.

Le lièvre d’ Amérique

Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné aux Éditions La Peuplade

Encore le même cauchemar. Diane sursaute et ouvre les yeux, aussi anxieuse que la veille. Quelqu’un l’a poursuivie toute la nuit. Elle se remémore un chemin touffu. L’hiver. Des branches de sapin lui frôlant le visage. Il fait froid, mais elle ne le ressent pas vraiment. Ou très peu. Un cri étrange. Comme celui d’un enfant perdu en forêt. Ou était-ce le sien ? La scène fuit devant la réalité. D’un claquement de doigts. Son appartement se superpose au rêve. “

Diane est ce qui pourrait s’apparenter le mieux à une employée modèle. Une véritable acharnée du travail qui ne compte pas ses heures. Mais depuis quelques temps, elle ressent d’étranges sensations même si cela ne l’empêche pas de se surpasser au travail comme à son habitude, elle ne peut pas faire taire les inquiétudes qui l’envahissent face aux regards que lui portent ses collègues. Et si l’intervention chirurgicale qu’elle venait de subir y était pour quelque chose ?

” Dans l’exaltation de son retour, elle ne remarque pas que ses collègues l’examinent attentivement de la tête aux pieds. À l’affût du moindre changement. La moindre faille. Un rien démarre une rumeur. Ils notent une certaine agitation dans ses mouvements, par saccades. Une manière inhabituelle de bouger les yeux. Aussi, son port de tête est plus reculé, et ses lèvres sont étrangement serrées par- dessus ses dents. Plusieurs minimes changements l’animent, comme si, pendant sa brève absence, quelqu’un d’autre s’était immiscé dans son corps. “

Des souvenirs resurgissent du passé. Quinze ans plus tôt, pendant son adolescence à l’Isle-aux-grues , elle avait fait connaissance avec un jeune homme fasciné par les espèces en voie d’extinction. Une rencontre marquante qu’elle n’a jamais complètement oublié.

” J’ai su qu’on deviendrait plus que des amis.

Tu n’étais pas comme tout le monde. “

Et si tout ceci était lié ?

Ce que j’en dis :

Le lièvre d’ Amérique sort des sentiers battus c’est le moins que l’on puisse dire.

Il a franchit les frontières pour nous permettre de découvrir son histoire atypique.

D’un chapitre à l’autre, le lièvre d’Amérique bondit et nous embarque dans une fable contemporaine adaptée librement par Mireille Gagné d’une histoire algonquienne, où l’on découvre les origines de Nanabozo.

Impossible de ne pas être sous le charme de ce récit qui tout en gardant une part de mystère nous fait rêver à travers ce comte original et poétique.

Un véritable plaisir pour les sens qui se réveillent avec une folle envie de filer au Canada, pour suivre les traces de ce lièvre à travers cette nature où l’on pourrait se perdre pour oublier toute cette effervescence qui bouscule notre quotidien.

Liberté quelque peu retrouvée, mais toujours avec quelques barrières étant donné le climat actuel, il fait bon de croiser ce genre de livre sur notre route littéraire, de laisser les plumes canadiennes nous permettre de formidables évasions grâce notamment à cette maison d’éditions La peuplade, qui nous offre à petit prix des voyages extraordinaires et nous permet de rencontrer des auteurs remarquables.

Alors sortez votre collet, filez en librairie et n’hésitez pas à piéger ce lièvre d’Amérique, vous ne pouvez pas le rater, sa couverture est magnifique.

Même s’il est plutôt malicieux :

Pour info :

Mireille Gagné est née à l’Isle-aux-Grues et vit à Québec.

Depuis 2010, elle a publié des livres de poésie et de nouvelles. 

Le lièvre d’Amérique est son premier roman.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions La peuplade pour ce voyage poétique dépaysant .

Qui sème le vent

Qui sème le vent de Marieke Lucas Rijneveld aux Éditions Buchet . Chastel

Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin

” Malgré la douleur et la petite décharge électrique qui traverse mon corps, je réprime mes larmes. Pleurer sur mon sort et ne pas pleurer Matthies , ce ne serait pas juste. Il ne m’en coûte pas moins un sacré effort. Suis-je en train de devenir aussi fragile que le service de maman ? Va-t-il falloir qu’on m’enveloppe dans des journaux quand je me déplace au collège ? Montre-toi solide, je me chuchote à moi-même. Sois solide. “

Juste avant Noël, après avoir fait un vœux qui va par la suite lui apporter une montagne de chagrin et de culpabilité, Parka, une jeune fille de 10 ans perd son frère.

La vie n’était déjà pas facile à la ferme pour cette famille de paysans, protestante, stricte et pieuse, mais depuis ce drame tout semble partir à vau – l’eau.

Leur religion leur interdisant tout épanchement, cette famille perclus de douleur se renferme portant le deuil comme une malédiction qu’elle semble avoir méritée.

[…] le sourire de papa se dissout dans la peau de son visage jusqu’à tout à fait disparaître. Il y a des gens dont le sourire reste visible, y compris lorsque la tristesse les habite. Aucune main, on observe le phénomène inverse. Ils ont l’air triste y compris quand ils sourient, à croire qu’une main a posé demi-carré à la commissure de leurs lèvres puis tracé deux lignes obliques vers le bas.

– Les morts, on n’en parle pas, on se les remémore.

À travers la voix de Parka, nous plongeons au cœur de cette tragédie familiale, accompagnant jour après jour leurs souffrances.

” Entre mes cils, je zieute papa, il a les joues mouillées. S’agit-il de prier, non pour les produits de la nature, mais pour la récolte du village, c’est à dire pour que les enfants d’ici deviennent grands et forts ? Papa se rends compte qu’il ne s’intéresse guère à ses champs, qu’il en a même laissé un disparaître sous les eaux. En plus de nourriture et de vêtements, les enfants ont besoin d’attention. Ce que papa et maman semblent oublier de plus en plus. “

Ce que j’en dis :

Douloureuse est le premier mot qui me vient à l’esprit après cette lecture. Car si j’ai été admirative devant la plume de cette jeune auteure qui vient de recevoir l’international Booker Prize pour ce premier roman à l’âge de vingt-neuf ans, j’avoue avoir eu beaucoup de mal à m’attacher à ce récit habité par tant de désolation.

Terriblement anxiogène, cette histoire bouleversante m’a submergé de désespoir, et m’a lecture est devenue laborieuse, j’avais hâte de quitter cette famille tant leur chagrin m’envahissait insidieusement.

J’en ressors du coup quelque peu mitigée tout en étant consciente d’avoir entre les mains un roman atypique, rude, âpre, avec le pressentiment que Qui sème le vent récoltera de nombreux lauriers.

Difficile de disserter davantage, mais cette dose d’encre si noire soit-elle fera beaucoup parler d’elle c’est assuré.

Pour un premier roman c’est assez épatant.

Une jeune auteure qui possède une plume extraordinaire, très prometteuse, à suivre c’est certain.

Pour info :

Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, a grandi dans une famille protestante aux Pays-Bas, et vit aujourd’hui à Utrecht.

Ce prodige des lettres néerlandaises, célèbre pour ses recueils de poésie, travaille dans une ferme et se consacre à l’écriture.

Je remercie les Éditions Buchet.Chastel pour cette découverte surprenante.

Jazz à l’âme

Jazz à l’âme de William Melvin Kelley aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Moreau

En plus d’être black, Ludlow Whashington est aveugle. Et lorsque qu’il atteint l’âge de cinq ans, il sera abandonné par sa famille dans un institut pour aveugles.

À peine arrivé, il comprend que vivre ici sera difficile.

Endurant quotidiennement des mauvais traitements, il sera épargné grâce à ses prodigieux talents de musicien.

Il quitte l’institut à ses seize ans pour rejoindre un orchestre qui se produisait dans un café à New Marsails.

« Il joue comme un Dieu, ce soir ! Il a le swing dans la peau ce petit ! »

N’ayant pas du tout été préparé à ce qui l’attend dans le monde, il découvre la vie à tâtons.

Malgré tout, il devient rapidement un pionnier du Jazz et part très vite à la conquête des scènes New-yorkaises, devenant une véritable icône.

” – On racontait que j’avais débarqué à New-York et que j’aurais inventé le jazz moderne. “

Quelques années, après la guerre, il quitte les orchestres et forme son premier groupe.

” L’un dans l’autre, ça s’est plutôt bien passé, pendant un temps… “

Mais la musique ne suffit pas à combler tous les manques et très vite ses démons intime le rattrapent.

Blessé à jamais par son enfance volée, meurtri par les trahisons amoureuses, Ludlow perd pieds, et craque en pleine représentation…

” J’ai pas honte du tout. J’ai disjoncté. En fait, j’ai craqué plusieurs fois. “

Le rideau tombe, la gloire s’en est allée, seuls les connaisseurs se souviendront.

Ce que j’en dis :

Roulement de tambour depuis l’annonce du deuxième roman de William Melvin Kelley publié aux Éditions Delcourt, à qui l’on doit une profonde reconnaissance pour nous permettre de découvrir ce formidable auteur oublié de la littérature américaine jusqu’à présent.

Depuis ” Un autre tambour “ (ma chronique ici), j’attendais patiemment Jazz à l’âme, afin de retrouver ce conteur d’histoire qui n’hésite pas à dénoncer les ravages de la ségrégation aux États-Unis.

À travers ce récit, présenté de manière originale en introduisant au début des nouveaux chapitres des extraits d’interviews, on suit le parcours de Ludlow, notre Jazzman le personnage central, depuis son enfance jusqu’à sa vie d’adulte.

Manquant cruellement d’éducation après avoir grandi à l’orphelinat, Ludlow, malheureusement aveugle, découvre à tâtons la vie, accompagnée de sa précieuse musique, dont il espère qu’elle lui ouvrira des portes et le tiendra éloignée de la rue.

Un homme blessé par son douloureux passé, qui s’accroche à sa musique comme une bouée de sauvetage, gardant l’espoir de rencontrer un jour une femme aimante, malgré ses nombreuses déceptions.

Souvent touchant, parfois détestable, l’histoire de cet homme ne peut laisser indifférent face à cette vie tourmentée et cette double injustice à gérer due à son handicap et sa couleur de peau.

Une histoire bouleversante portée par une plume élégante, sans pathos, sans longueur allant à l’essentiel tout en nous offrant un récit intense que l’on quitte les larmes aux yeux, le Jazz à l’âme.

Pour info :

Né à New York en 1937, WILLIAM MELVIN KELLEY a grandi dans le Bronx. Il a 24 ans lorsque paraît son premier roman, Un autre tambour, accueilli en triomphe par la critique.

Comment ce jeune auteur, promis à une brillante carrière, a-t-il disparu de la scène littéraire ? Une décision consciente : la réponse est contenue dans son premier roman en quelque sorte.

En 1966, il couvre le procès des assassins de Malcom X pour le Saturday Evening Post, ce qui éteint ses derniers rêves américains. Anéanti par le verdict, il regagne le Bronx par la West Side Highway, les yeux pleins de larmes et la peur au fond du cœur. Il ne peut se résoudre à écrire que le racisme a encore gagné pour un temps, pas maintenant qu’il est marié et père.

Quand il atteint enfin le Bronx, sa décision est déjà prise, ils vont quitter la «Plantation», pour toujours peut-être. La famille part un temps pour Paris avant de s’installer en Jamaïque jusqu’en 1977.

William Melvin Kelley est l’auteur de quatre romans dont Dem (paru au Castor Astral en 2003) et d’un recueil de nouvelles. En 1988, il écrit et produit le film Excavating Harlem in 2290 avec Steve Bull. Il a aussi contribué à The Beauty that I saw, un film composé à partir de son journal vidéo de Harlem qui a été projeté au Harlem International Film Festival en 2015.

William Melvin Kelley est mort à New York, en 2017.

Je remercie infiniment les éditions Delcourt pour cette nouvelle pépite littéraire.

Betty

Betty de Tiffany McDaniel aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par François Hoppe

” Betty, moi, ma modeste personne. Je suis née en 1954 dans une baignoire vide à pieds de griffon dans l’Arkansas. Quand Maman a perdu les eaux, sur le siège des toilettes, l’endroit le plus proche où elle pouvait s’allonger était la baignoire. Au risque de rendre Flossie folle de jalousie, j’ai été nommée Betty en hommage à Bette Davis. “

Permettez moi de vous présenter Betty.

Betty n’est pas une fille comme les autres, c’est une petite princesse Cherokee.

Elle vit avec son père Cherokee, sa mère blanche et ses frères et sœurs, dans une vieille maison dans l’Ohio, située dans la petite ville de Breathed.

Betty ne peut renier ses origines indiennes et son père très fière la berce de belles histoires sur ses ancêtres, lui transmettant jour après jour tout son savoir.

” Flossie a mis sa main en l’air derrière sa tête comme si c’était une plume.

– Tu es une Cherokee aussi, espèce d’idiote, lui ai-je fait remarquer en lui pinçant le bras.

– Oui, mais toi, ton problème c’est que t’as vraiment l’air d’en être une, a-t-elle rétorqué en me pinçant aussi. “

Betty grandit entourée des siens, de l’amour immense de son père qui compense quelque peu la froideur de sa mère.

” Je ne voulais pas croire en l’existence d’un mauvais sort qui aurait été jeté sur la maison ou sur nous. Pas après tout le travail que nous avions accompli. […] Plus tard, avec la chaleur, le bois allait se dilater, racontant sa propre histoire. “

De douloureux secrets de famille se dévoilent peu à peu, alors Betty apaise sa douleur à travers l’écriture. Elle noircit des pages et des pages pour affronter le monde, qu’elle enfouit ensuite en secret, espérant pouvoir un jour nous raconter toute cette histoire.

” En fait, nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées.

[…]

Ce serait tellement plus facile si l’on pouvait entreposer toutes les laideurs de notre vie dans notre peau – une peau dont on pourrait ensuite se débarrasser comme le font les serpents. Alors il serait possible d’abandonner toutes ces horreurs desséchées par terre et poursuivre notre route, libérée d’elles. “

Ce que j’en dis :

L’auteure Tiffany McDaniel, n’est autre que la véritable fille de Betty, et c’est en s’inspirant de son histoire qu’est né ce roman bouleversant.

À travers la voix de Betty, on s’immisce au cœur de cette famille qui semble poursuivie par une malédiction, transmise d’une génération à l’autre.

La famille de Betty n’est pas épargnée, le bien côtoie le mal, l’amour flirte parfois avec la haine, les cauchemars s’invitent dans les rêves, une vie faite de joie et de tourmente, un pied au paradis l’autre en enfer.

Mais lorsque la poésie s’invite dans le paysage, les mots et la nature s’unissent, apportant apaisement, et réconfort suprême.

Dans cette Amérique profonde, Betty garde enfouis ses secrets, et notre petite sauvageonne tente de survivre dans ce monde civilisé qu’elle a bien du mal à supporter.

Jusqu’au jour où son départ sera inévitable…

” – Tu dois t’envoler de ce livre en feu. “

Betty ma nouvelle héroïne a rejoint Turtle ” My absolute Darling ” et voyage en ”Sauvage“ avec Tracy, dans ma mine de souvenirs d’Amérique. Mais soyez certain qu’elle n’hésitera pas à faire un détour par votre bibliothèque pour faire connaissance avec vous et vous présenter sa famille à travers ce roman magnifique, puissant, absolument bouleversant, qui vous donnera envie de retrouver la plume de son auteure et de son premier roman ” L’été où tout a fondu  » Ma chronique ici, bientôt disponible dans la collection Totem.

Pour info :

Tiffany McDaniel  vit dans l’Ohio, où elle est née.

Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connaît.

Elle est également poète et plasticienne.

Son premier roman, ” L’été tout a fondu“, est à paraître aux Éditions Gallmeister.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette rencontre inoubliable avec Betty, nouvelle héroïne de la maison ♥️

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresne – Lamy aux Éditions Belfond

Avant, je pensais que sous les meubles, on ne cachait que les armes du crime. Les affaires sales. Les bouteilles d’alcool ou les boite de capotes. Maintenant, c’est différent. J’ai compris qu’on pouvait même y cacher une vie. “

Du haut de ses quinze ans, Charlie est en plein chaos émotionnel et cela fait quelques temps que ça dure. Ce n’est pourtant pas dû à sa crise d’adolescence, loin de là, il n’a d’ailleurs même pas le temps d’y penser, ni même de l’envisager.

Apres deux années sismiques terriblement éprouvantes qui ont terrassé sa famille, il patiente auprès de sa mère, dans cette salle de l’hôpital, attendant la fin de l’opération de son père.

” Dans l’hôpital, les questions me brûlent la langue. Est-ce que, derrière ces portes, il y a d’autres gens comme mon père ? Des gens qui se métamorphosent façon mythe ? Ou des gens qui doutent, hésitent à franchir le cap, des femmes et des hommes pour qui c’est le flou, toute cette histoire d’origine ? Ça doit arriver. Peut-être que, derrière cette cloison, des gens consultent pour la première fois avant de livrer bataille ?

Mon père et ses tremblements de terre, j’y pense tous les jours. “

À la fin de cette nouvelle épreuve, une fois l’opération terminée, son père aura disparu pour laisser la place à Alice.

En attendant, Charlie se remémore tout le chemin parcouru depuis ce fameux jour où son père s’est révélé.

Une longue route où il a croisé le mépris, le rejet, l’incompréhension, la colère, le doute, la solitude, face aux autres qui ne pensent qu’à juger.

Malgré sa jeunesse, malgré la douleur, malgré toutes ces perturbations, il a cherché à comprendre, son père, sa mère, ses tremblements de terre.

” Tout ce qui n’était pas joli joli, je le gardais pour moi. Le magma. La lave. Les secousses magnitude 7. “

Une dernière secousse pour Charlie, pour qu’enfin la vie continue avec Elles, ses deux héroïnes.

Ce que j’en dis :

Julien Dufresne – Lamy ne cesse de me bouleverser à chaque roman, et c’est avec bonheur et une confiance absolue que je me suis plongée dans son dernier roman, sans même m’attarder sur la quatrième de couv’ . De toute façon rien que le titre me plaisait déjà, et même sans l’avoir déjà lu, je n’aurais pas hésité une seconde.

Je fais partie des gens qui aiment le hors norme, les rebelles, les différents, les incompris, les oubliés, les cygnes noirs, enfin vous voyez quoi… peut-être parce que j’en fais partie d’une certaine manière. Alors cette plume rebelle qui met en lumière les jolis, jolis monstres et tous leurs tremblements de terre ne pouvaient que me plaire.

Ce nouveau roman fait justement écho au précédent  » Jolis jolis monstres “ ( ma chronique ici) en mettant cette fois en scène un jeune garçon qui se retrouve confronté à la transidentité au cœur de sa famille.

Tout comme Charlie et sa mère, on attend le cœur serré la fin de l’opération, tout en découvrant à travers l’introspection de Charlie, toutes les épreuves qu’ils ont subi tous les trois en attendant ce fameux jour, où il va devenir elle.

Du jour de la révélation, en passant par la métamorphose puis le jugement des voisins, des collègues de travail de son père, des camarades de Charlie, du rejet, des souffrances et autres interrogations de sa mère, de la perte de travail, de toutes ces conséquences face à un choix de vie diffèrent des autres.

Et malgré tout, l’amour n’a jamais quitté le foyer et c’est plus fort, plus unis que jamais, que cette famille que certains qualifieront de ” hors – norme « , va poursuivre sa route, même si d’autres secousses continueront à faire trembler la vie qu’ils ont adopté.

Julien Dufresne – Lamy, nous offre une histoire touchante, aussi puissante qu’un volcan en éruption, un tremblement littéraire qui  » lave  » les idées préconçues, à travers une plume poétique, engagée aux services des incompris où l’amour brûle dans les cœurs des plus valeureux.

C’est à découvrir absolument tout comme ses précédents romans, parce qu’il a un talent fou ce jeune écrivain, et une plume extraordinaire vous pouvez me croire. Et puis on a besoin d’ écrivains comme lui pour bousculer, mettre un peu de désordre chez ceux qu’on surnomme les bien-pensants aux idées hélas très arrêtées… pour les faire trembler à notre tour.

Pour info :

Julien DufresneLamy a 32 ans. Il vit à Paris.

Il est l’auteur de plusieurs romans dont : Dans ma tête, je m’appelle Alice (Stock 2012), Deux cigarettes dans le noir (Belfond 2017) Les Indifférents (Belfond, 2018), Jolis jolis monstres (Belfond 2018) qui a reçu le Prix des blogueurs et le Prix Millepages.

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre est son cinquième roman.

Il est aussi l’auteur de plusieurs textes pour la jeunesse.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette rébellion littéraire percutante et bouleversante.

Le dit du mistral

Le Dit du mistral d’Olivier Mak-Bouchard aux Éditions Le Tripode

” Le bon Dieu le coupa tout net. […] « Passe directement au prochain chapitre. »

« J’allais y venir. Je vous présente mon petit dernier, qui vient de naître dans une grotte près de Burzet. C’est mon caganis : je l’ai appelé Mistral. Vous vouliez de la magnificence, vous ne serez pas déçu : c’est un enfant terrible, un petit malpoli qui peut dépasser les cent kilomètres par heure en rafale. Il a une personnalité à décorner les bœufs, toujours à faire les quatre cents coups. Les gens vont l’adorer ou le détester, mais je peux vous dire qu’ils s’en souviendront et qu’il marquera les esprits. Il va déshabiller la région, la pénétrer jusqu’au corps, lui enlever son capeu de nuages les jours de mauvais temps. Si des nuages s’accumulent au-dessus de Mourre Nègre, le Mistral se mettra à souffler pour les faire déguerpir : moi, avec lui, j’offre un ciel toujours bleu, une lumière radieuse,et des couleurs chatoyantes. »

Un matin, suite à un violent orage, un mur du jardin de Monsieur Sécaillat s’est éboulé, mettant à jour des morceaux de poterie.

Après l’avoir montré à son voisin, ils décident de creuser en secret pour déterrer ce qui pourrait être un trésor archéologique.

” J’étais partagé entre la joie d’avoir – déjà – découvert quelque chose, ce qui n’était pas donné au commun des mortels, et la déception de ne trouver rien d’autre, rien de plus excitant, rien de plus extraordinaire. Nous nous rêvions Indiana Jones, nous n’étions que les terrassiers d’un vieux débarras. “

Sous la surveillance de  » Hussard « , un chat apparu un jour dans le paysage, les travaux commencèrent.

En quelques jours, la vie de ces deux hommes va être chamboulée à jamais.

Et ce n’est que le début d’une formidable aventure…

” En bon Provençal, il faut se tourner encore une fois du côté des légendes pour avoir un début d’explication. “

Ce que j’en dis :

Si vous vous demandez comment est né le Mistral, ce vent qui tape souvent sur les nerfs des méditerranéens et leur apporte pourtant un ciel azur quasi quotidiennement, je vous invite justement à découvrir ” Le Dit du mistral “ .

Car en plus de certains secrets bien gardés qui se transmettent d’un bourg à l’autre de la Provence, les soirs d’hiver, vous allez vous régaler avec cette histoire hors du commun.

La Tripode en a décidé ainsi, en publiant cet unique roman pour cette rentrée.

Et unique, il l’est de bien des façons, je vous le garantis.

Soulignons au passage, la beauté du livre, et sa magnifique couverture, qui nous dévoile un avant goût de ce qui nous attend avec  » Le Hussard ” le félin de ces lieux.

Et puis cette histoire, née un soir d’orage qui va rapprocher deux hommes, deux voisins autour d’un lieu où la magie opère et nous conduit vers des légendes ancestrales.

Ce roman vous offre du dépaysement, du suspens, une aventure humaine hors du commun à travers une formidable histoire provençale où l’amitié ouvre le cœur des hommes les amenant vers d’étranges endroits.

Une véritable source de bonheur pour qui osera se laisser porter dans ce récit où le Mistral joue les trouble-fêtes pour ensoleiller la vie des lecteurs.

Un premier roman lumineux, magnifique, un véritable enchantement à découvrir absolument.

N’hésitez surtout pas.

 » À ce stade de l’histoire, le lecteur peut décider de s’arrêter : il aura alors lu un joli conte de Noël provençal, ce qui n’est déjà pas donné à tout le monde.

Mais s’il choisit de continuer sa lecture, il faut le mettre en garde. Il doit se rappeler que les légendes, si elles sont racontées pour faire rêver, introduire une part de mystère dans un monde terne, sont aussi racontées pour expliquer l’incompréhensible, démêler l’indémélable. Il devra garder à l’esprit que toutes les légendes, sans exception, ont un fond de vérité. On ne sait jamais de quoi il retourne exactement. La part du vrai, la part du faux, bien malin celui qui arrive à les démêler. “

Pour info :

Olivier Mak-Bouchard a grandi dans le Luberon. Il vit désormais à San Francisco. Le Dit du mistral est son premier roman.

Je remercie L’agence Trames et La Tripode pour ce récit enchanteur.

Nickel Boys

Nickel Boys de Colson Whitehead aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Tandis qu’ils se changeaient, Elwood s’efforça de ne pas trop regarder les marques sur le corps des autres, les longues cicatrices irrégulières et les traces peut-être dues à des brûlures. Il ne revit jamais Franklin et Bill après ça. Il y a à plus de six cent élèves à Nickel ; les Blancs en bas de la colline et les Noirs en haut. […] Ils gagnèrent les quartiers des élèves noirs. Les épaules d’Elwood se relâchèrent. Il avait peur d’un établissement dirigé par des hommes tels que Spencer – des hommes qui aimaient formuler des menaces et en savouraient l’effet -, mais peut-être le personnel de couleur protégerait-il les siens. Et si ces gens se révélaient aussi méchants que les Blancs, Elwood se rassurait en se disant qu’il ne s’était jamais autorisé le type de transgressions pour lequel les autres s’étaient fait pincer. Il n’avait qu’à continuer à faire ce qu’il avait toujours fait : bien se conduire. “

Elwood, ce jeune noir fervent de Martin Luther King et de ses messages de paix, n’était absolument pas prédestiné à séjourner à Nickel Acadamy. Mais hélas, le jour où il se rendait à l’université pour y faire de brillantes études, il fut arrêté à bord d’une voiture volée. Il n’était que passager, mais sa couleur de peau le conduisit évidemment tout droit vers une terrible erreur judiciaire .

Après un jugement rapide, il est condamné et envoyé directement en maison de correction. Un endroit qui va s’avérer sordide.

” Les pensionnaires étaient appelés élèves, et non détenus, pour les distinguer des criminels violents qui peuplaient les prisons. Ici, se dit Elwood, les criminels violents étaient du côté du personnel. “

Très vite, Elwood va se rendre compte des agissements des surveillants, qui infligent les pires sévices aux pensionnaires. Certaines disparitions deviennent inquiétantes.

Seul l’amitié qui le lie à Turner, l’aidera à ne pas perdre tous ses espoirs de sortir un jour de cet endroit.

Ce que j’en dis :

Après le fabuleux Underground Railroad couronné en 2017 par le prix Pulitzer, et largement salué par les lecteurs, Colson Whitehead reçoit la même distinction pour Nickel Boys en 2020, et de ce fait s’inscrit dans la lignée des rares romanciers distingués à deux reprises pour ce fabuleux prix, tout comme William Faulkner et John Updike.

Tout comme lors de son précédent roman, l’auteur base son histoire sur des faits réels qui se sont déroulés dans la ” Arthur. G. Dozier School for boy “ à Marianna en Floride qui a enfin fermé ses portes en 2011.

C’est seulement en 2010, 109 ans après l’ouverture de ce centre de détention qui maltraita de manière atroce des enfants, que des révélations apparurent et bousculèrent l’Amérique. Pas loin de 98 enfants y seraient morts, et enterrés dans le petit bois proche du lieu.

C’est après avoir vu un reportage sur cet endroit que Colson décide d’écrire cette bouleversante fiction.

À travers ce roman, une fois de plus on est confronté de plein fouet à l’injustice que subissent depuis trop longtemps les Noirs aux États-Unis. Une haine raciale qui perdure encore de nos jours malgré l’abolition de la ségrégation.

Et c’est avec Elwood mais également Turner, son ami que nous voyagerons entre les années 60 et les années 80, de la détention à la liberté retrouvée, entre espoir pour l’un, et résignation pour l’autre, vers un final inattendu et déchirant.

En véritable conteur, l’auteur nous permet de découvrir un pan d’Histoire peu glorieux de l’Amérique, pour témoigner tout en gardant toujours un brin d’espoir que cela change un jour.

Un bel hommage à tous ces enfants perdus qui renaissent sous la plume de Colson Whitehead pour ne pas les oublier.

Un véritable devoir de mémoire à découvrir absolument.

Pour info :

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération.

Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce récit extrêmement bouleversant.