Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

La route 117

La route 117 de James Anderson aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Clément Baude

” Cecil Boone était le patron du relais routier Stop’n’Gone. Situé sur la route 191, à la sortie de Price, Utah, le Stop’n’Gone était un relais indépendant et médiocre, perdu sur une étendue de sable et de roche brisée, avec l’air minable de ces établissements obligés de pratiquer des prix bas faute d’avoir autre chose à proposer. Cecil, la cinquantaine passée, était un homme aussi trapu qu’aigri. Il se tenait la caisse du petit supermarché. Depuis huit ans que j’achetais mon diesel ici presque chaque jour de la semaine, je ne l’avais jamais vu sourire. Jusqu’à cette matinée enneigée d’octobre. (…) J’ai payé mon diesel.

« Quelqu’un a laissé quelque chose pour toi à la pompe n°8 », a-t-il dit. “

Comme chaque matin, avant de faire ses livraisons sur la route 117, Ben passe à la station faire le plein de son camion.

Une surprise l’attend à la pompe n°8 et pas des moindre. Un mot accompagne cet étrange colis.

” S’il te plaît, Ben, Grosse galère, Mon fils. Emmène-le aujourd’hui. Il s’appelle Juan. Confiance à toi seulement. Ne dis à personne. Pedro. “

Ce qui est surprenant, c’est qu’il connaît à peine Pedro. Alors pourquoi l’avoir choisi pour veiller sur son fils ?

Cette journée est à peine commencée, qu’elle lui réserve déjà son lot de surprises.

Il prend malgré tout la route pour honorer comme il se doit ses livraisons, ses clients comptent sur lui. Et rien ne l’empêchera de se renseigner pour retrouver Pedro sur le chemin.

” Ça secouait. La route ressemblait de moins en moins à une route et de plus en plus à une piste défoncée, semblable à celles que j’empruntais chaque jour pour livrer des biens de nécessité et de rares objets de luxe aux coyotes, aux ranchers miséreux étaux exilés de tout poil qui avaient choisi de vivre le long de la 117. Même si la neige et la pluie n’avaient pas ramolli la terre, j’étais prudent, à l’affût. “

Plus tard dans la journée, une terrible nouvelle va l’obliger à interrompre ses recherches. Son ami John, un prédicateur farfelu qui arpente la 117 avec sa croix, vient d’être grièvement blessé et abandonné au bord de la route.

Ben va tout mettre en œuvre pour le sauver, tout en cherchant le responsable de ce crime.

Il va se retrouver au cœur d’une enquête terrifiante des plus étranges.

Ce que j’en dis :

Je n’avais pas encore croisé sur ma route d’indien routier, maintenant c’est chose faite et j’aime autant vous dire que cette rencontre ne m’a pas laissé de marbre, bien au contraire.

En prenant la route 117 en compagnie de Ben, j’ai vécu une aventure extraordinaire sous haute tension, me retrouvant piégée pendant 350 pages avec beaucoup de mal pour m’en libérer, tellement le plaisir était intense et l’envie de poursuivre l’aventure sur cette route, immense.

Et puis il faut reconnaître que la présence de cet indien au grand cœur, à l’humour mordant m’a fait craquer. Je suis tombée sous son charme et suis devenue complètement accro à la plume de son créateur, James Anderson.

Bien évidemment je mériterais d’être mis au pilori, attachée et torturée par ses ancêtres (de Ben, je précise) pour ne pas avoir lu Desert Home, qui bien sûr se trouve dans ma bibliothèque. Mais bon, ça ne m’a pas pour autant empêché d’apprécier pleinement ce deuxième volet, et je suis bien décidée à remédier à cette lacune rapidement.

Je reprendrai la route 117 bordée d’un resto fermé depuis Mathusalem, vers cette ville fantôme, où les habitants surnommés les coyotes, résistent aux temps qui passent.

Une flopée d’âmes perdues qui vivent isolées du monde, fuyant peut-être on ne sait quoi ou même on ne sait qui ? Chacun portant son fardeau et même sa croix comme John, le pécheur repenti.

La route 117 pourrait être une succursale du fin fond de l’Alaska où les criminels se réfugient, mais elle est pourtant bien là, comme un mirage, coupant le désert de l’Utah.

Une route que Ben connaît par cœur, lui qui lui est fidèle à bord de son camion et la sillonne toute l’année pour ravitailler autant que possible ceux qui voudraient se faire oublier.

Alors il n’est plus à une tempête près…

Et je suis sûre qu’il n’aura rien contre un peu de compagnie, alors n’hésitez surtout pas à grimper dans sa cabine, vers Desert Home, sur la route 117 là où la folie des hommes ne meurt jamais.

Un formidable thriller, porté par une plume fascinante qui va vous hanter longtemps.

Un voyage américain d’exception.

Pour info :

James Anderson est né à Seattle et a grandi dans le Nord-Ouest Pacifique. Il est diplômé de Reed College et d’un Master d’écriture de Pine Manor College.

Ses écrits ont été publiés par de nombreux magazines dont The Bloomsbury Review, New Letters, Northwest Review

Il a notamment été éditeur et rédacteur en chef chez Breitenbush Books.

Après Desert Home (2017), La route 117 est son deuxième roman à paraître en France. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette virée envoûtante et bouleversante sur la route 117.

Nous avons les mains rouges

Nous avons les mains rouges De Jean Meckert aux Éditions Joëlle Losfeld

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche

 » – L’homme est une espèce bizarre qui veut sa sécurité. Il tue son aujourd’hui pour asseoir son demain. Il prostitue sa semaine pour assurer son dimanche. Il peint sa vie en gris ardoise, il invite chacun à venir uriner dessus, pour peu qu’on lui promette une vieillesse à coupons de rente. En vérité, je me soucie peu de la race des fonctionnaires. Entre le cloporte et la punaise, la place qu’on lui fait est encore trop honorable. Qui pense à son demain ignore la liberté. Et c’est une gentillesse à lui faire que de lui écraser la tête à coup de talon. Le mieux est encore de s’asseoir dessus ! “

Lorsque Laurent sort de prison, il ne s’attendait pas à trouver si tôt un emploi, ni même un foyer.

M. D’Essartaut, chef d’un maquis et père de deux jeunes filles lui offre la possibilité de rejoindre sa scierie.

Très vite, il va s’apercevoir que son nouveau patron, aidé de quelques acolytes et du pasteur Bertod continuent depuis deux ans, malgré la Libération, une épuration qu’ils pensent juste. Lors d’opérations punitives, ils s’attaquent aux divers trafiquants et profiteurs de la région.

” – Nous avons les mains rouges ! dit-il. Il nous faudrait un bain de justice et de pureté pour les laver. À toi, Laurent, nouveau parmi nous, neuf aussi dans le monde nouveau d’après la tourmente, de nous dire si tu crois encore à la justice et à la pureté. “

Jusqu’à ce que la mort de l’un d’eux, divise le groupe, les amenant à pratiquer le terrorisme, à commettre des meurtres, remettant en cause tout ce pour quoi ils se battaient et les conduisant vers une nouvelle tragédie.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de découvrir enfin cette belle plume.

Quelle chance d’avoir entre les mains un texte si fort à l’écriture singulière.

On ne peut que remercier les Éditions Joëlle Losfeld pour la publication des introuvables et des inédits de Jean Meckert.

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche, Nous avons les mains rouges, nous entraîne dans l’après-guerre aux côtés de résistants rebelles qui continuent la lutte, n’acceptant pas la fatalité.

Tel un cri de rage, ce récit saisissant écrit en 1947, s’impose par sa force, son style et font de ce roman un incontournable à découvrir expressément.

À travers les yeux de Laurent, en alliant suspens, Histoire, à travers des personnages forts, nous conduisant vers une fin sombre et déchirante, Jean Meckert nous offre un roman noir, profondément humain, d’un réalisme surprenant.

Une œuvre remarquable à savourer comme il se doit.

Pour info :

Jean Meckert naît à Paris en 1910. Mobilisé en 1939, il est interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle et y écrit son premier roman, Les coups, que Gallimard accepte immédiatement.

Suivront plusieurs autres titres, tous salués par des grands noms de la littérature française tels que Raymond Queneau, André Gide, Roger Martin du Gard, Maurice Nadeau, Jean-Jacques Pauvert… ou plus récemment Manchette et Annie Le Brun.

Dès 1950, Marcel Duhamel le fait venir à la Série Noire où il s’impose, sous le nom d’Amila, comme l’un des meilleurs auteurs de polar français. 

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld de m’avoir donné l’occasion de découvrir cette merveille.

La soustraction des possibles

La soustraction des possibles de Joseph Incardona aux Éditions Finitude

 » Le découragement plie sous le poids de l’orgueil. Elle refuse de pleurer, ou alors juste quelques larmes, par dépit. Des larmes de rage.

Elle comprend maintenant qu’il y aura de la souffrance. L’escroquerie des sentiments. Un territoire dont on ne connaît pas la frontière, un univers en expansion. La souffrance commence cette nuit, à 22 heures 30.

Odile l’ignore. Odile est un maillon de la chaîne de tout ce qui suivra, à la fois cause et conséquence de cette histoire.

Comédie et tragédie.

Le chat et la souris. “

Synopsis à ma façon :

Pour découvrir ce qui se cache derrière ce titre et cette couverture couleur lingot d’or, il convient de bien observer l’illustration et de faire travailler son imagination.

Pour vous aider un peu, je peux éventuellement donner un nom à chaque engrenage.

Il y Aldo, un professeur de tennis, qui joue aussi le gigolo pour joindre l’utile à l’agréable. Puis Odile, une femme mariée qui fait appel aux différents services d’Aldo. Rajoutons Svetlana, une jeune financière à l’avenir prometteur, son patron un banquier, un avocat, des petites frappes, mais également un mafieux Corse sans oublier sa sœur, et surtout de l’argent, beaucoup d’argent qui les relie les uns aux autres, et fait tourner l’engrenage.

” Certains lieux attirent la richesse. La richesse et la tragédie. “

Vous voilà parés, prêts pour vous lancer dans cette fresque ambitieuse qui vous fera voyager entre la Suisse et le Mexique en passant même par la Corse, avec du fric qui n’appartient qu’à eux, en compagnie de loups aux dents très longues.

 » L’argent, ça incite à péter plus haut que son cul.

Ouais.  »

Ce que j’en dis :

J’avais beau m’attendre à du grand art, je n’en ai pas moins été soufflé.

Comme tout artiste, il lui a suffit de quelques idées, finement liées les unes aux autres avec style, une bonne dose d’ironie, une pointe de causticité, du tragique mais également de l’humour, une bonne pincée de vérité, le tout arrosé d’amour, de sexe mais surtout de fric et vous obtiendrez un roman noir d’exception.

Si Joseph Incardona était une action, sa côte en bourse vaudrait de l’or.

Si Joseph Incardona était une œuvre d’art, il serait vendu chez Sotheby’s pour une somme terriblement indécente.

Si Joseph Incardona était lieutenant de police, il se prénommerait Columbo, malin comme un singe, toujours là on l’attend le moins.

Mais Joseph Incardona est écrivain, mais alors quel écrivain, il est suisse en plus, l’engrenage de qualité ils connaissent là-bas, de véritables experts et les secrets bancaires n’en parlons pas, tout s’explique.

La soustraction des possibles est un beau pavé audacieux à la mécanique impitoyable.

Mettez-vous à l’heure Suisse et ne le ratez surtout pas.

Pour info :

Joseph Incardona est né en 1969, de père sicilien et de mère suisse.

Écrivain, scénariste et réalisateur, il est l’auteur d’une quinzaine de livres. Personnalité atypique et auteur prolifique, ses références sont issues à la fois de cette culture de l’immigration ainsi que du roman noir et de la littérature nord-américaine du xx siècle.

Malgré la gravité des thèmes qu’il a pour habitude de traiter avec un style très noir et rythmé, on trouve aussi dans ses oeuvres un ton décalé souvent associé à une forme de pudeur.

Il remporte en 2011 le Grand prix du roman noir français avec Lonely Betty et en 2015 le Grand prix de littérature policière pour Derrière les panneaux il y a des hommes, tous deux parus aux éditions Finitude.

On lui doit plus récemment Permis C (BSN Press, 2016) – repris chez Pocket sous le titre Une saison en enfance –, Chaleur (Finitude, 2017 ; Pocket, 2018, Prix du Polar Romand) et Les Poings (BSN Press, 2018).

Son nouvel ouvrage, La Soustraction des possibles, est son dernier roman paru en 2020 chez Finitude.

Je remercie les Éditions Finitude et Masse Critique Babelio pour ce roman noir extraordinaire.

Cinq cartes brûlées

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière aux Éditions Fleuve Noir

Sanglante agression dans un hôtel à Saint-Flour

Un premier témoignage glaçant

(…) Interrogée par la police, Caroline V. N’a pas été en mesure de dire si quelqu’un d’autre était entré ou sorti de la pièce où s’est déroulé le drame. Mais ce qu’elle a pu en voir témoigne d’une agression violente. « Il y’a du sang partout, même sur les murs. » Un évènement qui restera pour elle une expérience traumatisante. Les deux protagonistes du drame ont été hospitalisés. Si la femme semble présenter des blessures superficielles, l’homme retrouvé entièrement dévêtu au milieu d’une marre de sang est dans un état critique.

M. Rusa Cher – la montagne.fr – 21 octobre 2011 “

Pour comprendre cette fin de partie sanglante, il va falloir redistribuer les cartes, remonter le temps, se prendre au jeu tout en restant bon joueur, car l’auteure de ce thriller psychologique dispose de quelques jokers pour brouiller les pistes.

Parmi les joueurs, nous allons croiser Laurence Graissac, et son frère Thierry qui adore jouer les tyrans avec sa sœur. Sans oublier la mère qui gère comme elle peut son divorce et l’éducation de ses enfants. Puis le docteur Bashert s’invitera à la table et mise après mise, ce pigeon pourrait bien y laisser quelques plumes.

Laurence a perdu quelques parties au cours de sa vie, elle n’a pas toujours eu les bonnes cartes entre ses mains, elle n’a pas toujours misé sur le bon cheval et les blessures du passé sont difficiles à effacer et pourtant lorsqu’elle croise la route de Bashert, elle s’autorise à espérer une vie meilleure, encore faudra-t-il que cette fois, la nouvelle donne soit enfin la bonne.

Ce que j’en dis :

Comme d’habitude je fais le choix de rester vague, car quel intérêt de vous dévoiler toute la mise en scène de cette histoire divinement orchestrée.

Car des atouts, il en a ce roman, bien davantage que dans un jeu de tarot c’est certain.

Il possède déjà une belle plume, une plume qui roman après roman a gagné en maturité et en intensité.

À travers ce thriller psychologique qui flirte avec le roman noir, Sophie Loubière explore l’univers complexe de la famille , parfois destructeur pouvant occasionner dès l’enfance certains traumatismes qu’il faudra apprendre à gérer à l’âge adulte si c’est encore possible, tant parfois les dégâts sont irréversibles.

Tout comme l’univers du jeu, d’un abord attrayant, divertissant mais qui peut très vite entraîner le joueur vers le vice d’une addiction dangereuse.

Comme dans un jeu de cartes, chaque personnage joue un rôle important et plonge le lecteur dans une partie endiablée qui conduira vers un dénouement surprenant, complètement inattendu.

En s’inspirant d’un réel fait divers, l’auteure a réussi d’une main de maître à construire un véritable château de carte, une histoire aussi bouleversante que démoniaque, l’histoire d’une petite fille trop souvent brimée qui rêve d’être un jour une reine de cœur.

Vous pouvez d’ores et déjà miser sur Cinq cartes brûlées, c’est gagné d’avance.

Pour info :

Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre l’écriture et le journalisme (« Parking de nuit » sur France Inter, « Info Polar » sur France Info) avant de se consacrer pleinement à la littérature.

Elle a publié une dizaine de romans et une centaine de nouvelles policières. En 2011, L’Enfant aux cailloux, plusieurs fois primé et traduit en langue anglaise, lui vaut une reconnaissance internationale. En 2015, À la mesure de nos silences revient sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale sous la forme d’un road-movie initiatique. En 2016, White Coffee prend ses quartiers du côté de la mythique Route 66, faisant suite à Black Coffee, avec ce même attachement porté à fouiller les abîmes de l’âme humaine au travers de décors fascinants.

Je remercie Sophie pour ses délicates attentions, et lui souhaite de rafler au passage quelques prix bien mérités.

Mictlán

Mictlán de Sébastien Rutés aux Éditions Gallimard, collection La Noire

Gros et Vieux sont à bord d’un poids lourd, transportant on ne sait quoi, vers on ne sait où. Ces deux hommes au passé sinistre roulent à travers le désert avec quelques règles à respecter sous peine de représailles. Il leur est interdit de s’arrêter en dehors des stations services, et surtout de jeter un œil sur la cargaison.

” (…) tu ne t’arrêtes jamais, tu roules en attendant que je t’appelle, tu roules une semaine, tu roules un mois, tu roules dix ans si besoin, on s’en fout, tu roules tant que je t’appelle pas, et tu laisses personne approcher, même pas les flics, si les flics font chier, tu leur parles de moi, connard, jamais du Gouverneur, c’est clair ?, à aucun prix, tu m’entends ?, tu leur dis juste de voir avec moi, ça devrait suffire, mais s’ils insistent, tu m’appelles, et s’ils deviennent dangereux, vraiment dangereux, tu leur fais la peau et tu jettes leur cadavre dans un fossé, c’est le seul cas où tu as le droit de descendre de ce putain de camion ailleurs qu’à une station service, c’est compris ? “

La proximité des deux hommes dans cette cabine, amène à la confidence sans pour autant les rapprocher.

(…) voilà ce qui fascine Gros, il se sent responsable de quelque chose, fier d’avoir été choisi pour conduire ce camion bien propre, bien frais, sur une route étroite dans ce désert qui ressemble à une peau d’animal malade, pelée, galeuse, grattée jusqu’au sang et couverte de plaies jusqu’à l’horizon, une route bien droite et bien lisse, qui scintille au soleil, que le soleil et le désert s’acharnent à dissoudre au loin comme ils dissolvent les cadavres, mais qui résiste, qui survit, malgré les nids-de-poule et les ordures qui menacent de déborder des fossés sur le bas-côté, une route en forme de destin, un peu plus étroite chaque matin…“

Sur la route, les tentations sont fortes pour déroger aux règles imposées, et lorsque s’ajoutent une multitude d’événements les mettant en danger, ils sont à deux doigts de tout envoyer balader.

Mais attention, le Gouverneur les surveille…

Ce que j’en dis :

Même si dès le départ, on sait le contenu de la remorque, j’ai fait le choix de ne pas le dévoiler, ne lisant pour ma part que très rarement les quatrième de couverture et préférant garder le suspens jusqu’au début de votre future lecture.

Car bien évidemment vous allez lire ce roman noir fraîchement débarqué dans La Noire de chez Gallimard. Ce serait une grave erreur de passer à côté de cette petite bombe livresque, autant pour sa plume percutante que pour cette histoire hallucinante, très certainement inspirée d’un fait divers survenu en 2018 au Mexique.

On peut dire qu’il claque, qu’il déchire ce récit. Tout comme ce camion, il trace sa route dans notre cerveau à vitesse non autorisée et laisse au passage toute sa rage, et quelques cadavres non identifiés.

Une écriture acérée,  » no limit « , un style décapant, fulgurant, extrême, au rythme infernal à vous couper le souffle, et qui vous éblouira tels des phares en pleine tronche par sa poésie qui s’incruste avec élégance dans cette noirceur absolue.

Un petit noir, bien serré, servi par La Noire, à consommer sans tarder.

Pour info :

De ses quinze ans à enseigner la littérature latino-américaine à l’université, Sébastien Rutés garde cette idée de Jorge Luis Borges qu’il n’y a pas de meilleure biographie pour un écrivain que ses oeuvres (et B. Traven ajoute : « sinon, soit ce sont les oeuvres qui ne valent rien, soit c’est l’homme »). 
On peut néanmoins ajouter qu’il est né dans les années 70, a publié plusieurs romans de genres très divers, dont un écrit à quatre mains et en deux langues avec un ami mexicain: Monarques Albin Michel, 2015) ; mais aussi La vespasienne (Albin Michel, 2018) ou Mélancolie des corbeaux (Actes Sud, 2011). Mictlán  (Gallimard, 2020) est son sixième roman.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée mortelle.

Gallmeister forever

Et si aujourd’hui nous partions pour un tour d’horizon sur mes dernières lectures des éditions Gallmeister.

Du passé au présent, tout à fait à l’esprit de cette maison qui nous offre des voyages américains extraordinaires en nous faisant découvrir l’Histoire de ce pays qui ne cesse de nous surprendre.

Partons tout d’abord au cœur de la guerre de sécession en compagnie d’Henry Fleming, un jeune soldat de l’armée nordiste, tout juste 17 ans, envahit par le doute, la peur et va se comporter en lâche face au combat qui fait chaque jour de nombreuses victimes innocentes.

– Jim, il t’es déjà arrivé d’penser qu’tu pourrais prendre la fuite, toi aussi ? demande-t-il .

Il conclut sa phrase paru. Rire, comme s’il avait été dans son intention de plaisanter. Celui qui parlait fort gloussa aussi.

Le grand soldat agita la main.

– Eh ben, dit-il d’un air inspiré, y m’est arrivé d’me dire qu’ça pourrait être chaud pour Jim Conklin, dans certaines de ces mêlées, et qu’si y avait plein de gars qui prenaient la tangente, ben, j’suppose que j’détalerais moi aussi. Et qu’si j’commencais, j’déguerpirais comme si j’avais le diable aux trousses, ça ferait pas un pli. Mais qu’si tout le monde tenait sa position et combattait, et ben j’la tiendrais et j’combattrais. Nom d’une pipe, j’le ferais. J’suis prêt à l’parier. “

Malgré les paroles de ses supérieurs, il ira se mettre à l’abri sans prendre part au combat. Après la bataille, dans la confusion la plus totale, il sera pourtant décoré suite à une blessure. Il devient un héros malgré lui.

Un formidable récit de guerre paru aux États-Unis pour la première fois en 1885, que les Éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de rééditer.

Un récit intense et assez fort, qui nous offre un fragment de cette guerre à travers les yeux d’un jeune soldat, complètement effrayé.

L’insigne rouge du courage de Stephen Crane, traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil.

Découvrons maintenant des nouvelles d’Amérique, nées sous la plume magnifique de James McBride, auteur de romans édités également aux éditions Gallmeister.

Nous allons au détour de ces pages, croiser un vendeur de jouets anciens, prêt à tout pour mettre la main sur le plus précieux des jouets qui pourrait bien changer sa vie à jamais. Puis cette bande de gamins amoureux de musique mais aussi Abraham Lincoln au grand cœur, sans oublier cette virée au zoo où les animaux parlent et ne se gênent nullement pour dégoiser sur la race humaine.

Autant d’histoires qui font de ce recueil une formidable aventure, portées par une plume où l’imaginaire côtoient la poésie, avec humour et tendresse et beaucoup d’humanité.

C’est aussi délicieux que votre friandise préférée.

” Lincoln, à sa manière habituelle, avait lâché une bombe à laquelle personne ne s’attendait. Il avait changé la nature de la guerre. Ce n’était plus une guerre entre États. C’était maintenant une guerre contre l’esclavage.  »

Le vent et le lion de James McBride, traduit de l’américain par François Happe.

En passant par le Montana, je n’ai pas boudé mon plaisir en retrouvant C.W. Sughrue, ce détective privé, très attachant que j’avais rencontré dans deux précédents romans.

Cette fois il est embauché par deux frères jumeaux, très amoureux des flingues, pour retrouver des poissons exotiques. Une affaire assez simple mais qui va très vite le conduire sur les traces d’une femme en fuite avec son chérubin.

Toujours aussi déjantée, cette nouvelle enquête illustrée par Pascal Rabaté m’a embarqué dans une aventure survoltée, arrosée d’adrénaline, d’alcool sans oublier une bonne quantité de drogue.

Ça se déguste comme un Shot de whisky, ça décoiffe et on en redemande encore une dose.

” -(…) Fait gaffe à ton cul, là-bas, vieille branche. Je ne peux pas dire que je suis fou de cette affaire. Et toi ?

– Moi, j’ai de la chance, je suis fou tout court.

– Et ça ne fait qu’empirer jour après jour, dit Solly sans rire. “

Le canard siffleur mexicain de James Crumley traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Pour finir, direction les Appalaches où j’ai accompagné Jodi McCarty à sa sortie de prison vers la ferme de son enfance. C’est là qu’elle a grandi, élevée par sa grand-mère, aujourd’hui disparue. Elle est accompagnée de Miranda et de ses trois enfants, qu’elle vient de la rencontrer et dont elle s’est très vite attachée. Sur la route, elle est passée prendre Ricky, le frère de sa petite amie avant son incarcération, et compte bien tenir une vieille promesse en s’occupant dorénavant de lui.

Il est enfin temps de se tourner vers l’avenir, encore faut-il qu’on leur en donne l’occasion.

 » La route semblait n’avoir qu’une direction, s’enfonçant dans les montagnes jusqu’à ce qu’on se retrouve encerclé, les vastes versants des Appalaches oblitérant tout le reste. Jodi voulait revoir cet endroit, mais c’était aussi ce genre de prison et elle le sentit se refermer sur elle. D’une certaine manière, rentrer chez soi, c’était comme disparaître, retomber dans le passé. Une semaine et demie plus tôt, elle ne pensait pas revenir avant sa mort – un corps expédié à une famille qui s’en souvenait à peine, une carcasse à porter en terre dans la montagne –, pourtant elle était là, pas seulement un corps mais un entrelacs de pensées et d’émotions sauvages s’apprêtant à retrouver leur lieu de naissance. Elle se tourna vers Miranda, puis elle regarda le visage endormi de Ricky. Cette fois, ce serait différent, pensa t’elle, nouveau. Néanmoins elle continua de sentir l’oppression des montagnes, même celles qui étaient invisibles, le poids de tous ses souvenirs.  »

Mesha Maren fait une entrée remarquable chez Gallmeister, une maison d’éditions qui nous déniche régulièrement de nouveaux talents de qualité.

Elle nous offre un premier roman somptueux à l’écriture singulière et aborde à travers cette histoire de nombreux thèmes, tous d’une importance capitale, autour du personnage de Jodi. Que ce soit, le milieu carcéral, la libération, l’homosexualité, la violence, le long chemin vers la rédemption, en passant par la famille recomposée mais aussi l’exploitation de gaz qui entraîne pollution et destruction de l’écosystème, l’auteur nous emporte dans une histoire contemporaine entre passé et présent, auprès de personnages forts attachants, au cœur de la nature des Appalaches.

Ce récit transpire la force et le courage dont Jodi doit faire preuve pour se reconstruire.

On se laisse porter avec parfois une certaine appréhension face aux événements qui s’enchaînent, laissant peu de répit à cette femme qui souhaitait reprendre le cours de sa vie.

Un roman magnifique, poignant et infiniment réaliste.

Une nouvelle plume américaine à suivre absolument.

Les auteurs :

La vie de Stephen Crane (1871-1900) est brève et aventureuse.

Dernier d’une famille méthodiste de 14 enfants, il est un enfant fragile, toujours malade, ce qui ne l’empêche pas d’apprendre à lire seul à l’âge de 4 ans. À 22 ans, il publie à compte d’auteur Maggie, fille des rues, qui fait scandale. 

L’Insigne rouge du courage, tableau réaliste de la guerre de Sécession, connaît un succès mondial et fait de lui l’auteur le mieux payé de son temps. Il décide alors de devenir correspondant de guerre. Il est envoyé à Cuba, mais son bateau fait naufrage : il passe 30 heures à dériver sur un canot. Il se rend ensuite en Grèce, où la guerre avec la Turquie s’achève, puis en Angleterre où il se lie d’amitié avec Joseph Conrad, Henry James et H.G. Wells.

Il décède de la tuberculose à vingt-huit ans, dans un sanatorium allemand. 

James McBride est né en 1957.

Écrivain, scénariste, compositeur et musicien de jazz, il est saxophoniste au sein du groupe Rock Bottom Remainders.

Il publie son premier livre en 1995, La Couleur d’une mère, un récit autobiographique devenu aujourd’hui un classique aux États-Unis. Son œuvre romanesque commencée en 2002 plonge au cœur de ses racines et de celles d’une Amérique qui n’a pas fini d’évoluer. 

James Crumley est né à Three Rivers au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus et où il côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Peu après son arrivée à Missoula, en 1969, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence, avec comme toile de fond la guerre du Viêt Nam.

En 1975, il écrit Fausse Piste (The Wrong Case), le premier roman d’une saga mettant en scène Milo Milodragovitch, un privé mélancolique vétéran de la guerre de Corée. Suivront Dancing Bear en 1983, Bordersnakes et The Final Country en 1996.

En 1978, James Crumley écrit The Last Good Kiss, le premier livre d’une nouvelle saga qui introduit un nouveau privé : C. W. Sughrue. Puis, en 1993, The Mexican Tree Duck, Bordersnakes(où Sughrue et Milodragovitch se rencontrent) et The Right Madness en 2005. Ces deux personnages, antihéros excessifs en tout, qui rassemblent toutes les obsessions et pas mal des traits de caractère de leur créateur : vétérans du Viêt Nam, divorcés maintes fois, portés sur les femmes dangereuses, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil, toutes choses en général censées représenter un danger pour eux ou pour autrui.

James Crumley est aujourd’hui considéré par ses pairs comme un des plus grands auteurs de polar. Il décède le 17 septembre 2008, à Missoula.

Mesha Maren a grandi dans les Appalaches, en Virginie-Occidentales, en pleine nature. Son père, Sam, a fabriqué lui-même leur maison en rondins. Adolescentes, elle a construit dans leur jardin une grande cabane avec son père, avec le bois de pins plantés l’année de sa naissance.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup voyagé, au Mexique notamment, elle est revenue avec son mari dans les Appalaches et habite dans la maison de son enfance. La cabane est devenue son studio d’écriture.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ces voyages littéraires aussi dépaysant qu’enrichissant.

Sang chaud

Sang Chaud de Kim Un-Su aux Éditions Matin Calme

Traduit par Lise Charrin

À cette période de l’année, la mer de Guam est toujours recouverte de ce brouillard, accompagné d’une puanteur malséante, disons, celle que dégagerait des parties génitales atteintes d’une maladie vénérienne. On a coutume de dire que l’emblème de Guam est son vieux funiculaire, en vérité il s’agirait plutôt de ce brouillard gorgé d’humidité salée avec son odeur d’eau croupie. Les touristes, choqués, se bouchent le nez et les commerçants se plaignent de l’impact d’une telle pestilence sur leurs affaires. Quelques notables de Guam ont essayé d’en trouver l’origine : certains avancent l’hypothèse qu’elle viendrait des algues qui pourrissent, d’autres pensent qu’elle est due au rejet des eaux usées directement dans la mer, sans traitement. D’aucuns évoquent la décomposition des poissons et des crustacés morts, accumulés le long de la digue depuis sa construction. Certains prétendent carrément qu’elle provient de la putréfaction des nombreux cadavres jetés à l’eau. Enfin, le pasteur du quartier a sermonné la population, clamant qu’il s’agissait de l’odeur du péché et qu’elle ne disparaîtrait qu’après le repentir des coupables par la mortification de leur chair. Huisu se dit que le pasteur a sans doute raison, car Guam est à ce point irrécupérable que même ce pasteur a été arrêté et emprisonné, quelques temps après, pour pédophilie. “

Guam, quartier on ne peut plus sordide de Busan réparable à son vieux funiculaire mais surtout par la puanteur qui émane de la mer qui borde cette ville de Corée.

Dans cet endroit sordide, la pègre est dans la place, et les docks sont le lieu idéal pour les trafics en tout genre.

Guam n’a rien d’une ville paradisiaque, elle est en plus sous la coupe du Père Sohn, un chef de gang qui cumule lâcheté et cruauté. Il est aidé par son fidèle lieutenant Huisu, son fils spirituel.

Ici, vaut mieux éviter de se faire remarquer, et surtout vaut mieux régler ses dettes, à moins de préférer finir au fond de la mer après être passer dans les mains d’un surineur.

” Il est mort bêtement en voulant faire le malin. Un voyou qui veut frimer comme un con, tchao, il dégage. “

Les dettes, un fléau pour certains, une mine d’or pour d’autres …

” Tout cela n’a rien d’étonnant : tous les voyous et toutes les prostituées sont perclus de dettes. Le moteur qui fait tourner Guam n’est pas nourri par les passions ni par les rêves, mais par les montagnes de dettes qui les pourchassent tous. “

Depuis quelques temps Huisu s’interroge. À quarante ans il est lasse de cette vie minable, il aimerait bien en changer et pourquoi pas épouser la femme qu’il aime depuis l’enfance.

Alors quand une occasion se présente, il quitte le Père Sohn et tente de monter son propre business. Mais hélas, il va se retrouver impliqué au cœur d’une guerre de clan. Sa vie paisible est plongée en plein chaos, pas sûr que cette fois tout se passe comme prévu…

Ce que j’en dis:

Pour être surprise et lire autre chose que du déjà vu, ou déjà lu, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, à quitter sa zone de confort et voguer vers d’autres horizons et ça tombe bien, c’est tout à fait ce que nous propose, cette nouvelle maison d’éditions : Matin Calme.

Direction la Corée en plein cœur de la mafia, où les couteaux à sashimi finissent rarement au lave-vaisselle, mais plutôt plantés dans le corps d’un voyou. Ici point de flingues, mais des lames bien tranchantes, plus discrètes et quasiment toujours à portée de mains.

Ils ont le sang chaud par ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Et faut pas trop les énerver, ni tenter de les arnaquer, avec la mafia, vaut mieux marcher droit.

Vous voilà prévenus, au cas où vous envisageriez de postuler pour un job de malfrat chez les coréens.

Trêve de plaisanterie, toujours très attirée pour ma part par la littérature américaine j’ai été infiniment surprise d’être à ce point conquise par ce roman.

Direct le décor est planté, et nous entraîne dans une atmosphère particulière dans l’ambiance de Busan, où la Mafia coréenne règne de manière tentaculaire.

L’auteur nous offre des personnages hauts en couleurs, au passé tout aussi sombre que le présent, mais dont certains comme Huisu ne sont pas totalement démunis d’humanité.

Kim Un-su possède un style brillant, une écriture brute, cash, tranchante, et accrocheuse.

Ce menu coréen, épicé à la sauce mafia, parsemé de violence mais pimenté d’une dose d’amour est à déguster sans modération.

Les grands amateurs de polars peuvent se réjouir, une nouvelle maison qui tient déjà toutes ses promesses est dans la place, avec un menu d’exception pour l’ouverture des festivités 2020, et obtient direct sa première étoile.

Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Pour info:

Kim Un-su est né à Busan, Corée du Sud, en 1972.

Enfant, Kim Un-su a arpenté les rues du haut de Busan, celles où vivaient les familles pauvres et les voyous en herbe. Il publie ses premiers textes, des nouvelles, dans des revues en 2002 et 2003 avant de sortir un premier roman, totalement foutraque, moqueur et paranoïaque, en 2006, Le Placard (Gingko Éditeur). En 2010, il publie son premier polar, Les Planificateurs (L’Aube, 2016) qui lui assure un succès mondial.

Sang chaud est paru en 2017 en Corée. Il a déjà été vendu dans une douzaine de pays dont Doubleday (éditeur entre autres de Dan Brown, Stieg Larsson)

Kim In-su a reçu le prix MunhakDongne Fiction pour le Placard en 2006, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière pour Les Planificateurs.

Je remercie Camille de l’agence Trames et les Éditions Matin Calme pour ce menu coréen d’exception.

Le second disciple

Le second disciple de Kenan Görgün aux Éditions Les Arènes

” Sous la surface policée du monde s’agitent des bêtes d’une autre engeance. “

En prison on purge sa peine plus ou moins longue et c’est l’occasion de faire d’autres mauvaises rencontres, comme cet ancien militaire belge, Xavier Brulein, qui va tomber sous la coupe d’Abu Brahim, un prédicateur islamiste. Abu Brahim est le seul de son réseau à avoir été capturé, le seul membre derrière les barreaux. Il est convaincu d’avoir été sacrifié.

 » Abu Brahim n’a jamais eu la prétention de lui apprendre quoi que ce soit. Il lui a juste parlé de ce qu’il savait, il ne l’a jamais pris de haut. Ils se sont assis par terre, les yeux dans les yeux, et ils ont voulu faire le ménage dans le désordre du monde. Abu Brahim n’a pas discuté ses idées quand elles différaient des siennes, il s’est tu pour respecter sa parole. Assis par terre pour faire le ménage du monde, Abu Brahim lui a dit un jour: « Toi, ton cerveau est bizarre. Mais j’aime ça. Il faut être fait différemment pour faire la différence. »

À sa sortie de prison, il est converti, Xavier est devenu Abu Kassem. Il ne lui reste plus qu’à infiltrer la cellule terroriste qui semble avoir trahi Brahim, et mener à bien sa mission. En comparaison le 11-septembre sera l’enfance de l’art.

” – Personne ne sortira de là vivant. “

” Un acte foudroyant qui ramènera l’Histoire à zéro. “

Ce que j’en dis :

Vu la thématique de ce récit, j’étais loin d’être emballée au départ, mais comme il fait partie de la team des arènes, qui m’a déjà agréablement surprise plus d’une fois, je n’ai pas hésité plus longtemps.

On peut dire que ce roman est absolument hors norme, écrit par un Belge d’origine turque, à travers une construction très particulière et plutôt percutante, il nous entraîne au cœur du terrorisme , mettant en scène un terroriste qui purge sa peine derrière les barreaux et son jeune poulain, un codétenu qu’il a radicalisé avant qu’il ne soit libéré de prison.

L’auteur instaure une tension permanente, et nous offre un scénario on ne peut plus réaliste qui n’est pas s’en rappeler de cruels et meurtriers attentats perpétrés à travers le monde.

Inquiétant, dérangeant ce thriller risque d’en surprendre plus d’un, mais il faut bien avouer qu’il est plutôt surprenant et d’une écriture remarquable même s’il a réveillé en moi certaines peurs inévitables.

Une suite est prévue, vous voilà prévenus, en attendant restez vigilants.

Pour info :

Kenan Görgün est un écrivain belge d’origine turque.

Il fait ses études à Bruxelles dans une école francophone. À quinze ans n’ayant jamais lu, il commence à écrire. Un an plus tard, il découvre Stephen King puis Paul Auster.

Il suit les cours d’écriture du professeur écrivain Gustave Rongy. Il contribue d’abord à la revue « Marginales » avant de publier ses premiers poèmes et nouvelles.

Il est aussi un scénariste primé, membre de l’Association des Scénaristes de l’Audiovisuel.

Il a écrit des chansons pour le groupe de rock O.I.L. .

Je remercie les Éditions les arènes pour cette lecture cruellement inquiétante.