Maître des eaux

Maître des eaux de Patrick Coudreau aux Éditions de La manufacture de livres

Ce qu’ils avaient fait, c’était pas pardonnable, c’était même pas possible de l’envisager une seconde, fallait vraiment être un Grewicz pour ça. Une sale race, une engeance maudite, ni plus ni moins. Il y avait combien de temps de ça, au juste? Quinze ans, peut-être plus, vingt. Oui, c’est ça, les mémoires se sont remises en marche, vingt ans et une poignée de mois ; on est en avril, le mois idéal pour reprendre les choses en mains, sceller les sorts. “

Mathias Grewicz est de retour au village où il a perdu tous les siens dans un incendie criminelle. Il avait onze ans à l’époque et n’a rien pu faire, mais aujourd’hui il est bien décidé à régler ses comptes avec les assassins de sa famille.

Ses parents possédaient un don particulier ce qui ne plaisait guère aux villageois qui les accusaient d’être responsable de la moindre catastrophe. Ils devenaient gênant et leur réussite dans le domaine de l’élevage commençait sérieusement à déranger les autres éleveurs.

Ce don, il le possède aussi, et il n’hésitera pas à s’en servir. La traque à commencé, mais Matthias peut compter sur mère nature pour le protéger et puis il y a aussi cette gamine dont il a fait connaissance et qui est plutôt encline à l’aider.

” C’est une crevasse qui a la forme de la cicatrice de Mathias, dans le flanc de la falaise qui domine et boucle le paysage, et d’où l’on a vue sur Lalonde, son clocher doté de campanile couvert de pigeons et de faucons crécerelles. (…) La lumière y prend ses aises dès tôt le matin et jusqu’à cinq, six heures l’après-midi. Ensuite, elle décroît peu à peu, dessinant des reflets bleutés puis violets sur la pierre aux arêtes vives, encombrées de végétation, moussue par endroit. C’est dans cette caverne que Mathias a décidé de s’établir, à deux mètres du sol pierreux ; “

Il est grand temps d’en finir…

Ce que j’en dis :

Cette rentrée littéraire 2020 nous offre de belle découverte, et pour un premier roman celui-ci est vraiment réussi.

Dès le début de ma lecture, je me suis retrouvée dans une ambiance qui m’a fait penser à  » La maison assassinée  » le film adapté du magnifique roman de Pierre Magnan.

Le monde rural, le retour d’un exilé, les habitants contrariés qui apparemment cachent de lourds secrets, et une bonne âme disposée à prêter main-forte dans une atmosphère sombre et inquiétante.

Mais la comparaison s’arrête là, laissons à César ce qui est à César.

Même si la plume de Patrick Coudreau est dans la lignée d’autres auteurs de cette maison d’éditions, l’auteur fait son entrée avec panache en nous offrant un roman noir surprenant, captivant, et magnifiquement écrit. Un déluge de bons mots et des passages de toutes beautés donnent à l’histoire une allure poétique comme seule la nature et certaine plume peuvent nous offrir.

La nature est depuis longtemps mise en péril par les mains de l’homme, mais il y a d’irréductibles protecteurs qui grâce à leur écriture aussi belle qu’un coucher de soleil l’ immortalise comme à travers ce récit.

Ici, il est question de vengeance suite au destin tragique d’une famille d’immigrés, installée dans cette campagne, qui souhaitaient juste vivre en paix, mais qui a subi la jalousie et son pouvoir destructeur. Une famille qui avait un don qui aurait pu tout détruire sur son passage mais qui savait s’en servir à bon escient. Mais hélas tous ne l’entendaient pas de cette oreille…

Même si j’aurais préféré au final sentir une odeur de pluie plutôt qu’une odeur de poudre (impossible d’être plus explicite…) cette lecture pleine de suspense, de poésie et de magie a été un pur ravissement.

J’attends le prochain avec impatience.

Pour info :

Né à Bourges, Patrick Coudreau devient journaliste, se spécialisant dans les questions d’écologie et de société, travaillant d’abord pour la presse écrite puis pour diverses institutions.

Il commence à écrire quand il a 14 ans et publie trois recueils de poésie qui lui vaudront de recevoir deux prix littéraires. Il s’intéresse par la suite à la prose, ne cessant jamais de travailler et d’aller d’un projet à l’autre. Au total, près de vingt-cinq manuscrits s’accumuleront dans les tiroirs de son bureau sans être publiés.

C’est en 2017 qu’il achève le projet de Maître des eaux et décide de l’envoyer à trois éditeurs.

Passionné d’ornithologie, Patrick Coudreau vit aujourd’hui dans les Yvelines.

Je remercie l’équipe Trames et les Éditions de la manufacture de livres pour cette lecture qui a eut le don de m’envoûter.

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