Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Quatorze crocs

Quatorze crocs de Martín Solares aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot

” Le commissaire a soulevé du bout de sa canne la nappe à carreaux rouges et blancs, prêtée par un restaurant voisin, dont on avait recouvert le cadavre. Le mort était un homme d’une trentaine d’années arborant de longues moustaches blondes et un sourire narquois, comme si juste avant de mourir il s’était moqué de son assassin. Mais il y avait autre chose, bien plus impressionnant : le visage de la victime était vert olive. Et, pour couronner le tout, il y avait sur le côté gauche de son cou une série de points rouges de la taille d’un clou. Comme une déchirure. Ou plutôt une morsure. Je n’avais jamais rien vu de tel.

« Quatorze orifices bien alignés, a précisé le commissaire…

À Paris, en 1927, dans le quartier du Marais, on découvre le cadavre d’un homme, comme cela arrive parfois dans les bas-fonds parisiens, mais cette fois, c’est bien plus étrange. Le corps comporte d’étranges blessures et présente une couleur cadavérique plutôt surprenante.

On confie l’affaire à Pierre Le Noir, un enquêteur de renom, membre d’une division secrète de la police parisienne.

” – Après la découverte du cadavre de ce matin, maintenant que des informations circulent à propos de son âge avancé, les rumeurs vont bon train dans les bureaux… Tu peux imaginer… À ce qu’il parait, des créatures nocturnes se baladent plus d’un siècle après leur décès… Des morts sortent de leur demeure pour aller mordre les vivants et boire leur sang…On parle même d’une révolte des trépassés, qui se réveilleraient et refuseraient de retourner dans leur tombe… C’est pour ça que l’éminent docteur Rotondi a annoncé que ce soir il partirait plus tôt. Tu as peur des morts-vivants, toi, Le Noir ? “

Les langues se délient, et les pas des enquêteurs les conduisent vers des migrants illégaux d’une nature plutôt étonnante. Ils devront porter un intérêt particulier au paranormal et frayer avec une bande d’artistes, de grands agitateurs de Paris.

Ils ne vont pas être au bout de leur surprise et devront très certainement remettre en cause certaines croyances sur la vie et la mort.

Ce que j’en dis :

Si J.K Rowlings nous a fait découvrir le monde des sorciers à travers sa formidable saga Harry Potter, Martín Solares nous offre à travers ce polar, la possibilité de découvrir l’univers parallèle des morts-vivants.

Une enquête pleine de surprises où les vivants et les morts se partagent la vedette dans les rues de Paris.

C’est avec un certain plaisir que l’on croisera d’illustres personnages ressuscités pour l’occasion, des criminels en passant par de grands écrivains.

Un voyage entre le réel et l’imaginaire, pimenté d’humour porté par une plume agréable que j’aimerais retrouver à travers une nouvelle enquête.

Une petite récréation livresque fortement appréciée que je vous recommande vivement. À mettre également entre les mains des plus jeunes, fans de fantastique, une belle manière de les amener vers le polar.

Pour info :

Martín Solares, né en 1970 à Tampico, sur le golfe du Mexique, est un éditeur passionné, un animateur enthousiaste d’ateliers littéraires, tel celui de Paris fondé en 2002 à l’Instituto de México, et l’auteur d’une anthologie de nouvelles et de chroniques sur l’impunité des crimes politiques au Mexique : Nuevas líneas de investigación : 21 relatos contra la impunidad (2003), ainsi que du roman Los minutos negros (2007).

« Le romancier Martín Solares a été kidnappé avec un groupe d’artistes mexicains à la frontière entre la France et le Mexique. Les suspects présumés ? Le président Sarkozy et le président Calderón.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour cette aventure parisienne mortellement vivante.

Que tombe le silence

Que tombe le silence de Christophe Guillaumot aux Éditions Liana Levi

 » Six n’écoute pas les droits qui lui sont récités. Il les connaît par cœur. Il beugle, il bave, il veut comprendre. Mais la machine judiciaire s’est mise en branle. Déjà des hommes en tenue blanche investissent les lieux, armés de coton tiges, de fioles et d’un matériel sophistiqué. Son minuscule appartement va être passé au peigne fin.

Mais que cherchent-ils ? “

Alors que Six, un ancien coéquipier de Renato Donatelli, dit le Kanak, s’apprêtait à démissionner avec l’intention de rejoindre sa compagne à New-York, des collègues débarquent et le menottent. Une perquisition dans les règles suie, et une trouvaille va le mettre en fâcheuse posture. Il se retrouve en un instant accusé de meurtre.

Est-ce un coup monté ou un règlement de compte, heureusement il peut compter sur le Kanak, son ami au grand cœur pour enquêter dans l’ombre.

” (…) pour l’heure, les histoires de casinos sont le dernier de ses soucis. Six est retenu dans sa cellule et il doit l’en faire sortir. “

Mais cette fois tout se complique, le sort s’acharne, et des événements tragiques s’enchaînent, personne n’en sortira indemne. Une véritable tornade se déchaîne dans leur vie, avant que tombe le silence…

Ce que j’en dis :

Quand on connaît le Kanak, on est forcément attaché à lui, et on prends grand plaisir à le retrouver.

Cette fois, on s’éloigne quelque peu de la police des jeux, et on s’approche davantage des difficultés rencontrées par les policiers dans leur travail. Un quotidien professionnel souvent difficile à concilier avec la vie privée et qui entraîne bien souvent des dépressions menant parfois au suicide.

L’auteur n’hésite pas également à travers ce polar, à montrer comme il est parfois difficile de ne pas franchir la ligne, de ne pas finir en ripoux, tant les tentations sont à portées de main.

Confrontant le Kanak à son passé, il nous permet de connaître davantage ce personnage inspiré d’un de ses amis trop tôt disparu.

Un bel hommage également à sa ville Toulouse, son fief, qu’il honore de sa plume en en faisant un personnage à part entière.

Un polar bien mené qui gagne en profondeur et confirme le talent de ce flic qui est passé du côté des écrivains à suivre.

Hâte de retrouver cette plume bien armée.

Pour info :

Christophe Guillaumot, né à Annecy en 1970, est commandant de police au SRPJ de Toulouse où il dirige la brigade des courses et jeux.

En 2009, il obtient le prix du Quai des orfèvres pour Chasses à l’homme (Fayard). Avec Abattez les grands arbres (Cairn, 2015 – Points 2018) et La Chance du perdant (Liana Levi 2017 – Points 2018), il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le Kanak, librement inspiré d’un policier calédonien avec qui il a fait ses premières armes dans la police. 

Que tombe le silence (Liana Levi janvier 2020) confronte le Kanak à des policiers abîmés, à des vies brisées et souligne la dure et implacable réalité de ce métier.

Je remercie les Éditions Liana Levi pour cette plongée dans la tourmente policière.

Gallmeister forever

Et si aujourd’hui nous partions pour un tour d’horizon sur mes dernières lectures des éditions Gallmeister.

Du passé au présent, tout à fait à l’esprit de cette maison qui nous offre des voyages américains extraordinaires en nous faisant découvrir l’Histoire de ce pays qui ne cesse de nous surprendre.

Partons tout d’abord au cœur de la guerre de sécession en compagnie d’Henry Fleming, un jeune soldat de l’armée nordiste, tout juste 17 ans, envahit par le doute, la peur et va se comporter en lâche face au combat qui fait chaque jour de nombreuses victimes innocentes.

– Jim, il t’es déjà arrivé d’penser qu’tu pourrais prendre la fuite, toi aussi ? demande-t-il .

Il conclut sa phrase paru. Rire, comme s’il avait été dans son intention de plaisanter. Celui qui parlait fort gloussa aussi.

Le grand soldat agita la main.

– Eh ben, dit-il d’un air inspiré, y m’est arrivé d’me dire qu’ça pourrait être chaud pour Jim Conklin, dans certaines de ces mêlées, et qu’si y avait plein de gars qui prenaient la tangente, ben, j’suppose que j’détalerais moi aussi. Et qu’si j’commencais, j’déguerpirais comme si j’avais le diable aux trousses, ça ferait pas un pli. Mais qu’si tout le monde tenait sa position et combattait, et ben j’la tiendrais et j’combattrais. Nom d’une pipe, j’le ferais. J’suis prêt à l’parier. “

Malgré les paroles de ses supérieurs, il ira se mettre à l’abri sans prendre part au combat. Après la bataille, dans la confusion la plus totale, il sera pourtant décoré suite à une blessure. Il devient un héros malgré lui.

Un formidable récit de guerre paru aux États-Unis pour la première fois en 1885, que les Éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de rééditer.

Un récit intense et assez fort, qui nous offre un fragment de cette guerre à travers les yeux d’un jeune soldat, complètement effrayé.

L’insigne rouge du courage de Stephen Crane, traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Pierre Bondil.

Découvrons maintenant des nouvelles d’Amérique, nées sous la plume magnifique de James McBride, auteur de romans édités également aux éditions Gallmeister.

Nous allons au détour de ces pages, croiser un vendeur de jouets anciens, prêt à tout pour mettre la main sur le plus précieux des jouets qui pourrait bien changer sa vie à jamais. Puis cette bande de gamins amoureux de musique mais aussi Abraham Lincoln au grand cœur, sans oublier cette virée au zoo où les animaux parlent et ne se gênent nullement pour dégoiser sur la race humaine.

Autant d’histoires qui font de ce recueil une formidable aventure, portées par une plume où l’imaginaire côtoient la poésie, avec humour et tendresse et beaucoup d’humanité.

C’est aussi délicieux que votre friandise préférée.

” Lincoln, à sa manière habituelle, avait lâché une bombe à laquelle personne ne s’attendait. Il avait changé la nature de la guerre. Ce n’était plus une guerre entre États. C’était maintenant une guerre contre l’esclavage.  »

Le vent et le lion de James McBride, traduit de l’américain par François Happe.

En passant par le Montana, je n’ai pas boudé mon plaisir en retrouvant C.W. Sughrue, ce détective privé, très attachant que j’avais rencontré dans deux précédents romans.

Cette fois il est embauché par deux frères jumeaux, très amoureux des flingues, pour retrouver des poissons exotiques. Une affaire assez simple mais qui va très vite le conduire sur les traces d’une femme en fuite avec son chérubin.

Toujours aussi déjantée, cette nouvelle enquête illustrée par Pascal Rabaté m’a embarqué dans une aventure survoltée, arrosée d’adrénaline, d’alcool sans oublier une bonne quantité de drogue.

Ça se déguste comme un Shot de whisky, ça décoiffe et on en redemande encore une dose.

” -(…) Fait gaffe à ton cul, là-bas, vieille branche. Je ne peux pas dire que je suis fou de cette affaire. Et toi ?

– Moi, j’ai de la chance, je suis fou tout court.

– Et ça ne fait qu’empirer jour après jour, dit Solly sans rire. “

Le canard siffleur mexicain de James Crumley traduit de l’américain par Jacques Mailhos

Pour finir, direction les Appalaches où j’ai accompagné Jodi McCarty à sa sortie de prison vers la ferme de son enfance. C’est là qu’elle a grandi, élevée par sa grand-mère, aujourd’hui disparue. Elle est accompagnée de Miranda et de ses trois enfants, qu’elle vient de la rencontrer et dont elle s’est très vite attachée. Sur la route, elle est passée prendre Ricky, le frère de sa petite amie avant son incarcération, et compte bien tenir une vieille promesse en s’occupant dorénavant de lui.

Il est enfin temps de se tourner vers l’avenir, encore faut-il qu’on leur en donne l’occasion.

 » La route semblait n’avoir qu’une direction, s’enfonçant dans les montagnes jusqu’à ce qu’on se retrouve encerclé, les vastes versants des Appalaches oblitérant tout le reste. Jodi voulait revoir cet endroit, mais c’était aussi ce genre de prison et elle le sentit se refermer sur elle. D’une certaine manière, rentrer chez soi, c’était comme disparaître, retomber dans le passé. Une semaine et demie plus tôt, elle ne pensait pas revenir avant sa mort – un corps expédié à une famille qui s’en souvenait à peine, une carcasse à porter en terre dans la montagne –, pourtant elle était là, pas seulement un corps mais un entrelacs de pensées et d’émotions sauvages s’apprêtant à retrouver leur lieu de naissance. Elle se tourna vers Miranda, puis elle regarda le visage endormi de Ricky. Cette fois, ce serait différent, pensa t’elle, nouveau. Néanmoins elle continua de sentir l’oppression des montagnes, même celles qui étaient invisibles, le poids de tous ses souvenirs.  »

Mesha Maren fait une entrée remarquable chez Gallmeister, une maison d’éditions qui nous déniche régulièrement de nouveaux talents de qualité.

Elle nous offre un premier roman somptueux à l’écriture singulière et aborde à travers cette histoire de nombreux thèmes, tous d’une importance capitale, autour du personnage de Jodi. Que ce soit, le milieu carcéral, la libération, l’homosexualité, la violence, le long chemin vers la rédemption, en passant par la famille recomposée mais aussi l’exploitation de gaz qui entraîne pollution et destruction de l’écosystème, l’auteur nous emporte dans une histoire contemporaine entre passé et présent, auprès de personnages forts attachants, au cœur de la nature des Appalaches.

Ce récit transpire la force et le courage dont Jodi doit faire preuve pour se reconstruire.

On se laisse porter avec parfois une certaine appréhension face aux événements qui s’enchaînent, laissant peu de répit à cette femme qui souhaitait reprendre le cours de sa vie.

Un roman magnifique, poignant et infiniment réaliste.

Une nouvelle plume américaine à suivre absolument.

Les auteurs :

La vie de Stephen Crane (1871-1900) est brève et aventureuse.

Dernier d’une famille méthodiste de 14 enfants, il est un enfant fragile, toujours malade, ce qui ne l’empêche pas d’apprendre à lire seul à l’âge de 4 ans. À 22 ans, il publie à compte d’auteur Maggie, fille des rues, qui fait scandale. 

L’Insigne rouge du courage, tableau réaliste de la guerre de Sécession, connaît un succès mondial et fait de lui l’auteur le mieux payé de son temps. Il décide alors de devenir correspondant de guerre. Il est envoyé à Cuba, mais son bateau fait naufrage : il passe 30 heures à dériver sur un canot. Il se rend ensuite en Grèce, où la guerre avec la Turquie s’achève, puis en Angleterre où il se lie d’amitié avec Joseph Conrad, Henry James et H.G. Wells.

Il décède de la tuberculose à vingt-huit ans, dans un sanatorium allemand. 

James McBride est né en 1957.

Écrivain, scénariste, compositeur et musicien de jazz, il est saxophoniste au sein du groupe Rock Bottom Remainders.

Il publie son premier livre en 1995, La Couleur d’une mère, un récit autobiographique devenu aujourd’hui un classique aux États-Unis. Son œuvre romanesque commencée en 2002 plonge au cœur de ses racines et de celles d’une Amérique qui n’a pas fini d’évoluer. 

James Crumley est né à Three Rivers au Texas en 1939. Il sert deux ans dans l’armée, aux Philippines, puis continue ses études et sort diplômé de l’Université de l’Iowa. Au milieu des années 1960, il part vivre et enseigner dans le Montana, un État qu’il ne quittera plus et où il côtoiera notamment Richard Hugo et James Lee Burke. Peu après son arrivée à Missoula, en 1969, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence, avec comme toile de fond la guerre du Viêt Nam.

En 1975, il écrit Fausse Piste (The Wrong Case), le premier roman d’une saga mettant en scène Milo Milodragovitch, un privé mélancolique vétéran de la guerre de Corée. Suivront Dancing Bear en 1983, Bordersnakes et The Final Country en 1996.

En 1978, James Crumley écrit The Last Good Kiss, le premier livre d’une nouvelle saga qui introduit un nouveau privé : C. W. Sughrue. Puis, en 1993, The Mexican Tree Duck, Bordersnakes(où Sughrue et Milodragovitch se rencontrent) et The Right Madness en 2005. Ces deux personnages, antihéros excessifs en tout, qui rassemblent toutes les obsessions et pas mal des traits de caractère de leur créateur : vétérans du Viêt Nam, divorcés maintes fois, portés sur les femmes dangereuses, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil, toutes choses en général censées représenter un danger pour eux ou pour autrui.

James Crumley est aujourd’hui considéré par ses pairs comme un des plus grands auteurs de polar. Il décède le 17 septembre 2008, à Missoula.

Mesha Maren a grandi dans les Appalaches, en Virginie-Occidentales, en pleine nature. Son père, Sam, a fabriqué lui-même leur maison en rondins. Adolescentes, elle a construit dans leur jardin une grande cabane avec son père, avec le bois de pins plantés l’année de sa naissance.

Aujourd’hui, après avoir beaucoup voyagé, au Mexique notamment, elle est revenue avec son mari dans les Appalaches et habite dans la maison de son enfance. La cabane est devenue son studio d’écriture.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour ces voyages littéraires aussi dépaysant qu’enrichissant.

Sang chaud

Sang Chaud de Kim Un-Su aux Éditions Matin Calme

Traduit par Lise Charrin

À cette période de l’année, la mer de Guam est toujours recouverte de ce brouillard, accompagné d’une puanteur malséante, disons, celle que dégagerait des parties génitales atteintes d’une maladie vénérienne. On a coutume de dire que l’emblème de Guam est son vieux funiculaire, en vérité il s’agirait plutôt de ce brouillard gorgé d’humidité salée avec son odeur d’eau croupie. Les touristes, choqués, se bouchent le nez et les commerçants se plaignent de l’impact d’une telle pestilence sur leurs affaires. Quelques notables de Guam ont essayé d’en trouver l’origine : certains avancent l’hypothèse qu’elle viendrait des algues qui pourrissent, d’autres pensent qu’elle est due au rejet des eaux usées directement dans la mer, sans traitement. D’aucuns évoquent la décomposition des poissons et des crustacés morts, accumulés le long de la digue depuis sa construction. Certains prétendent carrément qu’elle provient de la putréfaction des nombreux cadavres jetés à l’eau. Enfin, le pasteur du quartier a sermonné la population, clamant qu’il s’agissait de l’odeur du péché et qu’elle ne disparaîtrait qu’après le repentir des coupables par la mortification de leur chair. Huisu se dit que le pasteur a sans doute raison, car Guam est à ce point irrécupérable que même ce pasteur a été arrêté et emprisonné, quelques temps après, pour pédophilie. “

Guam, quartier on ne peut plus sordide de Busan réparable à son vieux funiculaire mais surtout par la puanteur qui émane de la mer qui borde cette ville de Corée.

Dans cet endroit sordide, la pègre est dans la place, et les docks sont le lieu idéal pour les trafics en tout genre.

Guam n’a rien d’une ville paradisiaque, elle est en plus sous la coupe du Père Sohn, un chef de gang qui cumule lâcheté et cruauté. Il est aidé par son fidèle lieutenant Huisu, son fils spirituel.

Ici, vaut mieux éviter de se faire remarquer, et surtout vaut mieux régler ses dettes, à moins de préférer finir au fond de la mer après être passer dans les mains d’un surineur.

” Il est mort bêtement en voulant faire le malin. Un voyou qui veut frimer comme un con, tchao, il dégage. “

Les dettes, un fléau pour certains, une mine d’or pour d’autres …

” Tout cela n’a rien d’étonnant : tous les voyous et toutes les prostituées sont perclus de dettes. Le moteur qui fait tourner Guam n’est pas nourri par les passions ni par les rêves, mais par les montagnes de dettes qui les pourchassent tous. “

Depuis quelques temps Huisu s’interroge. À quarante ans il est lasse de cette vie minable, il aimerait bien en changer et pourquoi pas épouser la femme qu’il aime depuis l’enfance.

Alors quand une occasion se présente, il quitte le Père Sohn et tente de monter son propre business. Mais hélas, il va se retrouver impliqué au cœur d’une guerre de clan. Sa vie paisible est plongée en plein chaos, pas sûr que cette fois tout se passe comme prévu…

Ce que j’en dis:

Pour être surprise et lire autre chose que du déjà vu, ou déjà lu, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, à quitter sa zone de confort et voguer vers d’autres horizons et ça tombe bien, c’est tout à fait ce que nous propose, cette nouvelle maison d’éditions : Matin Calme.

Direction la Corée en plein cœur de la mafia, où les couteaux à sashimi finissent rarement au lave-vaisselle, mais plutôt plantés dans le corps d’un voyou. Ici point de flingues, mais des lames bien tranchantes, plus discrètes et quasiment toujours à portée de mains.

Ils ont le sang chaud par ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Et faut pas trop les énerver, ni tenter de les arnaquer, avec la mafia, vaut mieux marcher droit.

Vous voilà prévenus, au cas où vous envisageriez de postuler pour un job de malfrat chez les coréens.

Trêve de plaisanterie, toujours très attirée pour ma part par la littérature américaine j’ai été infiniment surprise d’être à ce point conquise par ce roman.

Direct le décor est planté, et nous entraîne dans une atmosphère particulière dans l’ambiance de Busan, où la Mafia coréenne règne de manière tentaculaire.

L’auteur nous offre des personnages hauts en couleurs, au passé tout aussi sombre que le présent, mais dont certains comme Huisu ne sont pas totalement démunis d’humanité.

Kim Un-su possède un style brillant, une écriture brute, cash, tranchante, et accrocheuse.

Ce menu coréen, épicé à la sauce mafia, parsemé de violence mais pimenté d’une dose d’amour est à déguster sans modération.

Les grands amateurs de polars peuvent se réjouir, une nouvelle maison qui tient déjà toutes ses promesses est dans la place, avec un menu d’exception pour l’ouverture des festivités 2020, et obtient direct sa première étoile.

Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Pour info:

Kim Un-su est né à Busan, Corée du Sud, en 1972.

Enfant, Kim Un-su a arpenté les rues du haut de Busan, celles où vivaient les familles pauvres et les voyous en herbe. Il publie ses premiers textes, des nouvelles, dans des revues en 2002 et 2003 avant de sortir un premier roman, totalement foutraque, moqueur et paranoïaque, en 2006, Le Placard (Gingko Éditeur). En 2010, il publie son premier polar, Les Planificateurs (L’Aube, 2016) qui lui assure un succès mondial.

Sang chaud est paru en 2017 en Corée. Il a déjà été vendu dans une douzaine de pays dont Doubleday (éditeur entre autres de Dan Brown, Stieg Larsson)

Kim In-su a reçu le prix MunhakDongne Fiction pour le Placard en 2006, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière pour Les Planificateurs.

Je remercie Camille de l’agence Trames et les Éditions Matin Calme pour ce menu coréen d’exception.

“ L’artiste ”

L’artiste d‘Antonin Varenne aux Éditions de La Manufacture de livres

” Il a recommencé. Le même. Les coups de couteau, les mains mutilées, un artiste, un atelier. Peut-être cette fois n’avait-il pas fait le ménage ; la maison tout entière semblait ordonnée et propre, mais il avait laissé derrière lui quelque chose d’essentiel : une idée fixe. Ce n’était plus une impasse, mais le début d’un merdier à tiroirs. “

En 2001 à Paris, les artistes peintres se retrouvent mis en pièces par un drôle de serial killer, un genre maniaque du ménage.

Lui-même véritable artiste, transforme ses scènes de crime en œuvre d’art y mêlant esthétisme et barbarie

C’est l’inspecteur Heckmann qui se retrouve sur cette affaire assez spéciale et il va vite comprendre que le tueur se joue de lui.

Une véritable traque est mise en place, pour arrêter ce tueur fou.

Ce que j’en dis :

Quand j’ai découvert la plume d’Antonin Varenne, il avait déjà quelques romans à son actif, mais comme on dit mieux vaut tard que jamais. Depuis je fais partie de ses fidèles lectrices car il faut bien le reconnaître, il a du talent, un véritable artiste.

Cette fois il nous entraîne à Paris, sur les traces d’un serial killer dans un intrigue captivante menée par des mains de maître, avec des personnages bien campés et très attachants.

C’est avec plaisir qu’on savoure sa verve singulière agrémentée d’une pointe d’humour toujours très appréciable.

Une fois de plus, je suis sous le charme de son écriture et de son style, Antonin Varenne est une valeur sûre, jamais déçue bien au contraire.

Il vient de recevoir le Prix rive gauche du roman français à Paris.

On ne peut que s’en réjouir.

Pour info :

Né à Paris en 1973, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier.

Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre. Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. 

Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

Je remercie la manufacture de livres, toujours très avisée dans le choix de ses publications.

Dry Bones

Dry Bones de Craig Johnson aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

” Ils se tournèrent tous les deux vers moi. J’étais plongé dans la contemplation du cadavre.

– Walt ?

J’avais déjà vu cet homme, dans mes rêves.

– Walt ?

Dans les rêves, il n’avait pas d’yeux non plus.

– Walt.

Les paroles de l’homme me revinrent et c’était presque comme s’il se trouvait à côté de moi, répétant l’avertissement incantatoire que j’avais gardé tout au fond de ma mémoire : Tu contempleras le bien mais tu verras aussi le mal. Les morts ressusciteront et les aveugles verront. “

Dans le comté d’Absaroka dans le Wyoming, un vieil indien vient d’être retrouvé mort, faisant le régal des tortues aquatiques à l’endroit où son corps a échoué.

Walt Longmire est évidemment sur l’affaire. Il connaissait le vieil homme et cette mort lui rappelle un de ces rêves. Étrange coïncidence ou prémonition, allez savoir, avec Walt on peut s’attendre à tout sauf à l’ordinaire.

Walt n’est pas un shérif comme les autres…

” – Il y a longtemps, le précédent shérif m’a transmis son étoile. (Je lui montrai d’un signe de mon pouce – peut-être n’en avait-il jamais vu de sa vie.) Et avec ce morceau de métal de sept ou huit centimètres, on m’a confié la responsabilité de veiller sur mes administrés, tous mes administrés, les 2483 d’entre eux. “

En attendant, voilà une mort qui arrange certaines personnes et d’autres beaucoup moins.

“ Voilà qui va introduire un aspect criminel fâcheux dans cette affaire.  »

Le FBI a remplacé les tuniques bleues, il y a dorénavant plus de chefs que d’indiens, et le shérif a échangé son cheval contre un pickup, mais l’affaire n’en demeure pas moins compliqué et tout ça à cause d’un tyrannosaure, qui l’eut cru ?

” Sauvez Jen. “

Walt ne change pas, toujours décidé à résoudre aux mieux les affaires. C’est accompagné du vieux Shérif Lucian Connally et de son plus fidèle ami, l’infatigable Indien Henry Standing Bear qu’il se lance dans une poursuite assez périlleuse et souvent imprévisible sans jamais perdre son humour mordant.

Ce que j’en dis :

En 2009 je découvrais Little Bird, et je faisais la connaissance de Walt Longmire et des éditions Gallmeister. Depuis je suis devenue accro à toute la came de cette maison et je suis restée fidèle à Craig Johnson et à Walt.

Dans cette nouvelle aventure, Walt a quelques rides et quelques cheveux blancs en plus mais il n’a rien perdu de son humour, même si cette fois elle est mise à rude épreuve face aux pertes humaines qui lui étaient assez proches,

Mais chut, il faut avant tout Sauvez Jen, même si elle est vieille de plusieurs millions d’années, elle vaut la peine qu’on se décarcasse pour sa carcasse.

Notre shérif et ses fidèles fantômes nous offrent une nouvelle enquête bien rythmée, pimentée d’humour, peut-être un peu plus sombre mais toujours aussi palpitante.

N’en déplaise au FBI, notre shérif n’est pas prêt de prendre sa retraite et c’est tant mieux.

Que ce soit dans l’univers littéraire ou cinématographique, Craig Johnson a su imposer Walt Longmire dans le paysage américain avec talent et réussi de ce fait à perpétrer certaines traditions indiennes, un bel hommage à ce peuple trop souvent oublié et maltraité.

Un emblématique shérif, des cow-boys, des indiens, un décor à couper le souffle de quoi faire des émules à travers le monde.

Vivement le prochain épisode…

Pour info :

Craig Johnson a grandi dans une petite ville du Midwest qui, malheureusement pour sa mère, était traversée par une voie ferrée. À l’âge de huit ans, il profite du fait que le train ralentit à chaque passage pour embarquer clandestinement. C’est sa première escapade dans le vaste monde qui s’achève lorsque son père, après avoir parcouru près de six cents kilomètres, vient le récupérer dans une gare de triage où le garnement a été repéré.

Après ses études, c’est chargé d’un sac de surplus de l’armée et d’un pistolet semi-automatique Colt que Craig se rend dans l’Ouest en auto-stop. Petit-fils de forgeron, il n’a pas de mal à se faire embaucher dans plusieurs ranchs du Montana et du Wyoming, et il fait même quelques incursions dans l’univers du rodéo. Il ne se débrouille pas trop mal aux épreuves de dressage, mais son lancer de lasso est assez minable.

Par la suite, il se balade pas mal à travers les États-Unis après l’obtention d’un doctorat d’études dramatiques, il devient pêcheur professionnel, chauffeur routier, charpentier ou cow-boy. Il enseigne également à l’université et fait un temps partie de la police de New York avant de se consacrer pleinement à l’écriture.

Son premier roman, Little Bird (The Cold Dish en VO), paraît en 2005 aux États-Unis. Il met en scène le shérif Walt Longmire et constitue le premier volet d’une saga qui compte à ce jour douze titres et fait régulièrement partie des listes de best-sellers aux États-Unis. Le douzième roman de la série y a été publié au printemps 2016.

La série Longmire, adaptation télévisée de l’univers de Craig Johnson, a connu un immense succès aux États-Unis. Elle est diffusée en France sur la chaîne D8.

Craig vit avec sa femme, Judy, au pied des Bighorn Mountains, dans le Wyoming. Son ranch est situé à la confluence des rivières Clear Creek et Piney Creek, à la sortie de Ucross, population 25 habitants. Il n’y a pas de voie ferrée.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette aventure dans le Wyoming avec mon shérif préféré.

Ne t’enfuis plus

Ne t’enfuis plus d’ Harlan Coben aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Roxane Azimi

– Et si je lui donnais de l’argent pour la faire taire ?

Et la fille ricana :

– C’est John Lennon qu’on assassine une deuxième fois.

Certains passant jetaient des pièces dans l’étui de la guitare, mais la plupart restaient à distance ou s’écartaient en grimaçant, comme s’il avait capté des effluves peu ragoûtants. (…)

Simon fixait des yeux la mendiante qui massacrait l’héritage de John Lennon. Les cheveux emmêlés, les joues creuses, elle était maigre comme un clou, sale,en haillons, cassée, perdue, sans toit ni loi.

C’était aussi sa fille. Paige.

Cela fait six mois que Paige avait disparu, six mois qu’il la cherchait. Et la voilà, devant lui, au cœur de Central Park.

Mais hélas, elle n’est toujours pas décidée à rentrer avec Simon, son père, préférant s’enfuir une fois encore.

Simon est anéanti une fois de plus, mais cette fois il est bien décidé à ne rien lâcher quitte à mettre sa famille en danger.

Il est loin d’imaginer jusqu’où son enquête va le conduire et lui révéler bien plus qu’il ne souhaitait savoir.

De Manhattan au Bronx, en passant par une ferme pittoresque du Connecticut, il va découvrir l’univers des gangs et de la drogue, et même le milieu sectaire dans un endroit bien gardé où semble se cacher de mystérieux secrets de famille.

Ce que j’en dis :

Cela faisait un bail que je ne m’étais pas aventurée dans un roman à suspens d’Harlan Coben, et c’est sans surprise que je me suis retrouvée après quelques pages, captivée par cette histoire. Toujours fidèle à son style, il nous entraîne dans un labyrinthe semé d’intrigues qu’il disperse petit à petit à chaque chapitre ce qui amène le lecteur à tourner les pages de manière addictive.

Une nouvelle enquête qui tient ses promesses sans être pour autant le livre de l’année.

Un moment de divertissement agréable, idéal lorsque l’on a besoin d’une petite récréation livresque.

Les fans de l’auteur seront comblés.

Pour info :

Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants.

Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès la publication de ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public.

Il est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis. Depuis Ne le dis à personne… (2002) – récompensé du prix des lectrices Elle et adapté avec succès au cinéma par Guillaume Canet –, Belfond a publié vingt romans de Harlan Coben, dont Une chance de trop (2004 et 2015) et Juste un regard (2005 et 2017), tous deux adaptés en minisérie sur TF1. En 2018, il a développé les  huit épisodes de la série Safe diffusée en mai sur C8 et Netflix, avant de signer un contrat d’exclusivité avec la plateforme de streaming américaine prévoyant l’adaptation de 14 titres déjà existants et de futurs projets en séries et film, dont Ne t’enfuis plus. Tous ses ouvrages sont également disponibles chez Pocket.
 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette excursion américaine palpitante.

“ Vaste comme la nuit ”

Vaste comme la nuit d’Elena Piacentini aux Éditions Fleuve Noir

Parfois, Mathilde a le sentiment d’avoir grandi hors sol. Elle est née à neuf ans. Quelques mois plus tôt, au terme d’une affaire sous haute tension, elle s’était juré de reconstituer le puzzle de son histoire. Un cold case vieux de trente ans, l’entreprise n’était pas de nature à rebuter le capitaine de police rigoureux et inflexible que ses collègues s’accordent à décrire. Rien ne s’est déroulé selon ses plans. La vie, comme à l’ordinaire, s’est chargée de jeter du sable dans les rouages. “

Après avoir été obligé de faire ses adieux à Lazaret, son ancien chef de groupe, Mathilde Sénéchal se retrouve sur une enquête vieille de trente ans.

Cette affaire va la conduire sur les lieux de son enfance, où très vite elle va être rattrapée par le passé, un passé qu’elle semblait pourtant avoir oublié.

Mathilde ferme les yeux. Le pont qui se disloque dans ses cauchemars et qu’elle ne parvient pas à franchir est peut-être celui sur lequel elle se tient. “

Le passé ne meurt jamais, il suffit parfois d’une odeur pour réveiller la mémoire et déverrouiller les accès qui mènent vers les souvenirs aussi cruels soient-ils.

Et même si les habitants demeurent muets comme une tombe, certains d’entre-eux vont pourtant jouer un rôle et l’aider à affronter la vérité, même dans l’ombre.

Ce que j’en dis :

Elena Piacentini à la particularité de me ravir autant par ses histoires passionnantes que par sa qualité d’écriture toujours très soignée. Un style qui se démarque avec brio, et rends ses romans incontournables. Notre Corse s’est assurée une belle place dans le monde du polar et c’est amplement mérité.

J’ai retrouvé avec plaisir Mathilde, sa petite protégée et son ours des montagnes à travers une nouvelle enquête qui nous plonge dans une sombre histoire, intrigante et inquiétante où les fantômes du passé s’invitent pour régler leurs comptes avec l’Histoire.

Non démunis d’empathie, ses personnages bien intégrés dans cette toile tissée à la perfection, piègeant le lecteur au passage, vont nous dévoiler de vieux secrets inavouables.

Une fois encore, Elena nous offre un polar parfaitement maîtrisé, dans une ambiance mystérieuse, illuminé par une plume fabuleuse, je ne m’en lasse pas.

Amoureux des polars, ne vous privez surtout d’un tel talent.

Pour info :

Née à Bastia en 1969, Elena Piacentini vit à Lille depuis vingt ans.

Elle a créé la série des Enquêtes de Pierre-Arsène Leoni, un Corse qui dirige la section homicide de la PJ lilloise, et elle est scénariste pour la télévision. C’est la nouvelle voix féminine du polar français. 

Des forêts et des âmes, le roman qui précède Aux vents mauvais, présenté cette année, fut finaliste du Prix des Lecteurs Quais du polar/20 Minutes et du Grand Prix de littérature policière.

Lauréat du prix Transfuges 2017 du meilleur polar français pour Comme de longs échos, (Ma chronique ici), elle affirme de livre en livre la singularité de son univers et de « son style plein d’empathie pour ses personnages », selon Le Monde.

Je remercie les éditions Fleuve pour ce polar aux nombreuses qualités absolument savoureux.

“ Le couteau ”

Le couteau de Jo Nesbø aux Éditions Gallimard série noire

Traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier

« Un couteau dans le ventre, murmura-t-il, et ce sera passé. »

Elle serra les paupières et deux larmes brillantes se détachèrent de ses cils. Swein Finne rit doucement.

« Tu savais que j’allais venir. Tu savais que je ne pouvais pas te laisser partir. C’était une promesse que je t’avais faite. »

Il passa l’index sur sa joue où la sueur se mêlait aux larmes. Il contempla son œil à travers le trou béant de sa main. C’était l’œuvre d’une balle tirée par un tout jeune policier. Swein Finne avait été condamné à vingt ans de prison pour dix-huit agressions sexuelles… “

Swein Finne vient tout juste de retrouver la liberté après vingt ans passés derrière les barreaux. À l’époque c’est Harry Hole, tout jeune policier qui avait réussi à arrêter cet agresseur sanguinaire.

Mais cette libération ne réjouit pas Harry, et Swein l’obsède à tel point qu’il décide de le traquer, outrepassant les ordres de sa supérieure hiérarchique.

Il vient de se séparer de sa femme et le supportant très mal, il enchaîne les soirées trop arrosées.

Quand un matin, il se réveille sans aucun souvenir et les mains couvertes de sang, sa vie bascule.

” Dans le silence qui suivit, il sentit de nouveau la griffe dans sa poitrine, et bien qu’il ne croie pas outre mesure à la télépathie et à la clairvoyance, c’était comme si ce qui allait venir était ce que la griffe et les flashs essayaient de lui dire depuis le début. “

C’est le début d’une interminable descente en enfer où jour après jour tout s’effondre autour de lui, et même s’il croit avoir déjà tout perdu, il est bien loin d’imaginer que c’est encore loin d’être fini.

” Harry avait entendu cette chanson à maintes reprises. Elle ne parlait pas seulement de la vérité qui allait se faire jour, mais des traîtres qui vivaient heureux pendant que ceux qu’ils avaient trahis souffraient. “

Ce que j’en dis :

Découvrir un auteur avec son dernier roman, sans connaître le personnage principal peut s’avérer parfois ardu pour bien s’immerger dans l’histoire, manquant parfois d’informations importantes, mais cela n’a pas été le cas ici. Jamais je n’ai été gênée, j’ai juste éprouvée quelques regrets, sachant qu’en plus un certain nombre de ses thrillers figurent dans ma bibliothèque.

Dans cette nouvelle enquête où l’on retrouve Harry Hole, ainsi qu’une belle brochette de personnages qui ont tous leur importance, Jo Nesbø nous offre une intrigue démentielle où le mal s’offre plusieurs portes de sorties et nous entraîne sur des fausses pistes, sans jamais nous laisser en bord de chemin.

Je réalise enfin que son succès dans le monde du thriller n’est point démérité, et moi qui m’éloigne parfois de ce genre littéraire réalise qu’il suffit d’une belle pointure sur mon chemin pour me redonner l’envie d’y revenir.

Vous l’aurez compris, j’ai grandement apprécié ce thriller scandinave, sans fausses notes, où la musique s’invite entre les pages.

Un récit ambitieux, parfaitement maîtrisé qui ne manque ni d’intelligence, ni de suspens.

Les fans seront aux anges et pour ceux et celles qui tout comme moi débarquent dans l’univers de Nesbø c’est que du bonheur, on ne sera pas tenu d’attendre patiemment le prochain, il nous reste tous ses précédents titres à découvrir.

Une très belle découverte, digne de la série noire de Gallimard.

Pour info :

Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø est également musicien, auteur-interprète et journaliste économique.
En 1997, il est propulsé sur le devant de la scène littéraire avec L’Homme Chauve-Souris qui reçoit le prix du meilleur roman policier nordique de l’année 1998. Pour la première fois, il y met en scène le personnage de Harry Hole, qui redevient très vite un inspecteur récurrent dans ses romans.

Je remercie les éditions Gallimard pour cette formidable enquête scandinave.