Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

Little Louis

Little Louis de Claire Julliard aux Éditions Le mot et le reste

” Chez nous, c’était la nouvelle Babylone, le royaume du crime et de la dépravation à ce qu’on disait. Tout un bas monde se vautrait dans la fange. Mais en vérité, qui connaissait Storyville, à part ceux qui y vivaient ? Pas grand monde pour la bonne raison que le gratin n’y mettait guère les pieds […] Je n’ai jamais été malheureux dans ma ville. Nous, les gosses, on ne s’ennuyait pas. Du matin au soir, on cavalait à droite à gauche. Je crois bien n’être jamais resté en place plus d’une heure. Sauf quand j’écoutais Joe Oliver. Là je ne mouftais plus. J’étais muet, sidéré. Il fallait le voir souffler dans son cornet, un maître. Papa Oliver m’a tant apporté. J’enregistrais mentalement ses gestes, son style, ses morceaux. Tout ce que je sais, c’est dans nos rues que je l’ai appris. La vie, ça se passe dans la rue, dans la pleine lumière ou à la lueur d’un réverbère, pas derrière les persiennes des belles demeures. “

C’est à la Nouvelle-Orléans, à Storyville qu’a grandit Louis Armstrong.

Au départ il est élevé par sa grand-mère, Joséphine pour laquelle il a une grande affection, au point de la considérer comme sa véritable mère. La quitter pour rejoindre et s’occuper de sa mère malade est un véritable déchirement. Malgré tout, il va prendre soin de sa mère et de sa petite sœur malgré son jeune âge, jusqu’à ce fameux soir, où il tira en l’air avec un vieux pistolet chipé chez lui. Un geste malencontreux qui va le conduire direct dans une institution pénitentiaire mais qui s’avérera une véritable planche de salut.

” Joséphine suait sang et eau pour faire de moi un gamin éduqué et responsable. Elle m’apprenait le bien du mal. Quand j’avais fait une bêtise, elle fronçait les sourcils et me traitait de vilain garçon. Elle m’envoyait cueillir une petite branche sur l’arbre de la cour pour me rosser. J’étais déconfit, les larmes prêtes à jaillir. Alors elle éclatait de rire et levait la punition. Hélas, je ne passais pas toujours à travers les gouttes. “

C’est entre ses murs, que sa passion pour la musique va se concrétiser. En intégrant la fanfare dirigée par Peter Davis, qui deviendra son père de substitution, il va perfectionner son talent exceptionnel de cornettiste.

Et même si à sa sortie, il retourne pelleter du charbon pour aider sa famille, chaque soir il joue dans les honky tonks, bouges du quartier chaud de Storyville où le Jazz s’invente aux côtés des voyous et des prostituées.

” Quelque chose était en gestation et se développait un peu partout dans les rues de ma ville, autour de la place Congo qu’on appelait jass ou jazz. Un genre musical dont je percevais les vibrations au plus profond et qui a forgé mon destin. “

La musique ne le quittera plus, et quand à vingt ans, vint le moment de quitter la ville de son enfance, c’est à Chicago qu’il deviendra cet inoubliable artiste et embrassera le monde.

” J’ai grandi dans ce chaos où la frontière entre le bien et le mal n’existait pas. Les macs et les voyous, les artistes et les honnêtes gens trouvaient un terrain d’entente. Tout ça a influencé ma vision de la vie. Pour moi, nous évoluons dans un mouvement circulaire susceptible de renversements, de renouveau et de métamorphoses. J’en suis la preuve vivante. Regardez d’où je viens et ce que je suis aujourd’hui. J’ai connu le pire et le meilleur, du pire j’ai fait ma fortune et celle de mes proches, j’ai cru en mon destin, moi le petit Louis de Black O’ Town. “

Ce que j’en dis :

Mon père était trompettiste et saxophoniste, dans sa jeunesse il jouait dans les bals avec son frère aîné. N’étant pas encore née, je n’ai pas eu la joie de connaître cette époque mais à chacun de mes anniversaires je lui demandais de me jouer ses morceaux préférés.

Tout comme Louis Armstrong, il a rejoint les étoiles depuis bien longtemps et j’ose espérer que si l’occasion se présente, ils s’offrent un bœuf de temps en temps pour se rappeler le bon vieux temps.

En attendant, je sais d’où me vient ma passion pour le jazz, la musique en général et tous ces musiciens d’ici ou d’ailleurs.

Mais revenons à ce magnifique récit, laissons mes souvenirs nostalgiques errer dans mes pensées.

À travers ce récit, c’est toute l’enfance de Louis que l’on découvre, parfois chaotique mais malgré tout, toujours joyeuse.

L’histoire d’un petit garçon qui aurait pu devenir voyou mais qui sera sauvé par sa passion pour la musique.

Un enfant courageux, emplit d’amour et de générosité pour sa famille et ses amis et qui le restera une fois adulte.

Little Louis nous fait redécouvrir la Nouvelle-Orléans du passé, la naissance du jazz, dans un contexte ultra violent de ségrégation et de misère.

En s’inspirant des souvenirs de Louis Armstrong consignés dans Ma vie à la Nouvelle-Orléans [1952] (Coda, 2006, traduit par François Thibaut), et en rajoutant de nombreuses anecdotes, Claire Julliard nous fait cadeau d’un formidable roman sur la jeunesse tumultueuse de Satchmo, l’un des plus grands génies du Jazz.

Un magnifique blues qui nous emporte, nous bouleverse comme cette musique qui véhicule des émotions simple et sincères.

À découvrir absolument en s’accompagnant pourquoi pas d’un bon whisky et des sons merveilleux de la trompette de notre merveilleux Louis Armstrong.

Pour info :

Journaliste littéraire, Claire Julliard est née à Paris.

Elle a longtemps été nègre dans l’édition avant d’écrire ses propres romans.

Elle est notamment l’auteure d’une biographie de Boris Vian, de romans pour la jeunesse parus à l’école des loisirs, de l’Oie sur un lac gelé chez Leo Scheer et des Hors-venus chez Belfond.

Je remercie les Éditions Le mot et le reste et Aurélie de l’agence, un livre à soi pour ce magnifique blues à la Nouvelle-Orléans en compagnie d’un génie.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Le noir entre les étoiles

Le noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Marina Boraso

” Une image à l’écran. Le tourbillon des gyrophares des voitures de police, l’image vacillante et floue. Elle s’est retournée, sans comprendre ce que la journaliste, Tricia Flip d’Action News Six, était en train d’expliquer devant les caméras. Impossible. Voilà le premier mot qui lui a traversé l’esprit, ce mot qui la liait déjà à des centaines de mères comme elle, des mères qui lui inspiraient une forme de pitié abstraite chaque fois qu’une soudaine irruption de violence était rapportée aux informations, survenue en quelque endroit lointain. Impossible – non, a-t-elle pensé, pourquoi ajouter une telle catastrophe à la longue liste de ses soucis, un événement pareil ne pouvait pas se produire chez eux. Et pourtant, le téléphone hurlait déjà dans la cuisine.

Eve a lâché la corbeille, le linge s’est renversé par terre et elle a trébuché dessus en se ruant vers l’appareil. Elle a collé le combiné à son oreille, et ce qui a suivi devait rester à jamais ancré dans sa mémoire. “

Eve n’était pas préparée à vivre un tel moment même si malgré tout elle a du y penser, parfois, comme de nombreuses familles américaines.

Une fusillade a eu lieu dans le lycée de ses enfants, faisant plusieurs victimes dont Oliver son aîné, toujours en vie mais abîmé à jamais.

” Que faisait Oliver à cet endroit ? Une question qu’Eve se gardait bien de soulever, même si la curiosité déraisonnable qu’elle abritait tout près de son cœur ne pouvait se défendre d’y revenir encore et encore. Elle s’était efforcée d’accepter les faits bruts : Oliver se trouvait là, sur la route d’Hector, et ce dernier l’avait visé avec son fusil, avant d’assassiner l’avenir de sa famille. “

Oliver se retrouve plongé dans un coma profond. Sa famille est brisée par ce drame et se désunie jour après jour. Jed, le père, un artiste raté s’enfonce davantage dans une profonde dépression et trouve refuge dans l’alcool. Charlie, le cadet, quitte le Texas et rejoint New-York, rêvant de devenir écrivain, seule Eve reste présente auprès de son aîné, refusant de perdre l’espoir qu’il se réveille.

Dix ans sont passés lorsque de nouveaux examens révèlent chez Oliver, les signes d’une activité cérébrale. Cette nouvelle redonne un brin d’espoir et réunit enfin sa famille à son chevet…

” Le vent se lève à l’ouest, et un spectre de poussière évanescent se dépose sur Bliss, érodant un peu plus les façades de Main Street. Puis le nuage s’envole vers l’est, aspiré par le bleu immaculé du ciel, et s’évanouit dans un soupir, retourné au néant. “

Ce que j’en dis :

Se plonger dans une des dernières parutions de la collection Terres d’Amérique des éditions Albin Michel est toujours pour moi prémisse de lecture époustouflante et celle-ci ne déroge pas à la règle.

Ce n’est pourtant pas un sujet facile, une fusillade dans un lycée, thème souvent abordée dans la littérature américaine, un pays tellement armé qu’il est souvent au proie de telles dérives mortelles, mais Stefan Merrill Block l’aborde avec une extrême délicatesse et nous offre un récit bouleversant.

C’est à travers les voix de ceux qui restent que l’on découvre cette histoire, notamment Eve la mère d’Oliver, présente chaque jour auprès de son fils.

Les dommages collatéraux n’ont pas épargné les membres de cette famille, et chacun à sa manière tente de survivre à ce traumatisme et entame le long processus de résilience.

Chacun essaie de comprendre en se remémorant cette soirée où leurs vies a basculé sans pouvoir éviter de culpabiliser.

Et lorsque Oliver se manifeste par le pouvoir de ses pensées c’est on peu plus émouvant.

Stefan Merrill Block nous offre un second roman ambitieux, captivant, emplit d’humanité d’amour et d’espoir, absolument déchirant.

Une lecture marquante, et une plume remarquable qui m’a follement envie de découvrir l’Histoire de l’oubli, son premier roman.

Un énorme coup de cœur.

Pour info :

Né en 1982, Stefan Merrill Block est originaire du Texas et vit aujourd’hui à Brooklyn.

Son premier roman, Histoire de l’oubli (Albin Michel, 2009), a connu un immense succès, tant critique que commercial.

Traduit en une dizaine de langues, il a été distingué par de multiples récompenses dont le Prix du Meilleur Premier Roman au festival international de littérature de Rome.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce roman époustouflant.

La route 117

La route 117 de James Anderson aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Clément Baude

” Cecil Boone était le patron du relais routier Stop’n’Gone. Situé sur la route 191, à la sortie de Price, Utah, le Stop’n’Gone était un relais indépendant et médiocre, perdu sur une étendue de sable et de roche brisée, avec l’air minable de ces établissements obligés de pratiquer des prix bas faute d’avoir autre chose à proposer. Cecil, la cinquantaine passée, était un homme aussi trapu qu’aigri. Il se tenait la caisse du petit supermarché. Depuis huit ans que j’achetais mon diesel ici presque chaque jour de la semaine, je ne l’avais jamais vu sourire. Jusqu’à cette matinée enneigée d’octobre. (…) J’ai payé mon diesel.

« Quelqu’un a laissé quelque chose pour toi à la pompe n°8 », a-t-il dit. “

Comme chaque matin, avant de faire ses livraisons sur la route 117, Ben passe à la station faire le plein de son camion.

Une surprise l’attend à la pompe n°8 et pas des moindre. Un mot accompagne cet étrange colis.

” S’il te plaît, Ben, Grosse galère, Mon fils. Emmène-le aujourd’hui. Il s’appelle Juan. Confiance à toi seulement. Ne dis à personne. Pedro. “

Ce qui est surprenant, c’est qu’il connaît à peine Pedro. Alors pourquoi l’avoir choisi pour veiller sur son fils ?

Cette journée est à peine commencée, qu’elle lui réserve déjà son lot de surprises.

Il prend malgré tout la route pour honorer comme il se doit ses livraisons, ses clients comptent sur lui. Et rien ne l’empêchera de se renseigner pour retrouver Pedro sur le chemin.

” Ça secouait. La route ressemblait de moins en moins à une route et de plus en plus à une piste défoncée, semblable à celles que j’empruntais chaque jour pour livrer des biens de nécessité et de rares objets de luxe aux coyotes, aux ranchers miséreux étaux exilés de tout poil qui avaient choisi de vivre le long de la 117. Même si la neige et la pluie n’avaient pas ramolli la terre, j’étais prudent, à l’affût. “

Plus tard dans la journée, une terrible nouvelle va l’obliger à interrompre ses recherches. Son ami John, un prédicateur farfelu qui arpente la 117 avec sa croix, vient d’être grièvement blessé et abandonné au bord de la route.

Ben va tout mettre en œuvre pour le sauver, tout en cherchant le responsable de ce crime.

Il va se retrouver au cœur d’une enquête terrifiante des plus étranges.

Ce que j’en dis :

Je n’avais pas encore croisé sur ma route d’indien routier, maintenant c’est chose faite et j’aime autant vous dire que cette rencontre ne m’a pas laissé de marbre, bien au contraire.

En prenant la route 117 en compagnie de Ben, j’ai vécu une aventure extraordinaire sous haute tension, me retrouvant piégée pendant 350 pages avec beaucoup de mal pour m’en libérer, tellement le plaisir était intense et l’envie de poursuivre l’aventure sur cette route, immense.

Et puis il faut reconnaître que la présence de cet indien au grand cœur, à l’humour mordant m’a fait craquer. Je suis tombée sous son charme et suis devenue complètement accro à la plume de son créateur, James Anderson.

Bien évidemment je mériterais d’être mis au pilori, attachée et torturée par ses ancêtres (de Ben, je précise) pour ne pas avoir lu Desert Home, qui bien sûr se trouve dans ma bibliothèque. Mais bon, ça ne m’a pas pour autant empêché d’apprécier pleinement ce deuxième volet, et je suis bien décidée à remédier à cette lacune rapidement.

Je reprendrai la route 117 bordée d’un resto fermé depuis Mathusalem, vers cette ville fantôme, où les habitants surnommés les coyotes, résistent aux temps qui passent.

Une flopée d’âmes perdues qui vivent isolées du monde, fuyant peut-être on ne sait quoi ou même on ne sait qui ? Chacun portant son fardeau et même sa croix comme John, le pécheur repenti.

La route 117 pourrait être une succursale du fin fond de l’Alaska où les criminels se réfugient, mais elle est pourtant bien là, comme un mirage, coupant le désert de l’Utah.

Une route que Ben connaît par cœur, lui qui lui est fidèle à bord de son camion et la sillonne toute l’année pour ravitailler autant que possible ceux qui voudraient se faire oublier.

Alors il n’est plus à une tempête près…

Et je suis sûre qu’il n’aura rien contre un peu de compagnie, alors n’hésitez surtout pas à grimper dans sa cabine, vers Desert Home, sur la route 117 là où la folie des hommes ne meurt jamais.

Un formidable thriller, porté par une plume fascinante qui va vous hanter longtemps.

Un voyage américain d’exception.

Pour info :

James Anderson est né à Seattle et a grandi dans le Nord-Ouest Pacifique. Il est diplômé de Reed College et d’un Master d’écriture de Pine Manor College.

Ses écrits ont été publiés par de nombreux magazines dont The Bloomsbury Review, New Letters, Northwest Review

Il a notamment été éditeur et rédacteur en chef chez Breitenbush Books.

Après Desert Home (2017), La route 117 est son deuxième roman à paraître en France. 

Je remercie les Éditions Belfond pour cette virée envoûtante et bouleversante sur la route 117.

Les rues bleues

Les rues bleues de Julien Thèves aux Éditions Buchet.Chastel

“ Cette ville, qu’on appellera Paris, il n’y aura pas d’ambiguïté, coulait lentement entre deux rives, depuis des siècles, depuis des années, elle coulait lentement de jour en jour, vers sa destruction prochaine. ”

Souhaitant quitter sa province, notre narrateur est “ monté “ à Paris, dont il tombe très vite amoureux. Un amour qui ne cesse de grandir de 1989 à 2019.

Loin du cocon familial étouffant, il va pouvoir s’affirmer et découvrir les joies de la vie parisienne et ses plaisirs nocturnes.

Je deviens petit à petit un gay, un pédé, c’est le nom qu’ils se donnent, qu’on nous donne, qu’on se donne.

Tout ça m’attire irrémédiablement.

Cette culture.

Ces corps, bien sûr, mais surtout ce monde.

L’appel de la nuit.

Tout réinventer. “

Il partage avec nous ses souvenirs et nous offre une radiographie de Paris du côté architectural, historique mais aussi du côté social.

Comment le corps change, insensiblement ? Comment les amitiés se forment, se défont ? Comment une ville ne change pas – et en même temps se transforme ?

Au fil des pages, ses souvenirs prennent vie et réveillent les nôtres.

Paris s’illumine, scintille, mais parfois Paris souffre, Paris brûle, tombe de douleur mais toujours se relève.

“ Paris est à nous, plus que jamais, cela valait le coup d’y vivre, d’attendre, de ne pas se décourager, elle nous a tant apporté, la ville. ”

C’est l’histoire d’un homme et de sa ville, une bien belle histoire d’amour…

Ce que j’en dis :

Voilà tout à fait le genre de récit qu’il me plaît de découvrir. À travers cette plume très musicale, qui slame tout en poésie, on découvre l’histoire d’un homme mais aussi celle de sa ville de cœur.

Immanquablement, ses pensées, ses souvenirs réveillent les nôtres enfouis parfois très profondément et s’illuminent avec un brin de nostalgie.

On découvre son passé, où s’invite le nôtre, son histoire, tous ces moments mis bout à bout et font de ces instants de vie une grande histoire, un peu comme si parfois l’auteur nous interpellait : « tu te souviens ? ».

Lui se souvient autant que possible, du bon comme du moins bon, du long chemin parcouru à travers les ans, de sa ville qui comme lui se métamorphose au rythme des saisons, des jours, des années.

Le passé se mêle au présent et nous transportent dans le tourbillon de la vie avec une douce mélancolie le temps de trois décennies.

Un magnifique roman qui m’a fait penser au roman de Richard Bohringer : “ C’est beau une ville la nuit ” mais aussi à “ Paris est une fête ” d’ Ernest Hemingway, de beaux souvenirs de lecture auxquels“ Les rue bleues ” de Julien Thèves se rajoutent.

Une belle balade avec notre narrateur dans le Paris d’hier et d’aujourd’hui, que je vous invite fortement à découvrir.

Pour info :


Julien Thèves est né en 1972 à Strasbourg.

Il travaille dans la communication, dans l’édition, à la radio. Ses textes sont lus au théâtre, adaptés au cinéma et diffusés sur France Culture.

Il a reçu le prix Marguerite Duras pour son roman, Le Pays d’où l’on ne revient jamais.

Je remercie les éditions Buchet Chastel pour cette belle virée parisienne pleine de charme.

Nous avons les mains rouges

Nous avons les mains rouges De Jean Meckert aux Éditions Joëlle Losfeld

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche

 » – L’homme est une espèce bizarre qui veut sa sécurité. Il tue son aujourd’hui pour asseoir son demain. Il prostitue sa semaine pour assurer son dimanche. Il peint sa vie en gris ardoise, il invite chacun à venir uriner dessus, pour peu qu’on lui promette une vieillesse à coupons de rente. En vérité, je me soucie peu de la race des fonctionnaires. Entre le cloporte et la punaise, la place qu’on lui fait est encore trop honorable. Qui pense à son demain ignore la liberté. Et c’est une gentillesse à lui faire que de lui écraser la tête à coup de talon. Le mieux est encore de s’asseoir dessus ! “

Lorsque Laurent sort de prison, il ne s’attendait pas à trouver si tôt un emploi, ni même un foyer.

M. D’Essartaut, chef d’un maquis et père de deux jeunes filles lui offre la possibilité de rejoindre sa scierie.

Très vite, il va s’apercevoir que son nouveau patron, aidé de quelques acolytes et du pasteur Bertod continuent depuis deux ans, malgré la Libération, une épuration qu’ils pensent juste. Lors d’opérations punitives, ils s’attaquent aux divers trafiquants et profiteurs de la région.

” – Nous avons les mains rouges ! dit-il. Il nous faudrait un bain de justice et de pureté pour les laver. À toi, Laurent, nouveau parmi nous, neuf aussi dans le monde nouveau d’après la tourmente, de nous dire si tu crois encore à la justice et à la pureté. “

Jusqu’à ce que la mort de l’un d’eux, divise le groupe, les amenant à pratiquer le terrorisme, à commettre des meurtres, remettant en cause tout ce pour quoi ils se battaient et les conduisant vers une nouvelle tragédie.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de découvrir enfin cette belle plume.

Quelle chance d’avoir entre les mains un texte si fort à l’écriture singulière.

On ne peut que remercier les Éditions Joëlle Losfeld pour la publication des introuvables et des inédits de Jean Meckert.

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche, Nous avons les mains rouges, nous entraîne dans l’après-guerre aux côtés de résistants rebelles qui continuent la lutte, n’acceptant pas la fatalité.

Tel un cri de rage, ce récit saisissant écrit en 1947, s’impose par sa force, son style et font de ce roman un incontournable à découvrir expressément.

À travers les yeux de Laurent, en alliant suspens, Histoire, à travers des personnages forts, nous conduisant vers une fin sombre et déchirante, Jean Meckert nous offre un roman noir, profondément humain, d’un réalisme surprenant.

Une œuvre remarquable à savourer comme il se doit.

Pour info :

Jean Meckert naît à Paris en 1910. Mobilisé en 1939, il est interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle et y écrit son premier roman, Les coups, que Gallimard accepte immédiatement.

Suivront plusieurs autres titres, tous salués par des grands noms de la littérature française tels que Raymond Queneau, André Gide, Roger Martin du Gard, Maurice Nadeau, Jean-Jacques Pauvert… ou plus récemment Manchette et Annie Le Brun.

Dès 1950, Marcel Duhamel le fait venir à la Série Noire où il s’impose, sous le nom d’Amila, comme l’un des meilleurs auteurs de polar français. 

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld de m’avoir donné l’occasion de découvrir cette merveille.

Le cimetière des baleines

Le cimetière des baleines de Géraldine Ruiz aux Éditions le Nouveau Pont

Illustré par Lima Lima

 » J’essaye de me rappeler. Ma première rencontre avec le bateau et ses occupants. Une succession de sentiments remonte à la surface : l’enthousiasme, le doute puis la peur qui m’a tiraillée jusqu’au départ. La navigation n’était qu’un vague souvenir d’enfance. Surtout, je me demandais comment exercer en étant intégrée au sein d’une équipe composée de deux navigateurs, deux guides de haute montagne, un cadreur, un photographe et une artiste peintre. Il me semblait impossible de mettre de la distance. De me détacher du groupe alors que j’allais être impliquée dans son action. Le projet étant de mener le voilier jusqu’au Lofoten, un archipel montagneux au nord de la Norvège ; à terme, Thémis voyagera avec des adolescents en difficultés. “

Pendant un mois, des hommes et des femmes qui ne se connaissent pas vont voyager ensemble sur un voilier vers les îles Lofoten en Norvège.

Pendant cette traversée, ils vont vivre des moments extraordinaires, jusqu’à une rencontre improbable.

” Soudain, elle se dévoile.

Son souffle puissant attire nos regards dans sa direction. Dans une parade suggestive laissant deviner l’ampleur de sa masse noire d’une longueur équivalente à celle du bateau, elle découvre sa nageoire dorsale. Elle longe Thémis et quelques mètres nous séparent.

Hurlements de joie mêlée à la stupeur. “

Soudain le cœur s’apaise ; croiser sa première baleine peut changer une vie.

Ce que j’en dis :

Partir à la découverte de ce récit, c’est prémisse d’un voyage extraordinaire à bord du voilier le Thémis en direction de la Norvège, avec des hommes et des femmes de tout horizon, qui vont s’ouvrir les uns aux autres, vague après vague, en posant un regard vers la mer, véritable source de bien-être et d’apaisement. Un voyage qui va leur faire don d’une rencontre inoubliable, qui marquera à jamais les esprits, véritable cadeau comme seule dame nature est capable d’offrir, un instant magique, de toute beauté.

Qu’il fut bon de s’évader à travers ces pages, d’admirer les paysages, la mer, les flots à travers les magnifiques illustrations de Lima Lima, de se laisser emporter par la douce mélodie de la plume de Géraldine Ruiz.

Une véritable aventure humaine et marine qui procure la sérénité, la quiétude et donne une folle envie de prendre le large…

Pour info :

Géraldine Ruiz est journaliste itinérante et auteure. Elle vit là où elle écrit ; Paris, Manille, Bordeaux, Memphis. Ou sur un voilier, le temps d’un été.

La démarche de Lima Lima est triple ; l’art urbain, le travail personnel en atelier et la peinture en décor, l’un faisant écho à l’autre. Son travail est centré sur l’humain et le vivant. Elle accorde de l’importance à la poésie des détails dont la vie nous entoure.

Je remercie infiniment les Éditions du Nouveau Pont pour ce voyage de rêve empli de poésie.

La soustraction des possibles

La soustraction des possibles de Joseph Incardona aux Éditions Finitude

 » Le découragement plie sous le poids de l’orgueil. Elle refuse de pleurer, ou alors juste quelques larmes, par dépit. Des larmes de rage.

Elle comprend maintenant qu’il y aura de la souffrance. L’escroquerie des sentiments. Un territoire dont on ne connaît pas la frontière, un univers en expansion. La souffrance commence cette nuit, à 22 heures 30.

Odile l’ignore. Odile est un maillon de la chaîne de tout ce qui suivra, à la fois cause et conséquence de cette histoire.

Comédie et tragédie.

Le chat et la souris. “

Synopsis à ma façon :

Pour découvrir ce qui se cache derrière ce titre et cette couverture couleur lingot d’or, il convient de bien observer l’illustration et de faire travailler son imagination.

Pour vous aider un peu, je peux éventuellement donner un nom à chaque engrenage.

Il y Aldo, un professeur de tennis, qui joue aussi le gigolo pour joindre l’utile à l’agréable. Puis Odile, une femme mariée qui fait appel aux différents services d’Aldo. Rajoutons Svetlana, une jeune financière à l’avenir prometteur, son patron un banquier, un avocat, des petites frappes, mais également un mafieux Corse sans oublier sa sœur, et surtout de l’argent, beaucoup d’argent qui les relie les uns aux autres, et fait tourner l’engrenage.

” Certains lieux attirent la richesse. La richesse et la tragédie. “

Vous voilà parés, prêts pour vous lancer dans cette fresque ambitieuse qui vous fera voyager entre la Suisse et le Mexique en passant même par la Corse, avec du fric qui n’appartient qu’à eux, en compagnie de loups aux dents très longues.

 » L’argent, ça incite à péter plus haut que son cul.

Ouais.  »

Ce que j’en dis :

J’avais beau m’attendre à du grand art, je n’en ai pas moins été soufflé.

Comme tout artiste, il lui a suffit de quelques idées, finement liées les unes aux autres avec style, une bonne dose d’ironie, une pointe de causticité, du tragique mais également de l’humour, une bonne pincée de vérité, le tout arrosé d’amour, de sexe mais surtout de fric et vous obtiendrez un roman noir d’exception.

Si Joseph Incardona était une action, sa côte en bourse vaudrait de l’or.

Si Joseph Incardona était une œuvre d’art, il serait vendu chez Sotheby’s pour une somme terriblement indécente.

Si Joseph Incardona était lieutenant de police, il se prénommerait Columbo, malin comme un singe, toujours là on l’attend le moins.

Mais Joseph Incardona est écrivain, mais alors quel écrivain, il est suisse en plus, l’engrenage de qualité ils connaissent là-bas, de véritables experts et les secrets bancaires n’en parlons pas, tout s’explique.

La soustraction des possibles est un beau pavé audacieux à la mécanique impitoyable.

Mettez-vous à l’heure Suisse et ne le ratez surtout pas.

Pour info :

Joseph Incardona est né en 1969, de père sicilien et de mère suisse.

Écrivain, scénariste et réalisateur, il est l’auteur d’une quinzaine de livres. Personnalité atypique et auteur prolifique, ses références sont issues à la fois de cette culture de l’immigration ainsi que du roman noir et de la littérature nord-américaine du xx siècle.

Malgré la gravité des thèmes qu’il a pour habitude de traiter avec un style très noir et rythmé, on trouve aussi dans ses oeuvres un ton décalé souvent associé à une forme de pudeur.

Il remporte en 2011 le Grand prix du roman noir français avec Lonely Betty et en 2015 le Grand prix de littérature policière pour Derrière les panneaux il y a des hommes, tous deux parus aux éditions Finitude.

On lui doit plus récemment Permis C (BSN Press, 2016) – repris chez Pocket sous le titre Une saison en enfance –, Chaleur (Finitude, 2017 ; Pocket, 2018, Prix du Polar Romand) et Les Poings (BSN Press, 2018).

Son nouvel ouvrage, La Soustraction des possibles, est son dernier roman paru en 2020 chez Finitude.

Je remercie les Éditions Finitude et Masse Critique Babelio pour ce roman noir extraordinaire.

Cinq cartes brûlées

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière aux Éditions Fleuve Noir

Sanglante agression dans un hôtel à Saint-Flour

Un premier témoignage glaçant

(…) Interrogée par la police, Caroline V. N’a pas été en mesure de dire si quelqu’un d’autre était entré ou sorti de la pièce où s’est déroulé le drame. Mais ce qu’elle a pu en voir témoigne d’une agression violente. « Il y’a du sang partout, même sur les murs. » Un évènement qui restera pour elle une expérience traumatisante. Les deux protagonistes du drame ont été hospitalisés. Si la femme semble présenter des blessures superficielles, l’homme retrouvé entièrement dévêtu au milieu d’une marre de sang est dans un état critique.

M. Rusa Cher – la montagne.fr – 21 octobre 2011 “

Pour comprendre cette fin de partie sanglante, il va falloir redistribuer les cartes, remonter le temps, se prendre au jeu tout en restant bon joueur, car l’auteure de ce thriller psychologique dispose de quelques jokers pour brouiller les pistes.

Parmi les joueurs, nous allons croiser Laurence Graissac, et son frère Thierry qui adore jouer les tyrans avec sa sœur. Sans oublier la mère qui gère comme elle peut son divorce et l’éducation de ses enfants. Puis le docteur Bashert s’invitera à la table et mise après mise, ce pigeon pourrait bien y laisser quelques plumes.

Laurence a perdu quelques parties au cours de sa vie, elle n’a pas toujours eu les bonnes cartes entre ses mains, elle n’a pas toujours misé sur le bon cheval et les blessures du passé sont difficiles à effacer et pourtant lorsqu’elle croise la route de Bashert, elle s’autorise à espérer une vie meilleure, encore faudra-t-il que cette fois, la nouvelle donne soit enfin la bonne.

Ce que j’en dis :

Comme d’habitude je fais le choix de rester vague, car quel intérêt de vous dévoiler toute la mise en scène de cette histoire divinement orchestrée.

Car des atouts, il en a ce roman, bien davantage que dans un jeu de tarot c’est certain.

Il possède déjà une belle plume, une plume qui roman après roman a gagné en maturité et en intensité.

À travers ce thriller psychologique qui flirte avec le roman noir, Sophie Loubière explore l’univers complexe de la famille , parfois destructeur pouvant occasionner dès l’enfance certains traumatismes qu’il faudra apprendre à gérer à l’âge adulte si c’est encore possible, tant parfois les dégâts sont irréversibles.

Tout comme l’univers du jeu, d’un abord attrayant, divertissant mais qui peut très vite entraîner le joueur vers le vice d’une addiction dangereuse.

Comme dans un jeu de cartes, chaque personnage joue un rôle important et plonge le lecteur dans une partie endiablée qui conduira vers un dénouement surprenant, complètement inattendu.

En s’inspirant d’un réel fait divers, l’auteure a réussi d’une main de maître à construire un véritable château de carte, une histoire aussi bouleversante que démoniaque, l’histoire d’une petite fille trop souvent brimée qui rêve d’être un jour une reine de cœur.

Vous pouvez d’ores et déjà miser sur Cinq cartes brûlées, c’est gagné d’avance.

Pour info :

Sophie Loubière s’est longtemps partagée entre l’écriture et le journalisme (« Parking de nuit » sur France Inter, « Info Polar » sur France Info) avant de se consacrer pleinement à la littérature.

Elle a publié une dizaine de romans et une centaine de nouvelles policières. En 2011, L’Enfant aux cailloux, plusieurs fois primé et traduit en langue anglaise, lui vaut une reconnaissance internationale. En 2015, À la mesure de nos silences revient sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale sous la forme d’un road-movie initiatique. En 2016, White Coffee prend ses quartiers du côté de la mythique Route 66, faisant suite à Black Coffee, avec ce même attachement porté à fouiller les abîmes de l’âme humaine au travers de décors fascinants.

Je remercie Sophie pour ses délicates attentions, et lui souhaite de rafler au passage quelques prix bien mérités.