L’ange rouge

L’ange rouge de François Médéline aux Éditions de La Manufacture de livres

“ La croix était fixée à l’horizontale. Une croix en bois brut, clair. Les quartes flambeaux étaient cloués à la coque. La mort se mélangeait à l’air chargé de vase et de rivière. Je me suis agrippé à la croix. J’ai effleuré les tibias. J’ai fait deux pas chassés pour longer les fils verts. Les fils verts remontaient les cuisses jusqu’à l’abdomen. Ils étaient pâles, assortis à la peau rigide que j’ai devinée froide sous le latex. […] L’orchidée flottait. J’ai discerné son cœur qui pompait le sang des chevilles à vif grâce à des tiges aériennes aux couleurs de l’espérance. ”

À Lyon, à la tombée de la nuit surgit sur la Saône, un radeau tout illuminé par une croix où un corps mutilé y est crucifié.

Une orchidée orne le cadavre donnant à cette mise en scène un côté artistique assez macabre.

Le crucifié de la Saône devient le nouveau défi de commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle.

La ville n’a jamais été face à un crime aussi horrible et aussi spectaculaire.

“ Nous avions hérité de l’affaire du siècle. Mon affaire. Le tueur aux orchidées. Le crucifié de la Saône. ”

Pas de temps à perdre, ni le temps de s’attarder sur les problèmes avec la hiérarchie, si l’équipe des six enquêteurs veut mettre la main sur ce tueur fou. Certaines règles et même certaines convictions devront être mises de côtés s’ils veulent obtenir des résultats rapidement.

Une véritable course contre la montre est en route, à en perdre le souffle.

Un seul objectif : trouver ce tueur, si possible avant qu’il récidive.

Ce que j’en dis :

J’ai entendu dire que François Médéline serait le descendant français de l’américain James Ellroy qui m’attend patiemment dans ma bibliothèque. Du coup ça me donne très envie de le dépoussiérer maintenant que j’ai enfin découvert la plume extraordinaire de Médéline.

Lui qui a tué Jupiter (fallait oser quand même) dans un de ses romans (que j’ai très envie de lire maintenant) n’est autre que le scénariste de Pike de Benjamin Whitmer en cours d’adaptation cinématographique (un de mes chouchous américains qui rêvent de se débarrasser lui aussi de son clown peroxydé) c’est dingue ces coïncidences tout de même.

En attendant découvrons L’ange rouge …

D’entrée l’auteur t’amène dans le vif du sujet et te débarque sur cette scène mortelle. Te voilà piégée, menottée à ce flic écorché vif que tu ne pourras plus quitter avant le final.

Rien n’est laissé au hasard, et c’est sous une tension extrême et permanente que Lyon cette ville lumière profanée par cette sombre histoire va t’offrir une visite très particulière avec pour guide Dubak et son équipe de fin limier, prêts à tout pour mettre fin à cette barbarie, qui entache le décor.

Avec un style puissant, des personnages réalistes barrés juste comme il faut qui portent l’histoire à bout de bras en vrai héros, dans cette ville qui tient son rôle à merveille, François Médéline nous offre du noir dans toute sa splendeur.

Un polar de haut vol, puissant, brillant et ambitieux qui rejoint la grande famille des auteurs incontournables du noir.

L’ange rouge vous offre un voyage où les âmes perdues atteindront un jour l’au-delà après quelques détours dans cet abime emplit de noirceur.

C’est publié à la Manufacture et c’est vivement recommandé par Dealerdelignes…

Un bouquin pareil ça se refuse pas, ça se savoure…

Et pour ma part, j’ai hâte de de découvrir les précédents maintenant que je connais cette plume prodigieuse.

Pour info :

Né en 1977 dans la région lyonnaise, François Médéline émigre à Romans-sur-Isère à 11 ans pour y faire son apprentissage du rugby, du grec ancien et de l’amitié.

Durant son doctorat, il est chargé d’études et de recherches à Science Po Lyon, spécialisé en sociologie politique et en linguistique. Il vit et mange politique durant dix ans comme conseiller, plume, directeur de cabinet et directeur de la communication de divers élus. Il aime la belote coinchée, ramasser des champignons en Lozère, pêcher des perches au bord du lac Léman et sa famille.

Il n’écrirait pas s’il n’avait pas lu James Ellroy.

Il apprécie particulièrement les ambiances malsaines de David Lynch, le lyrisme parfois potache de Sergio Leone, La Naissance de Vénus de Boticelli et l’album Ssssh de Ten Years After.

Il est le scénariste de l’adaptation cinématographique du roman Pike de Benjamin Whitmer paru chez Gallmeister. Il a traversé l’océan Atlantique Nord à la voile, se consacre à l’écriture, s’occupe d’enfants dans une école de rugby et n’a pas vraiment de domicile fixe.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette plongée fascinante où la noirceur nourrit ces pages avec un style hallucinant.

Fahrenheit 451

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury aux Éditions Folio

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Chambon et Henri Robillot

“ Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l’igniteur d’une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir.

Comme à la parade, il avança dans une nuée de lucioles. Il aurait surtout voulu, conformément à la vieille plaisanterie, plonger dans le brasier une boule de guimauve piquée au bout d’un bâton, tandis que les livres , comme autant de pigeons battant des ailes, mouraient sur le seuil et la pelouse de la maison. Tandis que les livres s’envolaient en tourbillons d’étincelles avant d’être emportés par un vent noir de suie. ”

À la base, les pompiers sont censés éteindre les incendies pas de les déclencher. Pourtant, dans cette société future, où le livre est devenu antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, qui sont devenus interdits.

“ C’est toujours la nuit que l’alerte est donnée. Jamais en plein jour ! Est-ce parce que le feu offre un spectacle plus beau la nuit ? Parce que ça rend mieux, que ça en impose davantage ? ”

Les ordres sont les ordres. Pourtant le pompier Montag commence à entrevoir une autre possibilité, et s’autorise à rêver à un monde meilleur où la littérature et l’imaginaire ne serait pas bannis. Lassé de ce monde devenu artificiel, sans relief, il part en croisade contre cette pratique, tentant de sauver les livres, devenant un dangereux criminel qu’il faut éliminer, coûte que coûte.

Ce que j’en dis :

Profiter de cette magnifique édition collector pour enfin découvrir la plume de Ray Bradbury à la réputation mondiale.

« Ne jugez pas un livre d’après sa couverture » dit quelqu’un.

Classé dans la catégorie SF, ce livre ne serait peut-être pas passé entre mes mains sans cette originalité apportée à la finition de ce grand classique, récemment réédité chez Folio. Je suis persuadée qu’il fera la joie des bibliophiles, même de ceux qui le possédaient déjà.

Comme à mon habitude, je ne me suis pas attardée sur le synopsis et c’est horrifiée que j’ai découvert cette dystopie et les agissements de cette brigade 451, où les pompiers sont des pyromanes chargés de détruire les bibliothèques. Les livres étant devenus dangereux, ils sont amenés à disparaître sous les flammes de l’enfer.

Moi qui fait partie des bibliophiles, grande amoureuse des mots et des livres, découvrir ce récit était une véritable torture.

D’autant plus que même si on ne détruit plus les livres à notre époque, une nouvelle dictature est déjà en place face à la liberté d’expression. Nous sommes malheureusement confrontés à la haine de certains fanatiques qui se donnent le droit de mettre fin aux voix qui s’expriment.

Lire en 2020, en pleine pandémie planétaire ce roman publié en 1953, donne une saveur particulière à la lecture surtout face à l’actualité de ces derniers jours où un professeur d’histoire vient de perdre la vie assassiné par un fanatique.

Depuis quelques temps la science-fiction rattrape la réalité et certains auteurs du passé comme du présent deviennent de véritables visionnaires et commencent sérieusement à m’inquiéter sur ce qu’il adviendra de notre futur.

Un présent déjà envahit d’écran, alors qu’il est si bon de se laisser porter par des mots, des mots qui nous donnent une histoire, une histoire qui nous aide à nous échapper du quotidien en laissant au plus profond de nous l’espoir d’un monde plus beau.

Je terminerai avec quelques mots de Sophie Loubière, auteure de nouvelles percutantes entre autres, qui nous rappelle l’importance de la lecture : « Le monde est vaste à celui qui en tourne les pages. Et notre vie est trop courte pour qu’on ne rie pas de ses travers. Un accident est si vite arrivé. »

Lisez Fahrenheit 451, et surtout ne laissez personne détruire les livres, ni personne vous empêcher de lire, ou alors appelez moi, je l’enverrai brûler en enfer.

Pour info :


Né en 1920, Ray Bradbury s’impose rapidement comme un grand poète du fantastique et de la science-fiction avec ses Chroniques Martiennes . Auteur prolixe, il est également scénariste pour le cinéma (Fahrenheit 451 tourné par François Truffaut, Moby Dick de John Huston…)

Je remercie les Éditions Folio pour cette édition collector flamboyante.

Le voleur de plumes

Le voleur de plumes de Kirk Wallace Johnson aux Éditions Marchialy

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Doug Headline

Avant le sac à main Hermès ou les hauts talons Louboutin, l’indicateur le plus pertinent de votre statut social était l’oiseau mort. Plus celui-ci se parait d’exotisme, plus son prix grimpait, et plus son prix était élevé, plus le statut conféré à son propriétaire augmentait. Dans l’un des télescopages les plus étranges entre l’homme et l’animal, les plumes aux couleurs vives des oiseaux mâles, dont le développement et l’évolution avaient servi à attirer l’attention des femelles plus ternes, devinrent l’objet des pires braconnages afin que les femmes puissent attirer les hommes et exhiber la hauteur de leur perchoir au sein de la société. Au bout de millions d’années d’évolution, les oiseaux étaient devenus trop beaux pour n’exister qu’au bénéfice leur propre espèce. ”

De tout temps, les oiseaux se sont fait plumer de leurs parures jusqu’à pour certains devenir des espèces en voie de disparition.

Tout commença avec Marie-Antoinette, qui bien avant de se faire couper la tête, lança la mode des plumes en arborant un bijou qui en était paré. Et le carnage ne fit que commencer au profit de la mode…

“ Dans l’un de ces appels à agir, lors d’une conférence Audubon à New-York en 1897 au musée national d’Histoire naturelle, l’ornithologue Frank Chapman évoqua les oiseaux de paradis entassés dans les ateliers de modistes : « Cet oiseau superbe est aujourd’hui presque éteint. Si la mode s’empare d’une espèce, celle-ci est condamnée. Seules les femmes détiennent le pouvoir de remédier à ce grand mal. »

Sans Alfred Russel Wallace un naturaliste peu connu du dix-neuvième siècle, qui ramena en Europe de ses expéditions une collection de spécimens rares, aux couleurs éclatantes, beaucoup auraient disparu à jamais et cette histoire n’aurait même pas vu le jour.

C’est en entendant parler de cette importante collection qui était conservée dans le musée d’Histoire naturelle de Tring en Angleterre que notre jeune musicien passionné par le montage de mouche pour la pêche décide d’organiser le plus grand vol du siècle en matière d’histoire naturelle.

« Vous avez dû être choqué quand vous l’avez appris, dis-je, faisant référence au vol.

– Le fait qu’un tel acte ait été commis ne me parait pas choquant du tout. Quand quelque chose est rare, les gens deviennent créatifs », répondit-il.

À son tour, Kirk Wallace entend parler de cette histoire pour la première fois, lors d’une partie de pêche à la mouche. Il fut fasciné par cette affaire, qui éveilla chez lui un vif intérêt avec une terrible envie d’en connaître davantage. Il commence alors une véritable enquête pour découvrir ce que sont devenus ces fameuses plumes, et part sur les traces de ces obsessionnels capables de tout mais surtout à n’importe quel prix, pour posséder la beauté rare que nous a offert si généreusement la nature.

Ce que j’en dis :

Avant de vous parler de ce formidable récit, permettez-moi de souligner la beauté du livre et le soin que les Éditions Marchialy y ont apporté pour nous offrir un objet livre de toute beauté. Que ce soit la couverture, la présentation, ou la typographie, tout est de qualité et rend ce livre encore plus précieux pour les bibliophiles.

À travers ce récit, l’auteur nous offre une enquête très approfondie sur le monde des oiseaux, qui par leur beauté ont suscité hélas tant de convoitises. Il retrace tout le parcours de ces oiseaux qui se retrouvent en premier lieu dans les musées d’Histoire naturelle, puis subissent un véritable trafic au bénéfice de la mode, pour finir un jour une fois encore plumé au profit des passionnés de pêche à la mouche.

Une histoire vraie, passionnante qui aborde de nombreux thèmes à travers les années, tels que le trafic d’animaux, la destruction de la faune au profit de la science et de la mode, la cupidité, l’obsession du paraître , l’addiction, le désir de posséder, qui entraînent inévitablement la disparition de certaines espèces.

Un récit fabuleux, captivant et authentique qui nous révèle l’un des plus grand vol du siècle en matière d’Histoire naturelle que je vous invite à découvrir de toute urgence.

Pour info :

Kirk W. Johnson est un auteur américain et fondateur de The List Project, une organisation à but non lucratif qui aide les réfugiés irakiens, qui travaillait auparavant pour le gouvernement américain pendant la guerre en Irak.

Il a été coordinateur régional de l’agence américaine pour le développement international pour la reconstruction de Fallujah en Irak en 2005.

Son travail a notamment été publié dans le New Yorker, le New York Times, le Washington Post, le Los Angeles Times, le Wall Street Journal et Foreign Policy.

Je remercie les Éditions Marchialy pour cette envolée littéraire de toute beauté.

Larmes de fond

Larmes de fond de Pierre Pouchairet aux Éditions Filature(s)

“ C’est à cause de, ou grâce à, l’informatique que tout est arrivé. Ça a commencé par la rencontre d’un client à qui il a vendu un serveur destiné à abriter un site un peu spécial que, par pudeur, Yvonnick n’a jamais osé qualifier de facho, bien que les idées véhiculées y soient nauséabondes. Sa première tentation a été d’y injecter un virus et c’est ce qu’il a fait. La semaine suivante, son acheteur l’appelait au secours. Il s’était promis de lui faire un doigt d’honneur et de l’envoyer paître… Sauf qu’il ne l’a pas fait, pour une raison assez simple et qui a le don de faire tomber beaucoup de principes, surtout les siens : l’argent. ”

Yvonnick est un véritable geek, et comme sa boutique de dépannage informatique rapporte peu, pour arrondir les fins de mois il rends parfois quelques services. C’est comme ça qu’il a sympathisé avec le diable, apportant en plus son savoir faire en plongée sous-marine.

Lorsque Jean de Frecourt, un homme d’affaires semble porté disparu, Yvonnick se retrouve également dans la ligne de mire de Léanne commandante de police.

C’est avec sa sœur également commande de police, qu’elle va œuvrer pour résoudre cette étrange affaire où un important trafic de drogue semble lié à des magouilles politiques.

“ Voilà qui donne un tour nouveau à cette affaire, du rififi chez les Bourges. ”

Il est temps de découvrir ce qui relie ces deux hommes et surtout d’y mettre un terme.

Ce que j’en dis :

Si Pierre Pouchairet, ancien commandant de police, spécialiste de la lutte contre le crime organisé , menait ses enquêtes avec le même soin que dans ce récit, il a dû mettre un sacré paquet de criminels derrière les barreaux.

Si le Quai des orfèvres a perdu un fin limier, la littérature policière a gagné un orfèvre en écriture.

En mettant son expérience de terrain dans ses romans, il nous offre à travers ce nouveau polar, un récit rythmé, passionnant, réaliste avec des personnages féminins haut en couleur, tout en nous faisant profiter de sa région, où se passe notamment cette histoire.

Que ce soit l’enquête, les personnages, le lieu, son implication en matière de justice est sans failles.

Pierre Pouchairet signe bien plus qu’un grand polar, il nous entraîne dans une course infernale contre le mal et nous confronte à la pire espèce humaine, tout en rendant hommage à son ancien métier en mettant en scène deux femmes qui n’ont rien à envier à l’élite masculine.

Sur le Quai Quimpérois, l’écrivain veille, prêt à dégainer sa plume aux services des lecteurs friands de polar de haut vol.

Ne laissez pas Larmes de fond prendre le large avant d’y plonger votre regard, mais laissez vous embarquer à bord, et laissez-vous porter contre vent et marée dans cette aventure sous haute pression. Un palier après l’autre, cette plongée bluffante vous coupera le souffle.

À découvrir absolument.

Pour info :

Pierre Pouchairet, né en 1957, est un écrivain français, auteur de romans policiers.
Après une jeunesse dans le Berry, Pierre Pouchairet a intégré l’école des inspecteurs de police de Cannes Écluse en 1980.

De 1981 à 1987, il est affecté au sein de la brigade criminelle de la Police Judiciaire de Versailles. En 1987, il rejoint l’antenne de Nice de la Police Judiciaire de Marseille, où il y reste jusqu’en 1998 en tant que chef d’un groupe chargé de la lutte contre le trafic de drogue.

Cette époque a le plus marqué sa vie professionnelle.
De 1998 à 2012, il est envoyé pour plusieurs missions dans le monde (Afghanistan, Liban, etc.) notamment comme commandant en chef et attaché de sécurité intérieure.

En 2012, ayant la possibilité de solliciter sa mise en retraite il demande à bénéficier de ses droits pour rejoindre sa femme en poste à Naplouse en Cisjordanie.
Il se consacre alors à l’écriture.

Dans son premier roman, Des Flics français à Kaboul(Editions La boîte à Pandore), il relate son temps passé en Afghanistan.

Puis il écrit un premier polar très autobiographique Coke d’Azur (Editions Ovadia, épuisé). Il signe chez Jigal un premier roman : Une terre pas si sainte dont l’action se passe en grande partie en Israël, puis La Filière afghane où il fait une part belle à ses souvenirs afghans. Des écrits où réalité et fiction s’entremêlent. Son troisième livre, A l’ombre des patriarches, poursuite des aventures de Maïssa, policière palestinienne et de Guy et Dany, flics israéliens, suivra en février 2015.
Avec son quatrième roman, Mortels Trafics, publié en 2016, il est lauréat du prix du Quai des Orfèvres 2017.

Puis La prophétie de Langley obtient le prix du polar Michel Lebrun en 2017.

Aventures en Bretagne :

D’une rencontre avec Jean Failler, le créateur du « polar breton », naît l’idée d’une série policière ayant pour cadre principal la Bretagne. C’est ainsi que sort en juin 2018 chez l’éditeur Palémon, Haines, le premier volume d’une série mettant en scène un groupe de trois rockeuses quadras célibataires.

La série marque le retour de Léanne Vallauri (la personnage principale de Mortels Trafics), devenue chef de la PJ de Brest où elle retrouve deux amies de jeunesse : Élodie, médecin légiste et Vanessa, psychologue judiciaire. D’autres aventures suivront : La Cage de l’albatros, L’assassin qui aimait Paul Bloas, Avec le chat pour témoin.

L’actualité en toile de fond :

La série bretonne n’empêche pas l’auteur de poursuivre l’écriture de romans ancrés dans l’actualité. C’est le cas de Tuez les tous… mais pas ici, sorti chez Plon en mars 2018, qui relate, sur un fond de machination d’État, le départ de jeunes, attirés par les filières djihadistes, et de Larmes de Fond, dont la sortie est prévue en mai 2020 aux éditions Filature(s) Dargaud.

Je remercie Olivia et les Éditions Finitude(s) pour cette enquête sous haute tension

De nos ombres

De nos ombres de Jean-Marc Graziani aux Éditions Joëlle Losfeld

“ Cela arrivait à l’improviste. Presque chaque fois, par un chuchotement, puis avec le temps, sous bien d’autres formes encore. Ou bien était-ce simplement moi qui, plus attentif à ses manifestations, les décelais plus précocement – avant même que les mots ne surviennent – dans le grésillement erratique d’une lampe, la vibration discrète d’un objet, l’absence d’écho d’une cave … ”

Au cours de l’année 1954, à Bastia, Joseph un jeune homme de 12 ans découvre qu’il possède un don. Il pensait être possédé par une douce folie mais heureusement Mammö son arrière-grand-mère va l’aider à dompter et à accepter ce don.

En sa compagnie, après chaque manifestation il va tenter de décrypter les messages, remontant jour après jour le cours du temps vers des secrets de famille enfouis.

“ Certains se découvrent fous un couteau à la main, d’autres en se trouvant nus dans le regard des gens ; moi , c’est le râle crépitant d’un disque qui me l’apprit et le visage fardé d’un ténor italien vint confirmer la chose : j’étais fou. Les larmes vinrent aussitôt. Toutes étaient pour maman, pour le mal que j’allais lui faire. ”

Ce que j’en dis :

Dans l’ombre se cache une grande histoire. Murmure après murmure, elle se dévoile à Joseph, qui la partage avec nous.

Jean – Marc Graziani tisse une véritable intrigue, pleine de mystères et de croyances tout en musicalité, en véritable orfèvre.

Sa voix se confond avec celle de son personnage et nous transporte dans un univers pittoresque qu’il connaît bien et qu’il retranscrit à merveille en donnant vie à Joseph et Mammö, notre duo d’enquêteurs inoubliables.

Un magnifique premier roman qui nous entraîne dans les rues de Bastia pour une aventure hors du commun.

C’est publié chez Joëlle Losfeld toujours au top pour dénicher de nouveaux talents et nous offrir des voyages littéraires inoubliables.

Pour info :

Jean-Marc Graziani est né, vit et travaille en Corse.

De nos ombres est son premier roman.

Je remercie Babelio pour cette merveilleuse découverte.

Trencadis

Trencadis de Caroline Deyns aux Éditions Quidam

« J’ai eu la chance de rencontrer l’art parce que j’avais, sur le plan psychologique, tout ce qu’il faut pour devenir une terroriste. »

Que se cache-t’il derrière ce titre aux allures de mosaïque ?

Une femme ? Une artiste ? Une œuvre ? Une vie ? Ou tout simplement un peu tout ça pour nous faire découvrir une fresque littéraire aussi atypique que Niki de Saint Phalle.

Si au départ ce nom ne me disait rien, après quelques recherches j’ai relié l’artiste à ses œuvres d’art et j’ai poursuivi ma visite faisant doucement connaissance avec cette femme à la vie plutôt tumultueuse.

De cela, Niki ne s’en cachera jamais : « J’ai commencé à peindre chez les fous. »

Grâce à l’auteure Caroline Deyns, je découvre une femme tourmentée par un douloureux passé mais pleine de vie et d’extravagance qui très tôt se passionne pour l’art.

Une femme insoumise, rebelle, indépendante autant dans sa vie de femme que dans sa vie d’artiste. Elle laisse exploser ses blessures et les transforme en créations originales. En apportant de la couleur dans la noirceur, cette femme ne cessera de surprendre, d’émerveiller.

[…] comme seule en sont capables les filles, un peu barrées qu’ on oserait pas qualifier d’hystériques, mais quand même, parce que celle-ci elle en tient une couche avec sa carabine qui explose les entrailles de ses propres tableaux. Alors oui, cette bousculade volontaire comme une réparation, un essai de cicatrisation, mais aussi, pourquoi pas, une tentative pour édicter, à l’intérieur même du groupe avant-gardiste, un nouvel équilibre où elle, Niki, pourrait se tailler la place du (chasseur de) lion. Elle, et toutes les autres femmes avec.

Bien plus qu’une biographie, le portrait de cette femme présenté de manière originale, comme pourrait l’être une exposition, est un véritable enchantement.

Caroline Deyns nous offre à sa façon une aventure passionnante, bourrée d’anecdotes en nous offrant ce récit qui nous permet de découvrir la passion et l’admiration qu’elle a pour Niki.

Une magnifique découverte qui me permet de poser un regard différent sur l’artiste que je connaissais si peu, et qui me permettra dorénavant d’admirer ses œuvres à leurs justes valeurs.

C’est publié chez Quidam Éditeur, qui nous offre toujours une belle galerie d’artistes d’horizons différents pour toujours surprendre et émouvoir les lecteurs .

Une belle surprise complètement inattendue.

Pour info :

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns vit et enseigne à Besançon. Elle est l’auteure aux éditions Philippe Rey de Tour de plume (2011) et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (2015).

Je remercie Quidam éditeur pour ce récit extraordinaire

Ohio

Ohio de Stephen Markley aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Il est difficile de dire où cela s’achève et même où cela a commencé, car on finit par se rendre compte que la linéarité n’existe pas. Tout ce qui existe, c’est ce lance-flammes délirant, ce rêve collectif dans lequel nous naissons, voyageons et mourons. “

New Canaan, une petite ville de l’Ohio a vu grandir ces quatre trentenaires qui sans le savoir vont se croiser un soir d’été.

Ils étaient camarades au lycée avant de prendre chacun une route vers leur destinée qu’ils osaient rêver prometteuse.

En premier lieu, Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire aujourd’hui toxicomane. Il transporte avec lui un mystérieux paquet qu’il est supposé livrer dans le coin.

” Au- delà de sa mission et de toutes ces conséquences, il n’avait pas été mécontent de fuir quelques jours La Nouvelle-Orléans et sa chaleur nucléaire. Il s’y sentait autant à l’étroit qu’à New Canaan. C’était l’unique leçon qu’il tirait de ses voyages : où qu’on aille, même si tout paraît neuf quand on débarque, au bout du compte c’est toujours les mêmes bars, la même bouffe, les mêmes meufs, la même politique, la même picole, les mêmes drogues, les mêmes emmerdes. “

Puis Stacey Moore homosexuelle, venue rencontrer la mère de son ex-petite amie et également son frère espérant régler ses comptes.

” Même s’il se trouvait encore à plusieurs kilomètres à l’ouest, elle perçut la présence du lycée. Sans avoir besoin de le voir, elle le sentit comme une démangeaison,. Un bloc d’architecture réglementaire dégueulasse, une pièce de Lego avec la petite touche autoritariste des années soixante. Elle était fascinée par le pouvoir du lycée américain sur l’imaginaire collectif. Depuis longtemps elle avait remarqué que les gens considèrent, leurs années de lycée comme une période fondatrice. Il suffisait de les lancer sur le sujet et d’un coup ils avaient plein d’histoires terrifiantes et merveilleuses qui étaient le terreau d’autant de romans.  »

Puis nous croiserons Dan Eaton, ce jeune vétéran qui a laissé un œil en Irak, qui s’apprête à retrouver son amour de jeunesse tout en se raccrochant désespérément à la vie.

 » L’histoire est faite de cycles et nous en sommes le produit, même si nous ne les comprenons pas sur le moment. Cycles de la politique, de l’exploitation, de l’immigration, de l’organisation, de l’accumulation, de la distribution, de la peine, du désespoir, de l’espoir. La grande erreur, se disait Dan, c’est de croire qu’on vit un moment inédit. Mais toute sa vie il avait gardé cette sensation dans la poitrine : le déjà-vu. Comme s’il connaissait déjà ce moment mille ans avant sa naissance et le connaîtrait encore mille ans après sa mort. “

Et enfin Tina Ross, qui a décidé de se venger de celui qui hante son esprit depuis trop longtemps.

 » Désormais elle ne voyait plus New Canaan que par les yeux de Cole : un bled pourri qui ne s’améliorait pas. La nostalgie protégeait le reste.[…] Comment lui expliquer la tristesse de cette ville, ses tragédies. Au moment où elle en était partie, elle avait gravée dans le cœur l’idée d’une malédiction, celle dont toute la ville parlait. […] Quel soulagement ce serait de ne plus avoir tout le temps peur et tout le temps mal . “

Quatre voix, les voix de la jeunesse américaine, une jeunesse meurtrie, désenchantée, qui s’enlise depuis les attentats du 11 septembre, subissant la récession, la montée du prolétarisme et la fin du rêve américain.

Et pourtant chacun d’entre eux ira jusqu’au bout de cette journée pour atteindre le but final.

Ce que j’en dis :

En donnant la voix à quatre personnages, l’auteur nous entraîne à travers des allers retours entre le passé et le présent dans la ville de New Canaan dans l’Ohio, un coin perdu de l’Amérique.

À travers ces quatre portraits qui reflètent tel un miroir la jeunesse américaine assez désœuvrée, une jeunesse en perdition accro à l’alcool. à la drogue, à l’amour et même pour certains à la guerre, l’auteur brouille les pistes, fragmentant les souvenirs pour nous offrir un roman noir grandiose.

Un véritable jeu de pistes, qui en une demi-journée va nous révéler des secrets vieux d’une dizaine d’années.

Ohio est ce qui s’apparente le mieux au grand roman américain.

Un roman ambitieux, qui en impose, par son impertinence, son intelligence, son réalisme face à cette jeunesse déboussolée qui chute après chute a perdu tout espoir de se relever un jour pour enfin s’élever vers l’illusion du rêve américain.

Un premier roman qui marque l’entrée du jeune artiste Stephen Markley dans la cour des grands auteurs américains à suivre absolument.

Pour info :

Né en 1983, Stephen Markley est originaire de l’Ohio.

Il s’impose avec ce premier roman comme un formidable cartographe de l’Amérique contemporaine et de ses fractures, dans la lignée de Jonathan Franzen.

Son roman est en cours d’adaptation télévisée.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette fresque américaine vertigineuse.

Les dynamiteurs

Les dynamiteurs de Benjamin Whitmer aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

” Le trou était un tunnel qu’on avait creusé dans le sol de terre battue tout près du mur du fond. On l’avait construit exprès pour ça, pour quand les clochards essaieraient de nous voler l’Usine. Il passait sous le mur, de sorte qu’on pouvait le prendre pour déguerpir en cas de besoin. On n’avait pas l’intention d’abandonner l’Usine sans se battre, mais on n’était pas non plus prêts à mourir pour elle. Y’a pas dans ce monde un seule droit assez sûr pour qu’on puisse s’abstenir de prévoir un plan de fuite. “

En 1895, Denver est sous l’emprise du vice, gangrenée par la pauvreté et la violence sous toutes ses formes.

Cora et Sam deux jeunes orphelins, ont trouvé refuge dans l’Usine désaffectée. Ensemble ils s’occupent des enfants perdus, abandonnés à leurs tristes sorts.

Cette Usine est devenue par la force des choses, leur nouveau foyer.

Malheureusement, cet endroit est convoité par les clochards qui n’hésitent pas à organiser de violentes attaques pour s’approprier le refuge de tous ces orphelins.

C’est au cours d’une de ces tentatives d’invasions que surgit un colosse d’allure plutôt effrayante.

Cora décide pourtant de lui venir en aide malgré les fortes réticences de Sam.

” J’étais pas vraiment sûr qu’aller chercher de l’aide pour ce grand fils de pute sur le toit était une bonne idée. Si vous attrapez un homme fort dans un moment de faiblesse, vous lui tranchez sa putain de gorge. Chaque fois. Vous ne le soignez pas pour qu’il se retape. Vous pouvez être sûr que c’est en mangeant quelqu’un comme vous qu’il a acquis sa force. Mais on discutait pas avec Cora. En plus, essayer de la persuader de ne pas s’occuper des cabossés et des brisés était comme essayer de persuader le soleil de ne pas briller. “

Sam, le seul à savoir lire, se rapprochera pourtant de l’homme-monstre qui semble muet et ne communique qu’à travers des mots griffonnés sur des morceaux de papier.

Très vite, en compagnie du colosse, il va découvrir les bas-fonds de Denver. Projeté en un rien de temps dans ce monde d’adultes répugnants où la violence règne en maître. Il sera à la fois fasciné et effrayé, contraint de s’éloigner de celle qu’il aime…

” Il y a des débuts et il y’a des fins. Mais si vous vivez assez longtemps, vous savez qu’il n’y a pas du tout de vrai début, que tout est seulement le début d’une fin. “

Ce que j’en dis:

Benjamin Whitmer a t’il un secret ?

A-t’il le pouvoir de voyager dans le temps ?

Une chose est sûre, à travers cette épopée noire, qui nous transporte à Denver en 1895, il nous prouve qu’il en est capable.

Benjamin Whitmer l’insoumis de l’Amérique, le rebelle au grand cœur, l’anarchiste fidèle à lui même, poursuit son cheval de bataille pour défendre les laissés pour compte, tous ces oubliés de l’Amérique qui lui sont chers à travers ce nouveau roman noir aux allures de western qui vous dynamite le cœur et vous explose la rétine.

Même s’il nous dépeint la misère, et nous confronte à une violence extrême, enragé contre l’injustice, il n’en oublie pas pour autant de poser un regard tendre, plein d’humanité sur l’amour comme celui que porte Sam pour Cora, prêt à tous les sacrifices pour ne jamais la perdre.

Il nous confère au douloureux passage de l’enfance dans ce monde adulte gangrené par l’alcool, la drogue et la corruption.

Tout comme dans ses précédents romans, sa plume s’habille de noirceur pour mettre en lumière les déshérités de la vie, quitte à paraître brutal mais cruellement réaliste.

Fidèle lectrice je suis, fidèle je resterai depuis ses tous débuts d’écrivain et j’en profite pour remercier au passage son traducteur Jacques Mailhos sans qui je ne pourrais point découvrir cet auteur que j’apprécie tant, tout comme son éditeur qui nous fait profiter de ces récits, souvent avant les américains, of course.

Les misérables de Benjamin Whitmer n’ont rien à envier à la cour des miracles de Victor Hugo, il se pourrait même qu’ils accueillent Quasimodo orphelin lui aussi de son créateur.

Les dynamiteurs confirment le talent de ce jeune auteur qui après seulement quatre romans s’est incrusté avec brio dans le panthéon américain des auteurs à suivre absolument.

La relève est assurée n’en déplaise au blondinet peroxydé.

Pour info :

Benjamin Whitmer est né en 1972 et a grandi dans le sud de l’Ohio et au nord de l’État de New York. Il a publié des articles et des récits dans divers magazines et anthologies avant que ne paraisse son premier roman, Pike, en 2010. Traduit en français en 2012, ce texte a immédiatement séduit tous les amateurs du genre.

 

En 2018, son nouveau roman Évasion paraît en France en avant-première mondiale.

 

Benjamin Whitmer vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe la plus grande partie de son temps libre en quête d’histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

Je remercie les Éditions Gallmeister pour cette dynamite littéraire explosive.

Ce lien entre nous

Ce lien entre nous de David Joy aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau

J’aurais de la chance s’il essayait juste de s’en prendre à moi, reprit Darl. Mais le connaissant, sachant ce qu’il a fait, toi et moi on sait que ça ne s’arrêterait pas là. Je parie qu’il s’en prendrait à ma mère , à ma petite sœur, à ma nièce, à mes neveux, à tous ceux sur qui il pourrait mettre la main. Cet enfoiré est assez cinglé pour déterrer les os de mon père juste pour y mettre le feu. ”

En Caroline du Nord, on ne roule pas forcément sur l’or, comme c’est précisément le cas de Darl Moody qui vit dans un mobile home sur l’ancienne propriété de sa famille. Alors de temps en temps pour remplir un peu le congélateur, histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards, il braconne, espérant tomber sur le cerf qu’il convoite depuis un moment.

Mais hélas ce fameux soir, dans son élan, emporté par son rêve, ce n’est pas un cerf qu’il abat d’un coup de fusil mais un homme.

Lorsqu’il se rend compte de son erreur, c’est double peine, car même si c’est un accident, le frère du défunt ne vas pas laisser passer cette balle perdue. La réputation de cette homme est bien connue, c’est le mal à l’état pur.

Alors il se tourne vers Calvin , son meilleur ami pour tenter de trouver une solution, histoire de gagner un peu de temps face au destin noir qui l’attend c’est certain.

“ S’il se confessait, il ne serait pas le seul à payer. Sa conscience serait lavée, mais ce seraient les personnes qu’il aimait le plus qui souffriraient. Porter lui-même le fardeau avait donc commencé à sembler la solution la plus honorable. Sacrifier une personne au profit de nombreuses autres. ”

Ce que j’en dis :

Troisième roman noir que je découvre de David Joy, tous publiés chez Sonatine et traduit par Fabrice Pointeau, et une fois de plus je suis sous le charme.

Je retrouve cette noirceur abyssale, qui lui sied tant et je savoure ce roman sombre illuminé par une écriture aussi éblouissante que cette nature luxuriante des Appalaches.

Ici la rédemption prends des chemins de traverse et nous entraîne dans une traque cruelle qui laisse peu d’espoir au devenir de chacun.

Les Appalaches, David Joy les connaît bien, il y vit. Pas étonnant qu’il soit aussi brillant pour nous conter cette nouvelle histoire.

Ces personnages il les connaît aussi, très certainement de près ou de loin et cette fois il nous entraîne encore plus loin vers l’origine du mal,

Ce lien entre nous qui justifie autant l’amitié ou l’amour pour certains que la haine pour d’autres. Unis à jamais, pour le meilleur mais aussi pour le pire.

David Joy confirme son immense talent d’écrivain avec cette nouvelle excursion littéraire dans les Appalaches où la violence des hommes se répercute tel un écho à travers la montagne et claque à chaque coup de fusil. Mais on peut compter sur son amour de la nature pour nous offrir une escapade éblouissante même si la noirceur s’invite très souvent dans le paysage.

Ne reportez pas trop longtemps la lecture de ce fabuleux roman qui s’est déjà fait attendre suite à cette pandémie planétaire. Faites lui l’accueil qu’il mérite et qui confirme pour ma part Ce lien entre nous.

David Joy et Dealerdelignes, liés à jamais et pour toujours.

David Joy et Dealerdelignes

Retrouvez ma chronique Là où les lumières se perdent ici et Le poids du monde , de beaux bijoux de la littérature américaine.

Pour info:

David Joy est né en 1983 à Charlotte, en Caroline du Nord.

Titulaire d’une licence d’anglais obtenue avec mention à la Western Carolina University, il y poursuit naturellement ses études avec un master spécialisé dans les métiers de l’écrit.

Il a pour professeur Ron Rash, qui l’accompagnera et l’encouragera dans son parcours d’écrivain.

Après quelques années d’enseignement, David Joy reçoit une bourse d’artiste du Conseil des arts de la Caroline du Nord.

Son premier roman, Là où les lumières se perdent, remporte un franc succès et est finaliste du prix Edgar du meilleur premier roman en 2016.
David Joy vit aujourd’hui à Webster, en Caroline du Nord, au beau milieu des Blue Ridge Mountains, et partage son temps entre l’écriture, la chasse, la pêche et les travaux manuels.

Je remercie les Éditions Sonatine pour cette magnifique échappée livresque américaine.

Le lièvre d’ Amérique

Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné aux Éditions La Peuplade

Encore le même cauchemar. Diane sursaute et ouvre les yeux, aussi anxieuse que la veille. Quelqu’un l’a poursuivie toute la nuit. Elle se remémore un chemin touffu. L’hiver. Des branches de sapin lui frôlant le visage. Il fait froid, mais elle ne le ressent pas vraiment. Ou très peu. Un cri étrange. Comme celui d’un enfant perdu en forêt. Ou était-ce le sien ? La scène fuit devant la réalité. D’un claquement de doigts. Son appartement se superpose au rêve. “

Diane est ce qui pourrait s’apparenter le mieux à une employée modèle. Une véritable acharnée du travail qui ne compte pas ses heures. Mais depuis quelques temps, elle ressent d’étranges sensations même si cela ne l’empêche pas de se surpasser au travail comme à son habitude, elle ne peut pas faire taire les inquiétudes qui l’envahissent face aux regards que lui portent ses collègues. Et si l’intervention chirurgicale qu’elle venait de subir y était pour quelque chose ?

” Dans l’exaltation de son retour, elle ne remarque pas que ses collègues l’examinent attentivement de la tête aux pieds. À l’affût du moindre changement. La moindre faille. Un rien démarre une rumeur. Ils notent une certaine agitation dans ses mouvements, par saccades. Une manière inhabituelle de bouger les yeux. Aussi, son port de tête est plus reculé, et ses lèvres sont étrangement serrées par- dessus ses dents. Plusieurs minimes changements l’animent, comme si, pendant sa brève absence, quelqu’un d’autre s’était immiscé dans son corps. “

Des souvenirs resurgissent du passé. Quinze ans plus tôt, pendant son adolescence à l’Isle-aux-grues , elle avait fait connaissance avec un jeune homme fasciné par les espèces en voie d’extinction. Une rencontre marquante qu’elle n’a jamais complètement oublié.

” J’ai su qu’on deviendrait plus que des amis.

Tu n’étais pas comme tout le monde. “

Et si tout ceci était lié ?

Ce que j’en dis :

Le lièvre d’ Amérique sort des sentiers battus c’est le moins que l’on puisse dire.

Il a franchit les frontières pour nous permettre de découvrir son histoire atypique.

D’un chapitre à l’autre, le lièvre d’Amérique bondit et nous embarque dans une fable contemporaine adaptée librement par Mireille Gagné d’une histoire algonquienne, où l’on découvre les origines de Nanabozo.

Impossible de ne pas être sous le charme de ce récit qui tout en gardant une part de mystère nous fait rêver à travers ce comte original et poétique.

Un véritable plaisir pour les sens qui se réveillent avec une folle envie de filer au Canada, pour suivre les traces de ce lièvre à travers cette nature où l’on pourrait se perdre pour oublier toute cette effervescence qui bouscule notre quotidien.

Liberté quelque peu retrouvée, mais toujours avec quelques barrières étant donné le climat actuel, il fait bon de croiser ce genre de livre sur notre route littéraire, de laisser les plumes canadiennes nous permettre de formidables évasions grâce notamment à cette maison d’éditions La peuplade, qui nous offre à petit prix des voyages extraordinaires et nous permet de rencontrer des auteurs remarquables.

Alors sortez votre collet, filez en librairie et n’hésitez pas à piéger ce lièvre d’Amérique, vous ne pouvez pas le rater, sa couverture est magnifique.

Même s’il est plutôt malicieux :

Pour info :

Mireille Gagné est née à l’Isle-aux-Grues et vit à Québec.

Depuis 2010, elle a publié des livres de poésie et de nouvelles. 

Le lièvre d’Amérique est son premier roman.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions La peuplade pour ce voyage poétique dépaysant .