Riley tente l’impossible

Riley tente l’impossible de Jeff Lindsay à la Série Noire de Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony

“ Même si quelque chose avait l’air ultra difficile sur le papier, ça ne l’était jamais. Et pourtant, ce n’était pas faute de placer la barre très haut. Je réussissais des coups qui paraissaient tout bonnement impossibles – comme de voler une statue de douze tonnes et demie – en ayant l’impression que c’était un jeu d’enfant. Je ne trouvais tout simplement rien qui soit à ma hauteur, et il y a toujours un terrible danger à cela : le danger de se reposer sur ses lauriers, imbu de soi-même, si bien que tôt ou tard on finit réellement par commettre une erreur. Et, dans mon domaine, les erreurs ont de très lourdes conséquences. La prison à vie est sans doute la moins pire. Donc la réponse s’imposait, même si elle pouvait paraître un peu débile.

Il fallait que je trouve quelque chose dont je n’étais pas capable.

Un coup au-delà de l’impossible, quelque chose de ridicule, d’impensable, d’absurde, de totalement hors de question. Et ensuite il fallait que je le fasse. ”

Après avoir lu cet extrait, vous avez déjà une petite idée de la spécificité de ce cambrioleur qui adore relever les défis. Pas question de se contenter de vulgaires vols à l’étalage, mais dévaliser un musée à Manhattan qui s’apprête à accueillir le fleuron des joyaux de la couronne iranienne, là, la tentation est énorme.

Voler les riches, tel Robin des bois avec l’aisance de Fantômas, mais avec moins de scrupules qu’Arsène Lupin même s’il adore se grimer pour rentrer à merveille dans le tôle de ses personnages qui l’aideront à mener à bien son cambriolage.

“ Et il mettra la main sur un ou deux joyaux de la Couronne iranienne, les fourrera dans sa poche et repartira peinard en ayant réussi le plus gros casse de l’histoire.

Vous pensez que c’est de la folie ? Du suicide ? Que c’est impossible ? Ça l’est. Vous pensez que c’est infaisable ? C’est ce qu’on va voir. ”

Juste le temps de prendre contact avec sa complice, et d’entrer dans son nouveau rôle, sans oublier sa maman déjà âgée, la seule à connaître ses secrets d’enfance et sa véritable identité, à moins que l’agent spécial Delgado réussisse enfin à l’attraper.

Qui de Riley ou de Delgado réussira le meilleur coup de filet ?

On peut déjà affirmer que Jeff Lindsay le créateur de l’inoubliable Dexter, adore les psychopathes, même si Riley est un peu moins sanglant, quoi que, mais tout aussi cynique.

Il a l’art et la manière de manipuler son lecteur, tout en le gardant sous tension, semant les indices au gré des chapitres, nous laissant douter de la réussite de ce cambriolage jusqu’au dénouement final.

Petit à petit on fait connaissance avec Riley, découvrant au passage son passé qui explique comment il en est arrivé à faire ce choix de vie très particulier.

On ne peut donc que le comprendre et l’admirer tout comme ce fameux Dexter, malgré leurs actions très controversées.

Premier volume d’une nouvelle série qui s’apprête déjà à prendre le même chemin que Dexter, et risque bien de rendre accro un grand nombre de lecteurs à travers le monde.

Une lecture idéale pour l’été, à glisser dans sa valise, faudra juste pas le laisser sans surveillance au risque de se le faire piquer par un lecteur en manque de bonne came.

Pour info :

Né en 1952 à Miami, Jeff Lindsay est l’auteur d’une série culte au succès planétaire : Dexter, traduite dans 22 pays.

Il vit avec son épouse Hilary Hemingway – nièce d’Ernest – en Caroline du Nord. Il enseigne à l’Appalachian State University.

Une deuxième aventure de Riley est en préparation.

Mécanique mort

Mécanique mort de Sébastien Raizer à la Série Noire de Gallimard

“ Retourner enterrer ses morts, sans toucher à rien.

Effleurer le monde, comme un fantôme.

Ne rien déranger. Ne rien bousculer, ne provoquer aucun désordre dans la mécanique des gens et des choses.

Ne tuer personne, Ne pas se faire tuer.

NO DIRTY BALLAST ”

Après trois ans passés au bout du monde en Asie, et une longue traversée en cargo, Dimitri Gallois est de retour dans sa ville natale à Thionville.

Trois ans en arrière, il avait enfin découvert la vérité sur la disparition de son père ( voir précédent roman LES NUITS ROUGES, ici), mais avait dû également faire ses adieux à son frère.

Cet éloignement lui a apporté un besoin de faire la paix avec lui-même mais aussi avec son passé.

“ Il y avait sa vie au cours des trois années précédentes. Un millier d’aubes, des millards de soleils. Ce qu’il a appris, ce qu’il a perdu, celui qu’il est devenu. Cela forme un tout, harmonieux et disparate, tangible et invisible. Il s’interdit de le disperser, de le céder aux vents, aux marées, aux déserts et à l’asphalte, et se promet de le garder compacté en lui comme un soleil noir. ”

Mais son retour ne passe pas inaperçu et très vite, il se retrouve face à Nesrine Bichiki, la sœur du dealer qu’il a jadis tué, prête à assouvir sa vengeance, même si elle est désormais à la tête d’un vaste réseau de distribution de drogue fournit par la mafia albanaise basée en Allemagne.

“ Son passé le hantait et lui échappait. Et il était en route pour se le réapproprier. C’était son unique problème. Le reste ne serait qu’une succession de détails auxquels il faudrait, systématiquement, apporter la meilleure solution. ”

Entre la légalité et l’illégalité, la frontière est mince, et une fois la mécanique lancée, il est parfois difficile d’échapper à une certaine violence qui conduit parfois à la mort, même si le besoin impérial de faire la paix lui permettra peut-être d’éviter le pire.

Retrouver la plume de Sébastien Raizer, c’est un peu comme se retrouver au cœur de son endroit préféré sur terre, c’est juste un pur bonheur.

En alliant, noirceur et poésie, il entraîne ses lecteurs dans une course infernale à travers une mécanique d’écriture mortelle, où la fulgurance de certains passages permettront d’apporter une dose d’humanité et d’apaisement dans toute cette violence. Une plume noire mais toujours lumineuse où l’humour et même l’amour y trouveront une place de choix à travers des personnages solaires.

Une intrigue qui l’amène à poser un certain regard avisé sur la planète en crise profonde face à la course folle du capitalisme, et malgré la colère qui l’habite, sa méditation zen quotidienne lui permet de nous offrir un roman noir extraordinaire, survolté, où la vengeance et le pardon s’allient pour apporter la paix, la violence n’étant pas toujours une option indispensable même si elle reste incontournable dans certaines situations.

Du grand art à la Série Noire, tout comme j’aime.

Le meurtre de Harriet Monckton

Le meurtre de Harriet Monckton d’Elizabeth Haynes aux Éditions Mauvaise Graine

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par François Hoff, Clara Lupfer, Pierre Marchant et Martin Petrowsky

“ – Est-ce que ça va faire mal ? Avait-elle demandé, et la Mort s’était frotté les mains avec joie, sachant qu’elle lui appartenait presque. ”

En novembre de l’année 1843, une dose mortelle d’acide prussique mit fin à la vie d’une jeune femme de 23 ans, Harriet Monckton.

Si pendant trois années, on avait pensé à un suicide, il n’en est rien, Harriet a été assassiné.

Élisabeth Haynes, revient sur ce Cold Case victorien en s’appuyant sur les archives de Scotland Yard, sur les rapports du coroner et sur les dépositions des témoins, essayant de s’approcher au plus près de la vérité et peut-être même de trouver enfin le coupable.

“ On pense à tant de choses. On essaie de trouver la bonne solution à une énigme, et on ne peut jamais tout à fait faire face à ce qui doit être la vérité. On s’en éloigne, parce que l’affronter est trop terrible. ”

Petit à petit, la personnalité complexe d’Harriet se révèle à travers une galerie de personnages qui l’ont côtoyé. Chacun semble le coupable idéal et dégage une dose de mystère qui laisse planer un doute.

On découvre des amoureux transis, des manipulateurs, des lâches, des adultères et une multitude de secrets assez bien gardés tous liés à Harriet d’une manière ou d’une autre.

Une histoire vraie qui donne sous la plume de Élisabeth Haynes un polar historique captivant, mettant en avant la condition d’une jolie jeune femme dans une société anglaise assez hypocrite et dévastatrice.

Les fans du Cluedo seront ravis de se plonger dans cette histoire où la vérité se dévoilera enfin.

“ Vient pourtant un temps où l’on arrête de se mentir à soi-même, et où l’on repense aux secrets que l’on a enfouis, aux vérités que l’on a découvertes, que l’on garde très près du cœur.

Une vérité notamment selon laquelle n’y avait pas une Harriet, mais deux : celle que l’on ne connaissait et aimait ; et l’autre Harriet, la fille secrète, celle que l’on ne connaissait en fin de compte pas du tout. ”

Pour info :

Elizabeth Haynes a grandi à Seaford, dans le Sussex et a étudié l’anglais, l’allemand et l’histoire de l’art à l’Université de Leicester.

Elle travaille actuellement comme analyste criminel et vit dans le Kent avec son mari et son fils.

« Comme ton ombre » (Into the Darkest Corner), son premier roman a été best-seller du New York Times et publié dans 37 pays.

Elle signe ici, un chef-d’œuvre victorien d’une grande actualité. La traduction néerlandaise s’est déjà vendue à 12000 exemplaires en grand format en 2019.

Respirer le noir

Respirer le noir, recueil de nouvelles aux Éditions Belfond

Pour ce nouveau recueil de nouvelles et cette nouvelle expérience sensorielle, sous la direction d’Yvan Fauth, se sont prêtés à l’exercice douze auteurs adeptes du noir, cités ci-dessous :

Barbara Abel

Franck Bouysse

Hervé Commère

Adeline Dieudonné

François-Xavier Dillard

Chrystel Duchamp

R.J Ellory

Karine Giebel

Vincent Hauuy

Sophie Loubière

Jérôme Loubry

Dominique Maisons

Mo Malø

Depuis de nombreuses années, grande amoureuse du noir je suis une partisane des nouvelles, et cette expérience littéraire est d’autant plus intéressante que je suis anosmique depuis apparemment ma naissance.

Il faudra donc à ces auteurs, une certaine dose d’inventivité et de persuasion pour réussir à me convaincre et à me satisfaire.

Connaissant la plupart des auteurs, tous n’auront pourtant pas grâce à mes yeux. L’exercice de la nouvelle est difficile, un bon romancier ne fera pas forcément un bon nouvelliste, et vice-versa.

Ayant fait partie il y a quelques temps d’un jury pour un prix de la meilleure nouvelle, je me suis remise en situation et j’avoue que mon trio gagnant ne surprendra personne, car ils remplissent à merveille le cahier des charges. Car si certain ont choisi la facilité en restant dans leur zone de confort, assez fidèle à leur thème de prédilection, mes trois Winners ont réussi à me surprendre et à me faire ressentir la bonne odeur de l’encre noire.

Pour rendre hommage au directeur de la collection, Yvan Fauth qui chaque fin d’année sur son blog, EmOtionS ( https://gruznamur.com) remonte le compte à rebours de ses lectures préférées pour arriver à son super chouchou je vais donc citer mes trois nouvelles préférées et leurs auteurs de la troisième à la première place.

Pour les autres, j’ai bien aimé mais, oui il y a un mais, suivi d’un sans plus.

À la troisième place, le monde d’après d’Hervé Commère même si ça manque un peu d’odeur, mais qui au final ne vous claquera pas la porte au nez.

À la seconde place, une habituée des nouvelles, qui une fois de plus s’en sort à merveille, Sophie Loubière qui vous fera respirer la mort, l’odeur de la dévastation à sa manière.

Et à la première place, ce qui ne surprendra personne, mais qui sincèrement respecte à la lettre ce défi littéraire, Franck Bouysse, et sa nouvelle Je suis un poisson, qui réussit haut la main à créer une histoire originale, crédible, ingénieuse. Une excellente nouvelle à l’odeur teintée d’humour noir, un auteur aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau.

Mais rien de tel que de Respirer le noir, mais également d’Écouter le noir , de Regarder le noir, de Toucher le noir, pour vous faire votre idée et poursuivre l’expérience sensorielle à travers les mots de ces plumes noires qui éveilleront vos sens sans risque de contagion mise à part de devenir accro aux nouvelles.

Une collection qui ne manque pas frissons.

Petiote

Petiote de Benoît Philippon aux Éditions Les arènes

Collection Équinox

“ – Tu sais que tu vas pas en sortir vivant.

– Je sais qu’il y a un risque, mais je le prends.

[…] L’opération est enclenchée. Ses mains ne suent plus. Son cœur a trouvé un rythme de croisière. Le stress évacué, il sait pourquoi il est là. Alors qu’il devrait se pisser dessus de trouille, Gus irradie de joie. La foi guide ses gestes. Pour la première fois, il sait ce qu’il fait. Il a l’espoir fou de réussir. Il se pensait coincé dans une impasse, il entrevoit une issue. ”

Puisque Gus a tout perdu, pourquoi ne pas tenter le tout pour le tout. Il n’est plus à une connerie près. C’est vrai quoi, puisqu’il est soit disant un looser, autant garder ce costume qui semble lui aller à merveille, puisqu’il lui colle à la peau depuis si longtemps. Toute façon, tout est la faute de la juge, ils ne pourront s’en prendre qu’à elle. Ah elle est belle la justice, c’est clair.

Quoi qu’il en soit, c’est trop tard, le top départ est lancé et rien ne pourra le faire changer d’avis. On prive pas un père de sa fille, looser ou pas, même si cette prise d’otage risque de l’envoyer derrière les barreaux.

“ – Le don de ce type pour s’enfoncer dans les sables mouvants, c’tout bonnement fascinant. ”

Toute façon, quand tu vois la tronche des otages, pas sûr qu’ils manqueront à quelqu’un, mise à par Émilie la fille du looser, une ado en pleine crise. Car entre Cerise, cette prostituée qui décide de lui prêter main forte, en passant par Georges, le tenancier de cet hôtel miteux, sans parler de Boudu, un sdf sauvé des eaux qui se noie dans l’alcool, de Fatou une migrante enceinte jusqu’au yeux , de Gwen et Dany ce couple adultère, sans oublier ce livreur Uber jamaïcain et Sergueï, un serbe marchand d’armes et trafiquants de drogue, pas sûr que ça fasse les gros titres du JT, à moins que la Capitaine de police Mia Balcerzak, chargée des négociations fasse bien le job pour lequel on la paye.

Reste-t-il une once d’humanité dans ce monde cruel, où depuis pas mal de temps, le malheur des uns fait le bonheur des autres ?

Et ben ma Petiote, t’es pas sortie de l’auberge.

Heureusement, on peut compter sur Benoit Philippon et de sa plume jubilatoire pour te sortir de là et te conduire direct dans les arènes des librairies. Il faut que tout le monde fasse connaissance avec toi et avec ton créateur qui met sous le feu des projecteurs les oubliés du système, faisant d’eux des stars.

En plus des chemises à fleurs, on peut dire de lui qu’il les aime les cabossés de la vie, les mamies porte- flingue, et les joueuses de grand chemin, alors pas étonnant que ton père ma petiote ait trouvé grâce à ses yeux, aussi looser soit-il.

Et une fois de plus, il nous prouve de ne jamais se fier aux apparences, car derrière ce roman déjanté, bourré d’humour et d’adrénaline se cachent de belles leçons de vie, d’humanité, de fraternité et de paternité.

Loin de nous faire la morale, il réveille les consciences jetant à sa façon un pavé dans la marre. Rien de tel que la pointe d’un stylo pour faire passer des messages.

N’oublions pas que Benoît Philippon est également scénariste et réalisateur, alors c’est clair, il sait raconter et mettre en scène ses histoires. Et puis si t’as des doutes, tu le lis et après on en cause. D’autres ont déjà testé et ils en jasent encore, tout est bon chez Philippon, t’as qu’à voir.

Allez Ma Petiote, quoi qu’il arrive, on va pas t’oublier de si tôt. Et connaissant ton créateur, il se pourrait même qu’on te croise au hasard des pages du prochain roman, va savoir avec cet auteur faut s’attendre à tout sauf à l’ennui.

Pour info :

Né en 1976, Benoit Philippon grandit en Côte d’Ivoire, aux Antilles, puis entre la France et le Canada. Il devient scénariste puis réalisateur pour le cinéma.

Après Cabossé, Mamie Luger et Joueuse, Petiote, roman noir et déjanté dernier né d’un talent du polar.

Le serpent des blés

Le Serpent des blés de T.M. Rives aux éditions Zulma

Traduit de l’anglais (États-Unis)par Lucien d’Azey

“ Feldon est constitué d’une vingtaine de collines aussi hautes que des dunes, couvertes d’une herbe sauvage et entourées de petits bouquets d’arbres. Des collines jaunes qui se succèdent, des sillons qui serpentent parmi les collines. Un endroit immédiatement reconnaissable. L’air même y était familier, comme un drap blanc qui claque au vent sur son fil. Sauvage. Lumineux et léger. […] « C’est joli ici. » ”

Pourquoi diantre, ai-je pensé à Adam et Ève en m’aventurant dans cet Eden littéraire ? Peut-être parce qu’il est question d’une rencontre entre homme et une femme, puis de l’arrivée d’un serpent qui viendra semer la discorde, sous les yeux d’un petit ange qui servit d’appât à cette femme pour attirer l’homme dans ses filets.

Nous sommes au cœur de l’Amérique profonde, où une veuve tente désespérément de mettre le grappin sur un homme plutôt charmant et même charmeur.

“ Et il continua à discourir de cette manière observant en silence quand il écoutait, faisant des gestes avec son long doigt et se tirant les cheveux chaque fois qu’il avait quelque chose à dire. De drôles de mots, agencés les uns aux autres en grappes discordantes, régis par un dessin audacieux, jusqu’à ce que l’éclat de la phrase suivante les efface. Et toujours l’énigmatique sourire, la part non-dite, cachée. Un prédateur bienveillant. ”

Est-ce un péché de vouloir combler un vide ? Le serpent est-il là pour nous le rappeler ? Et cet homme, serait-il un prédateur tout aussi dangereux ? Et l’enfant dans tout ça ?

T.M.Rives possède une plume pleine de charme, et devient en quelques pages un charmeur littéraire qui nous emmène avec style dans un Eden littéraire où le bien et le mal jouent une partie endiablée dans l’univers des adultes.

Chacun l’interprètera à sa manière, mais une chose est sûre, ce petit roman américain s’apparente à ce qu’on appelle, un chef-d’œuvre.

Pour info :

T.M. Rives est né en Californie en 1972. Globe-trotter et polyglotte, il séjourne plusieurs années en Europe avant de s’installer à New-York, ville à laquelle un guide Secret New-York (New-York insolite et secret). Aujourd’hui photographe, il reste l’auteur d’un seul roman, Le Serpent des blés, et c’est un coup de maître.

La chambre du fils

La chambre du fils de Jørn Lier Horst à la Série Noire de Gallimard.

Traduit du Norvégien par Aude Pasquier

– Des cartons bourrés d’argent ? répéta-t-il. De quoi parle-t-on exactement ? Quelle somme au total ?

– Des devises étrangères, répondit le procureur général. Des euros et des dollars. Environ cinq millions de chaque. […] Wisting essaya de faire le calcul dans sa tête. Le total devait avoisiner les quatre-vingt millions de couronnes norvégiennes.

Quand un ex-ministre, ancien membre du parti travailliste, est retrouvé mort dans son chalet après une terrible crise cardiaque, laissant derrière dans la chambre du fils, une multitude de cartons remplis de devises étrangères datant des années 2000, il y a de quoi s’interroger.

Le procureur général de Norvège charge l’inspecteur Wisting de percer le mystère de cette trouvaille suspecte.

D’autant plus que des élections approchent.

Et lorsqu’une lettre anonyme, rappelle aux bons souvenirs des enquêteurs une disparition en 2003 mettant en cause le ministre défunt, l’enquête prends une toute autre dimension.

Un long travail d’investigation commence pour Wisting et son équipe, qui leur permettra peut-être de résoudre un cold cases en plus de remonter les traces de ce mystérieux butins.

Jørn Lier Horst, et William Wisting son inspecteur, sont de retour pour une nouvelle affaire , pour le plus grand plaisir de ceux qui comme moi suivent la nouvelle carrière d’écrivain de cet ancien ancien flic, et les enquêtes de son personnage récurrent.

Bien loin des romans nordiques qui se traînent parfois en longueur, Jørn Lier Horst nous offre un suspens qui ne manque ni de précision, ni de réalisme, et surtout bien rythmé. On sent le passé d’enquêteur et ce besoin de résoudre les cold-cases, à travers sa plume et sa façon de nous présenter l’histoire hyper réaliste, porté par une plume d’une grande maîtrise.

Pas étonnant que ce véritable page Turner et l’inspecteur Wisting aient inspiré un scénariste qui en fait une série télé.

On ne s’en lasse pas bien au contraire, et on se doute bien que son ancien job, lui permettra de trouver l’inspiration pour poursuivre l’écriture, en tout cas je l’espère.

Pour info :

Jørn Lier Horst, né le 27 février 1970 à Bamble, dans le comté de Telemark, en Norvège, est un écrivain norvégien, auteur de roman policier et de littérature d’enfance et de jeunesse.

Ancien inspecteur de la police, Jorn Lier Horst met sa connaissance des méthodes d’investigation au service de ses thrillers. Il figure parmi les auteurs les plus vendus en Norvège et l’un des plus importants auteurs de roman noir scandinave

Duchess

Duchess de Chris Whitaker aux Éditions Sonatine.

Traduit de l’anglais (Écosse) par Julie Sibony

« – Je suis une hors-la-loi, putain. Quand est-ce que tu vas comprendre ? Je suis pas là pour me pomponner et sortir avec des garçons. J’ai des choses plus importantes à faire. »

Duchess, treize ans, Hors-la-loi. Ça vous surprend, c’est pourtant comme ça qu’elle se présente.

Duchess est une légende, une héroïne qui n’a pas froid aux yeux, ni la langue dans sa poche.

“ Je suis la hors-la-loi Duchess Day Radley et je leur mettrai une balle entre les deux yeux. ”

En même temps quand tu connais son histoire, ça se comprend et ça impose un certain respect. Et même si elle est encore trop jeune pour porter un flingue, pas de problème, elle a les yeux revolver alors faites gaffe quand même.

Elle n’était pas encore née quand cette histoire a commencé, quand sa tante, la sœur de sa mère perdit la vie, fauchée dans la fleur de l’âge par une voiture, entraînant Vincent King, un gamin derrière les barreaux et sa mère vers un long naufrage où jour après jour elle se noie, là rendant incapable de s’occuper de ses enfants, Duchess et Robin son petit frère de six ans.

Mais Duchess a beau être une hors-la-loi, elle s’occupe de son petit frère et veille sur sa mère, aidée par le Shérif Walk.

Jusqu’au jour où Vincent King sort de prison, ravivant les blessures du passé, entraînant une nouvelle cascade de violence qui n’épargnera pas Duchess et sa famille.

Il est temps pour Duchess de libérer la hors-la-loi qui est en elle, afin de protéger les siens.

“ Elle hurlait tellement qu’elle en avait mal à la gorge. Chaque fois, Robin observait sans rien dire, il réclamait du silence et elle lui accordait, sortait marcher des kilomètres en injuriant le soleil couchant comme une foldingue. ”

Des héroïnes de cette trempe, j’en ai déjà croisé quelques unes dans mes errances littéraires, et chaque fois, elle me flingue le cœur, bousille mon maquillage et laisse leur empreinte indélébile en moi un peu comme un tatouage qu’on ajoute sur sa peau pour rendre un ultime hommage à ceux qu’on aime.

Duchess naît sous la plume extraordinaire de Chris Whitaker, n’est point une pâle copie de ses prédécesseurs, loin de là. Elle possède un charisme incroyable, une personnalité déjà très affirmée pour son âge, un caractère pas piqué des hannetons entretenue jour après jour par cette vie qui ne lui fait pas de cadeau, et malgré la colère qui l’habite, elle n’en demeure pas moins responsable et protectrice , surtout vis-à-vis de son petit frère et de sa mère.

Et lorsque comme moi on aime les rebelles, on ne peut que succomber à son charme, et ressentir pour elle une grande admiration et un amour éternel, même si elle pense le contraire, elle se trompe c’est certain.

Duchess n’est pas un roman comme les autres, il a sa propre identité, son histoire, et ses personnages aussi désespérés soient-ils nous bouleversent, nos entraînant avec eux dans une course poursuite vers la justice.

Chris Whitaker, possède une plume incroyable, en formidable conteur il nous offre un roman marquant au suspens extraordinaire avec des personnages qu’il est bien difficile de quitter.

N’hésitez surtout pas à faire connaissance avec Duchess, cette petite hors-la-loi, digne héritière de sa lignée, qui vous permettra de découvrir son créateur, un auteur qui possède un immense talent que j’espère retrouver très vite.

Coup de foudre garantie.

Pour info :

Chris Whitaker est né à Londres.

Son premier roman, Tall Oaks, paraît en 2016, reçoit les louanges de la critique et se voit couronné du CWA John Creasey New Blood Dagger.

Avec All the Wicked Girls (2017), son deuxième roman, Chris Whitaker explore les thèmes de la disparition, de la jeunesse et des regrets au sein d’une Amérique dépeinte de manière magistrale.

Avec Duchess, il achève de convaincre ses pairs et les critiques littéraires, qui ont salué la beauté de son récit, devenu un best-seller en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Chris Whitaker vit aujourd’hui dans le Hertfordshire avec sa femme et ses trois enfants.

Les saisons et les jours

Les saisons et les jours de Caroline Miller aux Éditions Belfond, collection Vintage

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michèle Valencia

À présent, les bois lâchaient de brèves respirations sous les rafales de vent ; l’hiver leur tombait dessus et ils avaient peur. Cramoisies, les feuilles semblaient prises de fièvre. Des arbrisseaux sauvages tremblaient, tournaient leurs feuilles de-ci de-là, pour échapper au vent froid qui soufflait la mort sur eux. Les vieux pins soupiraient sans cesse; l’hiver ne tuerait pas leurs longues aiguilles luisantes ; ils conserveraient leur splendeur verte, de nouvelles aiguilles pousseraient pour remplacer celles qui tombaient , si bien que, en observant leur costume, personne ne pourrait deviner en quelle saison on était. Les érables en revanche, secs et élimés, ressemblaient à des balais-brosses appuyés contre le ciel; les chênes vacillaient, tels de gigantesques églantiers morts ; car l’hiver précipitait toutes les feuilles, à l’exception des aiguilles de pin, vers la terre imbibée de pluie, durcie par un soleil implacable, la grande tombe où elle pourriraient peu à peu comme n’importe quel être humain. Les autres créatures vivantes partiraient en même temps que les feuilles ; elle se cacheraient dans l’obscurité froide de creux d’arbre et de grottes jusqu’à ce qu’une nouvelle année fasse glisser la peau mouchetée des serpents à sonnette, incite les lapins à se frotter de leur doux museau et à s’unir pour proclamer l’arrivée du printemps. ”

Difficile de rester insensible devant tant de beauté littéraire, pas étonnant que ce roman dont je vous offre un extrait ait reçu le prestigieux Prix Pulitzer en 1934, après avoir connu un immense succès aux États-Unis dès sa parution, et réédité par la suite plus de trente fois.

Nous sommes en Géorgie entre 1820 et 1850, en pleine campagne où tout est à construire, pour ce jeune couple fraîchement marié. À l’époque, le dur labeur commençait en premier lieu par la construction de la maison, des meubles, puis de la grange, et du jardin afin de subvenir de manière complètement autonome au besoin de sa famille, et de pouvoir procéder à des échanges et vendre une partie de la récolte quand le moment serait venu de se rendre en ville.

“ Sa mère l’avait avertie : aux femmes les fruits, le potager, le lait, le beurre et les enfants ; aux hommes l’élevage et l’abattage des animaux, les semailles et la moisson. ”

Au fil des saisons, la famille s’agrandit, les plantations poussent, certaines récoltes permettent de renflouer les finances et parfois la colère du Dieu qu’on tentait toujours de satisfaire semblait envoyer un ouragan qui détruisait toute la plantation. Mais que ce soit la venue d’un enfant qui donnait une bouche de plus à nourrir ou le décès de l’un d’entre eux, qui apportait un immense chagrin ou encore une mauvaise saison qui mettait à mal les récoltes, pas le temps de s’apitoyer sur son sort, il fallait travailler dur pour poursuivre son chemin.

Et quand la guerre civile fut déclarée, on remerciait Dieu de ne pas avoir que des garçons et on s’en remettait une fois de plus à Lui pour qu’il protège ceux qui partaient mais aussi ceux qui restaient.

Porté par une plume extraordinaire, pleine de grâce et de poésie, Caroline Miller nous offre un magnifique roman qui retrace la vie d’une famille de fermiers blancs du vieux Sud, où les saisons et les jours apportent son lot de joies et de peines.

Un roman incontournable que nous offre la collection Vintage des éditions Belfond, qui ont la bonne idée de rééditer les chef-d’œuvres de la littérature parfois trop méconnu et pourtant à découvrir absolument.

Pour info :

Caroline Miller est née en 1903 à Waycross en Géorgie. Elle a entrepris un véritable travail historique et ethnologique en collectant dans les petits villages de Géorgie des temoi et des récits de vie qui vont lui fournir l’inestimable matériau pour Les saisons et les jours.

En forme d’hommage aux paysans du Grand Sud, ce roman connaît un immense succès à sa parution aux États-Unis avec pas moins de trente-sept réimpressions de la première édition. Publié en France dans une version incomplète en 1938 (Hachette), il a paru une première fois chez Belfond en 2012 dans une nouvelle traduction, rejoignant ensuite la collection Vintage.

Caroline Miller écrira tous les jours jusqu’à sa mort en 1992.

Le cercle des rêveurs éveillés

Le cercle des rêveurs éveillés d’Olivier Barde-cabuçon aux Éditions Folio

“ Il n’y a pas de bons ou de mauvais rêves. Il y a juste des rêves à interpréter. ”

À Paris, en 1926.

Alexandre Santaroga, anciennement psychiatre, devenu un psychanalyste plutôt atypique, vient de perdre un de ses patients qui fréquentait le cercle des rêveurs éveillés.

Son patient semble avoir réalisé son rêve macabre, ce qui intrigue Alexandre et le pousse à mener une enquête pour découvrir la vérité sur le sens de ce rêve qu’il lui avait été confié lors de la dernière séance.

Tout semble lié à ce cercle.

Santaroga qui vient de faire connaissance avec une belle femme russe, récemment échappée de Russie Bolchevique, sollicite ses services pour l’aider dans sa quête, en l’incitant à s’introduire dans ce fameux cercle.

Un pacte est scellé, même si un mystère demeure autour de Varya qui semble fuir quelque chose ou quelqu’un…

Peut-être que son prochain rêve éclairera Santaroga, il lui suffira juste de bien l’interpréter.

Olivier Barde-Cabuçon, nous entraîne cette fois dans les années folles, qui sert de toile de fond pour cette nouvelle intrigue.

Les artistes et les aristocrates se libèrent et profitent des plaisirs que la vie parisienne leur offre, savourant chaque instant, se laissant entraîner par ce vent de liberté de l’après-guerre.

L’intrigue est assez légère pour ce polar historique, un rêve éveillé qui laisse entrevoir la montée du fascisme, et le danger face à certaines alliances, et à certains enjeux politiques à travers une galerie de personnages surprenant.

Pas toujours facile à suivre, mais une immersion agréable dans cette ambiance année folle où une multitude d’artistes deviendront célèbres et même incontournables par la suite, de véritables précurseurs avant-gardistes.

Pour info :

Passionné d’intrigues et d’histoire, Olivier Barde-Cabuçon est notamment l’auteur, chez Actes Sud, d’une série se déroulant au dix-huitième siècle, saluée par la critique et récompensée par des prix polar prestigieux dont le prix Dora-Suarez 2020.

Le cercle des rêveurs éveillés marque l’entrée de l’auteur au catalogue de la Série Noire. Premier tome de sa nouvelle série policière.