L’ange rouge

L’ange rouge de François Médéline aux Éditions de La Manufacture de livres

“ La croix était fixée à l’horizontale. Une croix en bois brut, clair. Les quartes flambeaux étaient cloués à la coque. La mort se mélangeait à l’air chargé de vase et de rivière. Je me suis agrippé à la croix. J’ai effleuré les tibias. J’ai fait deux pas chassés pour longer les fils verts. Les fils verts remontaient les cuisses jusqu’à l’abdomen. Ils étaient pâles, assortis à la peau rigide que j’ai devinée froide sous le latex. […] L’orchidée flottait. J’ai discerné son cœur qui pompait le sang des chevilles à vif grâce à des tiges aériennes aux couleurs de l’espérance. ”

À Lyon, à la tombée de la nuit surgit sur la Saône, un radeau tout illuminé par une croix où un corps mutilé y est crucifié.

Une orchidée orne le cadavre donnant à cette mise en scène un côté artistique assez macabre.

Le crucifié de la Saône devient le nouveau défi de commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle.

La ville n’a jamais été face à un crime aussi horrible et aussi spectaculaire.

“ Nous avions hérité de l’affaire du siècle. Mon affaire. Le tueur aux orchidées. Le crucifié de la Saône. ”

Pas de temps à perdre, ni le temps de s’attarder sur les problèmes avec la hiérarchie, si l’équipe des six enquêteurs veut mettre la main sur ce tueur fou. Certaines règles et même certaines convictions devront être mises de côtés s’ils veulent obtenir des résultats rapidement.

Une véritable course contre la montre est en route, à en perdre le souffle.

Un seul objectif : trouver ce tueur, si possible avant qu’il récidive.

Ce que j’en dis :

J’ai entendu dire que François Médéline serait le descendant français de l’américain James Ellroy qui m’attend patiemment dans ma bibliothèque. Du coup ça me donne très envie de le dépoussiérer maintenant que j’ai enfin découvert la plume extraordinaire de Médéline.

Lui qui a tué Jupiter (fallait oser quand même) dans un de ses romans (que j’ai très envie de lire maintenant) n’est autre que le scénariste de Pike de Benjamin Whitmer en cours d’adaptation cinématographique (un de mes chouchous américains qui rêvent de se débarrasser lui aussi de son clown peroxydé) c’est dingue ces coïncidences tout de même.

En attendant découvrons L’ange rouge …

D’entrée l’auteur t’amène dans le vif du sujet et te débarque sur cette scène mortelle. Te voilà piégée, menottée à ce flic écorché vif que tu ne pourras plus quitter avant le final.

Rien n’est laissé au hasard, et c’est sous une tension extrême et permanente que Lyon cette ville lumière profanée par cette sombre histoire va t’offrir une visite très particulière avec pour guide Dubak et son équipe de fin limier, prêts à tout pour mettre fin à cette barbarie, qui entache le décor.

Avec un style puissant, des personnages réalistes barrés juste comme il faut qui portent l’histoire à bout de bras en vrai héros, dans cette ville qui tient son rôle à merveille, François Médéline nous offre du noir dans toute sa splendeur.

Un polar de haut vol, puissant, brillant et ambitieux qui rejoint la grande famille des auteurs incontournables du noir.

L’ange rouge vous offre un voyage où les âmes perdues atteindront un jour l’au-delà après quelques détours dans cet abime emplit de noirceur.

C’est publié à la Manufacture et c’est vivement recommandé par Dealerdelignes…

Un bouquin pareil ça se refuse pas, ça se savoure…

Et pour ma part, j’ai hâte de de découvrir les précédents maintenant que je connais cette plume prodigieuse.

Pour info :

Né en 1977 dans la région lyonnaise, François Médéline émigre à Romans-sur-Isère à 11 ans pour y faire son apprentissage du rugby, du grec ancien et de l’amitié.

Durant son doctorat, il est chargé d’études et de recherches à Science Po Lyon, spécialisé en sociologie politique et en linguistique. Il vit et mange politique durant dix ans comme conseiller, plume, directeur de cabinet et directeur de la communication de divers élus. Il aime la belote coinchée, ramasser des champignons en Lozère, pêcher des perches au bord du lac Léman et sa famille.

Il n’écrirait pas s’il n’avait pas lu James Ellroy.

Il apprécie particulièrement les ambiances malsaines de David Lynch, le lyrisme parfois potache de Sergio Leone, La Naissance de Vénus de Boticelli et l’album Ssssh de Ten Years After.

Il est le scénariste de l’adaptation cinématographique du roman Pike de Benjamin Whitmer paru chez Gallmeister. Il a traversé l’océan Atlantique Nord à la voile, se consacre à l’écriture, s’occupe d’enfants dans une école de rugby et n’a pas vraiment de domicile fixe.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette plongée fascinante où la noirceur nourrit ces pages avec un style hallucinant.

Les larmes du cochontruffe

Les larmes du cochontruffe de Fernando A. Flores aux Éditions Gallimard / La Noire

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Durant

Le Texas et le Sud du Mexique, sont dorénavant séparés par deux murs, et sous haute surveillance, protégés par les protecteurs de la Frontière.

Les cartels sont toujours omniprésents, mais la drogue n’est plus aussi attractive pour se remplir les poches. À présent ils ont jeté leurs dévolus sur les têtes réduites d’indigènes et l’art amérindien.

C’est dans ce climat où règne la violence et la corruption que Bellacosa, recherche son frère disparu, en compagnie de Paco un journaliste qui enquête de son côté sur un autre marché scandaleux lié à des espèces animales disparues.

Pendant leurs recherches, ils vont rencontrer une étrange créature appelée le cochontruffe.

Ce que j’en dis :

Voilà bien une histoire aussi surprenante que le cochontruffe croisé entre ces pages. On est en droit de se demander si l’auteur était sous l’emprise d’une substance hautement hallucinogène pendant son processus d’écriture, car cette histoire est plutôt barrée.

Dans cet univers décalé il nous emmène dans le futur, à travers une double enquête qui nous conduira vers un banquet privé très bizarre où le gratin s’adonne à divers pratiques on ne peut plus étranges. Peut-être souhaitait-il dénoncer le danger qui nous guette face aux clonages d’espèces disparues, un genre de mise en garde sur les dérives de certaines pratiques pour assouvir les lubies des riches,.

J’ai peut-être bien raté quelque chose en chemin ?

Hélas les les larmes du cochontruffe n’ont pas réussi à m’attendrir, et c’est plutôt un peu perdue que j’ai terminé cette lecture. Il est clair que je ne m’attendais pas à trouver ce genre d’histoire dans cette collection.

Surprise je l’ai été mais pas du côté escompté. Je n’irai pas jusqu’à verser une petite larme de regret mais presque.

Un rendez-vous manqué avec la noire c’est plutôt rare, mais voilà c’est fait

Pour info :

Fernando A. Flores est né à Reynosa, Tamaulipas, au Mexique, et a grandi dans le sud du Texas.

Depuis 2014, il est libraire à Austin.

Je remercie les Éditions Gallimard pour ce voyage au pays imaginaire du cochontruffe.

Ohio

Ohio de Stephen Markley aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Il est difficile de dire où cela s’achève et même où cela a commencé, car on finit par se rendre compte que la linéarité n’existe pas. Tout ce qui existe, c’est ce lance-flammes délirant, ce rêve collectif dans lequel nous naissons, voyageons et mourons. “

New Canaan, une petite ville de l’Ohio a vu grandir ces quatre trentenaires qui sans le savoir vont se croiser un soir d’été.

Ils étaient camarades au lycée avant de prendre chacun une route vers leur destinée qu’ils osaient rêver prometteuse.

En premier lieu, Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire aujourd’hui toxicomane. Il transporte avec lui un mystérieux paquet qu’il est supposé livrer dans le coin.

” Au- delà de sa mission et de toutes ces conséquences, il n’avait pas été mécontent de fuir quelques jours La Nouvelle-Orléans et sa chaleur nucléaire. Il s’y sentait autant à l’étroit qu’à New Canaan. C’était l’unique leçon qu’il tirait de ses voyages : où qu’on aille, même si tout paraît neuf quand on débarque, au bout du compte c’est toujours les mêmes bars, la même bouffe, les mêmes meufs, la même politique, la même picole, les mêmes drogues, les mêmes emmerdes. “

Puis Stacey Moore homosexuelle, venue rencontrer la mère de son ex-petite amie et également son frère espérant régler ses comptes.

” Même s’il se trouvait encore à plusieurs kilomètres à l’ouest, elle perçut la présence du lycée. Sans avoir besoin de le voir, elle le sentit comme une démangeaison,. Un bloc d’architecture réglementaire dégueulasse, une pièce de Lego avec la petite touche autoritariste des années soixante. Elle était fascinée par le pouvoir du lycée américain sur l’imaginaire collectif. Depuis longtemps elle avait remarqué que les gens considèrent, leurs années de lycée comme une période fondatrice. Il suffisait de les lancer sur le sujet et d’un coup ils avaient plein d’histoires terrifiantes et merveilleuses qui étaient le terreau d’autant de romans.  »

Puis nous croiserons Dan Eaton, ce jeune vétéran qui a laissé un œil en Irak, qui s’apprête à retrouver son amour de jeunesse tout en se raccrochant désespérément à la vie.

 » L’histoire est faite de cycles et nous en sommes le produit, même si nous ne les comprenons pas sur le moment. Cycles de la politique, de l’exploitation, de l’immigration, de l’organisation, de l’accumulation, de la distribution, de la peine, du désespoir, de l’espoir. La grande erreur, se disait Dan, c’est de croire qu’on vit un moment inédit. Mais toute sa vie il avait gardé cette sensation dans la poitrine : le déjà-vu. Comme s’il connaissait déjà ce moment mille ans avant sa naissance et le connaîtrait encore mille ans après sa mort. “

Et enfin Tina Ross, qui a décidé de se venger de celui qui hante son esprit depuis trop longtemps.

 » Désormais elle ne voyait plus New Canaan que par les yeux de Cole : un bled pourri qui ne s’améliorait pas. La nostalgie protégeait le reste.[…] Comment lui expliquer la tristesse de cette ville, ses tragédies. Au moment où elle en était partie, elle avait gravée dans le cœur l’idée d’une malédiction, celle dont toute la ville parlait. […] Quel soulagement ce serait de ne plus avoir tout le temps peur et tout le temps mal . “

Quatre voix, les voix de la jeunesse américaine, une jeunesse meurtrie, désenchantée, qui s’enlise depuis les attentats du 11 septembre, subissant la récession, la montée du prolétarisme et la fin du rêve américain.

Et pourtant chacun d’entre eux ira jusqu’au bout de cette journée pour atteindre le but final.

Ce que j’en dis :

En donnant la voix à quatre personnages, l’auteur nous entraîne à travers des allers retours entre le passé et le présent dans la ville de New Canaan dans l’Ohio, un coin perdu de l’Amérique.

À travers ces quatre portraits qui reflètent tel un miroir la jeunesse américaine assez désœuvrée, une jeunesse en perdition accro à l’alcool. à la drogue, à l’amour et même pour certains à la guerre, l’auteur brouille les pistes, fragmentant les souvenirs pour nous offrir un roman noir grandiose.

Un véritable jeu de pistes, qui en une demi-journée va nous révéler des secrets vieux d’une dizaine d’années.

Ohio est ce qui s’apparente le mieux au grand roman américain.

Un roman ambitieux, qui en impose, par son impertinence, son intelligence, son réalisme face à cette jeunesse déboussolée qui chute après chute a perdu tout espoir de se relever un jour pour enfin s’élever vers l’illusion du rêve américain.

Un premier roman qui marque l’entrée du jeune artiste Stephen Markley dans la cour des grands auteurs américains à suivre absolument.

Pour info :

Né en 1983, Stephen Markley est originaire de l’Ohio.

Il s’impose avec ce premier roman comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures, dans la lignée de Jonathan Franzen.

Son roman est en cours d’adaptation télévisée.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fresque américaine vertigineuse.

Les dynamiteurs

Les dynamiteurs de Benjamin Whitmer aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Le trou était un tunnel qu’on avait creusé dans le sol de terre battue tout près du mur du fond. On l’avait construit exprès pour ça, pour quand les clochards essaieraient de nous voler l’Usine. Il passait sous le mur, de sorte qu’on pouvait le prendre pour déguerpir en cas de besoin. On n’avait pas l’intention d’abandonner l’Usine sans se battre, mais on n’était pas non plus prêts à mourir pour elle. Y’a pas dans ce monde un seule droit assez sûr pour qu’on puisse s’abstenir de prévoir un plan de fuite. “

En 1895, Denver est sous l’emprise du vice, gangrenée par la pauvreté et la violence sous toutes ses formes.

Cora et Sam deux jeunes orphelins, ont trouvé refuge dans l’Usine désaffectée. Ensemble ils s’occupent des enfants perdus, abandonnés à leurs tristes sorts.

Cette Usine est devenue par la force des choses, leur nouveau foyer.

Malheureusement, cet endroit est convoité par les clochards qui n’hésitent pas à organiser de violentes attaques pour s’approprier le refuge de tous ces orphelins.

C’est au cours d’une de ces tentatives d’invasions que surgit un colosse d’allure plutôt effrayante.

Cora décide pourtant de lui venir en aide malgré les fortes réticences de Sam.

” J’étais pas vraiment sûr qu’aller chercher de l’aide pour ce grand fils de pute sur le toit était une bonne idée. Si vous attrapez un homme fort dans un moment de faiblesse, vous lui tranchez sa putain de gorge. Chaque fois. Vous ne le soignez pas pour qu’il se retape. Vous pouvez être sûr que c’est en mangeant quelqu’un comme vous qu’il a acquis sa force. Mais on discutait pas avec Cora. En plus, essayer de la persuader de ne pas s’occuper des cabossés et des brisés était comme essayer de persuader le soleil de ne pas briller. “

Sam, le seul à savoir lire, se rapprochera pourtant de l’homme-monstre qui semble muet et ne communique qu’à travers des mots griffonnés sur des morceaux de papier.

Très vite, en compagnie du colosse, il va découvrir les bas-fonds de Denver. Projeté en un rien de temps dans ce monde d’adultes répugnants où la violence règne en maître. Il sera à la fois fasciné et effrayé, contraint de s’éloigner de celle qu’il aime…

” Il y a des débuts et il y’a des fins. Mais si vous vivez assez longtemps, vous savez qu’il n’y a pas du tout de vrai début, que tout est seulement le début d’une fin. “

Ce que j’en dis:

Benjamin Whitmer a t’il un secret ?

A-t’il le pouvoir de voyager dans le temps ?

Une chose est sûre, à travers cette épopée noire, qui nous transporte à Denver en 1895, il nous prouve qu’il en est capable.

Benjamin Whitmer l’insoumis de l’Amérique, le rebelle au grand cœur, l’anarchiste fidèle à lui même, poursuit son cheval de bataille pour défendre les laissés pour compte, tous ces oubliés de l’Amérique qui lui sont chers à travers ce nouveau roman noir aux allures de western qui vous dynamite le cœur et vous explose la rétine.

Même s’il nous dépeint la misère, et nous confronte à une violence extrême, enragé contre l’injustice, il n’en oublie pas pour autant de poser un regard tendre, plein d’humanité sur l’amour comme celui que porte Sam pour Cora, prêt à tous les sacrifices pour ne jamais la perdre.

Il nous confère au douloureux passage de l’enfance dans ce monde adulte gangrené par l’alcool, la drogue et la corruption.

Tout comme dans ses précédents romans, sa plume s’habille de noirceur pour mettre en lumière les déshérités de la vie, quitte à paraître brutal mais cruellement réaliste.

Fidèle lectrice je suis, fidèle je resterai depuis ses tous débuts d’écrivain et j’en profite pour remercier au passage son traducteur Jacques Mailhos sans qui je ne pourrais point découvrir cet auteur que j’apprécie tant, tout comme son éditeur qui nous fait profiter de ces récits, souvent avant les américains, of course.

Les misérables de Benjamin Whitmer n’ont rien à envier à la cour des miracles de Victor Hugo, il se pourrait même qu’ils accueillent Quasimodo orphelin lui aussi de son créateur.

Les dynamiteurs confirment le talent de ce jeune auteur qui après seulement quatre romans s’est incrusté avec brio dans le panthéon américain des auteurs à suivre absolument.

La relève est assurée n’en déplaise au blondinet peroxydé.

Pour info :

Benjamin Whitmer est né en 1972 et a grandi dans le sud de l’Ohio et au nord de l’État de New York. Il a publié des articles et des récits dans divers magazines et anthologies avant que ne paraisse son premier roman, Pike, en 2010. Traduit en français en 2012, ce texte a immédiatement séduit tous les amateurs du genre.

 

En 2018, son nouveau roman Évasion paraît en France en avant-première mondiale.

 

Benjamin Whitmer vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe la plus grande partie de son temps libre en quête d’histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette dynamite littéraire explosive.

Ce lien entre nous

Ce lien entre nous de David Joy aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

J’aurais de la chance s’il essayait juste de s’en prendre à moi, reprit Darl. Mais le connaissant, sachant ce qu’il a fait, toi et moi on sait que ça ne s’arrêterait pas là. Je parie qu’il s’en prendrait à ma mère , à ma petite sœur, à ma nièce, à mes neveux, à tous ceux sur qui il pourrait mettre la main. Cet enfoiré est assez cinglé pour déterrer les os de mon père juste pour y mettre le feu. ”

En Caroline du Nord, on ne roule pas forcément sur l’or, comme c’est précisément le cas de Darl Moody qui vit dans un mobile home sur l’ancienne propriété de sa famille. Alors de temps en temps pour remplir un peu le congélateur, histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards, il braconne, espérant tomber sur le cerf qu’il convoite depuis un moment.

Mais hélas ce fameux soir, dans son élan, emporté par son rêve, ce n’est pas un cerf qu’il abat d’un coup de fusil mais un homme.

Lorsqu’il se rend compte de son erreur, c’est double peine, car même si c’est un accident, le frère du défunt ne vas pas laisser passer cette balle perdue. La réputation de cette homme est bien connue, c’est le mal à l’état pur.

Alors il se tourne vers Calvin , son meilleur ami pour tenter de trouver une solution, histoire de gagner un peu de temps face au destin noir qui l’attend c’est certain.

“ S’il se confessait, il ne serait pas le seul à payer. Sa conscience serait lavée, mais ce seraient les personnes qu’il aimait le plus qui souffriraient. Porter lui-même le fardeau avait donc commencé à sembler la solution la plus honorable. Sacrifier une personne au profit de nombreuses autres. ”

Ce que j’en dis :

Troisième roman noir que je découvre de David Joy, tous publiés chez Sonatine et traduit par Fabrice Pointeau, et une fois de plus je suis sous le charme.

Je retrouve cette noirceur abyssale, qui lui sied tant et je savoure ce roman sombre illuminé par une écriture aussi éblouissante que cette nature luxuriante des Appalaches.

Ici la rédemption prends des chemins de traverse et nous entraîne dans une traque cruelle qui laisse peu d’espoir au devenir de chacun.

Les Appalaches, David Joy les connaît bien, il y vit. Pas étonnant qu’il soit aussi brillant pour nous conter cette nouvelle histoire.

Ces personnages il les connaît aussi, très certainement de près ou de loin et cette fois il nous entraîne encore plus loin vers l’origine du mal,

Ce lien entre nous qui justifie autant l’amitié ou l’amour pour certains que la haine pour d’autres. Unis à jamais, pour le meilleur mais aussi pour le pire.

David Joy confirme son immense talent d’écrivain avec cette nouvelle excursion littéraire dans les Appalaches où la violence des hommes se répercute tel un écho à travers la montagne et claque à chaque coup de fusil. Mais on peut compter sur son amour de la nature pour nous offrir une escapade éblouissante même si la noirceur s’invite très souvent dans le paysage.

Ne reportez pas trop longtemps la lecture de ce fabuleux roman qui s’est déjà fait attendre suite à cette pandémie planétaire. Faites lui l’accueil qu’il mérite et qui confirme pour ma part Ce lien entre nous.

David Joy et Dealerdelignes, liés à jamais et pour toujours.

David Joy et Dealerdelignes

Retrouvez ma chronique Là où les lumières se perdent ici et Le poids du monde , de beaux bijoux de la littérature américaine.

Pour info:

David Joy est né en 1983 à Charlotte, en Caroline du Nord.

Titulaire d’une licence d’anglais obtenue avec mention à la Western Carolina University, il y poursuit naturellement ses études avec un master spécialisé dans les métiers de l’écrit.

Il a pour professeur Ron Rash, qui l’accompagnera et l’encouragera dans son parcours d’écrivain.

Après quelques années d’enseignement, David Joy reçoit une bourse d’artiste du Conseil des arts de la Caroline du Nord.

Son premier roman, Là où les lumières se perdent, remporte un franc succès et est finaliste du prix Edgar du meilleur premier roman en 2016.
David Joy vit aujourd’hui à Webster, en Caroline du Nord, au beau milieu des Blue Ridge Mountains, et partage son temps entre l’écriture, la chasse, la pêche et les travaux manuels.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette magnifique échappée livresque américaine.

Buveurs de vent

Buveurs de vent de Franck Bouysse aux Éditions Albin Michel

” Quatre ils étaient, un ils formaient, forment, et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase, en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir. “

Certains lieux sur terre cachent de belle histoire, où la nature et les hommes tentent de se partager le territoire, comme par ici dans Le Gour Noir. Une vallée découverte, il y a bien longtemps, où vit une fratrie de trois frères et une sœur, soudée par un lien immuable.

C’est en compagnie de Marc, grand amoureux des livres, de Matthieu très proche des arbres, de Mabel à la beauté sauvage et de Luc, le petit frère un peu cabossé qui n’en demeure pas moins touchant, aimant parler aux animaux en rêvant d’être un jour l’un des leurs, que nous allons découvrir cette histoire.

” Ils n’étaient encore que des gamins défiant le destin, sans autre idéal que ce moment de liberté absolue, dont ils conserveraient le souvenir jusqu’à la mort. Ils se moquaient éperdument du danger, n’imaginant même pas que la corde puisse s’effilocher, encore moins casser. […] Dans le futur, aucun d’entre eux ne pourrait affirmer que le jeu n’en valait pas la chandelle. “

Une vallée de toute beauté assombrit par l’ombre d’un homme, qui survole tel un rapace le Gour Noir, s’étant approprié année après année l’endroit. Il est le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, et l’employeur de la majorité des habitants comme leur père , leur grand-père avant eux.

Joyce, un véritable tyran, adepte de l’abus de pouvoir.

Il suffirait de peu chose pour qu’une révolte surgisse, et si la nature s’en mêle, l’atmosphère déjà électrique pourrait très vite s’embraser.

” Elle arriva du Sud, à la nuit tombée, et s’engouffra dans la vallée, gueule béante, crachant une haleine sableuse, sans odeur ni goût. Elle avait pris naissance on ne sait où et on ne sait comment, en un pays de dunes et de soulèvements. Remontant la rivière comme dans un goulot, courbant, étêtant, déracinant, avec plus ou moins d’aisance selon l’espèce et l’âge des arbres, tout cela dans un terrible fracas. Troupe de géant avançant droit devant sans se soucier de l’endroit où ils posaient leurs pieds, ni de ce qu’ils écrasaient ou épargnaient, et l’on voyait les lumières s’éteindre à leur passage, semblables à des bougies soufflées par une bouche immense. Humains et animaux se cachèrent, au creux d’une tanière, dans un roncier, derrière des murs, tous reclus dans une même peur. Subissant la colère, espérant échapper au châtiment. “

Plus unis que jamais, les buveurs de vent s’accrochent à leurs cordes, résistant coûte que coûte à tout ce qui pourrait les séparer et les éloigner de la vallée du Gour Noir…

” La vie, il faut la laisser déborder tant qu’il y en a. “

Ce que j’en dis :

Quand l’orfèvre de la littérature nous offre un nouveau bijou d’exception, on lui ouvre les portes en grand de notre bibliothèque

Six ans déjà, depuis ma lecture de Grossir le ciel et je constate que comme le bon vin, la plume de Franck Bouysse gagne en saveur et laisse un souvenir délicieux après dégustation.

Toujours aussi pointilleux, cet amoureux des mots, soigne sa présentation comme un grand couturier. Chaque personnage qui s’apprête à entrer en scène, est habillé avec l’élégance des beaux mots de la langue de Molière. Des mots ciselés, pour revêtir chaque costume à la perfection. Et il en est ainsi pendant tout le défilé des personnages, que ce soit la nature, le lieu, les êtres humains ou le règne animal.

Mais cette fois, il nous emmène plus loin, et nous offre un récit construit de manière remarquable où les intrigues tissées dans la toile de l’histoire emprisonnent le lecteur jusqu’au final époustouflant.

D’emblée on s’attache aux Buveurs de vent, nos héros insoumis, unis par des liens indestructibles. La rage au ventre, on les accompagne face à ce tyran qui foudroie tout sur son passage.

Mais on peut compter sur la nature toujours omniprésente dans les romans noirs de Franck Bouysse pour embellir ce lieu où la noirceur tente de s’imposer avec force.

Véritable conte intemporel, Buveurs de vent vous transportera vers un lieu où seul les véritables héros trouveront le chemin de la liberté.

C’est un de mes coups de cœur de cette rentrée qui fait que je lui pardonne (un peu) d’avoir changé de maison…

Retrouvez ma chronique de son précédent et prestigieux roman ” Né d’aucune femme “ ICI

Pour info :

Franck Bouysse est né en 1965 et partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. 

Grossir le ciel a rencontré un succès critique et public et a obtenu le Prix Polar SNCF en 2017 ainsi que le prix Sud Ouest / Lire en poche, le prix polar Michel-Lebrun, le prix Calibre 47 et le prix Polars Pourpres. 

Franck Bouysse est également l’auteur aux éditions de La Manufacture de Livres de Plateau, prix des lecteurs de la foire du livre de Brive, Glaise, et de Né d’aucune femme, prix Psychologies magazine. 

Je remercie les Éditions Albin Michel d’accueillir sur leur scène Franck Bouysse , une plume qui mérite de nombreux podiums.

Ce qu’il faut de nuit

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin aux Éditions de La Manufacture de livres

« Quelle merde. Quelle merde que cette vie. »

Après un long combat contre la maladie, la mère s’est éteinte laissant son homme et ses deux jeunes garçons seuls.

Le père doit faire face et même s’il lui serait facile de se laisser submerger par la douleur, il ne peut se le permettre, il doit s’occuper de ses fils, autant que faire se peut.

Une routine s’installe entre eux, les enfants grandissent et commencent à s’affirmer, surtout Fus, l’aîné.

” On se serait cru au théâtre : on gardait nos distances, on mesurait nos entrées et nos sorties, histoire de ne jamais nous retrouver coincés dans un même couloir. C’était fini le temps où on se serrait autour du petit lavabo de la salle de bains pour se laver les dents. (…) Désormais nos mouvements étaient empesés, pleins de précautions : il fallait laisser une bonne marge, si possible laisser l’autre dégager les lieux avant d’y entrer. Comme si on portait un scaphandre d’une tonne et qu’on marchait dans une putain de zone radioactive.

(…) Ce n’était pas le regard des autres, comme je l’avais cru d’abord : ceux qui savaient n’avaient pas l’air trop choqués. Rien de ce que je craignais n’était arrivé. J’avais un fils différent et les gens semblaient s’en accommoder. “

Le père n’accepte pas les fréquentations fachos de Fus, même si les deux frères restent proches, un fossé se creuse, jusqu’au jour où tout bascule…

Ce que j’en dis :

Décidément la Lorraine peut s’enorgueillir de cette nouvelle plume de l’enfant du pays. Et étant moi-même Lorraine, je peux vous dire que je suis plutôt fière moi aussi, c’est mon petit côté chauvine qui s’affole.

J’avais eu quelques très bons échos sur ce premier roman, sans trop m’y attarder pour garder la surprise et rester un maximum objective. Et je reconnais, on ne m’a pas menti.

C’est la gorge nouée, le cœur serré, sous tension extrême que j’ai lu cette histoire déchirante.

Car en tant que parents, nous pouvons tous être confrontés à cette terrible épreuve, qui remet en cause toute l’éducation que l’on a donné à nos enfants.

Face à une telle situation, les questions se bousculent, la déception s’installe, la culpabilité surgit et l’on ne peut pas s’empêcher de tout remettre en question. On a beau tenter de leur donner une bonne éducation, inculquée une bonne moralité, on ne peut pas gérer les divers fréquentations qui seront sur la route de nos enfants et les mèneront vers des chemins pas toujours honorables.

Avec ses mots qui dégagent une multitude d’émotions sans une once de pathos, son écriture âpre, son style qui nous happe, Laurent Petitmangin nous offre un premier roman fabuleux, où les multiples douleurs d’un père se révèlent avec pudeur nous laissant sans voix, le cœur brisé, en larmes mais heureuse d’avoir en main un tel roman absolument exceptionnel et inoubliable.

J’espère qu’il va continuer à dépoussiérer les manuscrits qui dorment dans ses tiroirs, car j’ai vraiment hâte de retrouver cette plume de caractère absolument bouleversante.

Pour info :

Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon où il se passionnera également pour le théâtre.

Après avoir vécu deux années au Bangladesh, premier de ses nombreux séjours longue durée à l’étranger, il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui.

Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années et entassé les manuscrits dans ses tiroirs.

Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette pépites Lorraine, un diamant brut à découvrir absolument.

The cry

The cry d’ Helen Fitzgerald aux Éditions les Arènes / Équinox

Traduit de l’anglais par Alexandre Civico

” La faute à la sécurité de l’aéroport.

Si elle n’avait pas eu à acheter ces deux petits flacons transparents de cent millilitres chez Boots, si elle n’avait pas eu à transvaser les médicaments, agenouillée devant la librairie WH Smith, si elle n’avait pas eu à faire la queue une heure de plus devant la sécurité, seins douloureux… Si elle n’avait rien eu à faire de tout ça, son bébé serait encore auprès d’elle. “

Le vol depuis Glasgow jusqu’à Melbourne fut un véritable cauchemar pour Johanna et Noah, son jeune bébé de 9 mois. Malgré tout elle était loin d’imaginer qu’ils allaient être séparés à jamais l’un de l’autre.

Alistair son compagnon, le père de Noah, prends les choses en main, mais rien n’empêchera Johanna de plonger dans une terrible dépression au bord de la folie.

Le scénario mis en place par Alistair ne fait que la culpabiliser davantage et l’entraîne jour après jour au plus profond de l’abîme.

Mais que s’est-il réellement passé au cours de ce vol ?

Connaît on vraiment ceux qui partagent notre vie ?

Ce que j’en dis :

Comme dans quasiment 80 % de mes lectures, j’ai commencé celle-ci à l’aveugle, sans rien lire sur ce roman au préalable, pas même la quatrième de couverture pour garder un maximum de suspens et de surprises, je ne vous en dirai donc pas plus sur le synopsis et même beaucoup moins que la présentation au dos du livre.

Mais une chose est sûre, une fois que vous commencerez ce thriller psychologique de haut-vol, absolument machiavélique, tout comme moi, vous ne pourrez plus le quitter avant de le terminer, autant vous prévenir pour éviter toute frustration et donc prévoir une belle plage de lecture.

Car si dès le départ vous allez vite découvrir le sort de cet enfant, vous n’en demeurerez pas moins intrigué. Tout comme les personnages, vous vous retrouverez piégé, le cœur brisé, cherchant désespérément une once d’empathie pour Alistair ce pervers narcissique et un brin de compassion pour cette mère désespérée qu’on semble vouloir mettre au pilori.

Helen Fitzgerald va mettre vos nerfs à rude épreuve en vous entraînant au cœur d’une histoire perverse où la manipulation est reine, et où le chemin de la rédemption ne sera possible qu’en prenant des chemins de traverse aux allures diaboliques.

Pas étonnant que ce roman qui a inspiré une série de la BBC, devenue un véritable phénomène sur la chaîne fasse un carton.

C’est sidérant, complètement addictif, ça vient de paraître et c’est à mettre absolument dans ses lectures estivales.

Encore une belle entrée dans les Arènes d’Aurélien Masson.

Pour info :

Née en 1966 à Melbourne (Australie), Helen FitzGerald est autrice et scénariste.

Elle a travaillé dix ans comme assistante sociale pour la justice pénale puis auprès de délinquants sexuels en prison.

Elle vit aujourd’hui à Glasgow avec son mari et ses deux enfants.

Un grand merci aux éditions les arènes pour ce thriller étourdissant.

Marseille 73

Marseille 73 de Dominique Manotti aux Éditions Équinox / Les Arénes

1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit milliers de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.

Durant l’automne 1972, le gouvernement français prends de nouvelles mesures à l’encontre des immigrés, résidents en France ou souhaitant y entrer. La circulaire Marcellin leur impose désormais d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement s’ils souhaitent bénéficier d’une carte de séjour afin d’éviter les expulsions prévues dès l’été 73.

À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte pat le gouvernement et lance, le 9 juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».

La France va alors connaître une vague d’assassinats. Des arabes, surtout des algériens, sont pris pour cible, notamment à Marseille, épicentre du terrorisme raciste.

Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme.

Le jeune commissaire Daquin, bien d’être nommé à l’Évèché , l’hôtel de police de Marseille, est bien décidé à mettre un terme à cette violence, même s’il doit mettre au pilori certains collègues.

(…) Nous sommes confrontés ici à Marseille à une vague de terrorisme anti-immigrés maghrébins, dans le prolongement de la guerre d’Algerie, et sans doute dans le prolongement du terrorisme de l’OAS. Et apparemment, la consigne donnée à la police et à la justice est de regarder ailleurs. Cela ne peut pas être sans conséquence. Les répercussions seront lourdes sur la société, mais aussi sur le fonctionnement de nos services. Vous le savez aussi bien que moi.

Dans cette ville portuaire du sud de la France, cette histoire basée sur des faits réels, portée par la plume légendaire de Dominique Manotti nous fait découvrir cette tragédie à travers une enquête menée de main de maître, et fête le retour de notre héros, l’inspecteur Daquin.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais trop tard pour faire connaissance avec une belle plume retardée j’avoue par le côté polar politique qui m’effrayait et pourtant je ne regrette pas cette découverte, bien au contraire.

Pour sortir de mes zones de confort, c’est bien souvent comme pour le cinéma, il suffit que ce soit basée sur des faits réels, d’après une histoire vraie ou d’un fait historique pour que je sois attirée.

En 73, j’étais bien trop jeune pour me souvenir de ces tragiques événements mais grâce à ce récit et à travers cette enquête policière, brillamment menée mes lacunes sont comblées.

Car Dominique Manotti a fait de sacrés recherches en amont pour nous offrir ce roman d’une noirceur effrayante.

Tout comme certains auteurs, elle n’hésite pas à toucher certains points sensibles qui rappellent étrangement certains faits récents de notre actualité. Sous couvert de leur uniforme, il est vrai que certaines professions s’accordent quelques passes droits.

À travers ce roman, elle nous confronte à une terrible réalité et nous plonge au cœur même de la corruption policière gangrenée par le racisme.

Qu’ils soient du bon ou du mauvais côté, ses personnages interpellent, bouleversent, révulsent, aucun ne peut nous laisser indifférent.

Une écriture remarquable qui véhicule à travers une tension extrême une multitude d’émotions, qui en font un véritable page-Turner difficile à quitter et impossible à oublier.

Percutant, dérangeant, époustouflant, c’est à lire absolument.

Pour info :

Née en 1942, Dominique Manotti a enseigné à l’université l’histoire écono­mique contemporaine.

Autrefois militante politique et syndicale, elle publie à partir de 1995 une dizaine de romans noirs, dont trois mettant en scène le commissaire Daquin.

L’un de ces romans, Nos fantastiques années fric, a été adapté au cinéma sous le titre Une affaire d’État. Après Bien connu des services de police, Trophée 813 du Meilleur roman noir francophone en 2010, elle a reçu pour L’Honorable société, écrit avec DOA, le Grand Prix de Littérature policière 2011.

Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. Racket (ed. Les arènes, 2018) , Marseille 73 est son treizième roman.

Je remercie les Éditions Les Arénes pour ce récit bluffant.

Représailles

Représailles de Florian Eglin aux Éditions la Baconnière

(…) – Toi qui cherchais une amorce pour ton prochain roman, je crois que tu l’as trouvée, fit Adèle en se recroquevillant sur son siège. Cette poursuite en pleine nuit, c’est accrocheur, non ?

Elle semblait se retenir très fort. Pour ne pas crier. Pour ne pas pleurer. Pour continuer à faire comme si tout allait bien. Hormis foncer sans se laisser déporter, Tom était impuissant. Totalement. Ou alors freiner sec pour repartir dans l’autre sens après un tête-à-queue contrôlé ? Tom était bon conducteur. Très bon même. Avec sa famille dans la voiture, il ne pouvait cependant pas prendre le moindre risque en se la jouant Fasr and Furious. De toute façon, il ne connaissait pas la région. Il finirait par se retrouver sur une route pas carrossable. Un scénario foireux qui ne lui disait rien.

Tom et Adèle sillonnent avec leurs deux enfants, une route corse afin de rejoindre leur lieu de vacances. Lorsque qu’un monstrueux SUV commence à les suivre, ils sont loin d’imaginer ce qu’ils s’apprêtent à vivre.

À bord de ce SUV, un trio monstrueux, prêt à tout pour assouvir leur soif de violence.

Tom, voit prendre vie le pire scénario dont il a toujours rêvé écrire.

La route des vacances va vite se transformer en descente en enfer, une drôle de manière de faire connaissance avec le désert des Agriates et l’hospitalité Corse.

(…) – Tu sais, quand on touche à la famille, avec ces types qui se croient deux siècles en arrière… Pour moi, c’est comme si c’était écrit, ça va finir dans le sang.

Ce que j’en dis :

Représailles, sortie initialement prévue le 20 mars 2020, reportée au 5 juin 2020, suite au confinement sanitaire imposé par le petit chef, mérite tout les lauriers que l’on commence ici et là, à lui décerner, et il aurait vraiment été injuste de ne pas vous en parler.

Car si mon petit laïus de présentation vous fait croire à un scénario classique, voir déjà lu, vous êtes loin du compte, et tout juste au début d’une multitude de surprises.

Cette traque sauvage va vous entraîner dans les méandres de l’âme humaine à travers le paysage Corse, et vous confronter à une violence démoniaque.

Ce roman noir, qui flirte avec les codes du thriller et du polar, est en plus porté par une plume absolument somptueuse.

Florian Eglin peut s’enorgueillir de posséder autant de qualité.

Il nous offre un récit construit de main de maître, au rythme infernal, glaçant tout en étant bouleversant, riche en référence littéraire et cinématographique, (ça ne va pas arranger vos listes), avec des personnages terrifiants et pourtant attachants, où s’invite en plus une pointe d’humour grinçante.

C’est simple, une fois commencé, vous ne pourrez plus quitter cette histoire sanglante terriblement déchirante.

Croyez-moi, vous êtes loin d’imaginer ce qui vous attend, et désormais il ne tient qu’à vous d’en découvrir davantage.

Il aurait pu être américain et bien non , Florian Eglin est Suisse, tout comme son confrère Joseph Incardona, qui m’a également bluffé dernièrement. Décidément cette année n’a pas fini de me surprendre, pour mon plus grand plaisir.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire… N’est-ce pas ?

Ps : Si quelqu’un connaît Tarantino, ce serait bien de lui faire lire aussi, on ne sait jamais, ça pourrait le tenter pour une adaptation cinématographique.

Pour info :

Florian Eglin est né le 7 décembre 1974 à Genève et enseigne le français au collège. Marié avec une enseignante, il vit à Genève et est père de deux enfants.

Il est l’auteur aux éditions La Baconnière d’une trilogie sur un personnage de fiction mi-homme mi- dieu, Solal Aronowicz (Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal. Roman brutal et improbable, 2013 ; Solal Aronowicz, une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?, 2014 ; Solal Aronowicz. Holocauste, 2015), qui a connu un beau succès critique en Suisse. Holocauste a également remporté le Prix du Salon du livre de Genève 2016 et le premier tome a été primé par le Prix public de la RTS. Les deux premiers tomes, épuisés, ont été réédités en poche.

Héritier concomitant de Ian Fleming et d’Huysmans, les écrits grinçants, violents et terriblement drôles de Florian Eglin sont à mettre entre les mains d’un public averti, amateur d’une littérature contemporaine et originale.

Il a remporté lePrix du Salon du livre de Genève en 2016 et est lauréat de la Plume d’or de la société genevoise des écrivains en 2018.

Je remercie infiniment Aurélie de l’agence Un livre à soi et les Éditions la Baconnière pour ce récit magistral, absolument inoubliable.