L’arbre de colère

L’arbre de colère de Guillaume Aubin aux Éditions La Contre Allée

“ – Ce n’est pas une histoire que l’on raconte près du feu. Ce n’est pas une histoire dont on peut être fier. Tu n’étais certainement pas encore née quand les Yeux-Rouges ont massacré les notre. Combien d’hivers as-tu ?

– Douze ou treize.

– Alors tu venais de naître. Ou tu étais encore à naître. Tu veux que je te raconte ? Ça ne va pas te plaire.

– Raconte-moi. ”

Oui, Guillaume Aubin, toi l’écrivain raconte moi l’histoire de Fille-rousse, cette jeune fille issue d’une Première Nation, surprends-moi, éblouis- moi, emmène moi sur les terres canadiennes faire connaissance avec Les Yeux-Rouges et les Longues-Tresses, les chamanes, fait moi goûter le qaa,

Présente-moi ces tribus, fait moi découvrir leurs vies, leurs coutumes et leurs combats.

“ Le soleil éclaire à peine les cimes, et déjà on meurt. ”

Partage avec moi l’histoire de cette fille mystérieuse, qui semble arrivée de nulle part, qui a grandi auprès des Yeux-Rouges, entourée de garçons, qui refuse son statut de fille et préfère la chasse et la pêche, espérant être une Peau-Mêlée, se sentant différente, un être à part homme et femme à la fois.

“ […] Je mime l’aigle qui survole le camp. Les cailloux qui parlent au contact de l’eau. Les nuages au-dessus de l’Ile-Esprit. Le fruit rouge dans la fiente. La forêt qui abrite l’âme malheureuse. Enfin j’ouvre les peaux qui recouvre mon ventre et je montre l’enfant. L’enfant déesse. L’enfant qui ne voulait pas mourir avant d’avoir vu le monde. […] – Sages des clans de la truite, du renard et du castor ; voici Fille-Rousse, l’enfant de la prédiction. Celle dont parlent nos ancêtres depuis la création du grand cercle du monde. ”

Raconte-moi sa lutte pour se faire accepter, son courage, sa détermination, son rite de passage qui lui fera quitter l’enfance.

“ Le lac est sacré, il me dit. Il va te laver de ton enfance. Ton enfance partira , avec les courants jusqu’à la mer, là où se retrouvent les enfances de tous les Yeux-Rouges. ”

Raconte-moi les légendes de l’Ile-Esprit, du Grand-Ours et du Grand-Loup.

Raconte-moi le changement des saisons, parle-moi de l’été vert et de l’hiver blanc.

Parle-moi des Barbes, ces envahisseurs avec qui vous faites des échanges.

“ Chaque année ils viennent plus nombreux. Nous, les habitants, nous sommes encore du vieux monde. Nous pensons que la forêt est bien assez grande pour abriter quelques personnes de plus. Alors que c’est le contraire qui se passe. Les Barbes viennent jusqu’à ce que la forêt soit trop petite pour les abriter tous. Ils finiront par prendre nos terres. ”

Oui raconte-moi l’histoire fascinante de Fille-Rousse, ce bébé qui survécu au pied de l’arbre de colère.

Raconte-moi…

Depuis des milliers de jours et de lunes, je me passionne pour ces tribus indiennes à qui on a quasiment tous pris, année après année. Une passion qui m’a conduite à me rendre à plusieurs reprises sur leurs terres en Amérique mais aussi au Canada. Alors dès qu’un roman leur fait honneur, en attendant mes futurs voyages je m’y plonge avec plaisir et quel bonheur de les retrouver et d’en découvrir un peu plus sur leurs vies passées.

Le plaisir est d’autant plus grand lorsque l’auteur nous surprend en nous offrant une nouvelle héroïne, à travers une histoire atypique où la poésie apaise la brutalité de certaines scènes.

Tout en nous emportant auprès des Premières Nations, nous refaisant découvrir leur culture, leurs traditions ancestrales, et même la violence des rites et des combats, il aborde la bispirualité, via le personnage fascinant de Fille-Rousse, dans ce récit sauvage qui nous envoûte jusqu’à la dernière page.

Vous, qui comme moi, restez fascinés par les Indiens, vous qui avez apprécié à leurs justes valeurs, les romans de Richard Wagamese, ou de Michel Jean, vous devriez prêter une attention particulière à cette plume à l’écriture sensuelle et ensorcelante, afin de faire connaissance avec une peau-mêlée, une héroïne courageuse, inoubliable, lancée dans une quête effrénée de liberté.

Un premier roman, publié aux éditions de La Contre Allée, à découvrir d’urgence.

Pour Info:

Après avoir fait des études d’ingénieur, Guillaume Aubin est devenu libraire, tout en restant un inconditionnel footballeur amateur.

Depuis son enfance, il rêve d’une société utopique dans la forêt, projet imaginé avec ses cousins et cousines.

Guillaume Aubin est lauréat du Prix du Jeune Écrivain 2015 et 2016, respectivement pour ses nouvelles « Phosphorescence » et « Punk à chien », publiées dans les recueils Et couverte de satin et La vie est une chose minuscule, aux éditions Buchet Chastel.

En 2017, il collabore avec le peintre Julien Des Monstiers dans le livre Peaux, aux éditions de la ménagerie, qui fait dialoguer leurs deux univers.

Un arche de lumière

Un arche de lumière de Dermot Bolger aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

“ Quand elle l’aida à s’habiller, le matin de son mariage, la mère d’Eva trahit son malaise en lui prenant la main et en lui disant d’un ton sérieux : « Il y a une chose que tu ne dois jamais perdre de vue. Quoi que la vie te réserve, promets-moi de te battre bec et ongles pour le droit au bonheur.» ”

Avant que les mots bien avisés de sa mère lui reviennent en mémoire, Eva fut mariée à Freddie, pendant près de vingt-trois ans et lui donna même deux enfants, Une fille, Hazel et un garçon, Francis.

À l‘aube des années 1950, se séparer était impensable pour la bienséance Irlandaise, dans une société qui ne reconnaît pas le divorce, surtout chez les bourgeois.

Freddie Fitzgerald issue de cette caste bourgeoise, fut pourtant bien obligé de laisser partir Eva, lorsque celle-ci choisit de reprendre sa liberté.

“ Elle se retrouvait peut-être sans le sou, pourtant être séparée de son mari lui procurait suffisamment de consolation pour rendre la vie de nouveau enthousiasmante. À Dublin, elle rencontrait continuellement des gens comme elle, des esprits libres, bien qu’hésitant parfois à révéler leurs croyances personnelles. Des alliés si différents les uns des autres que réunis ils pouvaient s’affronter, de jeunes artistes exaltés et des fonctionnaires apparemment guindés, camouflant leur idéalisme derrière le conservatisme de façade dont, en public, ils étaient obligés de faire preuve. ”

Enfin libérée de son rôle d’épouse, elle continuera à être une mère aimante, proche de ses enfants et même très protectrice envers Francis qui s’avère être bien plus fragile et qui doit cacher son homosexualité, pour éviter toutes répercussions du côté de son père et de la population Irlandaise.

“ Maintenant que Francis et Hazel avaient pris leur indépendance, Eva craignait de se laisser aller à se sentir vieille et à s’apitoyer sur son sort. Mais depuis son arrivée en Espagne, elle avait compris qu’elle restait au fond d’elle-même un minuscule pétale content de s’envoler au gré de la quête qu’elle poursuivait afin de découvrir sa raison d’être sur cette terre. ”

Loin de sa prison domestique, Eva commence une vie de bohème à Dublin, en passant par le Maroc, L’Espagne, le Kenya où sa fille s’est installée avec son mari et sa fille, Alex, revenant à Londres, par intermittence pour finir en Irlande dans le comté de Wexford.

“ […] elle n’éprouvait aucune nostalgie, pour ce qui avait été, par intermittence, sa maison pendant plus d’un demi-siècle. La nostalgie était un sentiment dangereux qui servait d’excuse devant la peur du changement. ”

Très attachée à son indépendance, préférant parfois la compagnie des animaux, elle n’en demeura pas moins une belle personne à l’écoute des autres, toujours très accueillante, aimant les échanges et les longues discussions, avec ses enfants, sa petite fille, ses hôtes et parfois ses fantômes qui lui susurraient parfois à l’oreille : « Crache un peu de vie un peu plus loin.»

Jusqu’à son dernier refuge, cette « Arche de lumière », une caravane blottie en pleine nature où elle fera une dernière rencontre qui nous permettra de connaître son histoire, sa vie de femme libre, où elle s’est battue jusqu’à la fin pour « Son droit au bonheur.»

Tout comme Paul Éluard le dit : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » et lorsque Dermot Bolger rencontra la première fois Sheila Fitzgerald, un premier rendez-vous qui sera suivi de bien d’autres, il était loin de se douter que cette belle personne, emplie d’empathie prendrait vie sous les traits d’Eva dans ce magnifique roman qu’il a pris grand soin d’écrire et de réécrire pendant dix ans.

Et même si comme il le précise lui-même, Une arche de lumière est une fiction, inspirée du vécu de cette femme, on ressent la nature extraordinaire de cette femme, et on aimerait avoir eu le privilège de la rencontrer.

Fiction ou pas ce roman est magnifique et pour ceux qui connaissent mon indépendance ne seront pas surpris que j’ai tant d’admiration pour cette femme libre, au parcours aussi atypique qu’exceptionnel, possédant de l’empathie et une volonté incroyable pour faire en sorte de toujours aller bien malgré les épreuves qu’elle traverse, gardant près de son cœur ses chers disparus, poursuivant vaille que vaille sa route.

J’attendais ce rendez-vous littéraire avec l’impatience que vous connaissez, de plus en plus amoureuse de la littérature irlandaise, loin d’imaginer à quel point ce roman allait me boulverser, mais aussi me conforter dans mes choix de vie, tout en m’aidant à toujours croire au bonheur, car même après la douleur il reste toujours un chemin qui nous y mène à ce bonheur que ce soit à travers un livre, une balade, un souvenir, il suffit juste d’ouvrir la porte de son cœur, comme Sheila, comme Eva…

Il suffit (par exemple) juste de se laisser porter jusquUne arche de lumière et se laisser porter par la magnifique plume de Dermot Bolger, pour avoir rendez-vous avec la beauté littéraire.

C’est publié par Joëlle Losfeld et c’est un pur bonheur.

Étreins-toi

Étreins-toi de Kae Tempest aux Éditions de l’Arche

Traduit de l’anglais par Louise Barlett

Donne-lui un visage qui est bon, qui m’appartient

A une femme que tu connais

Qui est forte

Et qui croit qu’il est bon de mal faire.

Donne-lui un corps qui respire profondément la nuit

Qui est chaud, infini ; aussi total que la lumière.

Laisse-la vivre. […] ”

En s’aventurant entre ces pages, Kae Tempest nous offre une traversée poétique et revisite à sa manière le mythe de Tiresias, ce prophète aveugle qui fut transformé en femme puis en homme par Héra.

Avec une certaine sensibilité, Kae Tempest apporte une dimension personnelle sur l’identité du genre, du désir, une douce harmonie du corps et de l’esprit. Il ou elle, ni l’un ni l’autre mais plutôt les deux à la fois.

“ Il a appris à oublier

Sa douleurs et ses regrets

Il marcha seul, les jambes comme deux flammes.

Il est devenu sale et fatigué, assoiffé,

à la ville suivante

il a décidé de s’arrêter au bar.

Et alors il a vu : quel que soit le chemin parcouru,

Tu ne seras jamais plus loin que là où tu es. ”

En sortant des sent battus, nous ne sommes pas à l’abri d’une belle rencontre, et découvrir cette auteur.e non binaires absolument surprenante qui nous offre une ode à l’amour, à la vie, à la poésie tout en balançant au passage certaines vérités bien placées.

“ Avant

Tu étais damnée pour les choses que tu faisais,

Ou si tu ne vivapas comme les villageois vivaient.

Maintenant

On te tend le moule et interdit – rentre là-dedans.

Et peut-être un jour tu seras une célébrité. ”

Une belle errance littéraire tout à fait étonnante .

Pour info :

Née en 1995 à Londres, Kae Tempest est une figure majeure de la scène culturelle internationale, auteur.e d’une oeuvre littéraire retentissante et d’albums de musique au succès planétaire (Everybody Down, Let Them Eat Chaos, The Book Of Traps And Lessons). Sa bibliographie se compose d’un roman, du récent essai Connexion, de théâtre et de poésie. En 2013, Les nouveaux anciens est couronné par le prestigieux prix Ted Hughes. En juillet 2021, Kae Tempest reçoit le Lion d’Argent de la Biennale de Venise pour son oeuvre poétique publiée aux éditions de L’Arche.

Poursuite

Poursuite de Joyce Carol Oates aux Éditions Philippe Rey

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Auché

Abby, une jeune femme de vingt ans vient de se marier avec Willem. Même si cette union semble la réjouir, elle semble tourmentée. Un terrible cauchemar récurrent a refait surface quelques jours avant la cérémonie.

Dans ce cauchemar, elle erre dans un champ peuplé d’ossements humains.

“ Dans son sommeil elle avait senti que c’était imminent, ce rêve de squelettes. Car d’abord il y a la prémonition, une sensation de paralysie dans tes membres et un engourdissement dans tout ton être, un pressentiment de quelque chose de vraiment horrible que tu ne dois pas regarder et que tu es tout de même obligée de regarder dans le rêve parce que tu n’as pas le choix.

Mais pourquoi la veille de son mariage ? Pourquoi ce vieux rêve affreux de son enfance … ”

Willem sent bien qu’Abby lui cache quelque chose, mais son amour pour elle est immense alors il ne va pas s’étendre sur ses secrets, quels qu’ils soient. Mais lorsque Abby se retrouve à l’hôpital après avoir été renversé par un bus, une terrible inquiétude le gagne.

Était-ce vraiment un accident ?

Et pourquoi se réveille-t’elle en hurlant chaque nuit ?

“ Elle n’en n’est pas fière, mais elle a trompé Willem Zengler à de nombreuses reprises. Même avant leur fiançailles. Pas avec d’autres hommes. Pas avec des garçons. Elle a plutôt trompé Willem comme elle a trompé d’autres gens en leur dissimulant la véritable nature de son âme, qui est tachée, ternie, aussi immonde qu’une éponge sale.

Tout ce qui m’arrive de mal, je le mérite.

Je ne mérite rien de ce qui m’arrive de bien. ”

Mais avant de pouvoir confier à Willem, ce qui la poursuit, il va falloir qu’elle remonte le fil du temps, et qu’elle tente de se souvenir de son enfance, de son père qui était séparé d’elle et de sa mère depuis son retour d’Irak. Un couple déchiré qui semble tous deux l’avoir abandonné du jour au lendemain.

Ce que j’en dis :

Depuis Confessions d’un gang de filles je ne rate aucune sortie de la grande écrivaine Joyce Carol Oates, gardant même précieusement certains à lire pour plus tard afin de ne jamais manquer de belles lectures.

Poursuite est on ne peut plus surprenant dès le départ. Sous une tension extrême, on découvre ce jeune couple tout juste marié et déjà confronté à la douleur.

Avec brio comme à son habitude, Joyce Carol Oates explore les méandres de la mémoire perdue suite à des traumatismes liés à l’enfance, à la famille.

Afin de se protéger, pour une question de survie, la jeune femme inconsciemment a oublié, tout en étant consciente qu’il lui manque certains souvenirs qui semblent resurgir à travers un cauchemar récurent.

Un véritable drame familial se profile à l’horizon et lorsqu’enfin les souvenirs reviennent c’est glauque, violent diablement féroce.

Un roman noir psychologique époustouflant à la hauteur de son extraordinaire palmarès.

Pour info :

Joyce Carol Oates née le 16 juin 1938 à Lockport dans l’État de New York, est une femme de lettres américaine, à la fois poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge et essayiste.

Sur les terres des loups

Sur les terres des loups de Cherie Dimaline aux Éditions Buchet Chastel

Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Longtemps après que le sel d’os apporté avec soin de la lointaine rivière Rouge eut été réduit en poussière, que les mots avec lesquels on l’avait répandu ne furent même plus un murmure et que le dialecte dans lequel on les avait prononcés fut remplacé par le français commun, les histoires mettant en scène le rougarou empêchaient la communauté de rompre son cercle, de dépasser les bornes. Quand les gens oubliaient ce qu’ils avaient souhaité au départ – un endroit où habiter, une communauté épanouie -, lui s’en souvenait et, à pas feutrés, il revenait la nuit, aussi léger que la poussière d’étoiles, sur la route asphaltée depuis peu. Et le rougarou, le cœur rempli de ses propres légendes mais le ventre vide, réapparaissait pour hanter ses terres. Mais aussi pour chasser.

Sur les bords du lac Huron, après avoir été chassé de l’île Drummond en 1828, vivent des sang-mêlé, enfants de coureurs des bois français et de mères issues des Premières Nations, ainsi que des Métis originaires de Manitoba.

Une fois de plus, ils se retrouvent obligés de défendre leur territoire, petit à petit volé par les nouveaux arrivants, réussissant tant bien que mal à sauvegarder le village, Arcand, au bout d’une route de terre.

C’est dans ce village que vivaient Joan et son mari Victor. Mais depuis un an, elle est seule. Victor a disparu un soir après une dispute où il avait tenté de la convaincre de vendre la terre de ses ancêtres à des promoteurs.

Joan, ne peut s’empêcher de penser à une légende de son enfance disant que si tu agissais mal, tu risquais d’être enlevé par le Rougarou.

Et lorsqu’un soir après une soirée un peu trop arrosée, une voix familière sortant d’une tente évangélique l’attire et la confronte à un homme ressemblant étrangement à Victor, qui prétend être le révérend Eugene Wolf, des doutes l’assaillent.

Aidée de son neveu et de la Chamane du village, elle suivra les traces de cet homme même si elle doit se confronter au Rougarou pour retrouver son homme et mettre un terme à ce projet d’expropriation qui menace une fois de plus sa communauté.

“ Quelle que soit la communauté qui les revendique, les rougarous se distinguent par quelques traits particuliers. Ils ont une drôle d’odeur, mélange de pelage mouillé et de sueur humaine. Ce sont des hommes qui se métamorphosent en animaux pour différentes raisons – chaque conteur à sa version. ”

J’ai à peine quitté les terres indiennes, gardant une tendresse particulière Pour celui qui veille rencontré dans le dernier roman de Louise Erdrich, que je me retrouve Sur les terres des loups, emportée par la belle plume de Cherie Dimaline qui aborde à sa manière le combat d’une femme, prête à tout pour retrouver son amour perdu, et surtout garder la terre de son peuple que des promoteurs sans scrupules espèrent leur arracher, se cachant sournoisement derrières des évangélistes endoctrinés qui prennent parfois les allures du Rougarou, tant redouté, cette créature mi-homme mi-loup issu des légendes de son enfance.

Un récit captivant qui nous confronte aux sorts qui sont réservés aux autochtones, tout en nous faisant découvrir le mythe du Rougarou.

Alliant l’imaginaire et l’Histoire, l’auteure nous embarque dans une chasse à l’homme au côté d’une femme courageuse très attachée à ses racines qui refuse d’abdiquer face au destin qu’on tente de lui imposer.

Une voix de la communauté Métis de la baie Géorgienne au Canada qui rejoint tous les écrivains porte-parole du peuple “ Amérindien ” qui grâce à leurs récits, nous permettent d’en découvrir un peu plus sur leur culture, leurs traditions, leurs Histoires si riches et nous aident à ne jamais les oublier.

Un roman formidable, une aventure extraordinaire qui ne manque ni d’humour ni d’émotions que je vous invite vivement à découvrir.

Pour info :

Cherie Dimaline est originaire de la communauté autochtone Métis de la baie Georgienne au Canada.

Elle a grandi entre Toronto et la baie, bercée par les histoires de son peuple.

Tour à tour assistante de magicien, conservatrice de musée, directrice d’un fonds d’investissement et d’un centre d’accueil pour les femmes, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

En attendant Dogo

En attendant Dogo de Jean-Bernard Pouy à la Noire de chez Gallimard

Parti, Dogo, évaporé, pas même un mot, je vais bien t’en fait pas, par exemple, pour sa sœur, plus qu’à sortir les petits mouchoirs ou alors prendre la route et le débusquer, car va bien falloir réussir à consoler les parents, complètement anéantis. Allez en voiture Simone, trouvons ce frère ingrat qui te laisse sans nouvelles.

Mais attention, trois guignols qui viennent de perdre leur théâtre dans un incendie partent également en croisade pour se venger et en profitent au passage pour commettre quelques actions politiques de plus en plus violentes.

Décidément, ce monde part en vrille et laisse peu de temps pour rêvasser. Heureusement qu’il nous reste la lecture…

“ […] l’État n’osait pas encore montrer ses biscotos pour déloger ces récupérateurs sauvages, même si tout le monde savait que ça ne durerait pas, dans les discours et déclarations, le mot anarchie était de plus en plus claquant, comme la menace des menaces, ça, au moins, ça n’avait pas changé, surtout qu’une partie du monde regardait ce théâtre d’opérations, inattendu, angoissant et passablement mortifère, une vraie pièce de Shakespeare interprétée par des punks no future, avec des spectateurs de plus en plus persuadés que quelque chose avait définitivement disparu avec l’épidémie, la crise, les grèves et les manifs, quelque chose comme le bonheur, la paix, les jours heureux, l’insouciance, le rire était devenu jaune. ”

Pas besoin de lire les journaux ou de subir certains discours pour connaître l’état des lieux de notre monde, il suffit de lire entre les lignes, l’écriture pleine d’esprit de Jean-Bernard Pouy.

L’avantage des écrivains, c’est qu’à travers leurs romans, ils passent parfois certains messages et Pouy ne s’en prive pas, bien au contraire. Rusé comme un renard, jouant avec les mots, il nous entraîne dans un monde à part tout en posant un regard très caustique sur certains faits de manière parfois détournée, comme le ferait un magicien avec malice mais une certaine pertinence.

Dans cette comédie satyrique, il pose un certain regard sur le changement, qu’il soit climatique ou politique. Une enquête qui prend des allures de manifeste et dénonce au passage pas mal de péchés capitaux…

Une lecture étrange qui fait doucement rire, donnant même au passage certains conseils pour les futures campagnes d’affichages électorales.

[…] Comme les élections étaient proches, dans tous les villages et toutes les villes de France, à l’entrée des bureaux de votes, les panneaux électoraux s’étalaient. Pour presque la majorité de ceux qui passaient devant, c’était la rigolade. D’abord, la gueule des postulants, généralement maquillés à la truelle, vêtus de bleu, horizon vosgien, costards et robes stricts, sourires figés mais toujours carnassiers. Ensuite, les promesses, réduites à quelques phrases chocs. Pour finir, quelquefois, une liste démentielle et surtout illisible de tout ce qui sera mis en œuvre, si le candidat venait à être miraculeusement élu.

En temps d’élections, ces panneaux sont un appel au street art, caricatures sauvages, moustaches rajoutées, des bites partout, commentaires rageurs ou drolatiques. Les partis politiques et autres devraient fournir les feutres, à ce tarif…

En attendant Dogo, ne nous a pas attendu pour faire son entrée en 2022 depuis le six janvier, très facile à trouver dans toutes les librairies.

Pensez-y, c’est bien mieux qu’une page d’infos, ici, ça Casse Texte…

Enfin vous m’avez compris, n’est-ce pas ? J’aurai au moins essayé.

La cour des mirages

La cour des mirages de Benjamin Dierstein aux Éditions Les Arènes Équinox

Ne pas lire la quatrième de couverture peut parfois entraîner des effets secondaires indésirables en cours de lecture et découvrir que l’histoire fait partie du genre que vous évitez comme le Covid.

C’est là que le bas blesse et qu’il devient difficile de poursuivre sa lecture et ensuite d’en parler malgré tout.

Mais voilà, j’avais lu et grandement apprécié le précédent roman noir de Benjamin Dierstein paru également aux éditions Équinox, (Un dernier ballon pour la route, ma chronique ici) lui ai donc laisser sa chance.

Au départ, l’auteur nous remémore un fait du passé, une disparition. Une disparition qui a complètement détruit Prigent un flic qui est de retour à la brigade criminelle de Paris après un long arrêt maladie et même quelques séjours en service psychiatrique. En même temps ça se comprend, c’est une de ses filles qui a disparu.

Verhaegen vient également de réintégrer le 36, et se retrouve avec Prigent sur une sale affaire. Un ancien cadre politique semble avoir tué sa femme et son fils avant de se suicider,

Plus l’enquête avance et plus l’impensable se révèle. L’ancien cadre politique serait affilié à un vaste réseau de pédophilie et de prostitution infantile, caché derrière une évasion fiscale dont profite un grand nombre de riches entreprises mais également le milieu politique.

Prigent et Verhaegen, fortement désabusés par leurs erreurs du passé vont jour après jour plonger sans espoir de retour au cœur de la barbarie contemporaine absolument abjecte.

[…] la nausée qui monte en flèche… La nausée – la vraie nausée – pas celle des bouquins de Sartre- celle qui te chope le ventre et qui te retourne comme une crêpe …

Un extrait qui reflète mon état en découvrant l’impensable. Ce qui explique pourquoi cette lecture fut difficile pour moi, malgré le style enlevé de Benjamin Dierstein comme on dit dans le jargon littéraire.

C’est vrai qu’il envoie du lourd, Benjamin, et n’oublie pas de nous remémorer les flashs d’infos qui collent parfaitement à cette histoire, la rendant encore plus ignominieuse.

Ce livre a beau être une fiction noire contemporaine, on imagine très bien les faits bien réels et bien crades pour qui saura lire entre les lignes.

Me suis fait violence pour aller jusqu’au bout, je vais pas vous mentir, mais j’avais vraiment envie de connaître le destin réservé aux deux flics, Prigent et Verhaeghen auxquels je me suis attachée malgré tout surtout Prigent, qui a vraiment morflé et poursuit malgré tout son enquête au cœur de l’horreur et sa quête pour retrouver sa fille.

Il est indéniable que l’auteur a un style bien deglingué, assez trash, mais suis un peu comme Léon de Luc Besson , on touche pas aux enfants alors désolée mais cette histoire n’était pas faite pour moi.

Pour info :

Benjamin Dierstein est né à Lannion. Il travaille dans le milieu de la musique électronique à Rennes. Entre deux afters, il couche sur papier des histoires tordues et survoltées, remplies de personnages tourmentés par leurs obsessions.

Sucre amer

Sucre amer d’Avni Doshi aux Éditions du Globe

Traduit de l’anglais (Inde) par Simone Manceau

“ Il me semble maintenant que cet oubli l’arrange, qu’elle refuse de se souvenir de choses qu’elle a dites ou faites. Cela me semble injuste qu’elle s’arroge le droit d’éluder le passé, alors que j’en suis, moi, et en permanence, sursaturée. Je remplis des papiers, des tiroirs, des pièces entières avec des enregistrements, des notes, des pensées, tandis qu’elle s’embrouille un peu plus chaque jour. ”

Pour l’une, la mémoire s’efface tandis que pour l’autre elle ressurgit avec fracas faisant réapparaîtra de lointains souvenirs qu’elle aurait préféré oublier. C’est l’histoire d’une mère et de sa fille. Une mère distante qui n’a jamais aimée sa fille, qui ne l’a jamais respectée ni même élevée et une fille qui se voit contrainte de s’occuper de cette mère toujours aussi blessante malgré la mémoire qui flanche.

Jusqu’au fin fond de sa folie, ma mère a trouvé le moyen de m’humilier.

Difficile dans ces conditions pour Antara de ne pas appréhender son futur rôle de mère, la peur du mimétisme la gagne et le doute s’installe. Les souvenirs de sa mère s’envolent, mais les siens sont là, et continuent tel du venin à empoisonner sa vie.

Et malgré le sabotage permanent de sa mère, Antara est devenue une artiste, dessinant souvent d’une manière quasiment obsessionnelle un homme qu’elles semblent avoir aimé toutes les deux…

Avni Doshi nous offre un récit touchant sur les liens complexes qui désunissent cette mère et sa fille, où les souvenirs présents et passés s’invitent entre ces pages pour nous aider à comprendre les difficultés de cette fille à s’occuper d’une mère si toxique.

La mémoire bouleverse les souvenirs, les fracasse, les rendant encore plus douloureux à supporter dénouant au fil du temps les liens familiaux si fragiles.

Un roman assez bouleversant sur la mémoire qui s’échappe confrontée à celle qui résiste, le rapport douloureux d’une mère et de sa fille, unies par les liens du sang, désunies par les souvenirs.

Un récit qui donne à réfléchir en tant que fille et en tant que mère, (j’en sais quelque chose) même si à la place d’Antara, je sais pertinemment sans hypocrisie que je n’aurais pas le même dévouement pour cette mère qui a fait de la vie de sa fille un enfer, autant dans le passé que dans le présent.

En finissant par le début du roman :Je mentirais si je disais que les malheurs de ma mère ne m’ont jamais procuré aucun plaisir.”

Pour info :

Avni Doshi est née dans le New Jersey en 1982.

Conservatrice et critique d’art, elle se spécialise dans l’art contemporain de l’Asie du Sud. Elle a reçu le prix Tibor Jones pour l’Asie du Sud et une bourse Charles Pick Fellowship à l’université d’East Anglia. Traduit dans 22 pays,

Sucre amer a été finaliste du Booker Prize 2020. Avni Doshi vit à Dubaï avec sa famille.

Celui qui veille

Celui qui veille de Louise Erdrich aux Éditions Albin Michel/ Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Sarah Gurcel

“ Mais voilà que, de temps à autre, le gouvernement se souvenait de l’existence des Indiens. Et s’efforçait alors toujours de les résoudre. Pour nous résoudre, se dit Thomas, ils se débarrassent de nous. Et prennent-ils alors la peine de nous prévenir ? La bonne blague. Il n’avait reçu aucune notification de la part des autorités. C’est en lisant le Minot Daily News qu’il avait découvert que quelque chose se tramait, après que Moses avait dû soutirer les papiers à son contact d’Aberdeen. Il avait fallu dépenser un temps précieux pour seulement obtenir confirmation et découvrir cette fameuse résolution du Congrès des États-Unis qui disait, selon les termes de son auteur, que la Bande d’Indiens Chippewas de Turtle Mountain était visée par le projet d’émancipation. É-man-ci-pa -tion. É-man-ci-pa -tion.[…] Comme d’habitude on cherchait à se débarrasser d’eux pour résoudre le problème indien. ”

Thomas Washashk est incontestablement “ Celui qui veille”. En premier lieu sur la tribu de sa réserve située dans le Dakota du Nord, mais également sur l’usine de pierre d’horlogerie où il est veilleur de nuit. Alors lorsqu’il apprend que le gouvernement fédéral présente une nouvelle loi censée “ Émanciper ” les Indiens, il comprend très vite que derrière ce texte de loi incompréhensible, les siens sont une fois de plus en danger. Sans plus attendre, il décide de mettre tout en œuvre pour s’y opposer, quitte à traverser le pays à pied jusqu’à Washington pour se faire entendre.

Pixie Parenteau, une des employés de l’usine qui réside également sur la réserve, est également inquiète mais pour l’instant la disparition de sa sœur l’emporte sur le reste. Celle-ci, censée être installée à Minneapolis ne donne plus signe de vie.

D’une nature très déterminée, Pixie est prête à tout pour retrouver sa sœur, jusqu’à entreprendre de son côté un voyage pour mettre la main sur sa sœur.

Pour Thomas et Pixie, le voyage s’avérera douloureux et les confrontera tous deux au meilleur comme au pire de la nature humaine.

Dans ce récit polyphonique, Louise Erdrich digne descendante des Indiens Ojibwés, nous rappelle un autre fait historique qui a marqué son peuple. Grâce à des lettres de son grand-père, précieusement conservées, elle remonte le fil du temps et nous conte à travers une belle galerie de personnages les conséquences que ce programme de termination a engendré sur les Indiens déjà fortement disséminés.

« Cette proposition de loi est bien la pire chose qui puisse arriver aux indiens.» écrivit son grand-père.

Un bel hommage rendu à son grand-père qui fut très éprouvé lors de cette nouvelle épreuve.

Tout en nous confrontant à leurs sorts dans les réserves, on découvre des hommes et des femmes toujours attachés à leur terre et à leur culture, qui n’hésitent pas une fois de plus à unir leur force et leur savoir acquis au fil des années et même parfois auprès des blancs de gré ou de force, pour se défendre.

Louise Erdrich possède une plume de toute beauté, et nous offre un magnifique roman, une voix incontournable et indispensable pour toujours se souvenir de ce peuple Indien, les tous premiers à avoir fouler ces terres dites américaines.

À sa manière, elle veille sur les siens, sur leurs Histoires, préservant autant que possible les souvenirs de chacun, faisant honneur à sa famille, aux siens, pour que jamais on ne les oublie.

À New-York, l’université de Columbia lui a décerné le prestigieux Prix Pulitzer de la fiction en 2021.

Pour info :

Unanimement considérée comme l’un des grands écrivains américains contemporains, Louise Erdrich est l’autrice d’une œuvre majeure, forte et singulière, avec des romans comme La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. Distinguée par de multiples récompenses littéraires au fil de sa carrière, dont le National Book Award, le Library of Congress Award et le National Book Critics Circle Award, elle s’est vu attribuer le prix Pulitzer de la fiction 2021 pour son nouveau roman, Celui qui veille.

Murmurer le nom des disparus

Murmurer le nom des disparus de Rohan Wilson aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais (Australie) par Étienne Gomez

“ Il écouta la nuit en essayant de mettre au point une feuille de route pour retrouver son petit dans cette ville misérable. Sous la canopée, des cris d’opossums, un fracas de brindilles. Comment ne pas imaginer un homme surgissant des fourrés, pour lui mettre la main dessus ? Pourtant, autour de lui, les ténèbres régnaient. Une nuit semée d’étoiles. Il se rallongea sur sa couche et observa le parcours tranquille de la lune qui montait dans le ciel vide. Il serra la lettre contre lui et la porta à ses lèvres. ”

Au cours de l’été de 1874, à Launceston en Tasmanie, William Toosey se retrouve seul au monde, malgré toute la détermination et le courage dont il a fait preuve pour tenter de porter secours à sa mère.

En rassemblant ses maigres biens avant de s’enfuir de la maison, il fait une découverte qui va lui lui apporter un peu de réconfort et lui permettre peut-être de retrouver son père, maintenant qu’il possède son nom et son adresse.

Avec soin, il rédige une lettre, et l’envoi telle une bouteille à la mer, avec un faible espoir qu’elle parvienne à son destinataire.

Dans cette ville en proie aux émeutes, un père et son fils vont tenter de se retrouver fuyant chacun de leur côté une certaine violence qui semble leur coller à la peau.

Tout le monde y allait de sa question sur la violence des événements qui déchiraient la ville, sur les gangs d’émeutiers, les interventions de la police et les actes de vandalisme. Chacun avait traîné sa chaise pour se rapprocher du garçon et se penchait pour mieux entendre ses réponses. Il était frêle et émacié mais il avait dans le regard une dureté que sa douleur n’avait pas éteinte. Des gouttes de sang lui coulaient du nez pendant qu’il parlait. Joueurs, marins et catins, tous l’écoutaient avec la plus grande attention, comme pour témoigner leur désapprobation quant à l’impôt sur le chemin de fer. ”

Une terrible chasse à l’homme commence au cœur du chaos environnant.

Rohan Wilson possède une écriture extraordinaire qui vous emporte dès les premières pages, dépeignant à merveille cette ambiance chaotique où règne une véritable misère, où les gamins des rues tentent de survivre aux côtés de hors-la-loi en tout genre.

Une plume habitée de noirceur qui fait penser à Cormac McCarthy, sans le comparer pour autant, car en seulement deux romans, il frappe fort avec un style parfaitement maîtrisé, nous plongeant dans la plus sombre nature humaine à travers des personnages auxquels on s’attache pourtant.

Dans un rythme effréné, où la violence est omniprésente, on y découvre pourtant des amitiés improbables et parfois de l’entraide totalement inespérée qui permet à certains de s’en sortir un jour de plus.

Un véritable western australien où les hommes tirent plus vite que la part d’ombre qui les possède.

C’est brillant, porté par une plume singulière de toute beauté, une véritable pépite littéraire que je vous invite à découvrir d’urgence.

La ruée vers les librairies n’est pas prête de s’arrêter avec des romans de cette qualité.

Rohan Wilson, brillant espoir de la littérature australienne mérite évidemment toute votre attention.

Pour info :

Rohan Wilson est né en 1980 en Tasmanie. Son premier roman La Battue a été couronné par plusieurs prix, dont le prestigieux Australian Vogel’s Literary Award et le Sydney Morning Herald Award, qui récompense le meilleur jeune auteur australien de l’année.