La proie

La proie de Deon Meyer aux Éditions Gallimard / série noire

Traduit de l’Afrikaans par Georges Lory

« J’ai appris une chose sur ce pays, Vaughn. Ça ne va jamais aussi mal qu’on le craint. Et ça ne va jamais aussi bien qu’on le voudrait. Il y a eu un moment où moi aussi j’ai failli perdre tout courage. Il me semblait que tout allait mal… la roue tourne. Les choses vont s’améliorer, Vaughn. Un jour ou l’autre. Pas au point d’aller danser dans les rues. Mais ça ira mieux. »

Le Cap, Afrique du Sud.

C’est ici que je fais la rencontre Benny Griessel et Vaughn Cupido, deux membres de la brigade des Hawks.

Le corps sans vie d’un ancien membre de leurs services, qui était devenu consultant en protection personnelle, vient d’être retrouvé. Apparemment il a été jeté par la fenêtre du train le plus luxueux du monde, le Rovos.

Griessel et Cupido ne vont rien lâcher malgré la pression en haut lieu, et tout mettre en œuvre pour trouver le meurtrier, car pour eux ça ne fait aucun doute, il s’agit bien d’un meurtre.

Au même moment à Bordeaux, Daniel Darret, ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, s’est construit une nouvelle vie tranquille assez clandestine, souhaitant oublier son passé. Tout se passait plutôt bien, jusqu’à l’apparition d’une ancienne connaissance qui vient lui demander un service…

Embarqué contre son gré, il se retrouve très vite dans une nouvelle mission avec à ses trousse des Russes, et les services secrets sud-africains.

Seulement sa proie est déjà dans sa ligne de mire, la traque peut se poursuivre.

Ce que j’en dis :

Comment se débarrasser même fictivement d’un être indésirable de son pays ? Peut-être en écrivant un roman…

Deon Meyer, s’est certainement fait plaisir et a peut-être régler à sa manière quelques comptes face à la corruption qui fait rage dans son pays.

À travers ce roman. Il nous dépeint l’Afrique du Sud gangrenée par la misère, les meurtres, les complots, la perversion, les trafics à travers une double intrigue qui franchit les frontières, nous montrant à quel point la violence est partout, et bien souvent sous le contrôle des gouvernements, là où des hommes de l’ombre agissent à leurs places.

Fortement attaché à son pays et révulsé de constater à quel point il se dégrade, Deon Meyer nous offre un thriller politique haletant, puissant avec un côté hyper réaliste plutôt effrayant.

” – Nous avons un très gros soucis. Tout le département du renseignement criminel de la police nationale est corrompue et compromis. Il ne fait pas de doute que le procureur général est un homme corrompu et compromis. Que notre ministre de l’intérieur est un homme corrompu et compromis, et qu’il en va de même pour le président de la République. Corrompu et compromis par trois criminels indiens qui se font passer pour des hommes d’affaires. Je ne suis pas certaine au sujet du directeur général de la police, mais il suit les ordres de son ministre corrompu, il n’a plus aucune crédibilité. “

Mais en fait, sommes nous vraiment en Afrique du Sud ?

C’est à découvrir dès maintenant chez votre dealer de livres préféré.

Pour info :

Né en 1958 à Paarl, en Afrique du Sud, Deon Meyer a grandi dans une ville minière de la Province du Nord-Ouest.

Ancien journaliste, puis rédacteur publicitaire et stratège en positionnement Internet, il est aujourd’hui l’auteur unanimement reconnu de best-sellers traduits dans 15 pays.

Il vit à Melkbosstrand.

La fresque

La fresque d’Alain Siméon et Sandrine Zorn aux Éditions Lajouanie

Camille, debout devant sa fenêtre, porta son attention sur le terrain vague puis sur la fresque. Aujourd’hui, le mur décrépi était entièrement couvert, suggérant la fin de l’histoire. Elle la détailla, tour à tour séduite, interrogative et mal à l’aise. L’expression du tourment y était criante. La violence explosait, accentuée par l’omniprésence du rouge carmin. Elle était trop loin pour saisir toutes les subtilités. Néanmoins, son intérêt était suffisant pour qu’elle se soit à plusieurs reprises introduite sur le chantier pour en observer les détails. Elle avait photographié sa progression. Par contre, jamais elle n’avait vu l’auteur. (…) Depuis peu, des objets étaient apparus, essentiellement des bijoux, comme des éléments significatifs… Mais de quoi ? “

Après avoir réussi à percer les secrets de Mitragyna, Camille Jeanson, la jeune chercheuse est devenue présidente d’une association écologique.

Depuis son bureau, soir après soir, elle suit la progression d’une œuvre artistique taguée par un inconnu plein de talent.

Plus elle l’observe, plus elle a l’impression que cette magnifique fresque cache un message.

De son côté, le capitaine Silas Kravinsky est toujours à la recherche de l’assassin de sa femme.

Quand à son tour, il découvre la fresque, et y aperçoit certains éléments, son sang ne fait qu’un tour. Il est temps de rouvrir cette enquête inachevée et mettre fin à tant d’incertitudes.

Même si Camille vient d’être sollicitée pour enquêter au sein d’un grand quotidien, Silas sait qu’il pourra compter sur son aide.

” Silas n’en croyait pas ses yeux, les événements récompensaient enfin sa ténacité. Tout ce fatras d’affaires révélait finalement des liaisons. De longues années de veille et le chasseur trouvait une trace à suivre, récompensant la patience et l’obstination. “

Ce que j’en dis :

Il est désormais certain que ces deux têtes bien pensantes se sont bien trouvées et ils nous le prouvent avec ce deuxième polar contemporain et sociétal absolument réussi.

Toujours d’une grande maîtrise dans l’écriture et la construction, se servant d’une manière très originale d’un graff, ils nous offrent une nouvelle aventure en compagnie du duo rencontré dans leur premier roman, Camille et Silas.

Camille est cette fois plus posée, mais toujours un brin rebelle et toujours aussi déterminée, prête à tout pour que la vérité éclate au grand jour. Quand à Silas, la zone d’ombre de son passé s’éclaircit et on découvre un homme plus fragile derrière sa carapace d’homme de loi.

Sans le savoir au départ, ce duo va se retrouver au cœur de deux affaires qui semblent liées entre elles.

Mais chut, gardons le suspens pour les futurs lecteurs dont vous ferez partie évidemment.

Tout comme notre duo d’écrivains, ces deux là font la paire, je m’y suis attachée forcément et j’ attend leur prochaine affaire avec impatience

Alors cet été, rajoutez La fresque à votre sélection de lecture estivale, vous verrez ce récit est extra mais pas que…

Pour info :

Sandrine Zorn évolue dans le domaine de l’agriculture. Elle travaille et réside à Metz. Alain Siméon est enseignant et chef d’entreprise. Il habite Troyes. 

Ils se sont connus sur les bancs de l’uni­versité et se sont découverts une passion commune, la littérature policière. Depuis ils se retrouvent régulièrement sur les salons. C’est lors d’une manifestation consacrée au polar qu’ils ont décidé de se lancer dans l’écriture d’un roman à quatre mains.

La fresque est leur deuxième roman.

Je remercie les Éditions Lajouanie pour cette formidable nouvelle enquête.

Le portrait de la Traviata

Le portrait de la Traviata de Do Jinki aux Éditions Matin Calme

Traduit du Coréen par Kyungran Chol et Delphine Bourgoin

” Une femme et un homme ont été assassinés à l’arme blanche. Leurs corps ont été retrouvés dans l’appartement de la jeune femme. Tous deux étaient presque des inconnus l’un pour l’autre. “

Voilà comment démarre cette histoire, une double mort dans un appartement au premier étage d’un immeuble. Se sont-ils entretués ?

” (…) D’après moi, le mobile d’un crime est plus important que la méthode utilisée ou les indices relevés. Une fois qu’on l’ a établi, il ne reste plus qu’à dérouler le fil pour trouver le coupable. “

Ou alors une tierce personne ? Mais alors qui est le coupable ? Le concierge peut-être ? Ou le petit ami d’une des victimes ?

 » – Ce meurtre est un véritable travail d’orfèvre. Nous allons devoir faire preuve à notre tour d’une grande imagination et nous montrer à la hauteur de son génie. “

Pour Lee Yuhyeon, cette affaire est pleine de mystère et l’aide précieuse de l’avocat Gojin, baptisé l’avocat de l’ombre sera la bienvenue.

” Lee Yuhyeon a l’impression que le brouillard se dissipe. Le lieu du crime, les indices, les dépositions des témoins… Le puzzle prend forme. “

Un véritable jeu de piste pour trouver le véritable meurtrier commence, les interrogatoires s’enchaînent car ils sont nombreux en fin de compte à avoir une bonne raison d’avoir commis ce double meurtre.

Ce que j’en pense :

À peine commencé je me suis retrouvée au cœur d’un Cluedo coréen avec un avocat qui ressemblait étrangement à Colombo, toujours à fouiner partout, en posant des questions dérangeantes aux suspects et possédant un flair extraordinaire.

Il est clair que face à un tel cas de figure, l’enquête ne va pas être facile à résoudre.

Mais on peut compter sur la persévérance de ce duo, flic avocat pour obtenir satisfaction.

Tout comme ce double meurtre, ce roman bien ficelé, qui ne manque pas d’énigmes à résoudre, ravira tous les fans du jeu Cluedo, ou des enquêtes de la reine du crime Agatha Christie

Un nouveau menu à la sauce Coréenne qui s’ajoute à la carte des éditions Matin Calme.

Pour info :

Do Jinki a 48 ans. Depuis vingt ans, il est juge au tribunal du district nord de Séoul. À quarante ans, il est devenu écrivain à succès de romans policiers. En 2010 son premier polar reçoit le Mystery Rookie Award de la Korean Mystery Artists Association. Il sera suivi par neuf autres romans policiers en deux séries parallèles, l’une mettant en scène l’avocat Gojin, l’autre le juge Djingi. En 2014, il obtient le Koreen Mystery literary Award pour son long-métrage, Thé. Statof Judas. Ses romans sont notamment traduit en Chine et quatre de ses livres ont été vendus à des sociétés de production faisant la part belle aux rebondissements. Ses fans l’ont baptisé le « John Grisham de Corée».

Je remercie les Éditions Matin Calme et l’agence Trames pour ce nouveau menu Coréen qui ne manque pas d’énigmes.

Marseille 73

Marseille 73 de Dominique Manotti aux Éditions Équinox / Les Arénes

1973. Grasse, charmante cité provençale, ses fleurs, ses parfums, ses trente mille habitants, et son petit milliers de travailleurs immigrés, souvent tunisiens, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment, tous travailleurs au noir.

Durant l’automne 1972, le gouvernement français prends de nouvelles mesures à l’encontre des immigrés, résidents en France ou souhaitant y entrer. La circulaire Marcellin leur impose désormais d’être munis d’un contrat de travail et d’avoir un logement s’ils souhaitent bénéficier d’une carte de séjour afin d’éviter les expulsions prévues dès l’été 73.

À l’approche de l’échéance, Ordre nouveau, mouvement d’extrême droite, nationaliste et néofasciste, s’engouffre dans la brèche ouverte pat le gouvernement et lance, le 9 juin 1973, une campagne nationale « Halte à l’immigration sauvage ».

La France va alors connaître une vague d’assassinats. Des arabes, surtout des algériens, sont pris pour cible, notamment à Marseille, épicentre du terrorisme raciste.

Quelque chose de grave est en train de naître, qui porte un nom : le racisme.

Le jeune commissaire Daquin, bien d’être nommé à l’Évèché , l’hôtel de police de Marseille, est bien décidé à mettre un terme à cette violence, même s’il doit mettre au pilori certains collègues.

(…) Nous sommes confrontés ici à Marseille à une vague de terrorisme anti-immigrés maghrébins, dans le prolongement de la guerre d’Algerie, et sans doute dans le prolongement du terrorisme de l’OAS. Et apparemment, la consigne donnée à la police et à la justice est de regarder ailleurs. Cela ne peut pas être sans conséquence. Les répercussions seront lourdes sur la société, mais aussi sur le fonctionnement de nos services. Vous le savez aussi bien que moi.

Dans cette ville portuaire du sud de la France, cette histoire basée sur des faits réels, portée par la plume légendaire de Dominique Manotti nous fait découvrir cette tragédie à travers une enquête menée de main de maître, et fête le retour de notre héros, l’inspecteur Daquin.

Ce que j’en dis :

Il n’est jamais trop tard pour faire connaissance avec une belle plume retardée j’avoue par le côté polar politique qui m’effrayait et pourtant je ne regrette pas cette découverte, bien au contraire.

Pour sortir de mes zones de confort, c’est bien souvent comme pour le cinéma, il suffit que ce soit basée sur des faits réels, d’après une histoire vraie ou d’un fait historique pour que je sois attirée.

En 73, j’étais bien trop jeune pour me souvenir de ces tragiques événements mais grâce à ce récit et à travers cette enquête policière, brillamment menée mes lacunes sont comblées.

Car Dominique Manotti a fait de sacrés recherches en amont pour nous offrir ce roman d’une noirceur effrayante.

Tout comme certains auteurs, elle n’hésite pas à toucher certains points sensibles qui rappellent étrangement certains faits récents de notre actualité. Sous couvert de leur uniforme, il est vrai que certaines professions s’accordent quelques passes droits.

À travers ce roman, elle nous confronte à une terrible réalité et nous plonge au cœur même de la corruption policière gangrenée par le racisme.

Qu’ils soient du bon ou du mauvais côté, ses personnages interpellent, bouleversent, révulsent, aucun ne peut nous laisser indifférent.

Une écriture remarquable qui véhicule à travers une tension extrême une multitude d’émotions, qui en font un véritable page-Turner difficile à quitter et impossible à oublier.

Percutant, dérangeant, époustouflant, c’est à lire absolument.

Pour info :

Née en 1942, Dominique Manotti a enseigné à l’université l’histoire écono­mique contemporaine.

Autrefois militante politique et syndicale, elle publie à partir de 1995 une dizaine de romans noirs, dont trois mettant en scène le commissaire Daquin.

L’un de ces romans, Nos fantastiques années fric, a été adapté au cinéma sous le titre Une affaire d’État. Après Bien connu des services de police, Trophée 813 du Meilleur roman noir francophone en 2010, elle a reçu pour L’Honorable société, écrit avec DOA, le Grand Prix de Littérature policière 2011.

Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. Racket (ed. Les arènes, 2018) , Marseille 73 est son treizième roman.

Je remercie les Éditions Les Arénes pour ce récit bluffant.

Champ de tir

Champ de tir de Linwood Barclay aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Çanada) par Renaud Morin.

” L’inspecteur Barry Duckworth, de la police de Promise Falls, était à son bureau quand son téléphone sonna. Il décrocha le combiné d’un geste vif.

– Duckworth

– Bayliss à l’appareil

Trent Bayliss, le sergent préposé à l’accueil.

– Ouais ?

– J’ai un sacré spécimen ici, dit Bayliss, incapable de dissimuler son amusement.

– Qu’est-ce que vous racontez ?

– Le type s’est fait ramasser alors qu’il errait en ville. Il veut parler à un inspecteur. Je vous l’envoie. Il dit s’appeler, Brian Gaffney. Mais il n’a pas de papier sur lui.

– C’est quoi son histoire ?

– Mieux vaut qu’il vous raconte ça lui-même. Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir, répondit Bayliss avant de raccrocher. “

L’inspecteur Duckworth de Promise Falls est à peine remis des derniers événements meurtriers survenus dernièrement dans sa ville, qu’il se retrouve chargé d’une étrange affaire.

Un jeune homme prétend avoir été enlevé, mais vu qu’il ne se souvient de rien c’est difficilement crédible. Mise à part l’étrange message indélébile trouvé sur son corps, aucun indice pour démarrer l’enquête. Ça ne va pas être simple.

De son côté, le détective privé Cal Weaver est sollicité pour protéger Jeremy Pilford, ce gosse de riche, arrogant, soupçonné d’avoir écrasé une jeune fille. Acquitté par le tribunal pour irresponsabilité, l’adolescent n’en demeure pas moins coupable aux yeux de certains qui n’hésitent pas à le lyncher sur les réseaux sociaux.

Il semblerait que des redresseurs de torts soient bien décidés à faire justice eux-mêmes. Mais ont-ils choisi les bonnes cibles, aveuglés par leur soif de vengeance ?

Décidément, ce n’est pas encore maintenant que Promise Falls pourra prétendre à nouveau à son statut de ville paisible.

Mais heureusement on peut compter sur l’inspecteur Duckworth et sur le détective Weaver pour lutter contre cette chasse aux sorcières des temps modernes.

Ce que j’en dis :

Depuis Fausses promesses, publié en 2018 suivi d’ En lieux sûrs en 2017, puis Faux amis en 2018 et Vraie folie en 2019, je suis les aventures de cette bourgade américaine avec attention, il faut dire que Linwood Barclay, fait bien son job pour accrocher le lecteur en gardant du suspens jusqu’à quasiment la dernière page et en remettant en scène ce duo flic/détective plutôt sympathique.

Un peu comme une série télé où chaque nouvelle saison t’entraîne vers de nouvelles affaires pleines de péripéties.

Ce dernier, Champ de tir est plutôt réussi, et j’ai même trouvé l’écriture plus soignée même si elle reste assez simple dans l’ensemble.

Le scénario tient la route et le suspens est maintenu à travers des chapitres courts où l’inspecteur et le détective interviennent à tour de rôle.

Donc, si vous avez accroché avec les précédents, ce petit dernier devrait vous plaire, et comme l’auteur est malin, même si les affaires sont bouclées, la fin ouverte laisse présager de nouvelles aventures.

À suivre…

Pour info :

Auteur de polars incontournable, Linwood Barclay a déjà publié seize romans chez Belfond, dont Cette nuit-là (2009) et sa trilogie consacrée à la ville fictive de Promise Falls – Fausses promesses (2018), Faux amis (2018) et Vraie folie (2019).

Tous sont repris chez J’ai lu.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture addictive.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Quatorze crocs

Quatorze crocs de Martín Solares aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot

” Le commissaire a soulevé du bout de sa canne la nappe à carreaux rouges et blancs, prêtée par un restaurant voisin, dont on avait recouvert le cadavre. Le mort était un homme d’une trentaine d’années arborant de longues moustaches blondes et un sourire narquois, comme si juste avant de mourir il s’était moqué de son assassin. Mais il y avait autre chose, bien plus impressionnant : le visage de la victime était vert olive. Et, pour couronner le tout, il y avait sur le côté gauche de son cou une série de points rouges de la taille d’un clou. Comme une déchirure. Ou plutôt une morsure. Je n’avais jamais rien vu de tel.

« Quatorze orifices bien alignés, a précisé le commissaire…

À Paris, en 1927, dans le quartier du Marais, on découvre le cadavre d’un homme, comme cela arrive parfois dans les bas-fonds parisiens, mais cette fois, c’est bien plus étrange. Le corps comporte d’étranges blessures et présente une couleur cadavérique plutôt surprenante.

On confie l’affaire à Pierre Le Noir, un enquêteur de renom, membre d’une division secrète de la police parisienne.

” – Après la découverte du cadavre de ce matin, maintenant que des informations circulent à propos de son âge avancé, les rumeurs vont bon train dans les bureaux… Tu peux imaginer… À ce qu’il parait, des créatures nocturnes se baladent plus d’un siècle après leur décès… Des morts sortent de leur demeure pour aller mordre les vivants et boire leur sang…On parle même d’une révolte des trépassés, qui se réveilleraient et refuseraient de retourner dans leur tombe… C’est pour ça que l’éminent docteur Rotondi a annoncé que ce soir il partirait plus tôt. Tu as peur des morts-vivants, toi, Le Noir ? “

Les langues se délient, et les pas des enquêteurs les conduisent vers des migrants illégaux d’une nature plutôt étonnante. Ils devront porter un intérêt particulier au paranormal et frayer avec une bande d’artistes, de grands agitateurs de Paris.

Ils ne vont pas être au bout de leur surprise et devront très certainement remettre en cause certaines croyances sur la vie et la mort.

Ce que j’en dis :

Si J.K Rowlings nous a fait découvrir le monde des sorciers à travers sa formidable saga Harry Potter, Martín Solares nous offre à travers ce polar, la possibilité de découvrir l’univers parallèle des morts-vivants.

Une enquête pleine de surprises où les vivants et les morts se partagent la vedette dans les rues de Paris.

C’est avec un certain plaisir que l’on croisera d’illustres personnages ressuscités pour l’occasion, des criminels en passant par de grands écrivains.

Un voyage entre le réel et l’imaginaire, pimenté d’humour porté par une plume agréable que j’aimerais retrouver à travers une nouvelle enquête.

Une petite récréation livresque fortement appréciée que je vous recommande vivement. À mettre également entre les mains des plus jeunes, fans de fantastique, une belle manière de les amener vers le polar.

Pour info :

Martín Solares, né en 1970 à Tampico, sur le golfe du Mexique, est un éditeur passionné, un animateur enthousiaste d’ateliers littéraires, tel celui de Paris fondé en 2002 à l’Instituto de México, et l’auteur d’une anthologie de nouvelles et de chroniques sur l’impunité des crimes politiques au Mexique : Nuevas líneas de investigación : 21 relatos contra la impunidad (2003), ainsi que du roman Los minutos negros (2007).

« Le romancier Martín Solares a été kidnappé avec un groupe d’artistes mexicains à la frontière entre la France et le Mexique. Les suspects présumés ? Le président Sarkozy et le président Calderón.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour cette aventure parisienne mortellement vivante.

Que tombe le silence

Que tombe le silence de Christophe Guillaumot aux Éditions Liana Levi

 » Six n’écoute pas les droits qui lui sont récités. Il les connaît par cœur. Il beugle, il bave, il veut comprendre. Mais la machine judiciaire s’est mise en branle. Déjà des hommes en tenue blanche investissent les lieux, armés de coton tiges, de fioles et d’un matériel sophistiqué. Son minuscule appartement va être passé au peigne fin.

Mais que cherchent-ils ? “

Alors que Six, un ancien coéquipier de Renato Donatelli, dit le Kanak, s’apprêtait à démissionner avec l’intention de rejoindre sa compagne à New-York, des collègues débarquent et le menottent. Une perquisition dans les règles suie, et une trouvaille va le mettre en fâcheuse posture. Il se retrouve en un instant accusé de meurtre.

Est-ce un coup monté ou un règlement de compte, heureusement il peut compter sur le Kanak, son ami au grand cœur pour enquêter dans l’ombre.

” (…) pour l’heure, les histoires de casinos sont le dernier de ses soucis. Six est retenu dans sa cellule et il doit l’en faire sortir. “

Mais cette fois tout se complique, le sort s’acharne, et des événements tragiques s’enchaînent, personne n’en sortira indemne. Une véritable tornade se déchaîne dans leur vie, avant que tombe le silence…

Ce que j’en dis :

Quand on connaît le Kanak, on est forcément attaché à lui, et on prends grand plaisir à le retrouver.

Cette fois, on s’éloigne quelque peu de la police des jeux, et on s’approche davantage des difficultés rencontrées par les policiers dans leur travail. Un quotidien professionnel souvent difficile à concilier avec la vie privée et qui entraîne bien souvent des dépressions menant parfois au suicide.

L’auteur n’hésite pas également à travers ce polar, à montrer comme il est parfois difficile de ne pas franchir la ligne, de ne pas finir en ripoux, tant les tentations sont à portées de main.

Confrontant le Kanak à son passé, il nous permet de connaître davantage ce personnage inspiré d’un de ses amis trop tôt disparu.

Un bel hommage également à sa ville Toulouse, son fief, qu’il honore de sa plume en en faisant un personnage à part entière.

Un polar bien mené qui gagne en profondeur et confirme le talent de ce flic qui est passé du côté des écrivains à suivre.

Hâte de retrouver cette plume bien armée.

Pour info :

Christophe Guillaumot, né à Annecy en 1970, est commandant de police au SRPJ de Toulouse où il dirige la brigade des courses et jeux.

En 2009, il obtient le prix du Quai des orfèvres pour Chasses à l’homme (Fayard). Avec Abattez les grands arbres (Cairn, 2015 – Points 2018) et La Chance du perdant (Liana Levi 2017 – Points 2018), il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le Kanak, librement inspiré d’un policier calédonien avec qui il a fait ses premières armes dans la police. 

Que tombe le silence (Liana Levi janvier 2020) confronte le Kanak à des policiers abîmés, à des vies brisées et souligne la dure et implacable réalité de ce métier.

Je remercie les Éditions Liana Levi pour cette plongée dans la tourmente policière.

Gallmeister forever

Et si aujourd’hui nous partions pour un tour d’horizon sur mes dernières lectures des éditions Gallmeister.

Du passé au présent, tout à fait à l’esprit de cette maison qui nous offre des voyages américains extraordinaires en nous faisant découvrir l’Histoire de ce pays qui ne cesse de nous surprendre.

Partons tout d’abord au cœur de la guerre de sécession en compagnie d’Henry Fleming, un jeune soldat de l’armée nordiste, tout juste 17 ans, envahit par le doute, la peur et va se comporter en lâche face au combat qui fait chaque jour de nombreuses victimes innocentes.

– Jim, il t’es déjà arrivé d’penser qu’tu pourrais prendre la fuite, toi aussi ? demande-t-il .

Il conclut sa phrase paru. Rire, comme s’il avait été dans son intention de plaisanter. Celui qui parlait fort gloussa aussi.

Le grand soldat agita la main.

– Eh ben, dit-il d’un air inspiré, y m’est arrivé d’me dire qu’ça pourrait être chaud pour Jim Conklin, dans certaines de ces mêlées, et qu’si y avait plein de gars qui prenaient la tangente, ben, j’suppose que j’détalerais moi aussi. Et qu’si j’commencais, j’déguerpirais comme si j’avais le diable aux trousses, ça ferait pas un pli. Mais qu’si tout le monde tenait sa position et combattait, et ben j’la tiendrais et j’combattrais. Nom d’une pipe, j’le ferais. J’suis prêt à l’parier. “

Malgré les paroles de ses supérieurs, il ira se mettre à l’abri sans prendre part au combat. Après la bataille, dans la confusion la plus totale, il sera pourtant décoré suite à une blessure. Il devient un héros malgré lui.

Un formidable récit de guerre paru aux États-Unis pour la première fois en 1885, que les Éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de rééditer.

Un récit intense et assez fort, qui nous offre un fragment de cette guerre à travers les yeux d’un jeune soldat, complètement effrayé.

L’insigne rouge du courage de Stephen Crane, traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil.

Découvrons maintenant des nouvelles d’Amérique, nées sous la plume magnifique de James McBride, auteur de romans édités également aux éditions Gallmeister.

Nous allons au détour de ces pages, croiser un vendeur de jouets anciens, prêt à tout pour mettre la main sur le plus précieux des jouets qui pourrait bien changer sa vie à jamais. Puis cette bande de gamins amoureux de musique mais aussi Abraham Lincoln au grand cœur, sans oublier cette virée au zoo où les animaux parlent et ne se gênent nullement pour dégoiser sur la race humaine.

Autant d’histoires qui font de ce recueil une formidable aventure, portées par une plume où l’imaginaire côtoient la poésie, avec humour et tendresse et beaucoup d’humanité.

C’est aussi délicieux que votre friandise préférée.

” Lincoln, à sa manière habituelle, avait lâché une bombe à laquelle personne ne s’attendait. Il avait changé la nature de la guerre. Ce n’était plus une guerre entre États. C’était maintenant une guerre contre l’esclavage.  »

Le vent et le lion de James McBride, traduit de l’américain par François Happe.

En passant par le Montana, je n’ai pas boudé mon plaisir en retrouvant C.W. Sughrue, ce détective privé, très attachant que j’avais rencontré dans deux précédents romans.

Cette fois il est embauché par deux frères jumeaux, très amoureux des flingues, pour retrouver des poissons exotiques. Une affaire assez simple mais qui va très vite le conduire sur les traces d’une femme en fuite avec son chérubin.

Toujours aussi déjantée, cette nouvelle enquête illustrée par Pascal Rabaté m’a embarqué dans une aventure survoltée, arrosée d’adrénaline, d’alcool sans oublier une bonne quantité de drogue.

Ça se déguste comme un Shot de whisky, ça décoiffe et on en redemande encore une dose.

” -(…) Fait gaffe à ton cul, là-bas, vieille branche. Je ne peux pas dire que je suis fou de cette affaire. Et toi ?

– Moi, j’ai de la chance, je suis fou tout court.

– Et ça ne fait qu’empirer jour après jour, dit Solly sans rire. “

Le canard siffleur mexicain de James Crumley traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Pour finir, direction les Appalaches où j’ai accompagné Jodi McCarty à sa sortie de prison vers la ferme de son enfance. C’est là qu’elle a grandi, élevée par sa grand-mère, aujourd’hui disparue. Elle est accompagnée de Miranda et de ses trois enfants, qu’elle vient de la rencontrer et dont elle s’est très vite attachée. Sur la route, elle est passée prendre Ricky, le frère de sa petite amie avant son incarcération, et compte bien tenir une vieille promesse en s’occupant dorénavant de lui.

Il est enfin temps de se tourner vers l’avenir, encore faut-il qu’on leur en donne l’occasion.

 » La route semblait n’avoir qu’une direction, s’enfonçant dans les montagnes jusqu’à ce qu’on se retrouve encerclé, les vastes versants des Appalaches oblitérant tout le reste. Jodi voulait revoir cet endroit, mais c’était aussi ce genre de prison et elle le sentit se refermer sur elle. D’une certaine manière, rentrer chez soi, c’était comme disparaître, retomber dans le passé. Une semaine et demie plus tôt, elle ne pensait pas revenir avant sa mort – un corps expédié à une famille qui s’en souvenait à peine, une carcasse à porter en terre dans la montagne –, pourtant elle était là, pas seulement un corps mais un entrelacs de pensées et d’émotions sauvages s’apprêtant à retrouver leur lieu de naissance. Elle se tourna vers Miranda, puis elle regarda le visage endormi de Ricky. Cette fois, ce serait différent, pensa t’elle, nouveau. Néanmoins elle continua de sentir l’oppression des montagnes, même celles qui étaient invisibles, le poids de tous ses souvenirs.  »

Mesha Maren fait une entrée remarquable chez Gallmeister, une maison d’éditions qui nous déniche régulièrement de nouveaux talents de qualité.

Elle nous offre un premier roman somptueux à l’écriture singulière et aborde à travers cette histoire de nombreux thèmes, tous d’une importance capitale, autour du personnage de Jodi. Que ce soit, le milieu carcéral, la libération, l’homosexualité, la violence, le long chemin vers la rédemption, en passant par la famille recomposée mais aussi l’exploitation de gaz qui entraîne pollution et destruction de l’écosystème, l’auteur nous emporte dans une histoire contemporaine entre passé et présent, auprès de personnages forts attachants, au cœur de la nature des Appalaches.

Ce récit transpire la force et le courage dont Jodi doit faire preuve pour se reconstruire.

On se laisse porter avec parfois une certaine appréhension face aux événements qui s’enchaînent, laissant peu de répit à cette femme qui souhaitait reprendre le cours de sa vie.

Un roman magnifique, poignant et infiniment réaliste.

Une nouvelle plume américaine à suivre absolument.

Les auteurs :

La vie de Stephen Crane (1871-1900) est brève et aventureuse.

Dernier d’une famille méthodiste de 14 enfants, il est un enfant fragile, toujours malade, ce qui ne l’empêche pas d’apprendre à lire seul à l’âge de 4 ans. À 22 ans, il publie à compte d’auteur Maggie, fille des rues, qui fait scandale. 

L’Insigne rouge du courage, tableau réaliste de la guerre de Sécession, connaît un succès mondial et fait de lui l’auteur le mieux payé de son temps. Il décide alors de devenir correspondant de guerre. Il est envoyé à Cuba, mais son bateau fait naufrage : il passe 30 heures à dériver sur un canot. Il se rend ensuite en Grèce, où la guerre avec la Turquie s’achève, puis en Angleterre où il se lie d’amitié avec Joseph Conrad, Henry James et H.G. Wells.

Il décède de la tuberculose à vingt-huit ans, dans un sanatorium allemand. 

James McBride est né en 1957.

Écrivain, scénariste, compositeur et musicien de jazz, il est saxophoniste au sein du groupe Rock Bottom Remainders.

Il publie son premier livre en 1995, La Couleur d’une mère, un récit autobiographique devenu aujourd’hui un classique aux États-Unis. Son œuvre romanesque commencée en 2002 plonge au cœur de ses racines et de celles d’une Amérique qui n’a pas fini d’évoluer. 

James Crumley est né à Three Rivers au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus et où il côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Peu après son arrivée à Missoula, en 1969, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence, avec comme toile de fond la guerre du Viêt Nam.

En 1975, il écrit Fausse Piste (The Wrong Case), le premier roman d’une saga mettant en scène Milo Milodragovitch, un privé mélancolique vétéran de la guerre de Corée. Suivront Dancing Bear en 1983, Bordersnakes et The Final Country en 1996.

En 1978, James Crumley écrit The Last Good Kiss, le premier livre d’une nouvelle saga qui introduit un nouveau privé : C. W. Sughrue. Puis, en 1993, The Mexican Tree Duck, Bordersnakes(où Sughrue et Milodragovitch se rencontrent) et The Right Madness en 2005. Ces deux personnages, antihéros excessifs en tout, qui rassemblent toutes les obsessions et pas mal des traits de caractère de leur créateur : vétérans du Viêt Nam, divorcés maintes fois, portés sur les femmes dangereuses, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil, toutes choses en général censées représenter un danger pour eux ou pour autrui.

James Crumley est aujourd’hui considéré par ses pairs comme un des plus grands auteurs de polar. Il décède le 17 septembre 2008, à Missoula.

Mesha Maren a grandi dans les Appalaches, en Virginie-Occidentales, en pleine nature. Son père, Sam, a fabriqué lui-même leur maison en rondins. Adolescentes, elle a construit dans leur jardin une grande cabane avec son père, avec le bois de pins plantés l’année de sa naissance.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup voyagé, au Mexique notamment, elle est revenue avec son mari dans les Appalaches et habite dans la maison de son enfance. La cabane est devenue son studio d’écriture.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ces voyages littéraires aussi dépaysant qu’enrichissant.

Sang chaud

Sang Chaud de Kim Un-Su aux Éditions Matin Calme

Traduit par Lise Charrin

À cette période de l’année, la mer de Guam est toujours recouverte de ce brouillard, accompagné d’une puanteur malséante, disons, celle que dégagerait des parties génitales atteintes d’une maladie vénérienne. On a coutume de dire que l’emblème de Guam est son vieux funiculaire, en vérité il s’agirait plutôt de ce brouillard gorgé d’humidité salée avec son odeur d’eau croupie. Les touristes, choqués, se bouchent le nez et les commerçants se plaignent de l’impact d’une telle pestilence sur leurs affaires. Quelques notables de Guam ont essayé d’en trouver l’origine : certains avancent l’hypothèse qu’elle viendrait des algues qui pourrissent, d’autres pensent qu’elle est due au rejet des eaux usées directement dans la mer, sans traitement. D’aucuns évoquent la décomposition des poissons et des crustacés morts, accumulés le long de la digue depuis sa construction. Certains prétendent carrément qu’elle provient de la putréfaction des nombreux cadavres jetés à l’eau. Enfin, le pasteur du quartier a sermonné la population, clamant qu’il s’agissait de l’odeur du péché et qu’elle ne disparaîtrait qu’après le repentir des coupables par la mortification de leur chair. Huisu se dit que le pasteur a sans doute raison, car Guam est à ce point irrécupérable que même ce pasteur a été arrêté et emprisonné, quelques temps après, pour pédophilie. “

Guam, quartier on ne peut plus sordide de Busan réparable à son vieux funiculaire mais surtout par la puanteur qui émane de la mer qui borde cette ville de Corée.

Dans cet endroit sordide, la pègre est dans la place, et les docks sont le lieu idéal pour les trafics en tout genre.

Guam n’a rien d’une ville paradisiaque, elle est en plus sous la coupe du Père Sohn, un chef de gang qui cumule lâcheté et cruauté. Il est aidé par son fidèle lieutenant Huisu, son fils spirituel.

Ici, vaut mieux éviter de se faire remarquer, et surtout vaut mieux régler ses dettes, à moins de préférer finir au fond de la mer après être passer dans les mains d’un surineur.

” Il est mort bêtement en voulant faire le malin. Un voyou qui veut frimer comme un con, tchao, il dégage. “

Les dettes, un fléau pour certains, une mine d’or pour d’autres …

” Tout cela n’a rien d’étonnant : tous les voyous et toutes les prostituées sont perclus de dettes. Le moteur qui fait tourner Guam n’est pas nourri par les passions ni par les rêves, mais par les montagnes de dettes qui les pourchassent tous. “

Depuis quelques temps Huisu s’interroge. À quarante ans il est lasse de cette vie minable, il aimerait bien en changer et pourquoi pas épouser la femme qu’il aime depuis l’enfance.

Alors quand une occasion se présente, il quitte le Père Sohn et tente de monter son propre business. Mais hélas, il va se retrouver impliqué au cœur d’une guerre de clan. Sa vie paisible est plongée en plein chaos, pas sûr que cette fois tout se passe comme prévu…

Ce que j’en dis:

Pour être surprise et lire autre chose que du déjà vu, ou déjà lu, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, à quitter sa zone de confort et voguer vers d’autres horizons et ça tombe bien, c’est tout à fait ce que nous propose, cette nouvelle maison d’éditions : Matin Calme.

Direction la Corée en plein cœur de la mafia, où les couteaux à sashimi finissent rarement au lave-vaisselle, mais plutôt plantés dans le corps d’un voyou. Ici point de flingues, mais des lames bien tranchantes, plus discrètes et quasiment toujours à portée de mains.

Ils ont le sang chaud par ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Et faut pas trop les énerver, ni tenter de les arnaquer, avec la mafia, vaut mieux marcher droit.

Vous voilà prévenus, au cas où vous envisageriez de postuler pour un job de malfrat chez les coréens.

Trêve de plaisanterie, toujours très attirée pour ma part par la littérature américaine j’ai été infiniment surprise d’être à ce point conquise par ce roman.

Direct le décor est planté, et nous entraîne dans une atmosphère particulière dans l’ambiance de Busan, où la Mafia coréenne règne de manière tentaculaire.

L’auteur nous offre des personnages hauts en couleurs, au passé tout aussi sombre que le présent, mais dont certains comme Huisu ne sont pas totalement démunis d’humanité.

Kim Un-su possède un style brillant, une écriture brute, cash, tranchante, et accrocheuse.

Ce menu coréen, épicé à la sauce mafia, parsemé de violence mais pimenté d’une dose d’amour est à déguster sans modération.

Les grands amateurs de polars peuvent se réjouir, une nouvelle maison qui tient déjà toutes ses promesses est dans la place, avec un menu d’exception pour l’ouverture des festivités 2020, et obtient direct sa première étoile.

Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Pour info:

Kim Un-su est né à Busan, Corée du Sud, en 1972.

Enfant, Kim Un-su a arpenté les rues du haut de Busan, celles où vivaient les familles pauvres et les voyous en herbe. Il publie ses premiers textes, des nouvelles, dans des revues en 2002 et 2003 avant de sortir un premier roman, totalement foutraque, moqueur et paranoïaque, en 2006, Le Placard (Gingko Éditeur). En 2010, il publie son premier polar, Les Planificateurs (L’Aube, 2016) qui lui assure un succès mondial.

Sang chaud est paru en 2017 en Corée. Il a déjà été vendu dans une douzaine de pays dont Doubleday (éditeur entre autres de Dan Brown, Stieg Larsson)

Kim In-su a reçu le prix MunhakDongne Fiction pour le Placard en 2006, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière pour Les Planificateurs.

Je remercie Camille de l’agence Trames et les Éditions Matin Calme pour ce menu coréen d’exception.