L’ange rouge

L’ange rouge de François Médéline aux Éditions de La Manufacture de livres

“ La croix était fixée à l’horizontale. Une croix en bois brut, clair. Les quartes flambeaux étaient cloués à la coque. La mort se mélangeait à l’air chargé de vase et de rivière. Je me suis agrippé à la croix. J’ai effleuré les tibias. J’ai fait deux pas chassés pour longer les fils verts. Les fils verts remontaient les cuisses jusqu’à l’abdomen. Ils étaient pâles, assortis à la peau rigide que j’ai devinée froide sous le latex. […] L’orchidée flottait. J’ai discerné son cœur qui pompait le sang des chevilles à vif grâce à des tiges aériennes aux couleurs de l’espérance. ”

À Lyon, à la tombée de la nuit surgit sur la Saône, un radeau tout illuminé par une croix où un corps mutilé y est crucifié.

Une orchidée orne le cadavre donnant à cette mise en scène un côté artistique assez macabre.

Le crucifié de la Saône devient le nouveau défi de commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle.

La ville n’a jamais été face à un crime aussi horrible et aussi spectaculaire.

“ Nous avions hérité de l’affaire du siècle. Mon affaire. Le tueur aux orchidées. Le crucifié de la Saône. ”

Pas de temps à perdre, ni le temps de s’attarder sur les problèmes avec la hiérarchie, si l’équipe des six enquêteurs veut mettre la main sur ce tueur fou. Certaines règles et même certaines convictions devront être mises de côtés s’ils veulent obtenir des résultats rapidement.

Une véritable course contre la montre est en route, à en perdre le souffle.

Un seul objectif : trouver ce tueur, si possible avant qu’il récidive.

Ce que j’en dis :

J’ai entendu dire que François Médéline serait le descendant français de l’américain James Ellroy qui m’attend patiemment dans ma bibliothèque. Du coup ça me donne très envie de le dépoussiérer maintenant que j’ai enfin découvert la plume extraordinaire de Médéline.

Lui qui a tué Jupiter (fallait oser quand même) dans un de ses romans (que j’ai très envie de lire maintenant) n’est autre que le scénariste de Pike de Benjamin Whitmer en cours d’adaptation cinématographique (un de mes chouchous américains qui rêvent de se débarrasser lui aussi de son clown peroxydé) c’est dingue ces coïncidences tout de même.

En attendant découvrons L’ange rouge …

D’entrée l’auteur t’amène dans le vif du sujet et te débarque sur cette scène mortelle. Te voilà piégée, menottée à ce flic écorché vif que tu ne pourras plus quitter avant le final.

Rien n’est laissé au hasard, et c’est sous une tension extrême et permanente que Lyon cette ville lumière profanée par cette sombre histoire va t’offrir une visite très particulière avec pour guide Dubak et son équipe de fin limier, prêts à tout pour mettre fin à cette barbarie, qui entache le décor.

Avec un style puissant, des personnages réalistes barrés juste comme il faut qui portent l’histoire à bout de bras en vrai héros, dans cette ville qui tient son rôle à merveille, François Médéline nous offre du noir dans toute sa splendeur.

Un polar de haut vol, puissant, brillant et ambitieux qui rejoint la grande famille des auteurs incontournables du noir.

L’ange rouge vous offre un voyage où les âmes perdues atteindront un jour l’au-delà après quelques détours dans cet abime emplit de noirceur.

C’est publié à la Manufacture et c’est vivement recommandé par Dealerdelignes…

Un bouquin pareil ça se refuse pas, ça se savoure…

Et pour ma part, j’ai hâte de de découvrir les précédents maintenant que je connais cette plume prodigieuse.

Pour info :

Né en 1977 dans la région lyonnaise, François Médéline émigre à Romans-sur-Isère à 11 ans pour y faire son apprentissage du rugby, du grec ancien et de l’amitié.

Durant son doctorat, il est chargé d’études et de recherches à Science Po Lyon, spécialisé en sociologie politique et en linguistique. Il vit et mange politique durant dix ans comme conseiller, plume, directeur de cabinet et directeur de la communication de divers élus. Il aime la belote coinchée, ramasser des champignons en Lozère, pêcher des perches au bord du lac Léman et sa famille.

Il n’écrirait pas s’il n’avait pas lu James Ellroy.

Il apprécie particulièrement les ambiances malsaines de David Lynch, le lyrisme parfois potache de Sergio Leone, La Naissance de Vénus de Boticelli et l’album Ssssh de Ten Years After.

Il est le scénariste de l’adaptation cinématographique du roman Pike de Benjamin Whitmer paru chez Gallmeister. Il a traversé l’océan Atlantique Nord à la voile, se consacre à l’écriture, s’occupe d’enfants dans une école de rugby et n’a pas vraiment de domicile fixe.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette plongée fascinante où la noirceur nourrit ces pages avec un style hallucinant.

Ce qu’il faut de nuit

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin aux Éditions de La Manufacture de livres

« Quelle merde. Quelle merde que cette vie. »

Après un long combat contre la maladie, la mère s’est éteinte laissant son homme et ses deux jeunes garçons seuls.

Le père doit faire face et même s’il lui serait facile de se laisser submerger par la douleur, il ne peut se le permettre, il doit s’occuper de ses fils, autant que faire se peut.

Une routine s’installe entre eux, les enfants grandissent et commencent à s’affirmer, surtout Fus, l’aîné.

” On se serait cru au théâtre : on gardait nos distances, on mesurait nos entrées et nos sorties, histoire de ne jamais nous retrouver coincés dans un même couloir. C’était fini le temps où on se serrait autour du petit lavabo de la salle de bains pour se laver les dents. (…) Désormais nos mouvements étaient empesés, pleins de précautions : il fallait laisser une bonne marge, si possible laisser l’autre dégager les lieux avant d’y entrer. Comme si on portait un scaphandre d’une tonne et qu’on marchait dans une putain de zone radioactive.

(…) Ce n’était pas le regard des autres, comme je l’avais cru d’abord : ceux qui savaient n’avaient pas l’air trop choqués. Rien de ce que je craignais n’était arrivé. J’avais un fils différent et les gens semblaient s’en accommoder. “

Le père n’accepte pas les fréquentations fachos de Fus, même si les deux frères restent proches, un fossé se creuse, jusqu’au jour où tout bascule…

Ce que j’en dis :

Décidément la Lorraine peut s’enorgueillir de cette nouvelle plume de l’enfant du pays. Et étant moi-même Lorraine, je peux vous dire que je suis plutôt fière moi aussi, c’est mon petit côté chauvine qui s’affole.

J’avais eu quelques très bons échos sur ce premier roman, sans trop m’y attarder pour garder la surprise et rester un maximum objective. Et je reconnais, on ne m’a pas menti.

C’est la gorge nouée, le cœur serré, sous tension extrême que j’ai lu cette histoire déchirante.

Car en tant que parents, nous pouvons tous être confrontés à cette terrible épreuve, qui remet en cause toute l’éducation que l’on a donné à nos enfants.

Face à une telle situation, les questions se bousculent, la déception s’installe, la culpabilité surgit et l’on ne peut pas s’empêcher de tout remettre en question. On a beau tenter de leur donner une bonne éducation, inculquée une bonne moralité, on ne peut pas gérer les divers fréquentations qui seront sur la route de nos enfants et les mèneront vers des chemins pas toujours honorables.

Avec ses mots qui dégagent une multitude d’émotions sans une once de pathos, son écriture âpre, son style qui nous happe, Laurent Petitmangin nous offre un premier roman fabuleux, où les multiples douleurs d’un père se révèlent avec pudeur nous laissant sans voix, le cœur brisé, en larmes mais heureuse d’avoir en main un tel roman absolument exceptionnel et inoubliable.

J’espère qu’il va continuer à dépoussiérer les manuscrits qui dorment dans ses tiroirs, car j’ai vraiment hâte de retrouver cette plume de caractère absolument bouleversante.

Pour info :

Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon où il se passionnera également pour le théâtre.

Après avoir vécu deux années au Bangladesh, premier de ses nombreux séjours longue durée à l’étranger, il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui.

Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années et entassé les manuscrits dans ses tiroirs.

Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette pépites Lorraine, un diamant brut à découvrir absolument.

Ennemi public N°1

Ennemi public N°1 d’Alvin Karpis aux Éditions de La Manufacture de livres

Traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson

Profession ? Gangster, braqueur, kidnappeur. Et j’étais sacrément bon à ça, peut-être le meilleur d’Amérique du Nord. Et ça pendant cinq ans, de 1931 à 1936. Non, je n’essaie pas de flatter mon ego quand j’utilise le mot de « professionnel ». Ce business est vraiment devenu mon vrai métier parce que c’est comme ça que je l’ai abordé : en professionnel. “

Dans les années 30, il était bien plus simple de devenir un truand, et cela en faisait rêver plus d’un, rendant d’un coup plus accessible le rêve américain.

Les nouvelles technologies dont nous disposons désormais étaient inexistantes à l’époque et le FBI devait bien souvent jouer au chat et à la souris avec les hors-la-loi.

On peut dire qu’ Alvin Karpis leur a donner du fil à retordre, lui qui rêvait depuis tout gamin de liberté, d’argent facile, d’aventures, n’a pas boudé son plaisir. Une fois capable de tenir une arme, il fit ses premiers pas de criminel devenant braqueur, kidnappeur, en obtenant très vite le statut d’ennemi public N°1.

Un titre qu’il sera le premier à obtenir dans l’histoire de la criminalité et le seul qui n’y laissera pas sa peau.

Voici son histoire.

Ce que j’en dis :

Pour qui s’intéresse à toute l’Histoire criminelle des États-Unis ne pourra faire l’impasse sur ce récit autobiographique d’Alvin Karpis , l’un des plus grands truands de l’histoire, aux côtés d’Al Capone, Bonnie & Clyde, Baby Face Nelson…

Paru une première fois en 1972 à la Série Noire, et jusqu’à ce jour épuisé, cette nouvelle traduction entièrement révisée, nous offre l’occasion de nous replonger dans l’univers de ces bandits de grand chemin, une belle époque pour ces gangsters notoires.

Un récit où l’on se sentirait presque coupable d’admirer cette bande de criminels qui réussissaient à déjouer le FBI en s’en mettant au passage plein les poches, pour mener la grande vie.

Et comme tout est vrai, c’est plutôt épatant.

C’est à redécouvrir dès maintenant à La Manufacture de livres.

Pour info :

Né en 1907 au Canada, Alvin Karpis devînt dans les années 1930 aux États-Unis le tristement célèbre leader du Gang Barker-Karpis, l’une des plus redoutable association de gangsters de l’époque. Il sévit jusqu’à 1936, date de son arrestation et deviendra le prisonnier d’état ayant effectué le plus long séjour à Alcatraz. Relâché en 1969, il écrira son autobiographie avant de s’exiler en Espagne où il mourra dans des circonstances troubles en 1979.

Aux vagabonds l’immensité

Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot aux Éditions de la manufacture de livres

– Je voulais juste dire qu’à l’ignominie répond l’ignominie, que c’est un engrenage, œil pour œil, dent pour dent: tu tues ton voisin pour venger la mort de ton frère et à son tour, le fils de ton voisin s’acharnera à venger son paternel ! Lorsque la violence s’impose, personne n’en sort indemne. “

À Metz, en Lorraine, la nuit du 23 au 24 juillet 1961 connue des heures sanglantes suite à une rixe qui a mal tourné. Cette expédition punitive,  » la ratonnade  » , va laisser dans son sillage quelques morts et de nombreux blessés.

On la nommera par la suite : « La nuit des paras ».

Ce drame historique, qui demeure pourtant assez méconnu, Pierre Hanot l’aborde à sa manière à travers son dernier roman ” Aux vagabonds l’immensité “.

En remontant le fil du temps, il nous offre les portraits de certaines personnes reliées à cette tragédie , à travers des instants de vie qui ont précédé cette fameuse nuit.

Des hommes et des femmes de différents horizons aux destins liés pour toujours.

Des vies simples qui seront bouleversées cette nuit là par les coups de l’Histoire.

Ce que j’en pense :

Pierre Hanot a le don pour m’embarquer loin des sentiers battus, vers des histoires du passé aux faits historiques pas toujours passionnant lorsqu’ils apparaissent dans les manuels d’Histoire. Mais voilà, il a l’art et la manière de déterrer certains sujets oubliés et de les rendre interessants grâce à ses personnages attachants, à une construction originale de son récit et à sa verve en parfait accord avec l’époque.

Incontestablement, nos souvenirs resurgissent, les bons comme les moins bons, les seconds liés aux premières confrontations de haine raciale même si j’étais jeune à l’époque, je me souviens de ces mots, ces insultes que j’entendais ici et là, mais qui véhiculaient malgré tout, déjà une grande violence.

Pierre Hanot nous offre son regard d’écrivain, avec une certaine liberté tout en abordant avec émotion et réalisme les tensions raciales des années 60, qui résonnent malheureusement toujours actuellement dans le monde entier.

Et même si je regrette que ce roman soit court, j’ai une fois de plus apprécié cette belle plume qui m’a fait voyager dans le temps et fait découvrir un pan historique de ma région, peu reluisant. Pas étonnant qu’il demeure presque inconnu, mais heureusement on peut compter sur Pierre pour éclairer nos lacunes avec une certaine élégance.

Une beau moment de lecture à savourer sans modération.

À découvrir également sur mon blog (https://dealerdeligne.wordpress.com/2017/12/16/gueule-de-fer/) son précédent roman Gueule de fer.

Pour info :

Pierre Hanot est né en 1952 à Metz. Enfance heureuse malgré la polio qui lui laissera des séquelles à une jambe, adolescence plus tourmentée durant laquelle la découverte des surréalistes sera son Mai 68. 

Tour à tour poète, maçon, routard, professeur d’anglais, song-writer, chanteur et guitariste, il prend dans les années 70 la musique en otage, accompagné par son groupe, le Parano Band. Suivront trente-cinq années d’aventures rock’n’rollesques et de concerts dont plus de 200 dans la plupart des prisons françaises, démarche hors normes qui impacte son funk-blues et forge sa poésie urbaine.

Homme de convictions, il relate en 2005 cette expérience unique dans Rock’n taules, récit salué par la critique unanime. Se consacrant dès lors au roman, il rejoint le monde du polar et du noir, lauréat en 2009 du Prix Erckmann-Chatrian pour son opus Les clous du fakir paru chez Fayard. Autre univers, l’art du collage que Pierre pratique en toute liberté, scénarisant ses œuvres au sein d’expositions évènementielles et interactives.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la manufacture de livres pour ce récit très touchant.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Maître des eaux

Maître des eaux de Patrick Coudreau aux Éditions de La manufacture de livres

Ce qu’ils avaient fait, c’était pas pardonnable, c’était même pas possible de l’envisager une seconde, fallait vraiment être un Grewicz pour ça. Une sale race, une engeance maudite, ni plus ni moins. Il y avait combien de temps de ça, au juste? Quinze ans, peut-être plus, vingt. Oui, c’est ça, les mémoires se sont remises en marche, vingt ans et une poignée de mois ; on est en avril, le mois idéal pour reprendre les choses en mains, sceller les sorts. “

Mathias Grewicz est de retour au village où il a perdu tous les siens dans un incendie criminelle. Il avait onze ans à l’époque et n’a rien pu faire, mais aujourd’hui il est bien décidé à régler ses comptes avec les assassins de sa famille.

Ses parents possédaient un don particulier ce qui ne plaisait guère aux villageois qui les accusaient d’être responsable de la moindre catastrophe. Ils devenaient gênant et leur réussite dans le domaine de l’élevage commençait sérieusement à déranger les autres éleveurs.

Ce don, il le possède aussi, et il n’hésitera pas à s’en servir. La traque à commencé, mais Matthias peut compter sur mère nature pour le protéger et puis il y a aussi cette gamine dont il a fait connaissance et qui est plutôt encline à l’aider.

” C’est une crevasse qui a la forme de la cicatrice de Mathias, dans le flanc de la falaise qui domine et boucle le paysage, et d’où l’on a vue sur Lalonde, son clocher doté de campanile couvert de pigeons et de faucons crécerelles. (…) La lumière y prend ses aises dès tôt le matin et jusqu’à cinq, six heures l’après-midi. Ensuite, elle décroît peu à peu, dessinant des reflets bleutés puis violets sur la pierre aux arêtes vives, encombrées de végétation, moussue par endroit. C’est dans cette caverne que Mathias a décidé de s’établir, à deux mètres du sol pierreux ; “

Il est grand temps d’en finir…

Ce que j’en dis :

Cette rentrée littéraire 2020 nous offre de belle découverte, et pour un premier roman celui-ci est vraiment réussi.

Dès le début de ma lecture, je me suis retrouvée dans une ambiance qui m’a fait penser à  » La maison assassinée  » le film adapté du magnifique roman de Pierre Magnan.

Le monde rural, le retour d’un exilé, les habitants contrariés qui apparemment cachent de lourds secrets, et une bonne âme disposée à prêter main-forte dans une atmosphère sombre et inquiétante.

Mais la comparaison s’arrête là, laissons à César ce qui est à César.

Même si la plume de Patrick Coudreau est dans la lignée d’autres auteurs de cette maison d’éditions, l’auteur fait son entrée avec panache en nous offrant un roman noir surprenant, captivant, et magnifiquement écrit. Un déluge de bons mots et des passages de toutes beautés donnent à l’histoire une allure poétique comme seule la nature et certaine plume peuvent nous offrir.

La nature est depuis longtemps mise en péril par les mains de l’homme, mais il y a d’irréductibles protecteurs qui grâce à leur écriture aussi belle qu’un coucher de soleil l’ immortalise comme à travers ce récit.

Ici, il est question de vengeance suite au destin tragique d’une famille d’immigrés, installée dans cette campagne, qui souhaitaient juste vivre en paix, mais qui a subi la jalousie et son pouvoir destructeur. Une famille qui avait un don qui aurait pu tout détruire sur son passage mais qui savait s’en servir à bon escient. Mais hélas tous ne l’entendaient pas de cette oreille…

Même si j’aurais préféré au final sentir une odeur de pluie plutôt qu’une odeur de poudre (impossible d’être plus explicite…) cette lecture pleine de suspense, de poésie et de magie a été un pur ravissement.

J’attends le prochain avec impatience.

Pour info :

Né à Bourges, Patrick Coudreau devient journaliste, se spécialisant dans les questions d’écologie et de société, travaillant d’abord pour la presse écrite puis pour diverses institutions.

Il commence à écrire quand il a 14 ans et publie trois recueils de poésie qui lui vaudront de recevoir deux prix littéraires. Il s’intéresse par la suite à la prose, ne cessant jamais de travailler et d’aller d’un projet à l’autre. Au total, près de vingt-cinq manuscrits s’accumuleront dans les tiroirs de son bureau sans être publiés.

C’est en 2017 qu’il achève le projet de Maître des eaux et décide de l’envoyer à trois éditeurs.

Passionné d’ornithologie, Patrick Coudreau vit aujourd’hui dans les Yvelines.

Je remercie l’équipe Trames et les Éditions de la manufacture de livres pour cette lecture qui a eut le don de m’envoûter.

“ L’artiste ”

L’artiste d‘Antonin Varenne aux Éditions de La Manufacture de livres

” Il a recommencé. Le même. Les coups de couteau, les mains mutilées, un artiste, un atelier. Peut-être cette fois n’avait-il pas fait le ménage ; la maison tout entière semblait ordonnée et propre, mais il avait laissé derrière lui quelque chose d’essentiel : une idée fixe. Ce n’était plus une impasse, mais le début d’un merdier à tiroirs. “

En 2001 à Paris, les artistes peintres se retrouvent mis en pièces par un drôle de serial killer, un genre maniaque du ménage.

Lui-même véritable artiste, transforme ses scènes de crime en œuvre d’art y mêlant esthétisme et barbarie

C’est l’inspecteur Heckmann qui se retrouve sur cette affaire assez spéciale et il va vite comprendre que le tueur se joue de lui.

Une véritable traque est mise en place, pour arrêter ce tueur fou.

Ce que j’en dis :

Quand j’ai découvert la plume d’Antonin Varenne, il avait déjà quelques romans à son actif, mais comme on dit mieux vaut tard que jamais. Depuis je fais partie de ses fidèles lectrices car il faut bien le reconnaître, il a du talent, un véritable artiste.

Cette fois il nous entraîne à Paris, sur les traces d’un serial killer dans un intrigue captivante menée par des mains de maître, avec des personnages bien campés et très attachants.

C’est avec plaisir qu’on savoure sa verve singulière agrémentée d’une pointe d’humour toujours très appréciable.

Une fois de plus, je suis sous le charme de son écriture et de son style, Antonin Varenne est une valeur sûre, jamais déçue bien au contraire.

Il vient de recevoir le Prix rive gauche du roman français à Paris.

On ne peut que s’en réjouir.

Pour info :

Né à Paris en 1973, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier.

Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre. Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. 

Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

Je remercie la manufacture de livres, toujours très avisée dans le choix de ses publications.

“ Le dernier thriller norvégien ”

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat aux Éditions de La Manufacture de livres

” – Sacré Delafeuille, il n’a pas changé. ( Murnau donna un coup de coude à son compagnon, un jeune homme élégant au visage pâle et aux yeux étrangement exorbités, qui semblait manquer d’humour.) Vous savez que c’est un phénomène, ce bon Delafeuille. Il trimballe partout des bouquins avec lui. Des trucs en papier.

– Je ne savais pas que ça existait encore, avoua l’autre avec une incrédibilité surjouée. “

Delafeuille est éditeur à Paris. Il est à Copenhague pour y rencontrer le maître du polar nordique et apparemment il n’est pas le seul sur le coup.

” – Vous êtes là pour Olaf Grundozwkzson, n’est-ce pas ? “

Ces derniers temps, il n’y a pas que dans les livres que l’on trouve des serials killers. La police locale est sur les traces de l’un d’entre eux bien réel, surnommé l’Esquimau.

Mais Delafeuille a bien d’autres préoccupations depuis qu’on lui a livré un exemplaire flambant neuf du nouvel Olaf Gründozwkzson dans sa chambre.

Au cours de sa lecture, il découvre que la réalité et la fiction sont curieusement imbriquées, et il pourrait bien se retrouver piégé au cœur de ce polar nordique en incarnant sans le savoir un des personnages…

Et ce n’est pas l’apparition de Sherlock Holmes dans cette histoire à tiroirs qui va éviter au livre de lui tomber des mains.

” Il n’osa pas aller jusqu’à la fin. Cette histoire ne pouvait que mal finir. Le livre lui tomba des mains. Il n’en croyait pas ses yeux. À la panique succéda la colère. Encore ? Il croyait en avoir fini avec cette histoire. Il n’y avait pas de doute possible. Il était dans le livre, à nouveau “

(…)

– Absolument, répondis Holmes en souriant. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir.

– Oui nous sommes piégés.

– Nous pourrions aller aux putes.

– En effet.

– Ou même nous mettre tout nus et courir dans le froid en faisant coin-coin.

– C’est atroce.

– Mais vrai.

– Tenez bon, la fin du chapitre n’est plus très loin.

– Qui vous dit que ce ne sera pas pire dans le suivant ?

– Il est obligé de reprendre le cours de l’intrigue. “

À travers cette épopée littéraire, Luc Chomarat a très certainement pris son pied pour nous offrir une histoire délirante qui ne manque pas d’humour en pointant du doigt certaines dérives du monde de l’édition, sans en avoir l’air, mais une chose et sûre il connaît bien la chanson.

Ce que j’en dis :

Les auteurs sont des grands manipulateurs, tout le monde le sait. Et quand il se tape un délire littéraire ça donne une histoire hilarante. L’auteur s’est éclaté c’est certain.

En bousculant les codes du polar, à travers des clins d’œil à la littérature nordique et en incluant quelques invités surprises tel que Sherlock Holmes ou encore la petite sirène, il crée une œuvre atypique et n’hésite pas à balancer ironiquement sur la face cachée du monde de l’édition, sur les écrivains et même sur la crédulité de certains lecteurs parfois prêts à lire n’importe quel livre placé en tête de gondole sous prétexte qu’ils ont un bandeau prometteur.

Ça balance, ça balance et on ne peut s’empêcher de sourire, et de penser inévitablement à quelques personnes de sa connaissance, forcément.

Vous l’aurez compris, enfin je l’espère, ce dernier thriller norvégien va vous faire passer un moment de lecture extraordinaire plein de surprises. Vous y trouverez des personnages surprenants, un serial killer, du sang, du sexe, des bombasses et même de l’alcool, une lecture très Rock’n Roll qui risque d’en faire sourire plus d’un j’en suis sûre.

N’hésitez pas, ça vaut le détour.

Pour info :

Luc Chomarat est né à Tizi-Ouzou (Algérie) en 1959.
Quand il n’écrit pas pour les gens qui lisent des livres,
il travaille dans la communication.


Il pratique le vélo urbain, la restauration de petits meubles,
la guitare électrique, et la cuisine à l’huile d’olive.

Il a publié à vingt-deux ans son premier roman qui lui a valu de figurer sur la liste du Magazine littéraire des meilleurs auteurs vivants de roman policier. Également traducteur de Jim Thompson, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour son roman, Un trou dans la toile en 2016 (Rivages)et a publié Le Polar de l’été (La Manufacture de livres, 2017) et Un petit chef-d’œuvre de litter (Marest, 2018)

Il vit à Paris.

Je remercie les Éditions de la Manufacture de livres pour ce polar délicieusement délirant.

“ L’Extravagant Monsieur Parker ”

L’Extravagant Monsieur Parker de Luc Baranger aux Éditions de La Manufacture de Livres

Leroy Parker était apparu comme un faux taiseux, un faux ronchon dont le visage parcheminé s’éclairait brusquement d’un regard malicieux, qui conservait quelque chose de juvénile, au moment où son interlocutrice s’y attendait le moins. Il fallut peu de visites pour maman, en tout bien tout honneur, cède au char suranné de ce vieillard barricadé derrière une constante mauvaise humeur de façade qu’un simple sourire féminin parvenait sans difficulté à lézarder. “

Au cours de l’automne de 1949 à Albuquerque, suite à un à accident de travail le mari de Maureen McLaughlin perds l’usage de ses jambes. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, elle s’occupe des travaux ménagers de plusieurs personnes âgées, c’est à cette occasion qu’elle rencontre l’intriguant Leroy Parker.

Au fil des jours, ils s’attachent l’un à l’autre et une belle et solide amitié prends forme.

Jusqu’au jour où il apprend que quelqu’un tente d’usurper sa véritable identité, ce bandit de grand chemin n’est pas d’accord et compte bien rétablir la vérité auprès de sa nouvelle amie en lui révélant son secret.

Celui qui fit trembler le Sud des États-Unis et que tous ont cru mort, le légendaire Billy theKid, c’est lui.

” Parker tira sur son cigarillo et marqua à nouveau quelques secondes de silence. Sous le nuage de fumée bleutée revivait-il ce jour funeste vécu quelque soixante-dix ans plus tôt ou mentait-il avec un aplomb inouï ? Maman, tentée de croire le vieux bonhomme, n’arrivait pas à intégrer le fait qu’elle ait pu, sans s’en douter une seule seconde, fréquenter un personnage historique, une « légende » comme il disait. Perturbée, attristée par ce qu’elle venait d’entendre, elle n’osa relancer la conversation. Ce fut Parker qui s’y colla après avoir secoué sa cendre :

– Comme je disais souvent quand j’étais jeune pour amuser mes copains : « je ne suis pas du genre à me laisser abattre »… “

Commence alors pour Maureen et sa famille un voyage fascinant dans le passé du vieux brigand et dans les mythes de l’Ouest américain.

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Ce que j’en dis :

Quand un auteur dégaine sa plume et m’invite à voyager dans le temps pour retrouver Billy the Kid, je ne résiste pas longtemps à l’appel sauvage de l’Ouest américain.

J’oublie que c’est une fiction, basée sur un mythe légendaire et je me laisse emporter par l’histoire absolument réjouissante.

L’écriture stylée de ce Frenchy m’a bluffée, et les pages ont défilé au galop à travers les souvenirs de ce brigand très attachant.

Aussi étonnant que surprenant, ce roman fleure bon l’Amérique, rythmé par les chevauchées fantastique et les frasques de l’extravagant Parker.

Ressusciter à travers ce roman qui ne manque pas d’originalité, Billy the Kid revient sur les devants de la scène et ne se laisse pas voler la vedette par un charlatan.

Alors si vous êtes nostalgique de western, si vous aimez certains auteurs comme Harisson ou Crumley, n’hésitez surtout pas à découvrir ce récit de ce français immigré au Canada qui risque très certainement de vous faire passer un sacré bon moment de lecture avec cette pépite étincelante.

Pour info :

Né à Trélazé dans leMaine-et-Loire, Luc Baranger a été loueur de bicyclettes, lustreur de parquets, peseur de poids lourds dans une carrière, éducateur spécialisé, chauffeur de taxi, traducteur d’une multitude de romans américains, installateur de système d’enseignement à distance, exploitant de submersible…

Il a voyagé dans de nombreux pays et s’est installé au Québec où il vit et écrit.

je remercie Les éditions de la Manufacture de livres pour cette chevauchée fantastique dans l’Ouest américain en compagnie de Billy the Kid.

“ Né d’aucune femme ”

Né d’aucune femme de Franck Bouysse aux Éditions de La Manufacture de livres

 » Lorsque ma respiration s’accélère, puis se ralentit, je parviens à modifier le voyage des ombres mortifères sur le papier terni, et un visage inconnu m’apparait, comme un rinceau sur un tombeau. Cette femme que je n’ai jamais rencontrée de ma vie, mais dont il me semble pourtant tout connaître, cette femme avec qui je n’ai pas fini de cheminer, avec qui je n’en aurai jamais fini. Alors, je me résous à laisser aller mon regard sur la première feuille, afin que disparaissent les ombres trompeuses, pour en faire naître de nouvelles, que je me prépare à découvrir, au risque de les assombrir plus encore. “

Trois jours avant l’Ascension, un homme, se présenta à l’église pour demander au prêtre de venir bénir un corps à l’asile, situé dans l’ancien monastère proche de la paroisse.

La veille en confession, une inconnue avait déjà fait une demande étrange au curé concernant cette bénédiction à venir. Il devait récupérer, cachées sur le corps de la défunte des notes manuscrites, les cahiers de Rose.

” Je pensais que ce serait plus difficile, d’écrire. J’ai passé tellement d’années à attendre ce moment, j’en ai tellement rêvé. Je me suis préparée tous les jours à mettre de l’ordre, à trier mes idées, en espérant le moment où je pourrais enfin poser mon histoire sur du vrai papier. Et voilà que le grand soir est arrivé, celui où j’ai décidé de me jeter dans la grande affaire des mots. Sûrement que personne me lira jamais. “

Ainsi vont sortir de l’ombre les écrits de Rose, les écrits qui racontent son histoire, afin de briser enfin le secret de son effroyable destin.

Il est grand temps que les ombres passent aux aveux. “

Ce que j’en dis :

En 2014, le paysage littéraire français découvrait une plume noire, sortie enfin de l’ombre grâce à son écriture lumineuse, ciselée à la perfection, de toute beauté. On pouvait s’enorgueillir de voir une telle œuvre ” Grossir le ciel “ de notre belle littérature et admirer cette étoile montante qui en véritable star reçut de nombreux prix prestigieux.

L’auteur ne s’arrêta pas en cours de chemin. L’année suivante, il nous servit sur un  » Plateau  » son deuxième roman, tout aussi fabuleux.

Entre temps un  » Vagabond  » et un  » Pur Sang » venaient embellir les bibliothèques des plus chanceux, déjà amoureux fous de cette plume singulière .

En 2017, plus personne n’hésita à mettre ses mains dans la  » Glaise  » et savoura ce dernier bijou, où l’amour côtoyait la folie des hommes.

Ici et là, quelques très bonnes  » nouvelles  » enrichirent les nombreux collectionneurs en attendant la venue  » Né d’aucune femme « .

En quelques années, Franck Bouysse nous a offert des diamants noirs, d’une grande maîtrise, pleine d’élégance et d’émotions.

Et pourtant il réussit encore à se surpasser et à nous surprendre.

Au milieu du silence d’un monastère, Rose nous apparaît et nous offre son histoire, tel un cri sorti de l’enfer que fut sa vie.

Une chorale l’accompagne, où chaque voix dégage son propre style pour nous embarquer au cœur des ces êtres de chair et de sang responsables de tant de maux.

La plume de Franck Bouysse s’affirme, il s’investit auprès de ses personnages et leur donne un relief unique, une force sculptée dans le roc.

Une nouvelle histoire qu’il murmure à l’oreille des lecteurs, bouleversant leur cœur, et hantera pour toujours et à jamais les lecteurs qui croiseront le chemin de Rose.

Au fil des saisons, Franck Bouysse a construit une œuvre littéraire grandiose qui ne cesse de se bonifier, un véritable nectar à déguster sans modération.

Pour info:

Franck Bouysse est né à Brive-la-Gaillarde. Il partage son enfance entre un appartement du lycée agricole où son père enseigne et la ferme familiale tenue par ses grands-parents. Il y passe ses soirées et ses week-ends, se passionne pour le travail de la terre, l’élevage des bêtes, apprend à pêcher, à braconner…

Sa vocation pour l’écriture naîtra d’une grippe, alors qu’il n’est qu’adolescent. Sa mère, institutrice, lui offre trois livres pour l’occuper tandis qu’il doit garder le lit : L’Iliade et L’Odyssée, L’Île aux trésors et Les Enfants du capitaine Grant.

Il ressort de ses lectures avec un objectif : raconter des histoires, lui aussi. Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner. Pendant ses loisirs, il écrit des nouvelles, lit toujours avidement et découvre la littérature américaine, avec notamment William Faulkner dont la prose alimente ses propres réflexions sur la langue et le style.

Jeune père, il se lance dans l’écriture de ses premiers livres : il écrit pour son fils les romans d’aventures qu’il voudrait lui offrir plus tard, inspiré des auteurs qui ont marqué son enfance : Stevenson, Charles Dickens, Conan Doyle, Melville… Son travail d’écriture se poursuit sans ambition professionnelle.

Le hasard des rencontres le conduit à publier quelques textes dans des maisons d’édition régionales dont la diffusion reste confidentielle.

En 2013, il déniche une maison en Corrèze, à quelques kilomètres des lieux de son enfance. La propriété est vétuste, mais c’est le coup de coeur immédiat.
Il achète la maison qu’il passera plus d’une année à restaurer en solitaire.

Alors qu’il est perdu dans ce hameau désolé, au coeur de ce territoire encore sauvage, un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit. Un livre voit le jour et, poussé par un ami, Franck Bouysse entreprend de trouver un éditeur. 
Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès.

La renommée de ce roman va grandissant : les prix littéraires s’accumulent, la critique s’intéresse à l’auteur, un projet d’adaptation cinématographique est lancé.

Ce livre est un tournant. Au total, près de 100 000 exemplaires seront vendus. Suivront Plateau, puis Glaise, et dont les succès confirment l’engouement des lecteurs et des professionnels pour cette œuvre singulière et puissante.

Né d’aucune femme est le dernier de ses romans qui rencontre déjà un véritable succès auprès de cette foule de lecteurs de plus en plus nombreux.

Je remercie la maison d’éditions de La Manufacture de livres pour ce bijou littéraire. Un nouveau diamant noir qui enrichit ma collection.