Les choses humaines

Les choses humaines de Karine Tuil aux Éditions Folio

“ Il relisait souvent les mots que Steve Jobs avait prononcés devant les étudiants de l’université de Stanford dix ans plus tôt, en juin 2005 alors qu’il se savait atteint d’un cancer : « La mort est très probablement la meilleure invention de la vie. […] Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas en vivant la vie de quelqu’un d’autre. » C’était peut-être les seules leçons qu’il avait tirées de toutes ces épreuves: tout peut basculer, à tout moment. ”

Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique, Claire son épouse est également très connue notamment pour ses engagements féministes. Leur fils, Alexandre étudie dans une prestigieuse université américaine.

Mais hélas, même les familles les plus en vue peuvent se retrouver mise à mal, lorsqu’une accusation de viol entache leurs réputations et fait voler en éclats ce qu’ils avaient si chèrement acquis.

Comme l’a dit Darwin : « Les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »

Ce que j’en dis :

Même si j’arrive après la bataille pour ce roman de Karine Tuil publié chez Gallimard en 2019, récompensé par le prix Interallié en 2019, et par le Goncourt des lycéens en 2019, j’ai très envie de vous inciter à le découvrir.

Après L’invention de nos vies publié en 2013, que j’avais trouvé extraordinaire, je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce récit mais en laissant passé un peu de temps pour mieux l’apprécier, ayant été confronté à ce genre de faits dans mon entourage proche.

Les choses humaines devenant parfois inhumaines lorsque la perversion de certains individus sans scrupules entre en jeux.

À travers ce récit d’une construction magistrale, Karine Tuil nous présente en premier lieu les quatre principaux personnages, tous liés d’une certaine manière à cette histoire.

Sous une tension extrême, laissant déjà planer le doute sur qui sera l’ accusé au final, l’engrenage est en route, et on se rends bien compte que beaucoup de faits pouvant paraître anodins à certains sont pourtant répréhensibles et mériteraient aux protagonistes d’être poursuivis en justice.

Le mouvement « Me too » #balancetonporc est en route, et l’auteur aborde avec justesse ce thème où une accusation de viol va plonger une famille bien sous tout rapport dans l’enfer médiatique et judiciaire.

Un récit d’autant plus nécessaire à notre époque où certains abus peuvent détruire des vies, mais qui prouve également que personne n’est à l’abri de se retrouver piégé dans un redoutable engrenage.

La presse, les médias font leurs choux gras de ce genre d’affaire. À se demander parfois si c’est « tendance » d’étaler sur la place publique ces comportements perverses, et si vraiment ça aide les victimes dont l’intimité est une fois de plus mise à mal.

Les choses humaines un thriller psychologique contemporain redoutablement efficace qui ne peut laisser indifférent.

Karine Tuil est un écrivain français.

Elle vit et travaille à Paris. Elle est diplômée d’une maîtrise de droit des affaires et d’un DEA de droit de la communication (Université Panthéon Assas).

Elle est l’auteur de onze romans traduits en plusieurs langues. « Les choses humaines », son dernier roman a obtenu le prix Interallié 2019 et le Goncourt des lycéens 2019.

Il est en cours d’adaptation au cinéma.

Fahrenheit 451

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury aux Éditions Folio

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Chambon et Henri Robillot

“ Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l’igniteur d’une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir.

Comme à la parade, il avança dans une nuée de lucioles. Il aurait surtout voulu, conformément à la vieille plaisanterie, plonger dans le brasier une boule de guimauve piquée au bout d’un bâton, tandis que les livres , comme autant de pigeons battant des ailes, mouraient sur le seuil et la pelouse de la maison. Tandis que les livres s’envolaient en tourbillons d’étincelles avant d’être emportés par un vent noir de suie. ”

À la base, les pompiers sont censés éteindre les incendies pas de les déclencher. Pourtant, dans cette société future, où le livre est devenu antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, qui sont devenus interdits.

“ C’est toujours la nuit que l’alerte est donnée. Jamais en plein jour ! Est-ce parce que le feu offre un spectacle plus beau la nuit ? Parce que ça rend mieux, que ça en impose davantage ? ”

Les ordres sont les ordres. Pourtant le pompier Montag commence à entrevoir une autre possibilité, et s’autorise à rêver à un monde meilleur où la littérature et l’imaginaire ne serait pas bannis. Lassé de ce monde devenu artificiel, sans relief, il part en croisade contre cette pratique, tentant de sauver les livres, devenant un dangereux criminel qu’il faut éliminer, coûte que coûte.

Ce que j’en dis :

Profiter de cette magnifique édition collector pour enfin découvrir la plume de Ray Bradbury à la réputation mondiale.

« Ne jugez pas un livre d’après sa couverture » dit quelqu’un.

Classé dans la catégorie SF, ce livre ne serait peut-être pas passé entre mes mains sans cette originalité apportée à la finition de ce grand classique, récemment réédité chez Folio. Je suis persuadée qu’il fera la joie des bibliophiles, même de ceux qui le possédaient déjà.

Comme à mon habitude, je ne me suis pas attardée sur le synopsis et c’est horrifiée que j’ai découvert cette dystopie et les agissements de cette brigade 451, où les pompiers sont des pyromanes chargés de détruire les bibliothèques. Les livres étant devenus dangereux, ils sont amenés à disparaître sous les flammes de l’enfer.

Moi qui fait partie des bibliophiles, grande amoureuse des mots et des livres, découvrir ce récit était une véritable torture.

D’autant plus que même si on ne détruit plus les livres à notre époque, une nouvelle dictature est déjà en place face à la liberté d’expression. Nous sommes malheureusement confrontés à la haine de certains fanatiques qui se donnent le droit de mettre fin aux voix qui s’expriment.

Lire en 2020, en pleine pandémie planétaire ce roman publié en 1953, donne une saveur particulière à la lecture surtout face à l’actualité de ces derniers jours où un professeur d’histoire vient de perdre la vie assassiné par un fanatique.

Depuis quelques temps la science-fiction rattrape la réalité et certains auteurs du passé comme du présent deviennent de véritables visionnaires et commencent sérieusement à m’inquiéter sur ce qu’il adviendra de notre futur.

Un présent déjà envahit d’écran, alors qu’il est si bon de se laisser porter par des mots, des mots qui nous donnent une histoire, une histoire qui nous aide à nous échapper du quotidien en laissant au plus profond de nous l’espoir d’un monde plus beau.

Je terminerai avec quelques mots de Sophie Loubière, auteure de nouvelles percutantes entre autres, qui nous rappelle l’importance de la lecture : « Le monde est vaste à celui qui en tourne les pages. Et notre vie est trop courte pour qu’on ne rie pas de ses travers. Un accident est si vite arrivé. »

Lisez Fahrenheit 451, et surtout ne laissez personne détruire les livres, ni personne vous empêcher de lire, ou alors appelez moi, je l’enverrai brûler en enfer.

Pour info :


Né en 1920, Ray Bradbury s’impose rapidement comme un grand poète du fantastique et de la science-fiction avec ses Chroniques Martiennes . Auteur prolixe, il est également scénariste pour le cinéma (Fahrenheit 451 tourné par François Truffaut, Moby Dick de John Huston…)

Je remercie les Éditions Folio pour cette édition collector flamboyante.