Vivonne

Vivonne de Jérôme Leroy aux Éditions de La Table ronde

[…] Aux dernière nouvelles, le Calvados n’était pas encore touché par les inondations, les pluies diluviennes et les typhons cataclysmiques ravageant méthodiquement, en ce mois de novembre, les Hauts-de-France, la Picardie et maintenant Paris.

On parlait de plus de cent morts et s’il en jugeait par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux, la tempête tropicale qui s’était déclenchée depuis deux heures allait faire un sacré nombre de victimes dans Paris.

Depuis son bureau parisien, rue de l’Odéon, l’éditeur Alexandre Garnier assiste à un spectacle hallucinant. Un typhon s’est abattu sur la région, détruisant tout sur son passage, en laissant dans son sillage de nombreux morts et des milliers de blessés.

Une rivière de boue a envahi les rues de Paris et les rats surgissent des égouts. La fin du monde semble proche pour Alexandre qui voit resurgir avec nostalgie les souvenirs de son passé où la vie était bien plus clémente.

Inquiet de voir son monde disparaître, il repense justement à Adrien Vivonne, un écrivain, poète dont il a publié les livres et qui s’est évaporé mystérieusement en 2008.

“ Où était Adrien Vivonne, dans cette guerre absurde de tous contre tous ? Était-il encore en vie ? Y avait-il encore un jardin clos pour lui, dans une petite maison couverte de vigne vierge, dans un quartier calme d’une sous-préfecture aux toits de lauze ou aux murs de tuffeau ? Une chaise longue avec une pile de vieux livres de poche dans l’herbe ou une table de ferme sur laquelle il écrivait dans une cuisine aux tommettes fraîches, aux cuivres rutilants dans la pénombre traversée par des rais de soleil qui font voler une poussière lumineuse à travers les persiennes ? ”

Il pouvait être caché n’importe où, sur le plateau des Millevaches ou pourquoi pas dans les Cyclades.

Qui pourrait lui en vouloir ? Le monde s’écroule, les ouragans s’enchaînent, suivis de sécheresse, de canicule et politiquement ce n’est pas mieux, les Dingues sont au pouvoir, et la multiplication des cybersabotages risquent bien de provoquer une Grande Panne.

Il est urgent de retrouver Vivonne, car sous ses airs de poète fantasque, il semble avoir trouvé un passage secret vers un monde apaisé.

Mais n’est-ce pas “ un peu tard dans la saison ” pour retrouver Vivonne ? Devra-t’il Nager vers la Norvège, jusqu’au Cimetière des plaisirs pour vivre enfin Les jours d’après ?

« On ne savait pas depuis quand mais, c’était sûr, ils étaient là. Ils débarquaient dans les îles, et ils ne choisissaient pas n’importe lesquelles. Seulement celles qui possédaient dans leurs temples ou leurs bibliothèques des reliques et des livres du Poète. Ils massacraient les Amis qui tentaient de résister. Ils détruisaient les maisons et les bateaux. Ils rétablissaient le culte de l’Ancien Dieu.

Et surtout, les Autres brûlaient les livres du Poète. Les livres d’Adrien. ”

Ce que j’en dis :

Sentant venir la fin du monde, notre éditeur perclus de culpabilité, semble vouloir passer à confesse. Rongé par la jalousie face au talent de son ami poète, il s’est éloigné de lui et maintenant qu’il est en galère il le regrette.

Sachant que Jérôme Leroy possède plusieurs cordes à son arc, notamment celle de poète, je me demande si avec cette fiction qui n’est parfois pas si loin de la réalité, il n’a pas quelques comptes à régler avec l’humanité ?

“ Seuls les idiots croient que la réalité apprend plus de choses que les romans. Les romans sont les Guides du Routard de l’existence. En mieux écrits et avec des personnages qui nous ressemblent, même s’ils ne nous plaisent pas, surtout s’ils ne nous plaisent pas. ”

Mine de rien, tout en nous divertissant, on sent bien qu’il est inquiet sur le devenir de notre planète que ce soit du côté climatique que politique, mais aussi sur le monde de l’édition où la poésie a du mal à se faire une place au Paradis, du à certains éditeurs frileux et aux manques de lecteurs. Pourtant ne dit-on pas : les mots guérissent les maux. Alors si l’on en croit cette histoire, la poésie de Vivonne possède des chemins de traverse qui mènent vers un lieu préservé que seul les lecteurs trouveront. Elle me plaît énormément cette idée.

Ce roman atypique réunit à lui seul tous les styles de l’auteur, tantôt poète, tantôt romancier, pour les lecteurs de 7 à 77 ans voir plus, il joue avec les mots avec élégance et on ne s’en lasse pas. Si Vivonne détient un secret, il est clair que Jérôme Leroy nous passe de nombreux messages à travers ces réflexions pertinentes sur notre monde, et les conséquences que peuvent entraîner un tel chaos climatique et social.

En ces temps difficile, il est bien agréable de s’échapper dans un bon roman, et puis qui sait, Vivonne risque de vous surprendre et de vous révéler ses lieux secrets pour vous évaporer avec lui…

Il serait vraiment dommage de passer à côté.

Pour info :

Né à Rouen le 29 août 1964, Jérôme Leroy est un écrivain français auteur de romans, de romans noirs, de romans pour la jeunesse et de poésie.
Il a été professeur de français dans différents collèges du Nord, pendant près de vingt ans.
Après un premier roman, il découvre le néo-polar par l’intermédiaire de Frédéric Fajardie. Jérôme Leroy est l’auteur du livre Le Bloc (Gallimard, 2011) qui met en scène un parti d’extrême droite, nommé le « Bloc Patriotique ». En 2017, il est le co-scénariste du film de Lucas Belvaux, Chez nous, adapté de son ouvrage. Il publie également de la poésie et reçoit le prix de l’Académie française Maïse Ploquin-Caunan 2011 pour Un dernier verre en Atlantide (La Table Ronde, 2010). L’Ange Gardien(Série Noire, 2014) reçoit le Prix des Lecteurs Quais du polar/20 minutes en 2015. Jérôme Leroy est contributeur aux pages livres de Causeur et chroniqueur politique de l’hebdomadaire communiste Liberté Hebdo depuis 2008. En 2017, il reçoit le prix Rive Gauche à Paris pour Un peu tard dans la saison (La Table Ronde). Son avant dernier roman, La petite Gauloise, est paru à la Manufacture de livres en 2018.

Aux éditions Syros, on lui doit une Souris Noire – La princesse et le Viking – deux romans en Rat Noir : La grande môme (2017) et Norlande (2013) primé à de nombreuses reprises, un hors collection, Macha ou l’évasion (2016) et un Mini Soon + Les filles de la pluie (2018).

Je remercie les Éditions de La Table Ronde,pour ce voyage littéraire plein de surprises.

Nos corps étrangers

Nos corps étrangers de Carine Joaquim aux éditions de La Manufacture de livres

[…] l’impression de se trouver loin de Paris. C’était ce qu’Elisabeth aimait par-dessus tout : une fois poussée la porte vitrée, elle basculait dans un monde préservé, le monde de l’intime, protégé de l’environnement extérieur.

Élisabeth et Stéphane l’aimaient pourtant cet appartement Parisien où leur fille Maëva avait fait ses premiers pas, mais pour oublier ce corps étranger qui s’était immiscé dans leur couple, il était nécessaire de le quitter pour tenter de recoller les morceaux en prenant un nouveau départ dans cette grande maison à la campagne que Stéphane avait trouvé.

Prendre de la distance et pourquoi pas réaliser enfin certains rêves et tenter de réconcilier leurs corps devenus étrangers l’un à l’autre.

Elle avait doucement essuyé une larme, sans vraiment savoir ce qui, entre la douceur du souvenir et le déchirement du départ, l’avait fait couler. ”

Mais il n’est jamais simple de tourner la page, d’oublier la trahison, les mensonges, et l’adaptation à ce nouvel endroit est loin d’être aisée. De nouveaux corps étrangers s’invitent dans leur nouvelle vie, et risquent de perturber à nouveau le bonheur de leur famille.

Malgré les apparences, Élisabeth n’était pas là. Du haut de son donjon, elle voyait grand, elle voyait loin, devant elle s’étalait tout le champ des possibles, se dessinaient tous les rêves qui n’avaient pas encore pris forme et, elle le savait, cet horizon onirique lui serait accessible, si seulement elle faisait les quelques pas nécessaires pour s’éloigner de sa tour. ”

Et pourtant, c’est peut-être auprès de ces corps étrangers qu’il leur sera possible de retrouver enfin une raison de vivre…

Ce que j’en dis :

En apportant ce projet à Pierre Fourniaud, François Guérif, l’ancien directeur des éditions Rivages a eu du flair et on ne peut que le remercier au passage. Et personnellement ça me plaît ces transmissions entre passionnés qui permettent à de jeunes écrivains méritants de voir enfin leurs manuscrits sortir de l’ombre, et il aurait été bien dommage de ne pas découvrir celui-ci.

Dès les premières pages on tombe sous le charme de la magnifique plume de Carine Joaquim qui nous plonge dans l’intimité d’un couple désuni.

À travers les trois personnages qui composent cette famille, nous suivrons la tentative de reconstruction du couple, cherchant parfois un échappatoire auprès de corps étrangers. Que ce soit pour le couple ou pour Maëva en pleine crise d’adolescence qui découvre à son tour les prémisses de l’amour, rien ne sera simple.

L’auteur nous confronte à cette vie de couple, avec ses trahisons, ses non-dits, ses rêves, sa force mais aussi ses faiblesses, ses souffrances intimes, ses incompréhensions, ses regrets, tout ce qui rapproche ou au contraire détruit sans espoir de retour en arrière.

Un premier roman à limite du thriller psychologique qui cache bien son jeu, car c’est bien plus qu’une histoire de désamour, c’est une histoire qui rends bien justice à tous ces corps étrangers qui jalonnent ces pages.

Bouleversant, surprenant, porté par une plume pleine de sensibilité, Nos corps étrangers s’avère une très belle découverte, et j’espère qu’à mon tour je vous aurai donné envie de le découvrir.

Pour info :

Née en 1976 à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur.Nos corps étrangers est son premier roman publié.

Je remercie la Manufacture de livres et l’agence Trames pour cette lecture intime qui ne manque pas caractère,

Belladone

Belladone d’Hervé Bougel aux Éditions Buchet.Chastel

“ La maison n’est pas belle, la maison n’est pas propre, la maison n’est pas rangée. La serrure est cassée. Mon père l’a brisée une nuit, de trois coups de pied. Ma mère ne voulait pas le laisser entrer : Fous- moi le camp, tu es encore bourré! On bloque la porte d’un bout de carton replié, ça tient. Qui voudrait nous voler ?

C’est ici que nous vivons. C’est comme ça. ”

À la fin des années 60, l’été pointe son nez dans une petite ville maussade des Alpes. La montagne surplombe le bourg, et une statue géante de la Vierge veille sur la vallée.

C’est ici que vit un jeune garçon avec sa famille.

Du haut de ses dix ans, il observe et nous livre sa vie tourmentée d’enfant malmené.

Auprès de sa famille brisée par l’alcoolisme du père suicidaire, la violence du frère, le désespoir de sa sœur et d’une mère mal-aimante, cet enfant s’efforce de grandir, rongé par les secrets, silencieux retenant ses paroles qu’il faut taire à tout prix.

“ Nous ne savons pas ce qu’est apprendre la vie, comme le rabâche notre père, mais nous avons retenu cette leçon. Nous nous taisons. Nous nous taisons pour tout ; même entre nous, nous nous taisons.

Comment s’échapper de cette vie avec de si lourds bagages ?

La peur, à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le cœur. La peur qui enserre, la peur qui réduit , la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête. ”

Par où s’enfuir ?

Ce que j’en dis :

Hervé Bougel nous offre un roman noir d’une grande sensibilité, écrit au cordeau, qui nous transporte en l’espace de quelques jours au milieu de cette vie tellement sombre que même le soleil brûlant de cet été caniculaire a bien du mal à trouver sa place.

Difficile de croire en l’avenir en grandissant dans un climat familial si torturé, et pourtant encore aujourd’hui de nombreux enfants connaissent une enfance similaire.

Impossible de ne pas être touché par ce court roman, cette écriture poétique, cette histoire dramatique qui nous donne envie de prendre cet enfant par la main pour l’emmener là où la joie illuminera enfin sa vie.

Un roman bouleversant qui vous mettra le cœur en miette.

Une belle découverte de cette rentrée littéraire 2021.

Pour info :

Hervé Bougel est né en 1958. A 16 ans, il quitte l’école et exerce différentes professions, jusqu’à devenir, en 1997, éditeur de poésie. Il vit aujourd’hui à Bordeaux.

Je remercie les Éditions Buchet . Chastel

Manger Bambi

Manger Bambi de Caroline De Mulder aux Éditions Gallimard / La Noire

“ Les miroirs de l’ascenseur les montrent en pied, le maquillage à peine entamé, intactes quasiment, et d’humeur joyeuse. La ravissante, c’est Hilda, Bambi pour son créa. Bambi à cause de ses yeux doux et de sa charpente légère, tout en pattes. Elle est en slim et top serré sur un torse sec, et gueule d’enfant grimée. La blonde, c’est Leïla, qui a les cheveux noirs et perd dix centimètres en arrachant sa perruque comme si c’était le scalp de l’ennemi. […] ”

Qu’est-ce qui peut bien pousser une jeune fille qui n’a même pas encore fêté ses seize ans, à rencontrer des papas gâteaux dans des chambres d’hôtel ? Est-elle pleine de vices, cherche t’elle juste à se sortir de la misère ou a-t-elle des comptes à régler avec la gente masculine ? Toujours est-il qu’avec ses copines, elles jouent avec le feu tout en s’en mettant plein les poches aux passages en dépouillant ces vieux vice lards pêchés sur le net.

[…] À part ça, la life me bousille, ouais, la vie est une pute et on a même pas la thunes pour l’acheter. »

Sous ses grands yeux qui laissent parfois couler quelques larmes si c’est nécessaire se cache une violence extrême qu’elle laisse échapper lorsqu’on lui refuse ce qu’elle veut.

« C’est pas de notre faute. On est des proies faciles et tout le monde en abuse. »

De retour à la maison il faut supporter “ Nounours ” le nouveau mec de sa mère. Sous prétexte qu’il allonge les biftons et permet à sa mère de s’alcooliser jusqu’à plus soif il faudrait être très gentille avec lui, vraiment très gentille.

Mais même pour faire plaisir à sa mère Bambi n’est pas prête à s’offrir sur un plateau.

Chaque jour tout peut basculer et l’empêcher de parvenir à fêter son seizième anniversaire.

Il est temps de balancer ce porc loin de sa vie…

Ce que j’en dis :

Ne vous fiez pas au titre, vous êtes bien loin d’un conte de fée, ici Bambi n’a rien d’une petite fille protégée par sa mère des vilains prédateurs, bien au contraire.

Caroline De Mulder nous offre une histoire démoniaque où la violence des jeunes filles fait froid dans le dos, étant généralement promulguée par des hommes.

Dans un style très évocateur, assez trash, utilisant même l’argot de la jeunesse qu’il n’est pas toujours simple à comprendre mais qui colle parfaitement à la sauvagerie de ces gamines, ce roman noir nous plonge dans la vie de Bambi devenue elle même une prédatrice pour tenter d’effacer sa souffrance. Auprès d’une mère défaillante, un père absent, son univers est parti en live et sa survie ne tient plus qu’à un fil, un dérapage est si vite arrivé…

La série noire peut s’enorgueillir de toujours nous offrir de magnifiques plumes, où la noirceur rayonne dans toute sa splendeur.

Manger Bambi ne fait pas exception, bien au contraire, n’hésitez pas à le dévorer.

Pour info :

Caroline de Mulder, née à Gand en 1976, est un écrivain belge de langue française. Elle réside à la fois à Paris et à Namur où elle est chargée de plusieurs cours de littérature aux Facultés Notre- Dame de la Paix.

Élevée en Néerlandais par ses parents, elle alterne ensuite des études en français et en néerlandais, primaires à Mouscron, secondaire à Courtrai, philologie romane à Namur, puis à Gand et enfin à Paris.

L’auteur qui aime dire avoir deux langues maternelles, a donc appris à écrire en néerlandais et à lire en français.

En 2010 , son premier roman « Ego Tango » (consacré au milieu du tango parisien, milieu qu’elle a elle même fréquenté assidûment), lui vaut d’être sélectionnée avec 4 autres écrivains pour la finale du prix Rossel. Elle est la cadette de la sélection et remporte le prix.

Elle publie en 2012 un premier essai : « Libido sciendi : Le Savant, le Désir, la Femme », aux éditions du Seuil. La même année, elle publie également un second roman (« Nous les bêtes traquées », aux éditions Champ Vallon) lors de la rentrée littéraire.

Chez Actes Sud, elle punlie, en 2014, « Bye Bye Elvis » et, en 2017, « Calcaires ».

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée habillée de noirceur.

Se cacher pour l’hiver

Se cacher pour l’hiver de Sarah St Vincent aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Eric Moreau

Se cacher pour l’hiver, qui n’en rêverait pas en ce moment pour de multiples raisons, même isolé au bout du monde.

Kahtleen vit depuis quelques temps déjà dans ce coin perdu de Pennsylvanie, au cœur d’un parc naturel, sur le sentier des Appalaches.

Les beaux endroits c’est comme partout ailleurs. On y souffre quand même. ”

Elle s’occupe du snack où s’arrêtent parfois les gens des randonneurs.

Elle n’est donc pas surprise quand elle voit apparaître cet étranger dans le paysage, en dehors de son drôle d’accent et de son allure peu adaptée à la randonnée.

Le croyant de passage, elle commence à s’interroger au bout de quelques jours, ne le voyant pas reprendre la route.

Apparemment cet homme semble se cacher.

Vivant reclus depuis un moment avec sa part de traumatisme à surmonter, elle est d’autant plus amène à le comprendre. Sortant chacun de leur réserve, une amitié prends forme et jour après jour chacun se délivre.

Mais dans le silence apaisant de l’hiver le danger se rapproche…

Je comprenais la peur panique, surtout la peur ancrée dans le passé et donc beaucoup plus coriace.

Ce que je comprenais plus que tout, c’était le désir de se couper du monde.

“ J’ai pourtant fini par perdre patience. Quoi que cet homme très étrange soit venu faire ici, croyait-il vraiment qu’il pourrait resté caché à tout jamais dans un trou perdu au fin fond de la Pennsylvanie ? Ce n’était pas réaliste. Il était plus intelligent que ça – et moi aussi ”

Ce que j’en dis :

Certains livres ont le pouvoir de vous embarquer dès les premières pages vers une aventure hors du commun et donne une folle envie de Se cacher pour l’hiver, pour les savourer.

Se cacher pour l’hiver comme Kathleen et Daniil nos deux personnages qui hantent les pages de cette histoire.

Se dévoilant peu à peu l’un à l’autre, nos deux écorchés, blessés physiquement et psychologiquement tentent de s’apprivoiser nous livrant peu à peu leurs blessures et leurs secrets par petites touches comme lorsque le printemps libère l’hiver de ses paysages enneigés avec l’espoir de voir renaître des jours meilleurs.

Avec douceur et subtilité malgré la violence des faits, l’auteure Sarah St Vincent aborde la violence conjugale, la culpabilité et l’espoir du pardon par la rédemption.

Une histoire tragique portée par une plume magnifique qui sied à ravir à ce décors hivernale des Blue Ridge Mountains où nos deux âmes perdues s’apprivoisent, s’entraident malgré la noirceur qui les habitent.

Un magnifique premier roman qui donnent vies à des personnages inoubliables dans une ambiance sous tension où l’intrigue se libère au fil des pages, pour que la souffrance s’envole et que le soleil illumine enfin leur vie.

Une superbe découverte comme sait nous offrir la maison d’éditions Delcourt.

Pour info :

SARAH ST VINCENT a grandi en Pennsylvanie.

Avocate spécialiste des droits de l’homme, elle s’est investie notamment auprès de victimes de violences domestiques.

Elle travaille aujourd’hui pour l’organisation Human Rights Watch en tant qu’observatrice des politiques et pratiques de sécurité intérieure. Se cacher pour l’hiver est son premier roman.

Beautiful Boy

Beautiful Boy de Tom Barbash aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

“ Le Dakota Building, où nous avions emménagé quand j’avais quatre ans, est l’un des immeubles les plus connus au monde. […] La liste des habitants de cet immeuble et des invités qui y ont défilé est le Who’s Who d’un siècle de culture américaine. Le Dakota aurait dû figurer au beau milieu de cette vieille couverture du New Yorker qui représente une petite partie de Manhattan entourée de minuscules points symbolisant le reste du monde, car c’est l’image qu’on avait de lui quand j’étais petit. ”

New-York 1980. À l’angle de la 72 éme rue, face à Central Park, le Dakota Building domine depuis une centaine d’années. C’est dans ce lieu mythique que vit le jeune Anton Winter avec sa famille.

Il est de retour d’une mission humanitaire en Afrique et espère bien se refaire une santé auprès des siens.

“ Je me suis senti chanceux d’avoir eu une enfance relativement ordinaire, bien qu’extraordinaire. Je n’avais pas été enlevé par un de mes parents, et aucun des deux ne s’était fait renverser par un flic ivre, du moins pas encore.

Notre période d’infortune, c’est maintenant que nous la traversions. ”

Son père, Buddy, fait également une pause, après avoir été sous les projecteurs en tant qu’animateur de télévision. Il se remet doucement d’une dépression nerveuse et espère que son fils l’aidera à relancer sa carrière.

Quand à sa mère, ex- mannequin elle se consacre à la campagne de Ted Kennedy.

Sans oublier l’illustre John Lennon un des ses voisins dont il se rapproche sans pour autant profiter de sa notoriété. Une belle amitié s’installe entre eux qui sera hélas écourtée par Mark David Chapman qui fera couler beaucoup d’encre après avoir fait couler le sang au pied du Dakota Building.

Ce que j’en dis :

Tom Barbash nous offre une errance New-Yorkaise de toute beauté en nous transportant dans les années 80 au sein du Mythique Dakota Building en compagnie de la famille Winter.

Anton très proche de son père lui apporte son soutien mais avec une folle envie de s’affirmer et de prendre enfin son envol.

L’auteur pose un regard avisé sur cette famille qui a connu la célébrité dans cette ville en pleine mutation, permettant même à John Lennon de s’illustrer une dernière fois, à travers ses moments d’amitié avec le jeune Anton, qui ne l’oubliera jamais.

La violence rôde dans les rues de New-York sans pour autant mettre fin aux rêves qui hantent de nombreux américains.

Tom Barbash est l’image de sa ville, après son magnifique recueil de nouvelles , il prends de la hauteur avec ce superbe roman et grimpe sur les podiums littéraires en route vers le succès.

Une belle plume américaine, qui ravira tous les amoureux de New-York.

Pour info :

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse.

Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette balade new-yorkaise pleine de nostalgie.

L’inconnu de la forêt

L’inconnu de la forêt d’Harlan Coben aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Roxane Azimi

Wilde est celui que l’on nomme l’inconnu de la forêt.

On ignore tout de son passé.

Il reste pour les habitants du coin une véritable énigme.

Pourtant il semble posséder un don pour retrouver les personnes disparues.

Ayant grandi dans la forêt, il l’a connaît par cœur. Aucune piste ne lui échappe. Et même si ses méthodes peuvent vous paraître très spéciales, elles font de lui un enquêteur hors pair.

Alors lorsqu’une jeune fille, puis un lycéen disparaissent il n’attend pas les autorisations pour se lancer à leur recherche, car il sait plus que quiconque que la forêt est pleine de danger et qu’il est parfois difficile et même parfois impossible de retrouver le chemin qui conduit a sa maison.

Ce que j’en dis :

Aux États-Unis 460 000 enfants sont portés disparus chaque année, un sujet qui semble tenir à cœur à Harlan Coben qui traite régulièrement de ce sujet dans ses thrillers, comme notamment dans ce dernier récemment sorti en France.

À cette occasion, il met en scène un nouveau personnage : l’inconnu de la forêt, qui garde une part de mystère qui sera certainement dévoilée au fur et à mesure dans les prochaines intrigues.

On y découvre également un nouveau jeu tendance qui consiste à simuler une disparition, il sera donc plus difficile pour les enquêteurs de faire le tri entre le vrai et le faux dans cette histoire où des adolescents sont portés disparus.

Comme à son habitude, Harlan Coben nous offre une intrigue complexe à travers des chapitres courts rendant la lecture addictive. Si son style d’écriture reste assez basique, c’est plutôt dans l’art et la manière de mener son histoire qu’il excelle, semant au compte goutte les indices.

Derrière cette couverture plutôt réussie qu’il est impossible de ne pas repérer au premier coup d’œil en librairie, vous y retrouvez tout le talent de l’auteur pour passer un moment de lecture plutôt sympa.

Il me tarde de retrouver Wild et d’en connaître je l’espère, davantage sur l’inconnu de la forêt.

Pour info :

Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants.

Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès la publication de ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public.

Il est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis. Depuis Ne le dis à personne… (2002) – récompensé du Grand Prix des lectrices Elle et adapté avec succès au cinéma par Guillaume Canet –, Belfond a publié vingt et un romans de Harlan Coben.

Plusieurs ont été adaptés en miniséries, dont Une chance de trop et Juste un regard, diffusées surTF1, ainsi que Intimidation/The Stranger et Dans les bois/The Woods, disponibles en streaming sur Netflix.

Tous ses ouvrages sont également disponibles chez Pocket.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce suspens haletant.

La mer sans étoiles

La mer sans étoiles dErin Morgenstern aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony

En grand lecteur que vous êtes, vous connaissez forcément le monde de Narnia, l’école des sorciers d’Harry Potter, Arthur et les minimoys et même l’univers d’Alice et son pays des merveilles, mais connaissez-vous La mer sans étoiles ?

Alors permettez-moi de vous la présenter…

Peut-être l’un d’entre vous l’a peut-être déjà visité ? Car c’est derrière certaines portes que cet endroit mystérieux se cache.

“ Toutes les portes mènent à un Port sur la mer sans Étoiles, pour peu que quelqu’un ose l’ouvrir.

Peu de choses les distinguent d’une porte normale. Certaines sont simples. D’autres décorées minutieusement. La plupart ont un bouton qui n’attend que d’être tourné bien que d’autres aient des poignées à baisser.

[…] Ceux qui cherchent trouveront. Leur porte les attend. ”

Zachary Ezra Rawlins s’est trouvé face à l’une d’elle, mais ce jour là il n’a pas osé s’y attarder. Jusqu’au jour où il tombe sur un livre à la bibliothèque de son université qui raconte justement cet épisode. Comment cela est-il possible ? Le fils de la voyante devrait pourtant avoir l’habitude d’être confronté à des phénomènes étranges mais là c’est de lui dont il est question, cela devient quelque peu inquiétant.

Commence alors une véritable quête pour découvrir le fin mot de l’histoire. Une quête qui va le conduire dans un étrange labyrinthe souterrain sur les rives de la mer sans étoiles vers une bibliothèque secrète hautement protégée.

– Quel est l’interêt d’une bibliothèque musée si personne ne peut lire les livres ?

– La préservation, réplique Allegra. Vous pensez que je veux la cacher, c’est ça ? Je la protège. De… d’un monde devenu trop dangereux pour elle. Vous imaginez ce qui pourrait arriver si ça se savait ? Qu’un endroit magique, faute d’un meilleur terme, s’étend sous nos pieds ? Ce qui pourrait arriver une fois qu’il y aura des posts sur des blogs, des hashtags et des touristes ? ”

Ce que j’en dis encore :

Imaginez que la couverture soit une porte, ouvrez la et pénétrez à votre tour dans cette mystérieuse histoire pour découvrir tous les secrets qu’elle recèle.

Prenez comme guide Zachary pour ne surtout pas vous perdre en route et poursuivez votre aventure.

Préparez-vous à rencontrer de surprenantes créatures, des sorcières, des pirates, de nombreux chats, des abeilles, des gardiens, des veilleurs, des poètes et même des peintres.

Ne vous inquiétez pas pour la langue, dans ce monde elle est universelle, les livres et les paroles se traduisent d’eux-mêmes. N’est-ce pas merveilleux ?

Même le temps semble s’écouler différemment.

Et pour les repas, je vous garantis que vous ne serez pas déçu.

Si le voyage vous parait parfois ardu, surtout n’abandonnez jamais, vous pourriez regretter de ne pas en voir la fin.

Vous l’aurez compris, cette histoire est habitée par la magie, elle réveillera votre âme d’enfant et vous fera oublier vos tourments.

Et à travers tous ces fragments d’histoire disséminés à travers ce lieu atypique, vous lèverez le voile sur certaines énigmes pour découvrir enfin la grande Histoire.

Et croyez-moi, la prochaine fois que vous verrez une porte dans un lieu insolite, vous serez certainement très tenté de l’ouvrir espérant vous aussi, trouver le chemin de cette bibliothèque secrète.

“ C’est un sanctuaire pour les raconteurs d’histoires, les gardiens d’histoires, les amoureux d’histoires. Ils mangent, dorment et rêvent entourés de chroniques, de récits et de mythes. Certains y passent de quelques heures a quelques jours avant de regagner la surface, mais d’autres y restent des semaines voire des années ; ils logent dans des appartements partagés ou privatifs et passent leur temps à lire, à étudier ou à écrire, à discuter et à créer avec leurs compagnons ou à travailler dans la solitude.

Parmi ceux qui restent, un petit nombre choisissent de se consacrer ace lieu, ce temple des histoires.

Il y a trois chemins. Celui-ci en est un. ”

Erin Morgenstern véritable conteuse vous offre un magnifique moment d’évasion à travers ce récit fabuleux. Un moment hors du temps entouré de livres et de créatures étonnantes, où l’amour et l’amitié voyagent d’un être à l’autre pour attendrir tous les cœurs à prendre.

Un livre de belle facture, à l’apparence soignée, véritable trésor qui trouvera sa place dans votre bibliothèque, attendant patiemment qu’un autre lecteur ouvre la porte et se laisse transporter vers la mer sans étoiles.

Parfois la vie est bizarre.

Vous pouvez essayer de l’ignorer, ou vous pouvez voir où le bizarre vous emmène.

Vous ouvrez une porte.

Qu’est-ce qui se passe après ? ”

Lisez, vous verrez…

Pour info :

Erin Morgenstern a grandi et vit toujours dans l’État du Massachusetts. À la suite d’un cursus universitaire en écriture dramatique, elle s’essaye à plusieurs métiers dans le monde du théâtre.

Après avoir travaillé un temps en entreprise, elle renoue avec l’écriture par le biais de l’opération National Novel Writing Month (NaNoWriMo). À cette occasion, elle débute la rédaction de son premier roman, Le Cirque des rêves, qui conquiert des légions de lecteurs à travers le monde et paraît en 2012 chez Flammarion.

Sept ans plus tard, c’est son second roman, La Mer sans Étoiles, qui voit le jour.


Parallèlement, Erin Morgenstern a écrit des contes inspirés de photographies prises par son ami Carey Farrell. Parmi ses références avouées, on compte Shakespeare, Charles Dickens, Roald Dahl ou encore Edward Gorey.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette aventure extraordinaire.

Les nuits rouges

Les nuits rouges de Sébastien Raizer aux Éditions Gallimard

“ Bon sang, un homme passe quarante ans dans un crassier et personne ne remarque rien. ”

Dans le nord-est de la France, à deux pas des anciens hauts fourneaux, on vient de découvrir le corps momifié d’un homme. Il s’agit du cadavre d’un syndicaliste porté disparu depuis 1979.

Ses deux fils, des jumeaux ont grandi dans cette région dévastée économiquement et socialement, avec le poids d’un monstrueux mensonge, croyant depuis toutes ces années que leur père les avait abandonné.

Désunis depuis quelques années, c’est dans la noirceur qu’ils se retrouvent.

Alexis, employé de banque au Luxembourg s’en tire un peu mieux que Dimitri qui zone à droite à gauche tout en touchant à la came.

En apprenant la nouvelle, Dimitri se sent envahi par la rage, assoiffée de vengeance.

“ C’est toute une vie qu’il faut remettre en ordre […] Tout reprendre de zéro. L’histoire de ce monde. Expurger le mal à la racine. […] Ce qu’il faut maintenant, c’est de la violence, du sang et des larmes. Il faut des nuits rouges. Laver tous ces morts avec le seul rouge qui soit. Le sang. ”

Keller, le commissaire adjoint se retrouve sur l’affaire. Il vient de débarquer dans cette région peu accueillante qu’il ne connaît absolument pas, et va devoir en plus bosser avec Faas un inspecteur imprévisible.

“ Salopard, se dit Keller. Putain de salopard. Mais au moins, ça a le mérite d’être clair. Ingérable, allergique à la hiérarchie, histoires abracadabrantes à son sujet, face de rat. ”

Les ouvriers sidérurgistes ont disparu. mais leurs sangs rouges coulent dans les veines de leurs enfants, prêts à se révolter pour qu’enfin la vérité surgisse du fond des crassiers.

“ Les nuits étaient rouges comme des yeux injectés de sang, de haine, de peur et d’instincts de meurtre. Les nuits étaient rouges, comme la frontière entre la folie et la mort. ”

Ce que j’en dis :

Lorraine de souche, Lorraine de cœur, et même fille d’un ancien ouvrier des hauts fourneaux de Neuves Maisons, il était impossible pour moi de passer à côté de ce roman où la noirceur des crassiers envahit les pages en nous offrant presque une page d’Histoire. Car même si ce récit est une fiction, elle rends magnifiquement hommage à toute une région meurtrie et à tous ces hommes, ces gueules noires aux poumons encrassés qui ont bossé dans toutes ces usines jusqu’à leurs fermetures, laissant derrière elles des familles sur le carreau.

La colère de Dimitri, je l’ai connu même si c’est par la maladie que mon père est parti… comme tant de ses potes ouvriers.

“Ils ont tué le tissu social, la conscience de classe, la solidarité, la culture ouvrière, la notion de révolte. Ils nous ont hypnotisés par la peur jusqu’à nous faire oublier notre propre pouvoir. Il n’y a plus rien.”

Mais c’est avec classe et une certaine élégance même si elle est parfois brutale que Sébastien Raizer nous parle de la classe ouvrière à travers cette enquête criminelle habitée par une violence extrême.

Aussi complexes sont-ils, ses personnages plutôt barrés collent parfaitement à cette histoire. La crise sidérurgique a laissé derrière elle des vies chargées de souffrance, envahies par le désespoir alors pas étonnant que la came surgisse dans le paysage, et amène une nouvelle forme de violence que ce soit du côté des consommateurs que des vendeurs. La douleur face au profit, une histoire sans fin, un éternellement recommencement.

Ceux qui ne connaissent pas cette région, seront un peu comme ce flic, Keller, fraîchement débarqué et poseront à leur tour un regard sur cette endroit avec une terrible envie de remettre à sa place ce flic véreux, cette face de rat, tout en ayant une profonde empathie pour ces deux frères, notamment Dimitri ce révolté qui a déjà trop souffert.

Sébastien Raizer nous offre un récit d’une force incroyable où la violence explose tel le métal, hurlant sa colère dans les nuits rouges de l’Est de la France.

Bien évidemment la fille de l’est a apprécié et remercie humblement l’auteur pour ce récit terriblement brillant qui lui a permis de replonger dans ses souvenirs auprès de ses chers disparus, réveillant quelque peu la colère qui sommeille en elle…


Un dose d’encre d’acier trempée où la vengeance rends les nuits rouges éclatantes de beauté et d’effroi.

Pour info :

Sébastien Raizer est le cofondateur des Éditions du Camion Blanc, qui ont publié des cargaisons d’ouvrages sur le rock, et de la collection Camion Noir, aliénée aux cultures sombres.

Il est l’auteur de la trilogie transréaliste des « Équinoxes » à la Série Noire (L’alignement des équinoxes, Sagittarius, Minuit à contre-jour), ainsi que d’un Petit éloge du zen.

Il vit à Kyoto où il pratique le iaido et le zazen.

Je remercie également les Éditions Gallimard pour cette plongée violente dans l’Est de la France.

Freshkills

Freshkills de Lucie Taïeb aux Éditions de La contre allée

En 1948, alors que plusieurs terrains de Staten Island et des autres boroughs de New-York ont déjà connu cette transformation, l’État décide, malgré l’opposition forte des citoyens et des environnements, que Fresh Kills sera, pour trois ans, décharge.

Trois ans.

Le temps de l’assécher et d’y construire un beau parc. Et dans quelques années, ce territoire impropre à tout sera enfin utilisable. ”

Ce n’est un secret pour personne, les américains ont tendance à voir tout en grand, tellement que ce projet prévu en 1948 ne verra en fait le jour qu’en 2036.

Les trois ans s’étant transformé progressivement en 53 ans…puisqu’au fil du temps cette décharge a hébergé des montagnes d’ordures.

Désormais, les déchets sont compactés, et exportés vers la Caroline du Sud.

Après avoir mené la vie dure aux habitants proches de Staten Island, qui ont dû supporter la vue mais également l’odeur infecte de décomposition, sans parler de la pollution, cette décharge a été recouverte, attendant patiemment sa réhabilitation en parc verdoyant.

“ On stocke des déchets pendant plusieurs décennies dans un espace donné qu’on détruit de manière irrémédiable, on pourrit littéralement la vie des gens du voisinage, dans l’indifférence, l’ignorance la plus complète de tout le reste de la population puis, du jour au lendemain, on leur propose un joli parc qui effacerait l’outrage ? Freshkills était l’incarnation d’un mensonge, d’une farce destinée à faire oublier, aussi que la fermeture d’une décharge ne règle jamais le problème de stockage des déchets, mais simplement le repousse. ”

Lucie Taïeb découvre en premier lieu ce site dans le roman fleuve de Don DeLillo, Outremonde. Sa curiosité l’incite à découvrir cet endroit, d’abord en faisant quelques recherches qui la laissent pantoise, puis en se rendant sur place à Staten Island.

“ […] lorsque, ce petit matin de juin, je me rends à la visite guidée du parc à laquelle la directrice de l’Alliance a accepté de me laisser participer, j’ai renoncé à tout scepticisme, effacé tout jugement. Je suis ici pour voir, pour écouter, pour tenter de comprendre.

À son retour, elle écrit ce livre et partage avec nous ce voyage, ses découvertes, ses réflexions et nous invite à notre tour à nous interroger : « Dans quel monde vivons-nous, lorsque les déchets sont absents de notre champ de vision, et pourtant omniprésent ? »

Ce que j’en dis :

On a beau être passionnée par une ville, un pays, on ignore parfois ce que s’y cachent. En même temps j’avoue qu’avant de lire ce récit, j’étais loin de m’intéresser à une décharge qui accueillait 29 000 tonnes de déchets par jour, même si elle est fermée depuis un moment.

Lucie Taïeb partage avec nous ses recherches, nous fait découvrir un endroit plutôt insolite, tout en pointant du doigt certaine aberration face à la surconsommation qui nous amène à produire de plus en plus de déchets qu’il faut bien stocker quelques part, quel que soit le pays.

Évidemment on s’interroge que ce soit sur toutes ces ordures qui polluent chaque jour la planète, mais également sur ces lieux qui les conservent peut-être pollués à jamais…

Un récit vraiment passionnant, porté par une belle plume qui instruit tout en éveillant la conscience de chacun, car même si on trie nos déchets, si notre consommation ne change pas, la planète deviendra une immense décharge même si ce n’est pas toujours visible au premier coup d’œil.

Pour info :

Lucie Taïeb, écrivaine et traductrice, est née en 1977 à Paris. Elle étudie l’allemand à Paris, Vienne et Berlin, obtient l’agrégation en 2002, puis soutient en 2008 une thèse de littérature comparée portant sur la transmission poétique de la mémoire d’événements de violence historique après 1945 en France, en Argentine et en Allemagne.

Elle est, depuis 2011, maîtresse de conférences en études germaniques à l’université de Bretagne Occidentale.

Depuis son premier recueil de poésie, paru aux Inaperçus en 2013, elle poursuit sa recherche d’une écriture de la justesse, centrée sur l’unité du poème ou du fragment, souvent polyphonique, à travers des genres variés (essai, roman, poésie) et par l’expérimentation, au sein de ces genres, de formes singulières, en possible collaboration avec des artistes d’autres disciplines (musique improvisée, gravure, photographie). Son deuxième roman, Les Échappées, s’est vu décerner le prix Wepler en 2019.


Ses recherches portent depuis plusieurs années désormais sur la représentation et la place des déchets dans nos sociétés contemporaines. Elles ont notamment donné lieu à plusieurs publications dans la revue Vacarme, et se nourrissent d’un dialogue constant avec d’autres disciplines, anthropologie et géographie en particulier.

Je remercie l’agence un livre à soi et les Éditions de La contre allée pour cette lecture passionnante.