La proie

La proie de Deon Meyer aux Éditions Gallimard / série noire

Traduit de l’Afrikaans par Georges Lory

« J’ai appris une chose sur ce pays, Vaughn. Ça ne va jamais aussi mal qu’on le craint. Et ça ne va jamais aussi bien qu’on le voudrait. Il y a eu un moment où moi aussi j’ai failli perdre tout courage. Il me semblait que tout allait mal… la roue tourne. Les choses vont s’améliorer, Vaughn. Un jour ou l’autre. Pas au point d’aller danser dans les rues. Mais ça ira mieux. »

Le Cap, Afrique du Sud.

C’est ici que je fais la rencontre Benny Griessel et Vaughn Cupido, deux membres de la brigade des Hawks.

Le corps sans vie d’un ancien membre de leurs services, qui était devenu consultant en protection personnelle, vient d’être retrouvé. Apparemment il a été jeté par la fenêtre du train le plus luxueux du monde, le Rovos.

Griessel et Cupido ne vont rien lâcher malgré la pression en haut lieu, et tout mettre en œuvre pour trouver le meurtrier, car pour eux ça ne fait aucun doute, il s’agit bien d’un meurtre.

Au même moment à Bordeaux, Daniel Darret, ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, s’est construit une nouvelle vie tranquille assez clandestine, souhaitant oublier son passé. Tout se passait plutôt bien, jusqu’à l’apparition d’une ancienne connaissance qui vient lui demander un service…

Embarqué contre son gré, il se retrouve très vite dans une nouvelle mission avec à ses trousse des Russes, et les services secrets sud-africains.

Seulement sa proie est déjà dans sa ligne de mire, la traque peut se poursuivre.

Ce que j’en dis :

Comment se débarrasser même fictivement d’un être indésirable de son pays ? Peut-être en écrivant un roman…

Deon Meyer, s’est certainement fait plaisir et a peut-être régler à sa manière quelques comptes face à la corruption qui fait rage dans son pays.

À travers ce roman. Il nous dépeint l’Afrique du Sud gangrenée par la misère, les meurtres, les complots, la perversion, les trafics à travers une double intrigue qui franchit les frontières, nous montrant à quel point la violence est partout, et bien souvent sous le contrôle des gouvernements, là où des hommes de l’ombre agissent à leurs places.

Fortement attaché à son pays et révulsé de constater à quel point il se dégrade, Deon Meyer nous offre un thriller politique haletant, puissant avec un côté hyper réaliste plutôt effrayant.

” – Nous avons un très gros soucis. Tout le département du renseignement criminel de la police nationale est corrompue et compromis. Il ne fait pas de doute que le procureur général est un homme corrompu et compromis. Que notre ministre de l’intérieur est un homme corrompu et compromis, et qu’il en va de même pour le président de la République. Corrompu et compromis par trois criminels indiens qui se font passer pour des hommes d’affaires. Je ne suis pas certaine au sujet du directeur général de la police, mais il suit les ordres de son ministre corrompu, il n’a plus aucune crédibilité. “

Mais en fait, sommes nous vraiment en Afrique du Sud ?

C’est à découvrir dès maintenant chez votre dealer de livres préféré.

Pour info :

Né en 1958 à Paarl, en Afrique du Sud, Deon Meyer a grandi dans une ville minière de la Province du Nord-Ouest.

Ancien journaliste, puis rédacteur publicitaire et stratège en positionnement Internet, il est aujourd’hui l’auteur unanimement reconnu de best-sellers traduits dans 15 pays.

Il vit à Melkbosstrand.

The cry

The cry d’ Helen Fitzgerald aux Éditions les Arènes / Équinox

Traduit de l’anglais par Alexandre Civico

” La faute à la sécurité de l’aéroport.

Si elle n’avait pas eu à acheter ces deux petits flacons transparents de cent millilitres chez Boots, si elle n’avait pas eu à transvaser les médicaments, agenouillée devant la librairie WH Smith, si elle n’avait pas eu à faire la queue une heure de plus devant la sécurité, seins douloureux… Si elle n’avait rien eu à faire de tout ça, son bébé serait encore auprès d’elle. “

Le vol depuis Glasgow jusqu’à Melbourne fut un véritable cauchemar pour Johanna et Noah, son jeune bébé de 9 mois. Malgré tout elle était loin d’imaginer qu’ils allaient être séparés à jamais l’un de l’autre.

Alistair son compagnon, le père de Noah, prends les choses en main, mais rien n’empêchera Johanna de plonger dans une terrible dépression au bord de la folie.

Le scénario mis en place par Alistair ne fait que la culpabiliser davantage et l’entraîne jour après jour au plus profond de l’abîme.

Mais que s’est-il réellement passé au cours de ce vol ?

Connaît on vraiment ceux qui partagent notre vie ?

Ce que j’en dis :

Comme dans quasiment 80 % de mes lectures, j’ai commencé celle-ci à l’aveugle, sans rien lire sur ce roman au préalable, pas même la quatrième de couverture pour garder un maximum de suspens et de surprises, je ne vous en dirai donc pas plus sur le synopsis et même beaucoup moins que la présentation au dos du livre.

Mais une chose est sûre, une fois que vous commencerez ce thriller psychologique de haut-vol, absolument machiavélique, tout comme moi, vous ne pourrez plus le quitter avant de le terminer, autant vous prévenir pour éviter toute frustration et donc prévoir une belle plage de lecture.

Car si dès le départ vous allez vite découvrir le sort de cet enfant, vous n’en demeurerez pas moins intrigué. Tout comme les personnages, vous vous retrouverez piégé, le cœur brisé, cherchant désespérément une once d’empathie pour Alistair ce pervers narcissique et un brin de compassion pour cette mère désespérée qu’on semble vouloir mettre au pilori.

Helen Fitzgerald va mettre vos nerfs à rude épreuve en vous entraînant au cœur d’une histoire perverse où la manipulation est reine, et où le chemin de la rédemption ne sera possible qu’en prenant des chemins de traverse aux allures diaboliques.

Pas étonnant que ce roman qui a inspiré une série de la BBC, devenue un véritable phénomène sur la chaîne fasse un carton.

C’est sidérant, complètement addictif, ça vient de paraître et c’est à mettre absolument dans ses lectures estivales.

Encore une belle entrée dans les Arènes d’Aurélien Masson.

Pour info :

Née en 1966 à Melbourne (Australie), Helen FitzGerald est autrice et scénariste.

Elle a travaillé dix ans comme assistante sociale pour la justice pénale puis auprès de délinquants sexuels en prison.

Elle vit aujourd’hui à Glasgow avec son mari et ses deux enfants.

Un grand merci aux éditions les arènes pour ce thriller étourdissant.

Représailles

Représailles de Florian Eglin aux Éditions la Baconnière

(…) – Toi qui cherchais une amorce pour ton prochain roman, je crois que tu l’as trouvée, fit Adèle en se recroquevillant sur son siège. Cette poursuite en pleine nuit, c’est accrocheur, non ?

Elle semblait se retenir très fort. Pour ne pas crier. Pour ne pas pleurer. Pour continuer à faire comme si tout allait bien. Hormis foncer sans se laisser déporter, Tom était impuissant. Totalement. Ou alors freiner sec pour repartir dans l’autre sens après un tête-à-queue contrôlé ? Tom était bon conducteur. Très bon même. Avec sa famille dans la voiture, il ne pouvait cependant pas prendre le moindre risque en se la jouant Fasr and Furious. De toute façon, il ne connaissait pas la région. Il finirait par se retrouver sur une route pas carrossable. Un scénario foireux qui ne lui disait rien.

Tom et Adèle sillonnent avec leurs deux enfants, une route corse afin de rejoindre leur lieu de vacances. Lorsque qu’un monstrueux SUV commence à les suivre, ils sont loin d’imaginer ce qu’ils s’apprêtent à vivre.

À bord de ce SUV, un trio monstrueux, prêt à tout pour assouvir leur soif de violence.

Tom, voit prendre vie le pire scénario dont il a toujours rêvé écrire.

La route des vacances va vite se transformer en descente en enfer, une drôle de manière de faire connaissance avec le désert des Agriates et l’hospitalité Corse.

(…) – Tu sais, quand on touche à la famille, avec ces types qui se croient deux siècles en arrière… Pour moi, c’est comme si c’était écrit, ça va finir dans le sang.

Ce que j’en dis :

Représailles, sortie initialement prévue le 20 mars 2020, reportée au 5 juin 2020, suite au confinement sanitaire imposé par le petit chef, mérite tout les lauriers que l’on commence ici et là, à lui décerner, et il aurait vraiment été injuste de ne pas vous en parler.

Car si mon petit laïus de présentation vous fait croire à un scénario classique, voir déjà lu, vous êtes loin du compte, et tout juste au début d’une multitude de surprises.

Cette traque sauvage va vous entraîner dans les méandres de l’âme humaine à travers le paysage Corse, et vous confronter à une violence démoniaque.

Ce roman noir, qui flirte avec les codes du thriller et du polar, est en plus porté par une plume absolument somptueuse.

Florian Eglin peut s’enorgueillir de posséder autant de qualité.

Il nous offre un récit construit de main de maître, au rythme infernal, glaçant tout en étant bouleversant, riche en référence littéraire et cinématographique, (ça ne va pas arranger vos listes), avec des personnages terrifiants et pourtant attachants, où s’invite en plus une pointe d’humour grinçante.

C’est simple, une fois commencé, vous ne pourrez plus quitter cette histoire sanglante terriblement déchirante.

Croyez-moi, vous êtes loin d’imaginer ce qui vous attend, et désormais il ne tient qu’à vous d’en découvrir davantage.

Il aurait pu être américain et bien non , Florian Eglin est Suisse, tout comme son confrère Joseph Incardona, qui m’a également bluffé dernièrement. Décidément cette année n’a pas fini de me surprendre, pour mon plus grand plaisir.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire… N’est-ce pas ?

Ps : Si quelqu’un connaît Tarantino, ce serait bien de lui faire lire aussi, on ne sait jamais, ça pourrait le tenter pour une adaptation cinématographique.

Pour info :

Florian Eglin est né le 7 décembre 1974 à Genève et enseigne le français au collège. Marié avec une enseignante, il vit à Genève et est père de deux enfants.

Il est l’auteur aux éditions La Baconnière d’une trilogie sur un personnage de fiction mi-homme mi- dieu, Solal Aronowicz (Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal. Roman brutal et improbable, 2013 ; Solal Aronowicz, une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?, 2014 ; Solal Aronowicz. Holocauste, 2015), qui a connu un beau succès critique en Suisse. Holocauste a également remporté le Prix du Salon du livre de Genève 2016 et le premier tome a été primé par le Prix public de la RTS. Les deux premiers tomes, épuisés, ont été réédités en poche.

Héritier concomitant de Ian Fleming et d’Huysmans, les écrits grinçants, violents et terriblement drôles de Florian Eglin sont à mettre entre les mains d’un public averti, amateur d’une littérature contemporaine et originale.

Il a remporté lePrix du Salon du livre de Genève en 2016 et est lauréat de la Plume d’or de la société genevoise des écrivains en 2018.

Je remercie infiniment Aurélie de l’agence Un livre à soi et les Éditions la Baconnière pour ce récit magistral, absolument inoubliable.

Champ de tir

Champ de tir de Linwood Barclay aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Çanada) par Renaud Morin.

” L’inspecteur Barry Duckworth, de la police de Promise Falls, était à son bureau quand son téléphone sonna. Il décrocha le combiné d’un geste vif.

– Duckworth

– Bayliss à l’appareil

Trent Bayliss, le sergent préposé à l’accueil.

– Ouais ?

– J’ai un sacré spécimen ici, dit Bayliss, incapable de dissimuler son amusement.

– Qu’est-ce que vous racontez ?

– Le type s’est fait ramasser alors qu’il errait en ville. Il veut parler à un inspecteur. Je vous l’envoie. Il dit s’appeler, Brian Gaffney. Mais il n’a pas de papier sur lui.

– C’est quoi son histoire ?

– Mieux vaut qu’il vous raconte ça lui-même. Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir, répondit Bayliss avant de raccrocher. “

L’inspecteur Duckworth de Promise Falls est à peine remis des derniers événements meurtriers survenus dernièrement dans sa ville, qu’il se retrouve chargé d’une étrange affaire.

Un jeune homme prétend avoir été enlevé, mais vu qu’il ne se souvient de rien c’est difficilement crédible. Mise à part l’étrange message indélébile trouvé sur son corps, aucun indice pour démarrer l’enquête. Ça ne va pas être simple.

De son côté, le détective privé Cal Weaver est sollicité pour protéger Jeremy Pilford, ce gosse de riche, arrogant, soupçonné d’avoir écrasé une jeune fille. Acquitté par le tribunal pour irresponsabilité, l’adolescent n’en demeure pas moins coupable aux yeux de certains qui n’hésitent pas à le lyncher sur les réseaux sociaux.

Il semblerait que des redresseurs de torts soient bien décidés à faire justice eux-mêmes. Mais ont-ils choisi les bonnes cibles, aveuglés par leur soif de vengeance ?

Décidément, ce n’est pas encore maintenant que Promise Falls pourra prétendre à nouveau à son statut de ville paisible.

Mais heureusement on peut compter sur l’inspecteur Duckworth et sur le détective Weaver pour lutter contre cette chasse aux sorcières des temps modernes.

Ce que j’en dis :

Depuis Fausses promesses, publié en 2018 suivi d’ En lieux sûrs en 2017, puis Faux amis en 2018 et Vraie folie en 2019, je suis les aventures de cette bourgade américaine avec attention, il faut dire que Linwood Barclay, fait bien son job pour accrocher le lecteur en gardant du suspens jusqu’à quasiment la dernière page et en remettant en scène ce duo flic/détective plutôt sympathique.

Un peu comme une série télé où chaque nouvelle saison t’entraîne vers de nouvelles affaires pleines de péripéties.

Ce dernier, Champ de tir est plutôt réussi, et j’ai même trouvé l’écriture plus soignée même si elle reste assez simple dans l’ensemble.

Le scénario tient la route et le suspens est maintenu à travers des chapitres courts où l’inspecteur et le détective interviennent à tour de rôle.

Donc, si vous avez accroché avec les précédents, ce petit dernier devrait vous plaire, et comme l’auteur est malin, même si les affaires sont bouclées, la fin ouverte laisse présager de nouvelles aventures.

À suivre…

Pour info :

Auteur de polars incontournable, Linwood Barclay a déjà publié seize romans chez Belfond, dont Cette nuit-là (2009) et sa trilogie consacrée à la ville fictive de Promise Falls – Fausses promesses (2018), Faux amis (2018) et Vraie folie (2019).

Tous sont repris chez J’ai lu.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette lecture addictive.

La route 117

La route 117 de James Anderson aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Clément Baude

” Cecil Boone était le patron du relais routier Stop’n’Gone. Situé sur la route 191, à la sortie de Price, Utah, le Stop’n’Gone était un relais indépendant et médiocre, perdu sur une étendue de sable et de roche brisée, avec l’air minable de ces établissements obligés de pratiquer des prix bas faute d’avoir autre chose à proposer. Cecil, la cinquantaine passée, était un homme aussi trapu qu’aigri. Il se tenait la caisse du petit supermarché. Depuis huit ans que j’achetais mon diesel ici presque chaque jour de la semaine, je ne l’avais jamais vu sourire. Jusqu’à cette matinée enneigée d’octobre. (…) J’ai payé mon diesel.

« Quelqu’un a laissé quelque chose pour toi à la pompe n°8 », a-t-il dit. “

Comme chaque matin, avant de faire ses livraisons sur la route 117, Ben passe à la station faire le plein de son camion.

Une surprise l’attend à la pompe n°8 et pas des moindre. Un mot accompagne cet étrange colis.

” S’il te plaît, Ben, Grosse galère, Mon fils. Emmène-le aujourd’hui. Il s’appelle Juan. Confiance à toi seulement. Ne dis à personne. Pedro. “

Ce qui est surprenant, c’est qu’il connaît à peine Pedro. Alors pourquoi l’avoir choisi pour veiller sur son fils ?

Cette journée est à peine commencée, qu’elle lui réserve déjà son lot de surprises.

Il prend malgré tout la route pour honorer comme il se doit ses livraisons, ses clients comptent sur lui. Et rien ne l’empêchera de se renseigner pour retrouver Pedro sur le chemin.

” Ça secouait. La route ressemblait de moins en moins à une route et de plus en plus à une piste défoncée, semblable à celles que j’empruntais chaque jour pour livrer des biens de nécessité et de rares objets de luxe aux coyotes, aux ranchers miséreux étaux exilés de tout poil qui avaient choisi de vivre le long de la 117. Même si la neige et la pluie n’avaient pas ramolli la terre, j’étais prudent, à l’affût. “

Plus tard dans la journée, une terrible nouvelle va l’obliger à interrompre ses recherches. Son ami John, un prédicateur farfelu qui arpente la 117 avec sa croix, vient d’être grièvement blessé et abandonné au bord de la route.

Ben va tout mettre en œuvre pour le sauver, tout en cherchant le responsable de ce crime.

Il va se retrouver au cœur d’une enquête terrifiante des plus étranges.

Ce que j’en dis :

Je n’avais pas encore croisé sur ma route d’indien routier, maintenant c’est chose faite et j’aime autant vous dire que cette rencontre ne m’a pas laissé de marbre, bien au contraire.

En prenant la route 117 en compagnie de Ben, j’ai vécu une aventure extraordinaire sous haute tension, me retrouvant piégée pendant 350 pages avec beaucoup de mal pour m’en libérer, tellement le plaisir était intense et l’envie de poursuivre l’aventure sur cette route, immense.

Et puis il faut reconnaître que la présence de cet indien au grand cœur, à l’humour mordant m’a fait craquer. Je suis tombée sous son charme et suis devenue complètement accro à la plume de son créateur, James Anderson.

Bien évidemment je mériterais d’être mis au pilori, attachée et torturée par ses ancêtres (de Ben, je précise) pour ne pas avoir lu Desert Home, qui bien sûr se trouve dans ma bibliothèque. Mais bon, ça ne m’a pas pour autant empêché d’apprécier pleinement ce deuxième volet, et je suis bien décidée à remédier à cette lacune rapidement.

Je reprendrai la route 117 bordée d’un resto fermé depuis Mathusalem, vers cette ville fantôme, où les habitants surnommés les coyotes, résistent aux temps qui passent.

Une flopée d’âmes perdues qui vivent isolées du monde, fuyant peut-être on ne sait quoi ou même on ne sait qui ? Chacun portant son fardeau et même sa croix comme John, le pécheur repenti.

La route 117 pourrait être une succursale du fin fond de l’Alaska où les criminels se réfugient, mais elle est pourtant bien là, comme un mirage, coupant le désert de l’Utah.

Une route que Ben connaît par cœur, lui qui lui est fidèle à bord de son camion et la sillonne toute l’année pour ravitailler autant que possible ceux qui voudraient se faire oublier.

Alors il n’est plus à une tempête près…

Et je suis sûre qu’il n’aura rien contre un peu de compagnie, alors n’hésitez surtout pas à grimper dans sa cabine, vers Desert Home, sur la route 117 là où la folie des hommes ne meurt jamais.

Un formidable thriller, porté par une plume fascinante qui va vous hanter longtemps.

Un voyage américain d’exception.

Pour info :

James Anderson est né à Seattle et a grandi dans le Nord-Ouest Pacifique. Il est diplômé de Reed College et d’un Master d’écriture de Pine Manor College.

Ses écrits ont été publiés par de nombreux magazines dont The Bloomsbury Review, New Letters, Northwest Review

Il a notamment été éditeur et rédacteur en chef chez Breitenbush Books.

Après Desert Home (2017), La route 117 est son deuxième roman à paraître en France. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette virée envoûtante et bouleversante sur la route 117.

Cinq cartes brûlées

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière aux Éditions Fleuve Noir

Sanglante agression dans un hôtel à Saint-Flour

Un premier témoignage glaçant

(…) Interrogée par la police, Caroline V. N’a pas été en mesure de dire si quelqu’un d’autre était entré ou sorti de la pièce où s’est déroulé le drame. Mais ce qu’elle a pu en voir témoigne d’une agression violente. « Il y’a du sang partout, même sur les murs. » Un évènement qui restera pour elle une expérience traumatisante. Les deux protagonistes du drame ont été hospitalisés. Si la femme semble présenter des blessures superficielles, l’homme retrouvé entièrement dévêtu au milieu d’une marre de sang est dans un état critique.

M. Rusa Cher – la montagne.fr – 21 octobre 2011 “

Pour comprendre cette fin de partie sanglante, il va falloir redistribuer les cartes, remonter le temps, se prendre au jeu tout en restant bon joueur, car l’auteure de ce thriller psychologique dispose de quelques jokers pour brouiller les pistes.

Parmi les joueurs, nous allons croiser Laurence Graissac, et son frère Thierry qui adore jouer les tyrans avec sa sœur. Sans oublier la mère qui gère comme elle peut son divorce et l’éducation de ses enfants. Puis le docteur Bashert s’invitera à la table et mise après mise, ce pigeon pourrait bien y laisser quelques plumes.

Laurence a perdu quelques parties au cours de sa vie, elle n’a pas toujours eu les bonnes cartes entre ses mains, elle n’a pas toujours misé sur le bon cheval et les blessures du passé sont difficiles à effacer et pourtant lorsqu’elle croise la route de Bashert, elle s’autorise à espérer une vie meilleure, encore faudra-t-il que cette fois, la nouvelle donne soit enfin la bonne.

Ce que j’en dis :

Comme d’habitude je fais le choix de rester vague, car quel intérêt de vous dévoiler toute la mise en scène de cette histoire divinement orchestrée.

Car des atouts, il en a ce roman, bien davantage que dans un jeu de tarot c’est certain.

Il possède déjà une belle plume, une plume qui roman après roman a gagné en maturité et en intensité.

À travers ce thriller psychologique qui flirte avec le roman noir, Sophie Loubière explore l’univers complexe de la famille , parfois destructeur pouvant occasionner dès l’enfance certains traumatismes qu’il faudra apprendre à gérer à l’âge adulte si c’est encore possible, tant parfois les dégâts sont irréversibles.

Tout comme l’univers du jeu, d’un abord attrayant, divertissant mais qui peut très vite entraîner le joueur vers le vice d’une addiction dangereuse.

Comme dans un jeu de cartes, chaque personnage joue un rôle important et plonge le lecteur dans une partie endiablée qui conduira vers un dénouement surprenant, complètement inattendu.

En s’inspirant d’un réel fait divers, l’auteure a réussi d’une main de maître à construire un véritable château de carte, une histoire aussi bouleversante que démoniaque, l’histoire d’une petite fille trop souvent brimée qui rêve d’être un jour une reine de cœur.

Vous pouvez d’ores et déjà miser sur Cinq cartes brûlées, c’est gagné d’avance.

Pour info :

Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre l’écriture et le journalisme (« Parking de nuit » sur France Inter, « Info Polar » sur France Info) avant de se consacrer pleinement à la littérature.

Elle a publié une dizaine de romans et une centaine de nouvelles policières. En 2011, L’Enfant aux cailloux, plusieurs fois primé et traduit en langue anglaise, lui vaut une reconnaissance internationale. En 2015, À la mesure de nos silences revient sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale sous la forme d’un road-movie initiatique. En 2016, White Coffee prend ses quartiers du côté de la mythique Route 66, faisant suite à Black Coffee, avec ce même attachement porté à fouiller les abîmes de l’âme humaine au travers de décors fascinants.

Je remercie Sophie pour ses délicates attentions, et lui souhaite de rafler au passage quelques prix bien mérités.

City of Windows

City of Windows de Robert Pobi aux Éditions Les arènes

Traduit fe l’anglais (États-Unis) par Mathilde Helleu

 » La vue sur Park Avenue ressemblait à une tranchée étroite, ce qui faisait paraître le tir plus simple qu’il n’était. En réalité, ce salaud avait dû composer avec une multitude de paramètres : le vent, la neige, le manque de visibilité, les réglages du fusil (ainsi que sa potentielle défaillance) , l’habillement et la distance. Il n’avait qu’une infime fenêtre de temps pour tout ajuster. Ce n’était pas un coup que le premier tireur venu pouvait faire. (…) Tirer d’ici, c’était comme essayer d’enfiler un fil à coudre sur le dos d’un taureau mécanique. Cela ne laissait qu’un infime instant pour viser, inspirer, calculer la distance et appuyer sur la détente.

Quasiment impossible. “

Malgré la tempête de neige qui s’est abattue sur New-York, paralysant toute la ville, un sniper a réussi le tir parfait, en tuant par la même occasion un agent du FBI au volant de sa voiture.

Suite à cet exploit, entre en scène l’ancien agent Lucas Page, censé aider le FBI, à comprendre d’où le tir est parti.

Luca Page semble posséder un don surnaturel pour lire les scènes de crime. Il analyse et comprend en un clin d’œil les angles et les trajectoires d’où proviennent les tirs. Il est le plus à même à trouver cet impitoyable sniper.

Ce premier meurtre annonce les hostilités du tueur, le début d’une longue séries d’exécutions méticuleuses…

” Dehors, la neige tombait toujours par paquet et enfouissait la ville sous un nouvel âge de glace. Presque tout Manhattan était paralysé d’une manière ou d’une autre. Les infrastructures et commerces essentiels n’étaient plus à même de fonctionner normalement. Les taxis et leurs homologues de troisième ordre étaient les seules voitures dehors ; la plupart des automobilistes craignaient trop la neige pour sortir dans la féerie arctique … (…) Comme disait dans leur jargon les urbanistes du XXI° siècle, c’était un sacré bordel.

Mais pas pour l’homme au fusil. En moins d’une semaine, il avait gagné sa place dans les livres d’histoire. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, rien n’arrêtait ce type. Il ferait parler de lui pendant des années et intégrerait les manuels de l’Académie à Quantico. (…) Il serait immortel.

Mais qui était-ce ?

Ce que j’en dis :

À peine arrivé dans Les Arènes Équinox, et déjà le grand Robert Pobi se fait remarquer avec ce Page Turner épatant , du premier choix aux qualités taille américaine xxxxxllll. C’est juste pour que vous fassiez vite fait un aperçu de la grandeur de ce thriller aussi haute que les buildings de Manhattan.

On pourrait croire à une histoire banale de sniper américain mais ce serait sans compter sur le talent de l’auteur que j’avais déjà adoré dans son premier récit : L’invisible.

Car cette histoire n’a vraiment rien de banal, vous verrez, je ne vais quand même pas spolier. Et puis le sniper aussi exceptionnel soit-il, même si évidemment il est impossible d’y faire abstraction, se fait gentiment voler la vedette par Luca Page, un personnage extrêmement attachant et intéressant qui a une fâcheuse tendance à énerver ses supérieurs tellement il est bon. Un personnage hors norme, atypique, au physique très particulier (ça aussi vous verrez) et avec un passé peu commun qui le conduira à devenir un homme reconnaissant.

On peut déjà se réjouir, il est fort probable que ce soit le début d’une longue série d’histoires, toutes aussi spectaculaires où l’on retrouvera Luca avec un grand plaisir, en tout cas je l’espère.

Inutile de vous en dire plus, ce thriller palpitant a tout pour vous plaire avec sa méga dose de suspense, ses personnages fascinants, son histoire remplie de tiroirs secrets qui risquent de vous amener vers une procrastination inévitable.

Retenez bien ce titre : City of Windows, cet auteur: Robert Pobi et cette maison d’éditions : Les arènes, vous avez devant vous le trio gagnant du parfait thriller de la rentrée littéraire 2020, à ne surtout pas manquer.

Vous voilà prévenus.

Pour info :

Inlassable voyageur, Robert Pobi est un écrivain canadien.

Il a travaillé dans le monde des antiquités avant d’écrire son premier roman L’Invisible (2012), suivi de Les Innocents (2015), tous deux publiés chez Sonatine. Ses romans sont traduits dans plus de quinze pays.

Durant son temps libre, il pêche, se passionne pour l’art américain du XX siècle et écoute Motörhead.

City of Windows est son troisième thriller, publié récemment aux Éditions Les arènes.

Je remercie infiniment Les éditions Les arènes pour ce récit absolument fascinant.

Sang chaud

Sang Chaud de Kim Un-Su aux Éditions Matin Calme

Traduit par Lise Charrin

À cette période de l’année, la mer de Guam est toujours recouverte de ce brouillard, accompagné d’une puanteur malséante, disons, celle que dégagerait des parties génitales atteintes d’une maladie vénérienne. On a coutume de dire que l’emblème de Guam est son vieux funiculaire, en vérité il s’agirait plutôt de ce brouillard gorgé d’humidité salée avec son odeur d’eau croupie. Les touristes, choqués, se bouchent le nez et les commerçants se plaignent de l’impact d’une telle pestilence sur leurs affaires. Quelques notables de Guam ont essayé d’en trouver l’origine : certains avancent l’hypothèse qu’elle viendrait des algues qui pourrissent, d’autres pensent qu’elle est due au rejet des eaux usées directement dans la mer, sans traitement. D’aucuns évoquent la décomposition des poissons et des crustacés morts, accumulés le long de la digue depuis sa construction. Certains prétendent carrément qu’elle provient de la putréfaction des nombreux cadavres jetés à l’eau. Enfin, le pasteur du quartier a sermonné la population, clamant qu’il s’agissait de l’odeur du péché et qu’elle ne disparaîtrait qu’après le repentir des coupables par la mortification de leur chair. Huisu se dit que le pasteur a sans doute raison, car Guam est à ce point irrécupérable que même ce pasteur a été arrêté et emprisonné, quelques temps après, pour pédophilie. “

Guam, quartier on ne peut plus sordide de Busan réparable à son vieux funiculaire mais surtout par la puanteur qui émane de la mer qui borde cette ville de Corée.

Dans cet endroit sordide, la pègre est dans la place, et les docks sont le lieu idéal pour les trafics en tout genre.

Guam n’a rien d’une ville paradisiaque, elle est en plus sous la coupe du Père Sohn, un chef de gang qui cumule lâcheté et cruauté. Il est aidé par son fidèle lieutenant Huisu, son fils spirituel.

Ici, vaut mieux éviter de se faire remarquer, et surtout vaut mieux régler ses dettes, à moins de préférer finir au fond de la mer après être passer dans les mains d’un surineur.

” Il est mort bêtement en voulant faire le malin. Un voyou qui veut frimer comme un con, tchao, il dégage. “

Les dettes, un fléau pour certains, une mine d’or pour d’autres …

” Tout cela n’a rien d’étonnant : tous les voyous et toutes les prostituées sont perclus de dettes. Le moteur qui fait tourner Guam n’est pas nourri par les passions ni par les rêves, mais par les montagnes de dettes qui les pourchassent tous. “

Depuis quelques temps Huisu s’interroge. À quarante ans il est lasse de cette vie minable, il aimerait bien en changer et pourquoi pas épouser la femme qu’il aime depuis l’enfance.

Alors quand une occasion se présente, il quitte le Père Sohn et tente de monter son propre business. Mais hélas, il va se retrouver impliqué au cœur d’une guerre de clan. Sa vie paisible est plongée en plein chaos, pas sûr que cette fois tout se passe comme prévu…

Ce que j’en dis:

Pour être surprise et lire autre chose que du déjà vu, ou déjà lu, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, à quitter sa zone de confort et voguer vers d’autres horizons et ça tombe bien, c’est tout à fait ce que nous propose, cette nouvelle maison d’éditions : Matin Calme.

Direction la Corée en plein cœur de la mafia, où les couteaux à sashimi finissent rarement au lave-vaisselle, mais plutôt plantés dans le corps d’un voyou. Ici point de flingues, mais des lames bien tranchantes, plus discrètes et quasiment toujours à portée de mains.

Ils ont le sang chaud par ici, c’est le moins qu’on puisse dire. Et faut pas trop les énerver, ni tenter de les arnaquer, avec la mafia, vaut mieux marcher droit.

Vous voilà prévenus, au cas où vous envisageriez de postuler pour un job de malfrat chez les coréens.

Trêve de plaisanterie, toujours très attirée pour ma part par la littérature américaine j’ai été infiniment surprise d’être à ce point conquise par ce roman.

Direct le décor est planté, et nous entraîne dans une atmosphère particulière dans l’ambiance de Busan, où la Mafia coréenne règne de manière tentaculaire.

L’auteur nous offre des personnages hauts en couleurs, au passé tout aussi sombre que le présent, mais dont certains comme Huisu ne sont pas totalement démunis d’humanité.

Kim Un-su possède un style brillant, une écriture brute, cash, tranchante, et accrocheuse.

Ce menu coréen, épicé à la sauce mafia, parsemé de violence mais pimenté d’une dose d’amour est à déguster sans modération.

Les grands amateurs de polars peuvent se réjouir, une nouvelle maison qui tient déjà toutes ses promesses est dans la place, avec un menu d’exception pour l’ouverture des festivités 2020, et obtient direct sa première étoile.

Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Pour info:

Kim Un-su est né à Busan, Corée du Sud, en 1972.

Enfant, Kim Un-su a arpenté les rues du haut de Busan, celles où vivaient les familles pauvres et les voyous en herbe. Il publie ses premiers textes, des nouvelles, dans des revues en 2002 et 2003 avant de sortir un premier roman, totalement foutraque, moqueur et paranoïaque, en 2006, Le Placard (Gingko Éditeur). En 2010, il publie son premier polar, Les Planificateurs (L’Aube, 2016) qui lui assure un succès mondial.

Sang chaud est paru en 2017 en Corée. Il a déjà été vendu dans une douzaine de pays dont Doubleday (éditeur entre autres de Dan Brown, Stieg Larsson)

Kim In-su a reçu le prix MunhakDongne Fiction pour le Placard en 2006, et a été finaliste du Grand Prix de Littérature Policière pour Les Planificateurs.

Je remercie Camille de l’agence Trames et les Éditions Matin Calme pour ce menu coréen d’exception.

Le second disciple

Le second disciple de Kenan Görgün aux Éditions Les Arènes

” Sous la surface policée du monde s’agitent des bêtes d’une autre engeance. “

En prison on purge sa peine plus ou moins longue et c’est l’occasion de faire d’autres mauvaises rencontres, comme cet ancien militaire belge, Xavier Brulein, qui va tomber sous la coupe d’Abu Brahim, un prédicateur islamiste. Abu Brahim est le seul de son réseau à avoir été capturé, le seul membre derrière les barreaux. Il est convaincu d’avoir été sacrifié.

 » Abu Brahim n’a jamais eu la prétention de lui apprendre quoi que ce soit. Il lui a juste parlé de ce qu’il savait, il ne l’a jamais pris de haut. Ils se sont assis par terre, les yeux dans les yeux, et ils ont voulu faire le ménage dans le désordre du monde. Abu Brahim n’a pas discuté ses idées quand elles différaient des siennes, il s’est tu pour respecter sa parole. Assis par terre pour faire le ménage du monde, Abu Brahim lui a dit un jour: « Toi, ton cerveau est bizarre. Mais j’aime ça. Il faut être fait différemment pour faire la différence. »

À sa sortie de prison, il est converti, Xavier est devenu Abu Kassem. Il ne lui reste plus qu’à infiltrer la cellule terroriste qui semble avoir trahi Brahim, et mener à bien sa mission. En comparaison le 11-septembre sera l’enfance de l’art.

” – Personne ne sortira de là vivant. “

” Un acte foudroyant qui ramènera l’Histoire à zéro. “

Ce que j’en dis :

Vu la thématique de ce récit, j’étais loin d’être emballée au départ, mais comme il fait partie de la team des arènes, qui m’a déjà agréablement surprise plus d’une fois, je n’ai pas hésité plus longtemps.

On peut dire que ce roman est absolument hors norme, écrit par un Belge d’origine turque, à travers une construction très particulière et plutôt percutante, il nous entraîne au cœur du terrorisme , mettant en scène un terroriste qui purge sa peine derrière les barreaux et son jeune poulain, un codétenu qu’il a radicalisé avant qu’il ne soit libéré de prison.

L’auteur instaure une tension permanente, et nous offre un scénario on ne peut plus réaliste qui n’est pas s’en rappeler de cruels et meurtriers attentats perpétrés à travers le monde.

Inquiétant, dérangeant ce thriller risque d’en surprendre plus d’un, mais il faut bien avouer qu’il est plutôt surprenant et d’une écriture remarquable même s’il a réveillé en moi certaines peurs inévitables.

Une suite est prévue, vous voilà prévenus, en attendant restez vigilants.

Pour info :

Kenan Görgün est un écrivain belge d’origine turque.

Il fait ses études à Bruxelles dans une école francophone. À quinze ans n’ayant jamais lu, il commence à écrire. Un an plus tard, il découvre Stephen King puis Paul Auster.

Il suit les cours d’écriture du professeur écrivain Gustave Rongy. Il contribue d’abord à la revue « Marginales » avant de publier ses premiers poèmes et nouvelles.

Il est aussi un scénariste primé, membre de l’Association des Scénaristes de l’Audiovisuel.

Il a écrit des chansons pour le groupe de rock O.I.L. .

Je remercie les Éditions les arènes pour cette lecture cruellement inquiétante.

“ Paz ”

Paz de Caryl Férey aux Éditions Gallimard

“ L’affaire qui l’occupait sentait la pisse froide. Lautaro avait doublé les récompenses pour obtenir des infos, sans résultat. Les cadavres s’accumulaient. Plus d’une trentaine, dont la moitié hors de sa juridiction, et tous n’avaient sûrement pas encore été découverts : un bombardement de morts, par petits bouts éparpillés comme des munitions à fragmentation touchant la population civile. Les médias n’étaient pas au courant, focalisés sur les premières élections depuis les accords de paix. Ça ne durerait pas.  »

Lautaro Bagader est chef de la police criminelle de Bogota, il est aussi le fils du Procureur général de la Fiscalia et le frère d’un ancien du FARC, aujourd’hui disparu.

À la veille des élections présidentielles, des corps mutilés sont retrouvés qui n’est pas sans rappeler les massacres de la Violencia des années 50.

” – Nous soupçonnons une organisation criminelle de grande envergure d’être l’auteur de ces massacres : le Clan du Golfe est la première sur notre liste. (…)

– La paix a été signé par presque tous les belligérants ; vous vous doutez bien que si vous ou vos tueurs êtes responsables de ces massacres, aucune négociation politique et judiciaire ne sera admise. “

Diane Duzan, une journaliste d’investigation à El Espectador insatisfaite des informations de la police, au sujet de tous ces morts retrouvés à travers le pays, décide de mener sa propre enquête.

” Le processus de paix n’avait pas changé grand-chose, il n’y avait jamais eu autant de coca cultivée dans le pays – plus de trois cent mille hectares. La proximité avec la frontière équatorienne faisait de Nariño un passage obligé pour le trafic de drogue, rendu plus dangereux par la dissidence des combattants d’extrême gauche et l’arrivée des cartels mexicains sur le territoire. La guerre pour le contrôle de la production tuait les hommes mieux que les mauvais alcool et les balles perdues des bars où les raspachines se réunissaient le week-end , un hécatombe qui frappait les pères et voyait les fils s’engager parmi les combattants des différentes forces armées, pour le malheur des veuves chefs de famille. “

Au cœur de la Colombie, une fois encore la violence et la corruption font rage, tout comme la drogue et la prostitution dans un climat politique sous haute tension.

À travers cette tragédie familiale aux allures shakespeariennes, Caryl Férey nous plonge dans les coulisses historiques de l’horreur colombienne.

Ce que j’en dis :

Absolument fan de ce baroudeur depuis la lecture de Mapuche, puis Zulu, et ainsi de suite … il était certain que je prendrais grand plaisir en m’aventurant dans son dernier roman, Paz. J’ai enfilé mon gilet pare-balle par précaution puisqu’il était question de Violencia et bien à l’abri dans mon salon, j’ai filé direction la Colombie.

A peine arrivée, j’en ai pris plein les yeux, de même que Lautaro, se réveillant la main sur les fesses d’une femme… Ça commence fort, mais le meilleur reste à venir.

Enfin le meilleur pour le lecteur, car pour ceux qui se baladent dans cette histoire, c’est pas gagné. La violence est omniprésente, en même temps vu le contexte on y est préparé.

Et quoiqu’en disent certaines mauvaises langues (à mon avis des jaloux qui écrivent avec leurs pieds ) ce thriller c’est une « tuerie ».

Bien sûr, c’est brutal, et même si le processus de paix est en cours, il est certain que ce n’est pas simple pour les colombiens.

Caryl Férey nous épargne du mieux possible en minimisant autant que faire se peut certaines situations mais s’il veut rester crédible, lui qui n’hésite pas à enquêter sur place, à se rendre sur le terrain avec ses acolytes, il ne peut évidemment pas tout supprimer sinon quel intérêt.

Alors si tout comme moi, vous aimez ceux qui écrivent avec leurs tripes mais aussi leur cœur, ce livre est fait pour vous comme il le fut pour moi, et ce n’est pas quelques scènes un peu hard qui vont vous empêcher de découvrir ce voyage en Colombie. Y’a de la haine, de la corruption, de la prostitution, des massacres, des trahisons, une famille divisée, mais y’a aussi de l’amour, ça laisse un peu d’espoir non ?

C’est signé Caryl Férey, de la bonne came de Colombie pure et dure.

Pour info :

Paz est disponible en version audio, lue par Michel Vigné, depuis le 10 octobre 2019 dans la collection Écoutez Lire.

2 CD MP3 / 20 h d’écoute environ.

Biographie (Emprunté sur le site des Étonnants voyageurs)

L’idole du romancier Caryl Ferey n’est pas un homme de lettres : c’est Joe Strummer, le mythique leader des Clash, dont le punk contestataire a bercé son adolescence. Un « modèle d’éthique » dont il envie l’intransigeance et la droiture morale et avec lequel il partage une véritable rage, palpable dans chacun de ses polars.

Dopé au rock, Caryl Ferey se lance à 17 ans dans l’écriture d’une saga « romantico-destroy » : un pavé impubliable, sorte de road-movie à la Mad Max, magnifiant les aventures et les excès de son adolescence bretonne. L’excès est l’un des leitmotiv de sa vie : il en fera l’éloge en 2006 dans un court recueil de textes publié par Gallimard. Méprisant le « confort bourgeois », avide de mouvement, de rencontres, Caryl Ferey s’embarque sitôt majeur dans un tour du monde qui le conduira en Océanie, sur les traces du grand Brel, autre figure importante de son panthéon personnel.

Il tombe alors amoureux de la Nouvelle-Zélande : le « pays du long nuage blanc » sera dix ans plus tard le décor des deux thrillers au lyrisme brutal et aux dialogues ciselés, Haka (1998, « ressuscité » chez Folio Policier en 2003) et Utu (2004), qui l’imposent dans le milieu du polar français. Loin des clichés édéniques, ces deux romans mettent en scène les durs à cuire Jack Fitzgerald et Paul Osbourne, flics des antipodes, en butte aux relents du passé colonial du pays du « kiwi » et aux violences du libéralisme à tout crin des années 1980. Après le Prix SNCF du polar français reçu en 2005 pour Utu, Zulu, dont l’action se situe cette fois dans l’Afrique du Sud post-apartheid, lui vaut en 2008 une ribambelle de distinctions : Prix des Lecteurs des Quais du Polar de Lyon, Grand Prix du Roman Noir Français au festival du film policier de Beaune, prix Nouvel Obs du roman noir, prix des lectrice du magazine Elle… Une adaptation pour le cinéma est présentée a Cannes en 2013, gros succès.

Caryl Ferey sévit aussi régulièrement sur les ondes : il écrit de nombreuses pièces radiophoniques pour France Culture. En novembre 2008, la station a notamment diffusé en direct sa fiction « Crevasses », une création post-apocalyptique mêlant théâtre, musique, rap et slam, à laquelle ont collaboré la rappeuse Casey et l’écrivain Jean-Bernard Pouy. Friand d’expérimentations, Caryl Ferey s’est également frotté à Internet, en écrivant le texte de la web-fiction Muti proposé sur le site du Monde lors de la Coupe du Monde de football de 2010 : un véritable roman-feuilleton interactif entrainant l’internaute dans les bas-fonds de Cape Town…

Après ses polars sud-américains, Mapuche en 2013, opus noir et déjanté sur la communauté indigène Mapuche, Condor, roman engagé qui nous transporte dans une folle enquête à travers les grands espaces chiliens, Caryl Ferey est parti se perdre en Sibérie pour nous livrer l’étonnant Norilsk : récit de ses « vacances » par -30° dans une ville minière en autarcie, réputée la plus poluée du monde.
Mais le prolifique écrivain globe-trotter est déjà de retour avec un polar, publié chez Série Noire, Plus jamais seul. L’occasion de rapatrier son héros préféré en Bretagne : le truculent McCash. Cet ex-flic borgne, inspiré par un camarade d’école ayant perdu un oeil dans un accident de moto, est un héros récurrent de Caryl Ferey. McCash, aussi attachant que cynique, décide d’enquêter sur la mort de son meilleur ami. Une enquête qui va le conduire jusqu’en Méditerranée, où il aura fort à faire face aux trafiquants d’être humains et exploiteurs de toute espèce. Un roman noir et engagé où on retrouve les préoccupations politiques de Caryl Ferey, mais où on rit aussi beaucoup !

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée colombienne sous haute tension.