La soustraction des possibles

La soustraction des possibles de Joseph Incardona aux Éditions Finitude

 » Le découragement plie sous le poids de l’orgueil. Elle refuse de pleurer, ou alors juste quelques larmes, par dépit. Des larmes de rage.

Elle comprend maintenant qu’il y aura de la souffrance. L’escroquerie des sentiments. Un territoire dont on ne connaît pas la frontière, un univers en expansion. La souffrance commence cette nuit, à 22 heures 30.

Odile l’ignore. Odile est un maillon de la chaîne de tout ce qui suivra, à la fois cause et conséquence de cette histoire.

Comédie et tragédie.

Le chat et la souris. “

Synopsis à ma façon :

Pour découvrir ce qui se cache derrière ce titre et cette couverture couleur lingot d’or, il convient de bien observer l’illustration et de faire travailler son imagination.

Pour vous aider un peu, je peux éventuellement donner un nom à chaque engrenage.

Il y Aldo, un professeur de tennis, qui joue aussi le gigolo pour joindre l’utile à l’agréable. Puis Odile, une femme mariée qui fait appel aux différents services d’Aldo. Rajoutons Svetlana, une jeune financière à l’avenir prometteur, son patron un banquier, un avocat, des petites frappes, mais également un mafieux Corse sans oublier sa sœur, et surtout de l’argent, beaucoup d’argent qui les relie les uns aux autres, et fait tourner l’engrenage.

” Certains lieux attirent la richesse. La richesse et la tragédie. “

Vous voilà parés, prêts pour vous lancer dans cette fresque ambitieuse qui vous fera voyager entre la Suisse et le Mexique en passant même par la Corse, avec du fric qui n’appartient qu’à eux, en compagnie de loups aux dents très longues.

 » L’argent, ça incite à péter plus haut que son cul.

Ouais.  »

Ce que j’en dis :

J’avais beau m’attendre à du grand art, je n’en ai pas moins été soufflé.

Comme tout artiste, il lui a suffit de quelques idées, finement liées les unes aux autres avec style, une bonne dose d’ironie, une pointe de causticité, du tragique mais également de l’humour, une bonne pincée de vérité, le tout arrosé d’amour, de sexe mais surtout de fric et vous obtiendrez un roman noir d’exception.

Si Joseph Incardona était une action, sa côte en bourse vaudrait de l’or.

Si Joseph Incardona était une œuvre d’art, il serait vendu chez Sotheby’s pour une somme terriblement indécente.

Si Joseph Incardona était lieutenant de police, il se prénommerait Columbo, malin comme un singe, toujours là on l’attend le moins.

Mais Joseph Incardona est écrivain, mais alors quel écrivain, il est suisse en plus, l’engrenage de qualité ils connaissent là-bas, de véritables experts et les secrets bancaires n’en parlons pas, tout s’explique.

La soustraction des possibles est un beau pavé audacieux à la mécanique impitoyable.

Mettez-vous à l’heure Suisse et ne le ratez surtout pas.

Pour info :

Joseph Incardona est né en 1969, de père sicilien et de mère suisse.

Écrivain, scénariste et réalisateur, il est l’auteur d’une quinzaine de livres. Personnalité atypique et auteur prolifique, ses références sont issues à la fois de cette culture de l’immigration ainsi que du roman noir et de la littérature nord-américaine du xx siècle.

Malgré la gravité des thèmes qu’il a pour habitude de traiter avec un style très noir et rythmé, on trouve aussi dans ses oeuvres un ton décalé souvent associé à une forme de pudeur.

Il remporte en 2011 le Grand prix du roman noir français avec Lonely Betty et en 2015 le Grand prix de littérature policière pour Derrière les panneaux il y a des hommes, tous deux parus aux éditions Finitude.

On lui doit plus récemment Permis C (BSN Press, 2016) – repris chez Pocket sous le titre Une saison en enfance –, Chaleur (Finitude, 2017 ; Pocket, 2018, Prix du Polar Romand) et Les Poings (BSN Press, 2018).

Son nouvel ouvrage, La Soustraction des possibles, est son dernier roman paru en 2020 chez Finitude.

Je remercie les Éditions Finitude et Masse Critique Babelio pour ce roman noir extraordinaire.