Le portrait de la Traviata

Le portrait de la Traviata de Do Jinki aux Éditions Matin Calme

Traduit du Coréen par Kyungran Chol et Delphine Bourgoin

” Une femme et un homme ont été assassinés à l’arme blanche. Leurs corps ont été retrouvés dans l’appartement de la jeune femme. Tous deux étaient presque des inconnus l’un pour l’autre. “

Voilà comment démarre cette histoire, une double mort dans un appartement au premier étage d’un immeuble. Se sont-ils entretués ?

” (…) D’après moi, le mobile d’un crime est plus important que la méthode utilisée ou les indices relevés. Une fois qu’on l’ a établi, il ne reste plus qu’à dérouler le fil pour trouver le coupable. “

Ou alors une tierce personne ? Mais alors qui est le coupable ? Le concierge peut-être ? Ou le petit ami d’une des victimes ?

 » – Ce meurtre est un véritable travail d’orfèvre. Nous allons devoir faire preuve à notre tour d’une grande imagination et nous montrer à la hauteur de son génie. “

Pour Lee Yuhyeon, cette affaire est pleine de mystère et l’aide précieuse de l’avocat Gojin, baptisé l’avocat de l’ombre sera la bienvenue.

” Lee Yuhyeon a l’impression que le brouillard se dissipe. Le lieu du crime, les indices, les dépositions des témoins… Le puzzle prend forme. “

Un véritable jeu de piste pour trouver le véritable meurtrier commence, les interrogatoires s’enchaînent car ils sont nombreux en fin de compte à avoir une bonne raison d’avoir commis ce double meurtre.

Ce que j’en pense :

À peine commencé je me suis retrouvée au cœur d’un Cluedo coréen avec un avocat qui ressemblait étrangement à Colombo, toujours à fouiner partout, en posant des questions dérangeantes aux suspects et possédant un flair extraordinaire.

Il est clair que face à un tel cas de figure, l’enquête ne va pas être facile à résoudre.

Mais on peut compter sur la persévérance de ce duo, flic avocat pour obtenir satisfaction.

Tout comme ce double meurtre, ce roman bien ficelé, qui ne manque pas d’énigmes à résoudre, ravira tous les fans du jeu Cluedo, ou des enquêtes de la reine du crime Agatha Christie

Un nouveau menu à la sauce Coréenne qui s’ajoute à la carte des éditions Matin Calme.

Pour info :

Do Jinki a 48 ans. Depuis vingt ans, il est juge au tribunal du district nord de Séoul. À quarante ans, il est devenu écrivain à succès de romans policiers. En 2010 son premier polar reçoit le Mystery Rookie Award de la Korean Mystery Artists Association. Il sera suivi par neuf autres romans policiers en deux séries parallèles, l’une mettant en scène l’avocat Gojin, l’autre le juge Djingi. En 2014, il obtient le Koreen Mystery literary Award pour son long-métrage, Thé. Statof Judas. Ses romans sont notamment traduit en Chine et quatre de ses livres ont été vendus à des sociétés de production faisant la part belle aux rebondissements. Ses fans l’ont baptisé le « John Grisham de Corée».

Je remercie les Éditions Matin Calme et l’agence Trames pour ce nouveau menu Coréen qui ne manque pas d’énigmes.

Aux vagabonds l’immensité

Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot aux Éditions de la manufacture de livres

– Je voulais juste dire qu’à l’ignominie répond l’ignominie, que c’est un engrenage, œil pour œil, dent pour dent: tu tues ton voisin pour venger la mort de ton frère et à son tour, le fils de ton voisin s’acharnera à venger son paternel ! Lorsque la violence s’impose, personne n’en sort indemne. “

À Metz, en Lorraine, la nuit du 23 au 24 juillet 1961 connue des heures sanglantes suite à une rixe qui a mal tourné. Cette expédition punitive,  » la ratonnade  » , va laisser dans son sillage quelques morts et de nombreux blessés.

On la nommera par la suite : « La nuit des paras ».

Ce drame historique, qui demeure pourtant assez méconnu, Pierre Hanot l’aborde à sa manière à travers son dernier roman ” Aux vagabonds l’immensité “.

En remontant le fil du temps, il nous offre les portraits de certaines personnes reliées à cette tragédie , à travers des instants de vie qui ont précédé cette fameuse nuit.

Des hommes et des femmes de différents horizons aux destins liés pour toujours.

Des vies simples qui seront bouleversées cette nuit là par les coups de l’Histoire.

Ce que j’en pense :

Pierre Hanot a le don pour m’embarquer loin des sentiers battus, vers des histoires du passé aux faits historiques pas toujours passionnant lorsqu’ils apparaissent dans les manuels d’Histoire. Mais voilà, il a l’art et la manière de déterrer certains sujets oubliés et de les rendre interessants grâce à ses personnages attachants, à une construction originale de son récit et à sa verve en parfait accord avec l’époque.

Incontestablement, nos souvenirs resurgissent, les bons comme les moins bons, les seconds liés aux premières confrontations de haine raciale même si j’étais jeune à l’époque, je me souviens de ces mots, ces insultes que j’entendais ici et là, mais qui véhiculaient malgré tout, déjà une grande violence.

Pierre Hanot nous offre son regard d’écrivain, avec une certaine liberté tout en abordant avec émotion et réalisme les tensions raciales des années 60, qui résonnent malheureusement toujours actuellement dans le monde entier.

Et même si je regrette que ce roman soit court, j’ai une fois de plus apprécié cette belle plume qui m’a fait voyager dans le temps et fait découvrir un pan historique de ma région, peu reluisant. Pas étonnant qu’il demeure presque inconnu, mais heureusement on peut compter sur Pierre pour éclairer nos lacunes avec une certaine élégance.

Une beau moment de lecture à savourer sans modération.

À découvrir également sur mon blog (https://dealerdeligne.wordpress.com/2017/12/16/gueule-de-fer/) son précédent roman Gueule de fer.

Pour info :

Pierre Hanot est né en 1952 à Metz. Enfance heureuse malgré la polio qui lui laissera des séquelles à une jambe, adolescence plus tourmentée durant laquelle la découverte des surréalistes sera son Mai 68. 

Tour à tour poète, maçon, routard, professeur d’anglais, song-writer, chanteur et guitariste, il prend dans les années 70 la musique en otage, accompagné par son groupe, le Parano Band. Suivront trente-cinq années d’aventures rock’n’rollesques et de concerts dont plus de 200 dans la plupart des prisons françaises, démarche hors normes qui impacte son funk-blues et forge sa poésie urbaine.

Homme de convictions, il relate en 2005 cette expérience unique dans Rock’n taules, récit salué par la critique unanime. Se consacrant dès lors au roman, il rejoint le monde du polar et du noir, lauréat en 2009 du Prix Erckmann-Chatrian pour son opus Les clous du fakir paru chez Fayard. Autre univers, l’art du collage que Pierre pratique en toute liberté, scénarisant ses œuvres au sein d’expositions évènementielles et interactives.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la manufacture de livres pour ce récit très touchant.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Sang chaud

Sang Chaud de Kim Un-Su aux Éditions Matin Calme

Traduit par Lise Charrin

À cette période de l’année, la mer de Guam est toujours recouverte de ce brouillard, accompagné d’une puanteur malséante, disons, celle que dégagerait des parties génitales atteintes d’une maladie vénérienne. On a coutume de dire que l’emblème de Guam est son vieux funiculaire, en vérité il s’agirait plutôt de ce brouillard gorgé d’humidité salée avec son odeur d’eau croupie. Les touristes, choqués, se bouchent le nez et les commerçants se plaignent de l’impact d’une telle pestilence sur leurs affaires. Quelques notables de Guam ont essayé d’en trouver l’origine : certains avancent l’hypothèse qu’elle viendrait des algues qui pourrissent, d’autres pensent qu’elle est due au rejet des eaux usées directement dans la mer, sans traitement. D’aucuns évoquent la décomposition des poissons et des crustacés morts, accumulés le long de la digue depuis sa construction. Certains prétendent carrément qu’elle provient de la putréfaction des nombreux cadavres jetés à l’eau. Enfin, le pasteur du quartier a sermonné la population, clamant qu’il s’agissait de l’odeur du péché et qu’elle ne disparaîtrait qu’après le repentir des coupables par la mortification de leur chair. Huisu se dit que le pasteur a sans doute raison, car Guam est à ce point irrécupérable que même ce pasteur a été arrêté et emprisonné, quelques temps après, pour pédophilie. “

Guam, quartier on ne peut plus sordide de Busan réparable à son vieux funiculaire mais surtout par la puanteur qui émane de la mer qui borde cette ville de Corée.

Dans cet endroit sordide, la pègre est dans la place, et les docks sont le lieu idéal pour les trafics en tout genre.

Guam n’a rien d’une ville paradisiaque, elle est en plus sous la coupe du Père Sohn, un chef de gang qui cumule lâcheté et cruauté. Il est aidé par son fidèle lieutenant Huisu, son fils spirituel.

Ici, vaut mieux éviter de se faire remarquer, et surtout vaut mieux régler ses dettes, à moins de préférer finir au fond de la mer après être passer dans les mains d’un surineur.

” Il est mort bêtement en voulant faire le malin. Un voyou qui veut frimer comme un con, tchao, il dégage. “

Les dettes, un fléau pour certains, une mine d’or pour d’autres …

” Tout cela n’a rien d’étonnant : tous les voyous et toutes les prostituées sont perclus de dettes. Le moteur qui fait tourner Guam n’est pas nourri par les passions ni par les rêves, mais par les montagnes de dettes qui les pourchassent tous. “

Depuis quelques temps Huisu s’interroge. À quarante ans il est lasse de cette vie minable, il aimerait bien en changer et pourquoi pas épouser la femme qu’il aime depuis l’enfance.

Alors quand une occasion se présente, il quitte le Père Sohn et tente de monter son propre business. Mais hélas, il va se retrouver impliqué au cœur d’une guerre de clan. Sa vie paisible est plongée en plein chaos, pas sûr que cette fois tout se passe comme prévu…

Ce que j’en dis:

Pour être surprise et lire autre chose que du déjà vu, ou déjà lu, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, à quitter sa zone de confort et voguer vers d’autres horizons et ça tombe bien, c’est tout à fait ce que nous propose, cette nouvelle maison d’éditions : Matin Calme.

Direction la Corée en plein cœur de la mafia, où les couteaux à sashimi finissent rarement au lave-vaisselle, mais plutôt plantés dans le corps d’un voyou. Ici point de flingues, mais des lames bien tranchantes, plus discrètes et quasiment toujours à portée de mains.

Ils ont le sang chaud par ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Et faut pas trop les énerver, ni tenter de les arnaquer, avec la mafia, vaut mieux marcher droit.

Vous voilà prévenus, au cas où vous envisageriez de postuler pour un job de malfrat chez les coréens.

Trêve de plaisanterie, toujours très attirée pour ma part par la littérature américaine j’ai été infiniment surprise d’être à ce point conquise par ce roman.

Direct le décor est planté, et nous entraîne dans une atmosphère particulière dans l’ambiance de Busan, où la Mafia coréenne règne de manière tentaculaire.

L’auteur nous offre des personnages hauts en couleurs, au passé tout aussi sombre que le présent, mais dont certains comme Huisu ne sont pas totalement démunis d’humanité.

Kim Un-su possède un style brillant, une écriture brute, cash, tranchante, et accrocheuse.

Ce menu coréen, épicé à la sauce mafia, parsemé de violence mais pimenté d’une dose d’amour est à déguster sans modération.

Les grands amateurs de polars peuvent se réjouir, une nouvelle maison qui tient déjà toutes ses promesses est dans la place, avec un menu d’exception pour l’ouverture des festivités 2020, et obtient direct sa première étoile.

Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Pour info:

Kim Un-su est né à Busan, Corée du Sud, en 1972.

Enfant, Kim Un-su a arpenté les rues du haut de Busan, celles où vivaient les familles pauvres et les voyous en herbe. Il publie ses premiers textes, des nouvelles, dans des revues en 2002 et 2003 avant de sortir un premier roman, totalement foutraque, moqueur et paranoïaque, en 2006, Le Placard (Gingko Éditeur). En 2010, il publie son premier polar, Les Planificateurs (L’Aube, 2016) qui lui assure un succès mondial.

Sang chaud est paru en 2017 en Corée. Il a déjà été vendu dans une douzaine de pays dont Doubleday (éditeur entre autres de Dan Brown, Stieg Larsson)

Kim In-su a reçu le prix MunhakDongne Fiction pour le Placard en 2006, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière pour Les Planificateurs.

Je remercie Camille de l’agence Trames et les Éditions Matin Calme pour ce menu coréen d’exception.

“ Ces liens que l’on brise ”

Ces liens que l’on brise d’Albert Wendt aux Éditions Au vent des îles

Traduit de l’anglais (Samoa) par Jean-Pierre Durix

” Combien de gens arrivent à garder ce lien d’amitié, de loyauté, pendant tout ce temps ? Pour elle, ce groupe formait une famille, même si elle n’avait pas idée de ce que pouvait être une grande famille. Le lien n’avait rien de biologique. Non, il s’agissait d’un mélange de maori, de niuéen, de samoan et de pākehā, et ça aussi c’était nouveau pour elle.

Aaron, Paul, Keith, Mere et Daniel cinq amis sont unis par leurs racines océaniennes et leurs origines modestes depuis l’enfance. Il semble avoir lié un pacte, un genre de contrat garantissant qu’ils seraient toujours copains et ne se laisseraient jamais tomber.

Cette tribu urbaine s’est formée dès l’école maternelle autour du personnage ambivalent d’Aaron. Cet être providentiel pour ses amis qui tire ses revenus de trafics illicites.

” Pour la première fois Laura venait de percevoir ce qui deviendrait au fil des années une contradiction familiale et effrayante dans la personnalité d’Aaron. Comme le décrivait Mere, « il va t’aimer à fond, sans conditions et jusqu’à la mort ; et pourtant un démon à l’intérieur de lui le poussera parfois à te faire du mal. ». “

La tribu a grandi à Auckland, en Nouvelle-Zelande, dans les années 1960. Aujourd’hui quadragénaires, ils ont pris des chemins différents, mais leur attachement reste entier.

Lorsque Aaron meurt, assassiné ils se retrouvent pour assister à ses funérailles.

Les deux vies parfaitement cloisonnées d’Aaron apparaissent subitement au grand jour à l’ouverture du testament, laissant apparaître des lignes de fracture qui mettent brutalement les membres de la tribu face à leurs contradictions. Pour la première fois, les dernières volontés du défunt risquent de désolidariser le groupe pourtant si uni.

Le code d’honneur exigeant que l’on venge Aaron l’emportera-t-il sur le respect de la loi ?

La solidarité du groupe résistera-t-elle à l’appât du gain ?

Ce que j’en dis :

Ce voyage livresque en Nouvelle-Zélande m’a fait découvrir une culture et des traditions ancestrales à travers une histoire où les liens de l’amitié d’une ” tribu ” apparemment indestructible se retrouvent malmenés et en danger suite au décès de l’un d’eux.

L’auteur puise dans sa propre histoire et ses souvenirs pour nous offrir un beau roman qui demande parfois une attention particulière mais qui se révèle attachant et passionnant au fil des pages.

Plus qu’un dépaysement, ce récit nous emporte, nous enrichit nous captive, et nous donne une vision d’un monde très éloigné du nôtre.

Une belle découverte.

Pour info :

Poète et romancier samoan, Albert Wendt écrit sur la vie quotidienne dans son archipel natal. Cet homme de lettres, peut-être le plus connu du Pacifique sud, tente d’offrir un contrepoint aux portraits souvent très romantiques ou à connotation raciste que brossent les étrangers des Polynésiens.

Né le 27 octobre 1939 à Apia, dans les Samoa occidentales (aujourd’hui Samoa), Albert Wendt possède des origines samoanes et allemandes, par son arrière-grand-père. Ayant suivi ses parents en Nouvelle-Zélande à l’âge de quatorze ans, il étudie à l’université Victoria de Wellington, où il obtient une maîtrise d’histoire en 1964. L’année suivante, il rentre aux Samoa pour enseigner. Il occupera par la suite cette fonction dans divers établissements supérieurs de son pays natal, des Fidji et de Nouvelle-Zélande. Auteur d’un essai fondateur intitulé Towards a New Oceania (1976), il promeut la culture et les arts des îles du Pacifique à travers plusieurs anthologies de poésie moderne, notamment Lali, A Pacific Anthology (1980). En 1977, il crée aux Samoa occidentales une annexe de l’université du Pacifique Sud.

Wendt réalise une synthèse entre histoire, mythes et tradition orale d’une part, fiction contemporaine d’autre part, unifiant ces éléments au sein de sa propre vision du monde. À travers ses œuvres de fiction, il dépeint ainsi les traditions et les mœurs des Papalagi (d’origine européenne) ainsi que leurs répercussions sur la culture samoane. Ce thème apparaît dès son premier roman, Sons for the Return Home (1973). Parmi les œuvres qui suivent, citons Pouliuli (1977), version polynésienne du Roi Lear, Leaves of the Banyan Tree (1979, Les Feuilles du banian), saga d’une famille samoane, Ola (1991), Black Rainbow (1992), Mango’s Kiss (2003, Le Baiser de la mangue), et le roman en vers The Adventures of Vela (2009). Albert Wendt publie également des recueils de nouvelles tels que Flying-Fox in a Freedom Tree(1974) et The Birth and Death of the Miracle Man (1986). Il est également l’auteur de plusieurs volumes de poésie tels que Inside Us the Dead : Poems 1961 to 1974 (1976, Au fond de nous les morts), Shaman of Visions (1984), Photographs (1995) et The Book of the Black Star (2002).

Je remercie l’équipe de Trames pour cette belle découverte.