Nos corps étrangers

Nos corps étrangers de Carine Joaquim aux éditions de La Manufacture de livres

[…] l’impression de se trouver loin de Paris. C’était ce qu’Elisabeth aimait par-dessus tout : une fois poussée la porte vitrée, elle basculait dans un monde préservé, le monde de l’intime, protégé de l’environnement extérieur.

Élisabeth et Stéphane l’aimaient pourtant cet appartement Parisien où leur fille Maëva avait fait ses premiers pas, mais pour oublier ce corps étranger qui s’était immiscé dans leur couple, il était nécessaire de le quitter pour tenter de recoller les morceaux en prenant un nouveau départ dans cette grande maison à la campagne que Stéphane avait trouvé.

Prendre de la distance et pourquoi pas réaliser enfin certains rêves et tenter de réconcilier leurs corps devenus étrangers l’un à l’autre.

Elle avait doucement essuyé une larme, sans vraiment savoir ce qui, entre la douceur du souvenir et le déchirement du départ, l’avait fait couler. ”

Mais il n’est jamais simple de tourner la page, d’oublier la trahison, les mensonges, et l’adaptation à ce nouvel endroit est loin d’être aisée. De nouveaux corps étrangers s’invitent dans leur nouvelle vie, et risquent de perturber à nouveau le bonheur de leur famille.

Malgré les apparences, Élisabeth n’était pas là. Du haut de son donjon, elle voyait grand, elle voyait loin, devant elle s’étalait tout le champ des possibles, se dessinaient tous les rêves qui n’avaient pas encore pris forme et, elle le savait, cet horizon onirique lui serait accessible, si seulement elle faisait les quelques pas nécessaires pour s’éloigner de sa tour. ”

Et pourtant, c’est peut-être auprès de ces corps étrangers qu’il leur sera possible de retrouver enfin une raison de vivre…

Ce que j’en dis :

En apportant ce projet à Pierre Fourniaud, François Guérif, l’ancien directeur des éditions Rivages a eu du flair et on ne peut que le remercier au passage. Et personnellement ça me plaît ces transmissions entre passionnés qui permettent à de jeunes écrivains méritants de voir enfin leurs manuscrits sortir de l’ombre, et il aurait été bien dommage de ne pas découvrir celui-ci.

Dès les premières pages on tombe sous le charme de la magnifique plume de Carine Joaquim qui nous plonge dans l’intimité d’un couple désuni.

À travers les trois personnages qui composent cette famille, nous suivrons la tentative de reconstruction du couple, cherchant parfois un échappatoire auprès de corps étrangers. Que ce soit pour le couple ou pour Maëva en pleine crise d’adolescence qui découvre à son tour les prémisses de l’amour, rien ne sera simple.

L’auteur nous confronte à cette vie de couple, avec ses trahisons, ses non-dits, ses rêves, sa force mais aussi ses faiblesses, ses souffrances intimes, ses incompréhensions, ses regrets, tout ce qui rapproche ou au contraire détruit sans espoir de retour en arrière.

Un premier roman à limite du thriller psychologique qui cache bien son jeu, car c’est bien plus qu’une histoire de désamour, c’est une histoire qui rends bien justice à tous ces corps étrangers qui jalonnent ces pages.

Bouleversant, surprenant, porté par une plume pleine de sensibilité, Nos corps étrangers s’avère une très belle découverte, et j’espère qu’à mon tour je vous aurai donné envie de le découvrir.

Pour info :

Née en 1976 à Paris où elle grandit, Carine Joaquim vit aujourd’hui en région parisienne et y enseigne l’histoire-géographie. Si elle écrit depuis toujours, c’est depuis six ans qu’elle s’y consacre avec ardeur.Nos corps étrangers est son premier roman publié.

Je remercie la Manufacture de livres et l’agence Trames pour cette lecture intime qui ne manque pas caractère,

Friday Black

Friday Black de Nana Kwame Adjei-Brenyah aux Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Stéphane Roques

“ Trois vigiles suivirent Emmanuel à la trace dès l’instant où il entra. Chaque fois qu’il ralentissait ou s’arrêtait, les vigiles discutaient entre-eux ou faisaient semblant d’écouter une information importante dans leur talkie-walkie. Normalement quand Emmanuel venait ici, il portait un jean qui n’était ni trop ample ni trop moulant et une jolie chemise. Il arborait un grand sourire et marchait d’un pas très lent, n’observant les articles des magasins jamais plus d’une dizaine de secondes. Le degré de Noirceur d’Emmanuel dans un centre commercial était généralement un paisible 5. D’ordinaire, il n’était suivi que par un seul vigile. ”

Chaque jour aux État-Unis le racisme sévit, Emmanuel en est conscient et adapte en fonction des situations son “ degré de noirceur ” pour y faire face, et ce n’est pas l’acquittement de ce criminel qui avait décapité cinq enfants qui va le rassurer, bien au contraire, mais il a reçu une bonne éducation, alors il fait profil bas, jusqu’à aujourd’hui où il pensait faire ses débuts dans le monde du travail, mais voilà encore une porte qui se ferme. Trop c’est trop alors il rejoint un gang.

Dès la première nouvelle, le ton est donné et le degré de noirceur ne fera qu’augmenter

À travers ces nouvelles, l’auteur revisite à sa manière le quotidien des américains face à certains faits ou confrontés à certaines situations surtout lorsque la couleur de peau entre en jeu.

Pour un black vivre aux États-Unis peut s’apparenter à un véritable parcours du combattant, faisant une cible de premier choix et un coupable idéal.

Avec une bonne dose d’humour, pimentée de noirceur machiavélique Nana Kwame Adjei-Brenyah dénonce certains travers du peuple américain en particulier dans Black friday où l’on assiste à la frénésie des achats, à une surconsommation phénoménale où pour l’occasion on réserve un rayon spécial cadavre.

“ Environ quatre-vingts personnes franchissent la grille, au pas de charge et toutes griffes dehors. Poussant les portants et les corps. Avez-vous déjà vu des gens fuir un incendie ou une fusillade ? Cela ressemble à ça, la peur en moins et l’avidité en plus. Depuis ma cabane, je vois un enfant, une petite fille d’environ six ans, disparaître engloutie par la vague de consommateurs enfiévrés. […] Lance court vers le petit corps. Il tire le transpalette et tient dans l’autre main un énorme balai. Il pousse la brosse contre le flanc de la petite fille pour tenter de le faire glisser sur le transpalette, qu’il fera ensuite rouler jusqu’au rayon réservé aux cadavres. ”

Et lorsque vous découvrirez Zimmer Land, un parc d’attraction où l’on met en scène des tueries de masse, des meurtres, des attentas où le coupable blanc, évidemment s’en sort encore plus blanc que la neige, vous hallucinerez.

Tout comme lorsqu’il parle de l’avortement, c’est du jamais lu. Et c’est comme ça pour les douze nouvelles.

En lisant ce recueil, j’ai pensé aux nouvelles de Ray Bradbury réunis dans “ Le pays d’octobre ” toutes aussi pertinentes, machiavéliques, habillées de noirceur avec ce côté ironique qui adoucit la brutalité de certaines histoires.

Nana Kwame Adjei-Brenyah a l’imagination cruelle il nous offre un recueil de nouvelles surprenant, inventif, démoniaque, drôle, osé, une vraie bombe littéraire qui risque de bousculer plus d’un lecteur.

Une nouvelle plume américaine qui fait son entrée de manière remarquable, qui laisse parfois sans voix tellement ces nouvelles sont incroyables et tellement réalistes même lorsqu’il nous projette dans le futur.

De sa plume, il flingue l’Amérique avec style et j’espère que son encre noire à l’humour subversif donnera vie à un roman tout aussi puissant.

C’est vivement recommandé par Dealerdelignes toujours friande des belles plumes américaines qui ont de l’allure.

Pour info :

Nana Kwame Adjei-Brenyah est né en 1991 à New-York.

Il a été distingué en 2018 comme l’un des cinq meilleurs américains de moins de 35 ans par la National Book Foundation.

Son premier livre, le recueil de nouvelles Friday Black (2018), a été récompensé par le PEN / Jean Stein Book Award 2019.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ces nouvelles extraordinaires, absolument inoubliables.

Manger Bambi

Manger Bambi de Caroline De Mulder aux Éditions Gallimard / La Noire

“ Les miroirs de l’ascenseur les montrent en pied, le maquillage à peine entamé, intactes quasiment, et d’humeur joyeuse. La ravissante, c’est Hilda, Bambi pour son créa. Bambi à cause de ses yeux doux et de sa charpente légère, tout en pattes. Elle est en slim et top serré sur un torse sec, et gueule d’enfant grimée. La blonde, c’est Leïla, qui a les cheveux noirs et perd dix centimètres en arrachant sa perruque comme si c’était le scalp de l’ennemi. […] ”

Qu’est-ce qui peut bien pousser une jeune fille qui n’a même pas encore fêté ses seize ans, à rencontrer des papas gâteaux dans des chambres d’hôtel ? Est-elle pleine de vices, cherche t’elle juste à se sortir de la misère ou a-t-elle des comptes à régler avec la gente masculine ? Toujours est-il qu’avec ses copines, elles jouent avec le feu tout en s’en mettant plein les poches aux passages en dépouillant ces vieux vice lards pêchés sur le net.

[…] À part ça, la life me bousille, ouais, la vie est une pute et on a même pas la thunes pour l’acheter. »

Sous ses grands yeux qui laissent parfois couler quelques larmes si c’est nécessaire se cache une violence extrême qu’elle laisse échapper lorsqu’on lui refuse ce qu’elle veut.

« C’est pas de notre faute. On est des proies faciles et tout le monde en abuse. »

De retour à la maison il faut supporter “ Nounours ” le nouveau mec de sa mère. Sous prétexte qu’il allonge les biftons et permet à sa mère de s’alcooliser jusqu’à plus soif il faudrait être très gentille avec lui, vraiment très gentille.

Mais même pour faire plaisir à sa mère Bambi n’est pas prête à s’offrir sur un plateau.

Chaque jour tout peut basculer et l’empêcher de parvenir à fêter son seizième anniversaire.

Il est temps de balancer ce porc loin de sa vie…

Ce que j’en dis :

Ne vous fiez pas au titre, vous êtes bien loin d’un conte de fée, ici Bambi n’a rien d’une petite fille protégée par sa mère des vilains prédateurs, bien au contraire.

Caroline De Mulder nous offre une histoire démoniaque où la violence des jeunes filles fait froid dans le dos, étant généralement promulguée par des hommes.

Dans un style très évocateur, assez trash, utilisant même l’argot de la jeunesse qu’il n’est pas toujours simple à comprendre mais qui colle parfaitement à la sauvagerie de ces gamines, ce roman noir nous plonge dans la vie de Bambi devenue elle même une prédatrice pour tenter d’effacer sa souffrance. Auprès d’une mère défaillante, un père absent, son univers est parti en live et sa survie ne tient plus qu’à un fil, un dérapage est si vite arrivé…

La série noire peut s’enorgueillir de toujours nous offrir de magnifiques plumes, où la noirceur rayonne dans toute sa splendeur.

Manger Bambi ne fait pas exception, bien au contraire, n’hésitez pas à le dévorer.

Pour info :

Caroline de Mulder, née à Gand en 1976, est un écrivain belge de langue française. Elle réside à la fois à Paris et à Namur où elle est chargée de plusieurs cours de littérature aux Facultés Notre- Dame de la Paix.

Élevée en Néerlandais par ses parents, elle alterne ensuite des études en français et en néerlandais, primaires à Mouscron, secondaire à Courtrai, philologie romane à Namur, puis à Gand et enfin à Paris.

L’auteur qui aime dire avoir deux langues maternelles, a donc appris à écrire en néerlandais et à lire en français.

En 2010 , son premier roman « Ego Tango » (consacré au milieu du tango parisien, milieu qu’elle a elle même fréquenté assidûment), lui vaut d’être sélectionnée avec 4 autres écrivains pour la finale du prix Rossel. Elle est la cadette de la sélection et remporte le prix.

Elle publie en 2012 un premier essai : « Libido sciendi : Le Savant, le Désir, la Femme », aux éditions du Seuil. La même année, elle publie également un second roman (« Nous les bêtes traquées », aux éditions Champ Vallon) lors de la rentrée littéraire.

Chez Actes Sud, elle punlie, en 2014, « Bye Bye Elvis » et, en 2017, « Calcaires ».

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée habillée de noirceur.

Se cacher pour l’hiver

Se cacher pour l’hiver de Sarah St Vincent aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Eric Moreau

Se cacher pour l’hiver, qui n’en rêverait pas en ce moment pour de multiples raisons, même isolé au bout du monde.

Kahtleen vit depuis quelques temps déjà dans ce coin perdu de Pennsylvanie, au cœur d’un parc naturel, sur le sentier des Appalaches.

Les beaux endroits c’est comme partout ailleurs. On y souffre quand même. ”

Elle s’occupe du snack où s’arrêtent parfois les gens des randonneurs.

Elle n’est donc pas surprise quand elle voit apparaître cet étranger dans le paysage, en dehors de son drôle d’accent et de son allure peu adaptée à la randonnée.

Le croyant de passage, elle commence à s’interroger au bout de quelques jours, ne le voyant pas reprendre la route.

Apparemment cet homme semble se cacher.

Vivant reclus depuis un moment avec sa part de traumatisme à surmonter, elle est d’autant plus amène à le comprendre. Sortant chacun de leur réserve, une amitié prends forme et jour après jour chacun se délivre.

Mais dans le silence apaisant de l’hiver le danger se rapproche…

Je comprenais la peur panique, surtout la peur ancrée dans le passé et donc beaucoup plus coriace.

Ce que je comprenais plus que tout, c’était le désir de se couper du monde.

“ J’ai pourtant fini par perdre patience. Quoi que cet homme très étrange soit venu faire ici, croyait-il vraiment qu’il pourrait resté caché à tout jamais dans un trou perdu au fin fond de la Pennsylvanie ? Ce n’était pas réaliste. Il était plus intelligent que ça – et moi aussi ”

Ce que j’en dis :

Certains livres ont le pouvoir de vous embarquer dès les premières pages vers une aventure hors du commun et donne une folle envie de Se cacher pour l’hiver, pour les savourer.

Se cacher pour l’hiver comme Kathleen et Daniil nos deux personnages qui hantent les pages de cette histoire.

Se dévoilant peu à peu l’un à l’autre, nos deux écorchés, blessés physiquement et psychologiquement tentent de s’apprivoiser nous livrant peu à peu leurs blessures et leurs secrets par petites touches comme lorsque le printemps libère l’hiver de ses paysages enneigés avec l’espoir de voir renaître des jours meilleurs.

Avec douceur et subtilité malgré la violence des faits, l’auteure Sarah St Vincent aborde la violence conjugale, la culpabilité et l’espoir du pardon par la rédemption.

Une histoire tragique portée par une plume magnifique qui sied à ravir à ce décors hivernale des Blue Ridge Mountains où nos deux âmes perdues s’apprivoisent, s’entraident malgré la noirceur qui les habitent.

Un magnifique premier roman qui donnent vies à des personnages inoubliables dans une ambiance sous tension où l’intrigue se libère au fil des pages, pour que la souffrance s’envole et que le soleil illumine enfin leur vie.

Une superbe découverte comme sait nous offrir la maison d’éditions Delcourt.

Pour info :

SARAH ST VINCENT a grandi en Pennsylvanie.

Avocate spécialiste des droits de l’homme, elle s’est investie notamment auprès de victimes de violences domestiques.

Elle travaille aujourd’hui pour l’organisation Human Rights Watch en tant qu’observatrice des politiques et pratiques de sécurité intérieure. Se cacher pour l’hiver est son premier roman.

Beautiful Boy

Beautiful Boy de Tom Barbash aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Hélène Fournier

“ Le Dakota Building, où nous avions emménagé quand j’avais quatre ans, est l’un des immeubles les plus connus au monde. […] La liste des habitants de cet immeuble et des invités qui y ont défilé est le Who’s Who d’un siècle de culture américaine. Le Dakota aurait dû figurer au beau milieu de cette vieille couverture du New Yorker qui représente une petite partie de Manhattan entourée de minuscules points symbolisant le reste du monde, car c’est l’image qu’on avait de lui quand j’étais petit. ”

New-York 1980. À l’angle de la 72 éme rue, face à Central Park, le Dakota Building domine depuis une centaine d’années. C’est dans ce lieu mythique que vit le jeune Anton Winter avec sa famille.

Il est de retour d’une mission humanitaire en Afrique et espère bien se refaire une santé auprès des siens.

“ Je me suis senti chanceux d’avoir eu une enfance relativement ordinaire, bien qu’extraordinaire. Je n’avais pas été enlevé par un de mes parents, et aucun des deux ne s’était fait renverser par un flic ivre, du moins pas encore.

Notre période d’infortune, c’est maintenant que nous la traversions. ”

Son père, Buddy, fait également une pause, après avoir été sous les projecteurs en tant qu’animateur de télévision. Il se remet doucement d’une dépression nerveuse et espère que son fils l’aidera à relancer sa carrière.

Quand à sa mère, ex- mannequin elle se consacre à la campagne de Ted Kennedy.

Sans oublier l’illustre John Lennon un des ses voisins dont il se rapproche sans pour autant profiter de sa notoriété. Une belle amitié s’installe entre eux qui sera hélas écourtée par Mark David Chapman qui fera couler beaucoup d’encre après avoir fait couler le sang au pied du Dakota Building.

Ce que j’en dis :

Tom Barbash nous offre une errance New-Yorkaise de toute beauté en nous transportant dans les années 80 au sein du Mythique Dakota Building en compagnie de la famille Winter.

Anton très proche de son père lui apporte son soutien mais avec une folle envie de s’affirmer et de prendre enfin son envol.

L’auteur pose un regard avisé sur cette famille qui a connu la célébrité dans cette ville en pleine mutation, permettant même à John Lennon de s’illustrer une dernière fois, à travers ses moments d’amitié avec le jeune Anton, qui ne l’oubliera jamais.

La violence rôde dans les rues de New-York sans pour autant mettre fin aux rêves qui hantent de nombreux américains.

Tom Barbash est l’image de sa ville, après son magnifique recueil de nouvelles , il prends de la hauteur avec ce superbe roman et grimpe sur les podiums littéraires en route vers le succès.

Une belle plume américaine, qui ravira tous les amoureux de New-York.

Pour info :

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse.

Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour cette balade new-yorkaise pleine de nostalgie.

Les nuits rouges

Les nuits rouges de Sébastien Raizer aux Éditions Gallimard

“ Bon sang, un homme passe quarante ans dans un crassier et personne ne remarque rien. ”

Dans le nord-est de la France, à deux pas des anciens hauts fourneaux, on vient de découvrir le corps momifié d’un homme. Il s’agit du cadavre d’un syndicaliste porté disparu depuis 1979.

Ses deux fils, des jumeaux ont grandi dans cette région dévastée économiquement et socialement, avec le poids d’un monstrueux mensonge, croyant depuis toutes ces années que leur père les avait abandonné.

Désunis depuis quelques années, c’est dans la noirceur qu’ils se retrouvent.

Alexis, employé de banque au Luxembourg s’en tire un peu mieux que Dimitri qui zone à droite à gauche tout en touchant à la came.

En apprenant la nouvelle, Dimitri se sent envahi par la rage, assoiffée de vengeance.

“ C’est toute une vie qu’il faut remettre en ordre […] Tout reprendre de zéro. L’histoire de ce monde. Expurger le mal à la racine. […] Ce qu’il faut maintenant, c’est de la violence, du sang et des larmes. Il faut des nuits rouges. Laver tous ces morts avec le seul rouge qui soit. Le sang. ”

Keller, le commissaire adjoint se retrouve sur l’affaire. Il vient de débarquer dans cette région peu accueillante qu’il ne connaît absolument pas, et va devoir en plus bosser avec Faas un inspecteur imprévisible.

“ Salopard, se dit Keller. Putain de salopard. Mais au moins, ça a le mérite d’être clair. Ingérable, allergique à la hiérarchie, histoires abracadabrantes à son sujet, face de rat. ”

Les ouvriers sidérurgistes ont disparu. mais leurs sangs rouges coulent dans les veines de leurs enfants, prêts à se révolter pour qu’enfin la vérité surgisse du fond des crassiers.

“ Les nuits étaient rouges comme des yeux injectés de sang, de haine, de peur et d’instincts de meurtre. Les nuits étaient rouges, comme la frontière entre la folie et la mort. ”

Ce que j’en dis :

Lorraine de souche, Lorraine de cœur, et même fille d’un ancien ouvrier des hauts fourneaux de Neuves Maisons, il était impossible pour moi de passer à côté de ce roman où la noirceur des crassiers envahit les pages en nous offrant presque une page d’Histoire. Car même si ce récit est une fiction, elle rends magnifiquement hommage à toute une région meurtrie et à tous ces hommes, ces gueules noires aux poumons encrassés qui ont bossé dans toutes ces usines jusqu’à leurs fermetures, laissant derrière elles des familles sur le carreau.

La colère de Dimitri, je l’ai connu même si c’est par la maladie que mon père est parti… comme tant de ses potes ouvriers.

“Ils ont tué le tissu social, la conscience de classe, la solidarité, la culture ouvrière, la notion de révolte. Ils nous ont hypnotisés par la peur jusqu’à nous faire oublier notre propre pouvoir. Il n’y a plus rien.”

Mais c’est avec classe et une certaine élégance même si elle est parfois brutale que Sébastien Raizer nous parle de la classe ouvrière à travers cette enquête criminelle habitée par une violence extrême.

Aussi complexes sont-ils, ses personnages plutôt barrés collent parfaitement à cette histoire. La crise sidérurgique a laissé derrière elle des vies chargées de souffrance, envahies par le désespoir alors pas étonnant que la came surgisse dans le paysage, et amène une nouvelle forme de violence que ce soit du côté des consommateurs que des vendeurs. La douleur face au profit, une histoire sans fin, un éternellement recommencement.

Ceux qui ne connaissent pas cette région, seront un peu comme ce flic, Keller, fraîchement débarqué et poseront à leur tour un regard sur cette endroit avec une terrible envie de remettre à sa place ce flic véreux, cette face de rat, tout en ayant une profonde empathie pour ces deux frères, notamment Dimitri ce révolté qui a déjà trop souffert.

Sébastien Raizer nous offre un récit d’une force incroyable où la violence explose tel le métal, hurlant sa colère dans les nuits rouges de l’Est de la France.

Bien évidemment la fille de l’est a apprécié et remercie humblement l’auteur pour ce récit terriblement brillant qui lui a permis de replonger dans ses souvenirs auprès de ses chers disparus, réveillant quelque peu la colère qui sommeille en elle…


Un dose d’encre d’acier trempée où la vengeance rends les nuits rouges éclatantes de beauté et d’effroi.

Pour info :

Sébastien Raizer est le cofondateur des Éditions du Camion Blanc, qui ont publié des cargaisons d’ouvrages sur le rock, et de la collection Camion Noir, aliénée aux cultures sombres.

Il est l’auteur de la trilogie transréaliste des « Équinoxes » à la Série Noire (L’alignement des équinoxes, Sagittarius, Minuit à contre-jour), ainsi que d’un Petit éloge du zen.

Il vit à Kyoto où il pratique le iaido et le zazen.

Je remercie également les Éditions Gallimard pour cette plongée violente dans l’Est de la France.

L’un des tiens

L’un des tiens de Thomas Sands aux Éditions Les Arènes

H7N9 c’est le nom du virus qui circule entre ces pages, exterminant sur son passage la population, la faune et bientôt la flore.

“ Les autorités ont dit que le virus avait éclos sur les rives du Gange, au sud de Calcutta. Sur son passage, il en avait fauché des millions. Et au fond, cela avait arrangé tout le monde. Il restait si peu pour subsister. ”

Le monde s’effondre. La violence rôde. A bord d’une voiture volée, un homme et une femme se connaissant à peine roulent à travers le pays ravagé par la peur et les épidémies.

Lui espère retrouver son frère disparu tandis qu’elle, s’efforce d’oublier son amour tué récemment par des flics.

“ La mort, l’odeur de la mort, lourde et âcre, l’absence… et la mémoire pourrissante.

[…] Alors elle comprend que son pays est mort, qu’il ne se relèvera pas. ”

Ensemble ils apprennent à aimer ce qui leur manque tout en essayant de garder un brin d’espoir dans ce chaos en poursuivant leur route.

“ Quelques bourrasques, un peu de pluie. Rien de durable, le temps des cauchemars, la vacuité des songes.

Toute la vie. ”

Et quelques part un autre homme, peut-être celui tant recherché, réfugié près d’un village, en danger lui aussi…

“ La nature poursuit son vaste récit, son roman de ténèbres et de lumières. Elle affirme que le monde est en vie, que rien ne meurt vraiment. Et pourtant, certains signes ne trompent pas.Timothée veut rester ici, sur le chemin d’altitude, dans sa baïta. Il veut entendre ce chant, l’éprouver. Se savoir, se sentir humble devant ses mouvements, ses humeurs, sa volonté irrémédiable. Il est le dernier témoin de la grâce. ”

Ce que j’en dis :

Découvrir ce roman en pleine pandémie planétaire peut entraîner certains lecteurs vers une psychose perturbante, car même si on est encore loin de l’apocalypse comme dans ce roman, la situation actuelle laisse à penser qu’on s’en approche à grand pas si notre conscience ne se réveille pas.

Ici l’espoir est parti depuis longtemps et la noirceur a prit toute la place. La seule beauté présente entre ces pages est l’écriture de l’auteur. Sa plume puissante et lyrique nous emporte au centre du chaos en nous laissant le cœur en miette.

C’est absolument bouleversant, terriblement inquiétant emplis de désespoir, mais porté par une plume tellement belle qu’il mérite que l’on s’y attarde avant que notre monde s’écroule.

Mais avec prudence tout de même car c’est quand même flippant de découvrir en avant première ce qui nous pend au nez un jour ou l’autre…

Thomas Sands, semble être un véritable visionnaire, alors n’hésitez pas à le découvrir même si vous risquez de ne pas en sortir indemne.

“ Munissez-vous de masques. Ne laissez aucun étranger pénétrer sur vos territoires, dans vos maisons. Restez chez vous. Priez. ”

Pour info :

Thomas Sands a vingt-sept ans. Un feu dans la plaine est son premier livre. Voyageur solitaire, il est aussi photographe. Dans son premier roman Du feu dans la plaine, Thomas Sands anticipait l’avènement d’Emmanuel Macron et les mouvements virulents de l’hiver dernier.

Je remercie les Éditions les Arènes pour ce magnifique roman qui m’a effectivement broyé le cœur.

L’ange rouge

L’ange rouge de François Médéline aux Éditions de La Manufacture de livres

“ La croix était fixée à l’horizontale. Une croix en bois brut, clair. Les quartes flambeaux étaient cloués à la coque. La mort se mélangeait à l’air chargé de vase et de rivière. Je me suis agrippé à la croix. J’ai effleuré les tibias. J’ai fait deux pas chassés pour longer les fils verts. Les fils verts remontaient les cuisses jusqu’à l’abdomen. Ils étaient pâles, assortis à la peau rigide que j’ai devinée froide sous le latex. […] L’orchidée flottait. J’ai discerné son cœur qui pompait le sang des chevilles à vif grâce à des tiges aériennes aux couleurs de l’espérance. ”

À Lyon, à la tombée de la nuit surgit sur la Saône, un radeau tout illuminé par une croix où un corps mutilé y est crucifié.

Une orchidée orne le cadavre donnant à cette mise en scène un côté artistique assez macabre.

Le crucifié de la Saône devient le nouveau défi de commandant Alain Dubak et de son équipe de la police criminelle.

La ville n’a jamais été face à un crime aussi horrible et aussi spectaculaire.

“ Nous avions hérité de l’affaire du siècle. Mon affaire. Le tueur aux orchidées. Le crucifié de la Saône. ”

Pas de temps à perdre, ni le temps de s’attarder sur les problèmes avec la hiérarchie, si l’équipe des six enquêteurs veut mettre la main sur ce tueur fou. Certaines règles et même certaines convictions devront être mises de côtés s’ils veulent obtenir des résultats rapidement.

Une véritable course contre la montre est en route, à en perdre le souffle.

Un seul objectif : trouver ce tueur, si possible avant qu’il récidive.

Ce que j’en dis :

J’ai entendu dire que François Médéline serait le descendant français de l’américain James Ellroy qui m’attend patiemment dans ma bibliothèque. Du coup ça me donne très envie de le dépoussiérer maintenant que j’ai enfin découvert la plume extraordinaire de Médéline.

Lui qui a tué Jupiter (fallait oser quand même) dans un de ses romans (que j’ai très envie de lire maintenant) n’est autre que le scénariste de Pike de Benjamin Whitmer en cours d’adaptation cinématographique (un de mes chouchous américains qui rêvent de se débarrasser lui aussi de son clown peroxydé) c’est dingue ces coïncidences tout de même.

En attendant découvrons L’ange rouge …

D’entrée l’auteur t’amène dans le vif du sujet et te débarque sur cette scène mortelle. Te voilà piégée, menottée à ce flic écorché vif que tu ne pourras plus quitter avant le final.

Rien n’est laissé au hasard, et c’est sous une tension extrême et permanente que Lyon cette ville lumière profanée par cette sombre histoire va t’offrir une visite très particulière avec pour guide Dubak et son équipe de fin limier, prêts à tout pour mettre fin à cette barbarie, qui entache le décor.

Avec un style puissant, des personnages réalistes barrés juste comme il faut qui portent l’histoire à bout de bras en vrai héros, dans cette ville qui tient son rôle à merveille, François Médéline nous offre du noir dans toute sa splendeur.

Un polar de haut vol, puissant, brillant et ambitieux qui rejoint la grande famille des auteurs incontournables du noir.

L’ange rouge vous offre un voyage où les âmes perdues atteindront un jour l’au-delà après quelques détours dans cet abime emplit de noirceur.

C’est publié à la Manufacture et c’est vivement recommandé par Dealerdelignes…

Un bouquin pareil ça se refuse pas, ça se savoure…

Et pour ma part, j’ai hâte de de découvrir les précédents maintenant que je connais cette plume prodigieuse.

Pour info :

Né en 1977 dans la région lyonnaise, François Médéline émigre à Romans-sur-Isère à 11 ans pour y faire son apprentissage du rugby, du grec ancien et de l’amitié.

Durant son doctorat, il est chargé d’études et de recherches à Science Po Lyon, spécialisé en sociologie politique et en linguistique. Il vit et mange politique durant dix ans comme conseiller, plume, directeur de cabinet et directeur de la communication de divers élus. Il aime la belote coinchée, ramasser des champignons en Lozère, pêcher des perches au bord du lac Léman et sa famille.

Il n’écrirait pas s’il n’avait pas lu James Ellroy.

Il apprécie particulièrement les ambiances malsaines de David Lynch, le lyrisme parfois potache de Sergio Leone, La Naissance de Vénus de Boticelli et l’album Ssssh de Ten Years After.

Il est le scénariste de l’adaptation cinématographique du roman Pike de Benjamin Whitmer paru chez Gallmeister. Il a traversé l’océan Atlantique Nord à la voile, se consacre à l’écriture, s’occupe d’enfants dans une école de rugby et n’a pas vraiment de domicile fixe.

Je remercie l’agence Trames et les Éditions de la Manufacture de livres pour cette plongée fascinante où la noirceur nourrit ces pages avec un style hallucinant.

Fahrenheit 451

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury aux Éditions Folio

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Chambon et Henri Robillot

“ Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l’igniteur d’une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir.

Comme à la parade, il avança dans une nuée de lucioles. Il aurait surtout voulu, conformément à la vieille plaisanterie, plonger dans le brasier une boule de guimauve piquée au bout d’un bâton, tandis que les livres , comme autant de pigeons battant des ailes, mouraient sur le seuil et la pelouse de la maison. Tandis que les livres s’envolaient en tourbillons d’étincelles avant d’être emportés par un vent noir de suie. ”

À la base, les pompiers sont censés éteindre les incendies pas de les déclencher. Pourtant, dans cette société future, où le livre est devenu antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, qui sont devenus interdits.

“ C’est toujours la nuit que l’alerte est donnée. Jamais en plein jour ! Est-ce parce que le feu offre un spectacle plus beau la nuit ? Parce que ça rend mieux, que ça en impose davantage ? ”

Les ordres sont les ordres. Pourtant le pompier Montag commence à entrevoir une autre possibilité, et s’autorise à rêver à un monde meilleur où la littérature et l’imaginaire ne serait pas bannis. Lassé de ce monde devenu artificiel, sans relief, il part en croisade contre cette pratique, tentant de sauver les livres, devenant un dangereux criminel qu’il faut éliminer, coûte que coûte.

Ce que j’en dis :

Profiter de cette magnifique édition collector pour enfin découvrir la plume de Ray Bradbury à la réputation mondiale.

« Ne jugez pas un livre d’après sa couverture » dit quelqu’un.

Classé dans la catégorie SF, ce livre ne serait peut-être pas passé entre mes mains sans cette originalité apportée à la finition de ce grand classique, récemment réédité chez Folio. Je suis persuadée qu’il fera la joie des bibliophiles, même de ceux qui le possédaient déjà.

Comme à mon habitude, je ne me suis pas attardée sur le synopsis et c’est horrifiée que j’ai découvert cette dystopie et les agissements de cette brigade 451, où les pompiers sont des pyromanes chargés de détruire les bibliothèques. Les livres étant devenus dangereux, ils sont amenés à disparaître sous les flammes de l’enfer.

Moi qui fait partie des bibliophiles, grande amoureuse des mots et des livres, découvrir ce récit était une véritable torture.

D’autant plus que même si on ne détruit plus les livres à notre époque, une nouvelle dictature est déjà en place face à la liberté d’expression. Nous sommes malheureusement confrontés à la haine de certains fanatiques qui se donnent le droit de mettre fin aux voix qui s’expriment.

Lire en 2020, en pleine pandémie planétaire ce roman publié en 1953, donne une saveur particulière à la lecture surtout face à l’actualité de ces derniers jours où un professeur d’histoire vient de perdre la vie assassiné par un fanatique.

Depuis quelques temps la science-fiction rattrape la réalité et certains auteurs du passé comme du présent deviennent de véritables visionnaires et commencent sérieusement à m’inquiéter sur ce qu’il adviendra de notre futur.

Un présent déjà envahit d’écran, alors qu’il est si bon de se laisser porter par des mots, des mots qui nous donnent une histoire, une histoire qui nous aide à nous échapper du quotidien en laissant au plus profond de nous l’espoir d’un monde plus beau.

Je terminerai avec quelques mots de Sophie Loubière, auteure de nouvelles percutantes entre autres, qui nous rappelle l’importance de la lecture : « Le monde est vaste à celui qui en tourne les pages. Et notre vie est trop courte pour qu’on ne rie pas de ses travers. Un accident est si vite arrivé. »

Lisez Fahrenheit 451, et surtout ne laissez personne détruire les livres, ni personne vous empêcher de lire, ou alors appelez moi, je l’enverrai brûler en enfer.

Pour info :


Né en 1920, Ray Bradbury s’impose rapidement comme un grand poète du fantastique et de la science-fiction avec ses Chroniques Martiennes . Auteur prolixe, il est également scénariste pour le cinéma (Fahrenheit 451 tourné par François Truffaut, Moby Dick de John Huston…)

Je remercie les Éditions Folio pour cette édition collector flamboyante.

Le voleur de plumes

Le voleur de plumes de Kirk Wallace Johnson aux Éditions Marchialy

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Doug Headline

Avant le sac à main Hermès ou les hauts talons Louboutin, l’indicateur le plus pertinent de votre statut social était l’oiseau mort. Plus celui-ci se parait d’exotisme, plus son prix grimpait, et plus son prix était élevé, plus le statut conféré à son propriétaire augmentait. Dans l’un des télescopages les plus étranges entre l’homme et l’animal, les plumes aux couleurs vives des oiseaux mâles, dont le développement et l’évolution avaient servi à attirer l’attention des femelles plus ternes, devinrent l’objet des pires braconnages afin que les femmes puissent attirer les hommes et exhiber la hauteur de leur perchoir au sein de la société. Au bout de millions d’années d’évolution, les oiseaux étaient devenus trop beaux pour n’exister qu’au bénéfice leur propre espèce. ”

De tout temps, les oiseaux se sont fait plumer de leurs parures jusqu’à pour certains devenir des espèces en voie de disparition.

Tout commença avec Marie-Antoinette, qui bien avant de se faire couper la tête, lança la mode des plumes en arborant un bijou qui en était paré. Et le carnage ne fit que commencer au profit de la mode…

“ Dans l’un de ces appels à agir, lors d’une conférence Audubon à New-York en 1897 au musée national d’Histoire naturelle, l’ornithologue Frank Chapman évoqua les oiseaux de paradis entassés dans les ateliers de modistes : « Cet oiseau superbe est aujourd’hui presque éteint. Si la mode s’empare d’une espèce, celle-ci est condamnée. Seules les femmes détiennent le pouvoir de remédier à ce grand mal. »

Sans Alfred Russel Wallace un naturaliste peu connu du dix-neuvième siècle, qui ramena en Europe de ses expéditions une collection de spécimens rares, aux couleurs éclatantes, beaucoup auraient disparu à jamais et cette histoire n’aurait même pas vu le jour.

C’est en entendant parler de cette importante collection qui était conservée dans le musée d’Histoire naturelle de Tring en Angleterre que notre jeune musicien passionné par le montage de mouche pour la pêche décide d’organiser le plus grand vol du siècle en matière d’histoire naturelle.

« Vous avez dû être choqué quand vous l’avez appris, dis-je, faisant référence au vol.

– Le fait qu’un tel acte ait été commis ne me parait pas choquant du tout. Quand quelque chose est rare, les gens deviennent créatifs », répondit-il.

À son tour, Kirk Wallace entend parler de cette histoire pour la première fois, lors d’une partie de pêche à la mouche. Il fut fasciné par cette affaire, qui éveilla chez lui un vif intérêt avec une terrible envie d’en connaître davantage. Il commence alors une véritable enquête pour découvrir ce que sont devenus ces fameuses plumes, et part sur les traces de ces obsessionnels capables de tout mais surtout à n’importe quel prix, pour posséder la beauté rare que nous a offert si généreusement la nature.

Ce que j’en dis :

Avant de vous parler de ce formidable récit, permettez-moi de souligner la beauté du livre et le soin que les Éditions Marchialy y ont apporté pour nous offrir un objet livre de toute beauté. Que ce soit la couverture, la présentation, ou la typographie, tout est de qualité et rend ce livre encore plus précieux pour les bibliophiles.

À travers ce récit, l’auteur nous offre une enquête très approfondie sur le monde des oiseaux, qui par leur beauté ont suscité hélas tant de convoitises. Il retrace tout le parcours de ces oiseaux qui se retrouvent en premier lieu dans les musées d’Histoire naturelle, puis subissent un véritable trafic au bénéfice de la mode, pour finir un jour une fois encore plumé au profit des passionnés de pêche à la mouche.

Une histoire vraie, passionnante qui aborde de nombreux thèmes à travers les années, tels que le trafic d’animaux, la destruction de la faune au profit de la science et de la mode, la cupidité, l’obsession du paraître , l’addiction, le désir de posséder, qui entraînent inévitablement la disparition de certaines espèces.

Un récit fabuleux, captivant et authentique qui nous révèle l’un des plus grand vol du siècle en matière d’Histoire naturelle que je vous invite à découvrir de toute urgence.

Pour info :

Kirk W. Johnson est un auteur américain et fondateur de The List Project, une organisation à but non lucratif qui aide les réfugiés irakiens, qui travaillait auparavant pour le gouvernement américain pendant la guerre en Irak.

Il a été coordinateur régional de l’agence américaine pour le développement international pour la reconstruction de Fallujah en Irak en 2005.

Son travail a notamment été publié dans le New Yorker, le New York Times, le Washington Post, le Los Angeles Times, le Wall Street Journal et Foreign Policy.

Je remercie les Éditions Marchialy pour cette envolée littéraire de toute beauté.