Ghetto X

Ghetto X de Martín Michaud aux Éditions Kennes

“ Victor comprenait pourquoi Jacinthe l’avait appelé, mais il n’avait pas envie d’être là. Il en avait fini avec ce métier qui l’avait rongé jusqu’à l’os. Terminé la paperasse, les mandats arrachés de force et les pressions de la hiérarchie avide de réponses tranchées dans les certitudes du noir et du blanc.

Fini aussi de négliger ses proches. ”

Récemment Victor Lessard a démissionné des crimes majeurs, mais son ancienne partenaire, Jacinthe Taillon, a du mal à se faire à cette idée. alors lorsqu’un journaliste est retrouvé mort à son domicile, elle convoque Lessard sur la scène de crime.

Peu de temps après, celui que Lessard considérait comme son mentor, Ted Rutherford, décède après lui avoir fait des révélations troublantes concernant le passé de son père, qui risque de remettre en question ce qu’il pensait jusqu’à maintenant de ce père assassin.

Mais c’est dans l’ombre qu’il devra enquêter, après avoir été pris pour cible dans un attentat, aidé de Jacinthe.

Au péril de leu vie, il se retrouve confronté à un groupe d’extrémistes, avec en supplément son passé qui remonte à la surface.

Il est temps d’en finir avec tout ça.

Même si pour ce cinquième opus, Victor Lessard ne fait plus partie de la police, il n’en demeure pas moins un enquêteur hors pair, et n’hésitera pas une fois de plus à mouiller sa chemise et à sortir son flingue pour défendre ceux qu’il aime. Et lorsque son douloureux passé refait surface, il continue de creuser pour enfin tout savoir.

C’est parfois un peu flou mais au final c’est toujours un régal.

De toute façon, pour qui a commencé avec Victor, ne pourra pas résister à cette nouvelle enquête qui en dit long sur son passé.

Il se pourrait même qu’il rempile…

À suivre…

Pour info :

Martin Michaud est né à Québec, en 1970, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Il est également le fondateur d’un groupe de rock indépendant, dont il est parolier, guitariste et chanteur. Ses romans sont d’ailleurs parsemés de références à des morceaux ou artistes qu’il aime. Outre ses activités de romancier, il travaille à la scénarisation de ses œuvres pour la télévision et le cinéma. Martin Michaud est l’auteur de la série policière “Les Enquètes de Victor Lessard” (“Il ne faut pas parler dans l’ascenseur”, “La Chorale du Diable”, “Je me souviens” et “Violence à l’origine”) et des thrillers “Quand j’étais Théodore Seaborn”, “S.A.S.H.A.” et “Sous la surface”. Son roman “Sous la surface” a également été adapté chez Kennes en BD.

American Rust

American Rust de Philipp Meyer aux Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique dirigée par Francis Geffard

Traduit de l’américain par Sarah Gurcel

“ Plus loin elle ne put s’empêcher de remarquer la vieille goulotte à charbon qui courait sur toute la longueur du couteau avant d’enjamber la route, perchée sur ses pieds de métal et laissant apercevoir le ciel à travers son plancher mangé par la rouille ; et puis le pont suspendu au-dessus de la rivière, condamné à chaque bout, son ossature entière pareillement envahie, grêlée par la rouille. Ce fut ensuite comme une éruption de structures abandonnées, une gigantesque usine aux parois métalliques bleu roi, cheminées tachées de ces coulées brun-rouge décidément omniprésentes et portail fermé par une chaîne depuis Dieu sait combien d’années – elle ne l’avait jamais connu ouvert. Au final, tout n’était que rouille. C’est ce qui définissait la région. Observation brillante. Elle devait bien être là dix-millionième à y penser. ”

En Pennsylvanie, cela fait un moment déjà que les usines sidérurgiques ont fermé leurs portes, laissant derrière elles de nombreuses villes dévastées par la crise qui suivit. Buell, la petite ville où a grandi Lee ne fut pas épargnée.

“ La route principale du sud de Buell s’écartait de la rivière pour traverser une vallée encaissée, c’était une étroite voie rapide brodée de part et d’autre d’arbres en rang serré ; se succédaient hameaux désertés, station-service à l’abandon, mine de charbon épuisée au long déroulé de terrils, un infini de dunes grises et sèche sur lesquelles même les mauvaises herbes refusaient de pousser. ”

Pas étonnant qu’elle ait préféré partir contrairement à Isaac son frère, qui est resté pour s’occuper de leur père, sacrifiant au passage son avenir très prometteur. Il aurait pu devenir astrophysicien s’il n’avait pas abandonné ses études. Tout comme son meilleur ami Billy Poe qui était promu à une brillante carrière de footballeur interrompue par une vilaine blessure et qui a du mal à laisser sa mère bien malmenée par la vie.

Mais un matin Isaac décide de quitter tout ça et de partir, direction la Californie, embarquant au passage Billy son meilleur ami.

En route vers un avenir incertain, un nouveau drame surgit qui risque de faire voler en éclats leur vie déjà très sombre.

Philipp Meyer nous offre un magnifique roman polyphonique à travers le portrait d’une région touchée par la crise. Il dépeint à merveille cet endroit de Pennsylvanie mais aussi ses habitants, qu’ils soient jeunes ou vieux . Des hommes et des femmes qui ne perdent pas l’espoir d’un futur moins noir, tout en gardant une certaine lucidité face à la vie qu’ils mènent. Une vie pleine de sacrifices, traversées par de multiples douleurs où les rêvent résistent pourtant au fond de chacun d’eux.

Et même si l’envie de partir se fait sentir, il suffit d’un drame pour qu’ils se rappellent à quel point ils sont attachés à cet endroit.

Une belle histoire d’amitié, de famille, d’amour, habitée par la culpabilité, à la recherche de rédemption où tout en faite est une question de loyauté.

Un roman poignant qui prend aux tripes, tout comme son second roman : Le fils paru en 2014 qui confirma le talent de ce jeune auteur américain.

Précédemment publié sous le titre : Un arrière-goût de rouille, que les éditions Albin Michel, collection Terres d’Amérique ont eu la bonne idée de rééditer avant l’adaptation qui sera prochainement diffusée sur Canal plus.

Il serait vraiment dommage de se priver de cette lecture. Moi j’avoue, suis impatiente de découvrir la série.

Pour info :

Originaire de Baltimore, Philipp Meyer est à 38 ans reconnu comme l’un des écrivains les plus doués de sa génération. Lauréat du Los Angeles Times Book Prize pour son premier roman, Un arrière-goût de rouille (Denoël, 2010), il a connu un formidable succès avec son deuxième livre Le Fils, salué par l’ensemble de la presse américaine comme l’un des cinq meilleurs romans de l’année 2013 et qui va être traduit en plus de vingt langues.

Mort à Mud Lick

Mort à Mud Lick d’Eric Eyre aux Éditions Globe

Traduit de l’américain par Romain Guillou

“ Je ne savais pas comment commencer mon histoire. Ce n’est que lorsque Andy me montra les cartes statistiques et leurs sinistres nuances de violet profond , comme des ecchymoses, que je choisis la première phrase. Elle me vint à la maison, au beau milieu de la nuit. Je me tournai sur le côté du lit, tâtonnai pour trouver un stylo et griffonnai sur un bout de papier : Suivez les comprimés et vous trouverez les morts par overdoses. ”

Eric Eyre fait partie des journalistes américains qui ne lâche rien surtout lorsque le sujet met en cause des milliers de vies humaines. Imaginez des dealers en blouse blanche, responsables de cette addiction, cela dépasse l’entendement.

“ 780 millions de comprimés, 1728 morts. ”

Comment imaginer que l’industrie pharmaceutique n’ait jamais été inquiété ? Peut-être que ses liens avec un procureur de l’état y est pour quelques choses ? Sans parler de la DEA… des pharmaciens, des centre anti-douleurs, des médecins, les grossistes-repartiteurs, tous complices.

“ Perdue Pharma comprit très vite que les Appalaches étaient l’endroit rêvé pour vendre son médicament. On consommait énormément d’analgésiques dans la région. Les mineurs affectés à l’extraction de charbon travaillaient sur d’énormes machines, ce qui augmentait considérablement le risque d’accidents et de blessures. La région, isolée, était aussi frappée par la pauvreté et le désespoir. Le petit comprimé rond pouvait tout arranger. ”

En rendant accro des milliers d’américains avec l’Oxy Contin ce médicament devint le meilleur ami de nombreuses personnes, il supprimait la douleur, annihilait les émotions et remplissait les poches de toutes ces entreprises cupides, sans scrupules, pourries par la corruption. Un marché juteux qui fermait les yeux des différentes autorités sensées protéger la population.

“ – Qui surveillait les médecins et qui a permis que cela se produise ? […] Que faisait l’Ordre des médecins de l’État pour réglementer cette pratique et pourquoi n’est-il pas intervenu ? Le grossiste à la responsabilité de surveiller les commandes suspectes, soit. Mais qu’en est-il de la responsabilité du fabricant qui, au moins à un moment donné, a fait la promotion de narcotiques inscrits au tableau II, les présentant comme une réponse à la douleur chronique avec des risques d’abus et de dépendance limités ? Qu’en est-il de la responsabilité de la DEA ? ”

Plus Eric Eyre avance dans ses investigations, plus ce qu’il découvre est hallucinant.

“ Debbie fut dévastée par la mort de Timmy Dale, deuxième frère cadet emporté par une overdose. Avec Tomahawk, ils avaient la sale impression que tout n’avait pas été fait pour le sauver. Les pompiers de Williamson disposaient d’un antidote à utiliser en cas d’overdose, capable de réveiller les personnes qui avaient cessées respirer. C’était de la naloxone, mais tout le monde l’appelait par son nom de marque, le Narcan. Kermit et les autres pompiers volontaires du conté de Mingo n’en n’avaient pas. Ils n’avaient pas les moyens d’en acquérir. Les pompiers intervenaient sur des overdoses sans ce médicament essentiel pour sauver des vies. Ç’aurait pu sauver Timmy Dale. Il était difficile d’avoir accès à ce médicament qui sauve des vies, alors que les drogues qui tuent se trouvaient en abondance. Ce n’était pas normal, dit Debbie qui m’appela pour me demander si je pouvais faire quelque chose afin d’aider la ville à obtenir du Narcan. Je lui promis d’écrire un article sur le sujet. ”

Fidèle à la devise du journal qui l’emploi, « S’indigner sans relâche » et malgré les difficultés du journal qui est en grande difficulté financière, le journaliste ira jusqu’au bout de son enquête, et sera même aidé par des citoyens et réussira à ébranler ce trafic d’antidouleurs.

Grace à son travail, son journal, le Charleston Gazette Mail, fut plus petit journal de tous les temps à remporter le prestigieux prix Pulitzer.

Une enquête extraordinaire et colossale sur la plus grande épidémie d’Opioïdes à découvrir absolument.

Pas besoin de prendre de l’OxyCodin pour halluciner, il suffit de lire Mort à Mud Lick.

Pour se récit, Eric Eyre a remporté le Prix Pulitzer du reportage, le prix Edgar Allan Poe du meilleur livre d’enquête et meilleur livre de l’année 2020 du New York Times.

Fenêtre sur terre

Fenêtre sur terre de Franck Bouysse aux Éditions Phébus

Écouter Bashung en lisant Franck Bouysse et laisser ses yeux voguer à travers cette “ Fenêtre sur terre ”, le mariage parfait pour qui aime les mots de l’un et de l’autre.

Et comme à chaque fois, pensez à ce refrain d’une magnifique chanson écrite par Gérard Manset et interprétée par Bashung en parfait harmonie avec ce recueil :

« Il voyage en solitaire
Et nul ne l’oblige à se taire
Il chante la terre
Il chante la terre

Et c’est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaire
Pendant des journées entières
Il chante la terre »

Car une fois de plus, Franck Bouysse chante la terre à sa manière.

Shymponuit

J’ai tendu des fils

Entre les étoiles

Ecrit la partition

En notes funambules

Qui se taisent parfois

Quand un nuage passe

Au hasard de ses pas, sur sa terre corrézienne, son regard se pose et ses mots se déposent. Ses pensées vagabondent pour ne garder en mémoire que certains instants choisis comme en témoignent les photos qui accompagnent ses textes où s’invitent son âme de poète et ces illustres personnages auxquels il rend hommage, ces hommes et ces femmes qui ont compté pour lui.

Rien de tel que ces fragments de vie couchés sur papier, immortalisés par ce taiseux, en toute intimité, pour partager un beau moment très particulier et l’accompagner sur sa terre chère à son cœur. Une terre qui le nourrit, le porte et l’inspire.

Bashung aurait sans doute rajouter :

« C’est pour la joie qu’elle lui donne qu’il chante la terre… »

C’est beau, touchant, enivrant et c’est signé Franck Bouysse, une parenthèse littéraire en bonne compagnie qui ne se refuse pas.

Gagner n’est pas jouer

Gagner n’est pas jouer d’Harlan Coben aux éditions Belfond

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Roxane Azimi

“ C’est l’argent, bien sûr, qui rend tout cela possède. Je peux voyager n’importe où … où faire venir n’importe quel expert pour une durée indéterminée. L’argent vous offre le temps, l’accès, la technologie et l’équipement dernier cri.

On dirait Batman, non ?

Quand on y pense, le seul super pouvoir de Bruce Wayne est son immense fortune.

J’ai la même. Eh oui, je suis content d’être moi. ”

Un cadavre mutilé dans les beaux quartiers de New-York ça fait désordre, d’autant plus qu’il est retrouvé avec des objets de valeur volé il y a une vingtaine d’années à une riche famille : les Lockwood.

Win Lockwood se souvient très bien de ce vol qui était survenu en même temps que le meurtre de son oncle et l’enlèvement de sa cousine.

Si sa cousine avait réussi à s’échapper, ses tortionnaires n’avaient jamais été arrêtés.

Après cette découverte macabre, le passé familial des Lockwood resurgit, et Win est bien décidé à résoudre cette affaire et à lever le voile sur les secrets de famille engloutis.

Sa fortune lui permet toute les extravagances et lui donne les moyens d’obtenir ce qu’il veut.

Pour gagner, tous les coups sont permis.

Harlan Coben n’est pas à son coup d’essai en matière de thriller et les mordus de ses récits peuvent même retrouver les adaptations en série sur Netflix. J’ai testé, j’ai pas accroché, ça manque bien souvent de rythme et de crédibilité.

En lecture, ça passe mieux, même si je ne suis plus aussi surprise qu’à ses débuts.

En plus dans cet opus : Gagner n’est pas jouer, il m’a été difficile d’accrocher avec Win, ce mec à l’ego aussi immense que sa fortune, antipathique au possible et un brin énervant. Un peu trop facile pour lui, je trouve vu tout le fric qu’il a à sa disposition pour mener à bien ses caprices et son enquête.

Du coup Harlan Coben devient également maître incontestable en placement de produits. Comme la pub pendant les films, c’est assez pénible.

Sinon, l’histoire est plutôt bien ficelée et réussie à surprendre jusqu’au dénouement final.

Si t’es accro à son style, tu passeras un bon moment, par contre si t’es devenue exigeante comme moi, tu passeras vite à autre chose, ne serait-ce que pour oublier cet odieux personnage.

Pour info :

Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès la publication de ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public. Il est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis. Depuis Ne le dis à personne… (2002) – récompensé du Grand Prix des lectrices Elle et adapté avec succès au cinéma par Guillaume Canet –, Belfond a publié vingt-deux romans de Harlan Coben. Plusieurs ont été adaptés en miniséries, dont Une chance de trop et Juste un regard, diffusées sur TF1, ainsi qu’Intimidation(The Stranger), Dans les bois (The Woods), Innocent (The Innocent) et Disparu à jamais (Gone for Good), disponibles en streaming sur Netflix. Tous ses ouvrages sont repris par Pocket.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce suspens labyrinthique.

Ainsi Berlin

Ainsi Berlin de Laurent Petitmangin aux Éditions de La Manufacture de livres

“ Le Berlin en ruine, nous l’acceptions, ce n’était pas nous. Et quand le soir, pour rentrer, nous traversions la ville ravagée, nous n’avions que peu de peine pour nos parents et pour tous ceux qui l’avaient voulu ainsi. ”

La guerre est enfin terminée, et la jeunesse peut enfin espérer effacer les erreurs de leurs aînés en construisant un monde nouveau où les futurs élites intellectuelles issues d’un tout nouveau programme pourraient assurer l’avenir de l’Allemagne de l’Est.

Gert, un jeune Allemand, résistant communiste participe à cette reconstruction auprès de Käthe, à laquelle il s’attache très vite.

“ L’envie d’elle s’installa petit à petit. Je commençais à l’aimer pour tant de raisons, aucune de celle qu’on voyait dans les livres. Je l’aimais d’abord comme une grande sœur intrépide, un rien délurée, dont j’espérais qu’elle me montrât la vie. ”

Tandis qu’un mur s’élève séparant Berlin, Liz, une architecte américaine se retrouvant dorénavant à l’Ouest rêvent également de certains idéaux et entend bien défendre les valeurs du monde occidental. En contact avec Gert, elle commence à semer le doute en lui et à remettre en cause ses convictions. Tiraillé entre ces deux femmes dont il est amoureux, Gert devra pourtant faire des choix et faire face à sa guerre intérieure pour ne pas trahir son pays, et ses engagements.

La force de l’attraction de L’Ouest s’instilait au plus profond des êtres , elle flattait les envies, celles qu’on pouvait comprendre, et les plus basse aussi. Un suc vite nécessaire, impérieux, une drogue dans tous ses plaisirs, et l’abattement qui s’ensuivait. Il fallait être fort, penser loin et collectif, et pour lui résister garder en mémoire tant de choses dont on ne voulait plus. Et quand le mal était fait, qu’on avait commencé à y goûter, seule la contrainte permettait de s’en sevrer. ”

Laurent Petitmangin nous a tous bouleversé avec son premier roman : Ce qu’il faut de nuit, obtenant au passage une multitude de prix très prestigieux et s’imposant d’emblée comme un auteur à suivre absolument.

C’est dans l’après-guerre de Berlin qu’il nous entraîne cette fois, à travers des personnages forts et faibles à la fois, capables d’accomplir des exploits héroïques malgré le doute et les contradictions qu’ils peuvent trouver sur leur route.

Il nous offre un pan d’Histoire, via ce triangle amoureux dans une Allemagne en pleine reconstruction qui panse encore ses blessures et commence déjà à écrire un futur idéal déjà divisé par ce mur qui sépare l’Allemagne en deux.

Très différent de : “ Ce qu’il faut de nuit ” (ma chronique ici) mais on retrouve son attachement à des personnages qui ne manquent ni de courage ni d’humanité .

Et même si je garde une préférence pour “ Ce qu’il faut de nuit ”, “ Seul Berlin” confirme le talent Laurent Petitmangin qui n’a pas fini de nous surprendre.

Je remercie l’agence Trames et la Manufacture de livres pour cette escapade berlinoise.

Les trois épouses de Blake Nelson

Les trois épouses de Blake Nelson de Cate Quinn aux Éditions La presse de la cité

Traduit de l’anglais par Maxime Berrée

“ – On dirait presque que votre mari est allé chercher ses femmes au supermarché. Une petite jeune fille dans le salon, une cuisinière pour la popote, une prostituée dans la chambre à coucher. ”

Blake Nelson est polygame ce qui ne réjouit ni sa famille, ni l’église mormone. Il vit éloigné de toute civilisation en plein désert dans un ranch plutôt miteux pour être tranquille avec ses trois épouses.

Rachel, la première épouse, Emily, sœur-épouse et enfin Tina, troisième sœur-épouse, toutes bien différentes les unes des autres, et ne s’appréciant guère voir même pas du tout.

Alors lorsque Blake est retrouvé mort, à l’endroit même où il adorait pêcher, ses trois épouses semblent faire des coupables idéales. Mais laquelle des trois l’est vraiment ? À moins que la police fasse fausse route, car plus l’enquête avance , plus les secrets de chacune refont surface et sèment le doute. La coupable n’est peut-être pas celle que l’on croit.

Cate Quinn nous offre un roman choral on ne peut plus surprenant. À travers ses trois épouses on découvre le mariage plural de Blake Nelson, qui enfreint toutes les règles de l’église Mormone, et tout en faisant connaissance avec ces trois femmes on suit l’enquête de près pour découvrir le meurtrier de ce mormon pas ordinaire.

L’auteur est vraiment douée pour semer le doute et nous offrir des coups de théâtre à quasiment chaque chapitre. C’est donc à un rythme effréné et plein de surprises qu’on découvre cette histoire qui nous mènera d’un ranch en plein désert jusqu’à la maison d’un prophète qui était marié à soixante femmes, dorénavant sous les verrous.

Un polygame, trois épouses, un ranch miteux, une secte, un cimetière, des mormons aux pratiques étranges, des familles en colère, et même un tour à Las Vegas, dite ville de tous les péchés et pourtant bien moins pécheresse que ce que l’on découvrira dans l’Utah, font de ce thriller un moment de lecture démoniaque, drôle et surprenant.

Une belle surprise signée par une auteure anglaise qui fera le bonheur des amoureux d’histoire américaine.

Que Dieu bénisse Cate Quinn, comme dirait Rachel, la première épouse.

Pour info :

Auteure de romans historiques à succès en Angleterre, autrefois journaliste pour The Guardian, The Times et The Mirror, Cate Quinn signe ici son premier thriller.

Je remercie Masse Critique de Babelio et les Éditions Presse de la cité pour cette virée pas très catholique chez les mormons absolument délirante.

Les samaritains du bayou

Les samaritains du bayou de Lisa Sandlin aux Éditions Belfond Noir

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire-Marie Clévy

Pas facile de trouver un job après un long séjour au placard pour une nana, mais heureusement pour cette ex-taularde un pote détective privé de son agent de probation qui une ardoise à effacer, ignore jusqu’à son arrivée qu’il avait besoin d’une secrétaire. Pour Delpha Wade ça fera l’affaire, pour Tom Phelan , il fera avec, Il a vraisemblablement pas le choix.

Ce duo de solitaire va contre toute attente devenir très complémentaire et va permettre de résoudre les nouvelles affaires. Ensemble il vont œuvrer pour chasser les fugueurs, débusquer les maris infidèles, réparer les âmes cabossées et même soigner les laissés-pour-compte.

Delpha n’en demeure pas moins rancunière face à ceux qui l’on conduit en taule et compte bien régler ses comptes. Et quoi de mieux que de bosser dans cette agence pour résoudre également son enquête et mettre la main sur le violeur toujours en vie, caché là, quelque part…

Pour ce roman à l’atmosphère poisseuse, Lisa Sandlin a été récompensé par le Dashiell Hammett Prize et le Shamus Award , les plus hautes distinctions de la littérature à suspense américaine et pourtant il ne m’a pas complètement convaincu, et je m’y suis parfois embourbée.

Si j’ai aimé chacun des personnages de ce duos improbables, loin de certains clichés habituels, l’histoire était parfois déroutante et je dois bien avouer que si je ne m’étais pas vite attachée à Delpha et Tom, j’aurais abandonné l’affaire.

Un peu trop éloigné justement de l’ambiance de la Louisiane des bayous que j’affectionne et pourtant j’y étais il semblerait. Vraiment l’impression d’être passée à côté, de m’être perdue en cours de route.

C’est dommage, peut-être que le prochain arrivera plus à me toucher, l’avenir nous le dira, un jour, peut-être.

Pour info :

Lisa Sandlin a grandi à Beaumont, Texas, dans un décor de bayou et de puits de pétrole, avant de s’installer au Nouveau-Mexique, puis dans le Nebraska, où elle a enseigné dans l’atelier d’écriture de l’université d’Omaha pendant vingt ans.

Auteure de nombreuses nouvelles plusieurs fois primées, elle découvre le succès avec Les Samaritains du bayou, son premier roman, récompensé par le Dashiell Hammett Prize 2015 et le Shamus Award 2016, prix majeurs de la littérature suspense américaine.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce suspens en direct du Vieux Sud américain.

Leur domaine

Leur domaine de Jo Nesbø aux Éditions Gallimard / La série noire

Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

“ La voiture a roulé jusqu’à moi, la vitre du conducteur est descendue. J’espérais que ça ne se voyait pas, mais mon cœur battait comme un piston. Combien de lettres, de tede mails et de conversations téléphoniques pendant toutes ces années ? Pas beaucoup. Et pourtant, s’était-il écoulé une seule journée sans que je pense à Carl ? Pas une seule. Mais mieux valait regretter Carl qu’avoir à gérer des « histoires de Carl ». Enfin. Mon premier constat a été qu’il avait pris de l’âge.

« Pardon,mon bon monsieur, sommes-nous au domaine des célèbres frères Opgard ? »

Après le décès de leurs parents , survenu après un accident de voiture lorsqu’ils étaient adolescents, les frères Opgard se retrouvèrent seuls pour s’occuper du domaine familial, après avoir été confié à leur oncle dans un premier temps.

Roy, l’ainé commença à bosser à la station du bourg pour subvenir à leurs besoins, tandis que Carl terminait sa scolarité avant de poursuivre ses études au Canada.

Carl n’était pas revenu depuis, son retour est surprise totale pour son frère et les habitants.

Loin de s’en réjouir, Roy l’accueille pourtant, d’autant plus qu’il n’est pas seul et semble avoir de grands projets pour le domaine.

 » Et bientôt un raz-de-marée de honte déferlerait sur nous, nous emportant tous sur son passage. La honte, la honte,la honte. C’était insupportable. Aucun d’entre nous ne le supporterait.

Carl envisage la construction d’un hôtel spa, de luxe, qui serait susceptible de leur apporter fortune ainsi qu’à leur communauté qui financerait en partie les travaux.

Mais, évidemment le retour de Carl en inquiète plus d’un, et réveille de vieilles rancœurs et des secrets de famille qu’il aurait mieux fallu laisser avec la Cadillac au fond du ravin, sans compter les nouveaux cadavres qui commencent à faire désordre dans le paysage.

“ Et enfin il est venu.

Le second cri du corbeau.

Et je savais que cette fois, il avertissait d’un danger. Pas un péril immédiat. Comme si j’avais rendez-vous avec le destin. Depuis longtemps. Patiemment. Sans jamais oublier. Des problèmes. ”

Alors quand est-il de Leur Domaine ? Jo Nesbø est-il à la hauteur de ce que Stephen King nous promet sur le bandeau ? « Original et spécial » « impossible à lâcher » Un bandeau qu’il faut vite enlever pour découvrir dans son intégralité la magnifique couverture qui réserve un visuel qui sent bon l’Amérique. D’ailleurs en parlant d’Amérique, j’avais vraiment l’impression d’y être et pourtant c’est sur les terres scandinaves d’où l’auteur est originaire, que se déroule cette histoire qu’il est impossible de quitter avant la dernière page, avec au final l’impression d’avoir lu un grand roman américain. Dingue cette histoire, King ne nous a pas menti c’est certain (Ça lui arrive parfois sur d’autres livres).

Nous voilà donc au fin fond de la Norvège en milieu rural pour découvrir l’histoire de ce domaine et de ces deux frères. Deux frères unis par un amour fraternel, longtemps séparés et à nouveau réunis pour le meilleur et pour le pire.

Dans ce huit clos, règne une ambiance inquiétante où s’immisce une tension qui va monter en puissance au fur et à mesure de l’histoire. Une histoire qui par quelques allers-retours dans le passé nous éclairera sur cette famille pleine de secrets, qui une fois révélés ne seront pas toujours ceux que l’on attendaient.

Jo Nesbø nous sort des sentiers battus et nous offre un « One-shot » extraordinaire sur le sacrifice au prix de l’amour fraternel qu’imposent parfois certains travers familiaux.

Thriller, roman noir, rural noir, peut importe, le principal c’est de ne pas passer votre chemin, et de découvrir : Leur Domaine, un endroit vraiment particulier qui va vous réserver de sacrés surprises.

Leur Domaine, c’est une ambiance inquiétante, parfois déroutante mais surtout porté par une plume extraordinaire.

Jo Nesbø nous en met plein la vue c’est certain.

Pour info :

Né d’un père patron d’une société de transports et d’une mère libraire, Jo Nesbø se destinait à devenir footballeur professionnel mais une rupture des ligaments croisés a mis un terme à sa carrière.

Il grandit à Molde puis devient diplômé de la Norwegian School of Economics à Bergen. Il est d’abord journaliste économique , puis se dirige vers la musique.

Il est connu pour sa participation en tant qu’auteur, compositeur et interprète au groupe de pop Di Derre , l’un des plus célèbres en Norvège de 1993 à 1998.

Mondialement connu pour sa série « Harry Hole », il est considéré comme le chef de fil du thriller scandinave, avec cinquante millions d’exemplaires vendus à travers le monde et des traductions dans quarante langues.

Je remercie les Éditions Gallimard pour ce roman aussi majestueux que sa plume.

Rends-moi fière

Rends-moi fière de Nicole Dennis-Benn aux Éditions de l’aube

Traduit de l’anglais (Jamaïque) par Benoîte Dauvergne

“ Margot et Delores ont tout misé sur l’avenir de Thandi, convaincues que c’était celle de la famille qui réussirait. Tel leur vieux matelas, l’adolescente incarne une source fiable de satisfaction. « C’est toi qui nous sortira de cet endroit », lui répètent-elles. ”

Pas facile de survivre pour cette famille jamaïcaine dans leur petit village de pêcheurs.

Entre Dolores, la mère qui vend des babioles aux touristes américains et Margot qui abuse de ses charmes, prête à tout pour une vie meilleure, Thandi encore étudiante a du mal à faire face à tous les espoirs misés sur elle.

Pour ces trois femmes, les obstacles s’accumulent et il est parfois difficile de garder de la tête haute quand le sort s’acharne.

“ Alors qu’elle s’examine dans le miroir, Thandi commence à devoir à travers les yeux de sa mère, de sa sœur et de la communauté : lauréate d’une bourse, adolescente sage, douce d’espoir pour sa famille, jeune fille destinée à devenir riche et à mener une vie prestigieuse. Lorsqu’elle s’admire ainsi, la case disparaît autour d’elle, de même que la sensation préméditée ce poids sur sa poitrine. ”

À travers ce roman ambitieux, on oublie vite le décor des cartes postales de la Jamaïque, et très vite l’envers du décor nous percute de plein fouet.

Dans cet endroit paradisiaque, cette famille est confrontée à la misère locale et doit œuvrer de manière parfois immorale pour s’en sortir.

L’auteur explore les difficultés d’une cellule familiale empêtrée dans de douloureux secrets, et aborde également la prostitution l’homophobie et le racisme omniprésent , sans oublier l’impact destructeur du tourisme et les conditions de vie de la classe ouvrière jamaïcaine.

Difficile de rester insensible à ces portraits d’hommes et de femmes qui d’un côté m’ont bouleversés mais également révoltés.

La douleur est partout et même le soleil jamaïcain a du mal à illuminer ce récit poignant page après page.

Élu « Meilleur livre de l’année » par le New York Times, ce roman risque d’en étonner plus d’un.e, mais attention préparez les mouchoirs.

Pour info :

Nicole Dennis-Benn est née et a grandi à Kingston, en Jamaïque.

Elle vit aujourd’hui à New York et enseigne à Princeton.


Rends-moi fière est son premier roman, déjà disponible aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Brésil et en Corée.

Je remercie les Éditions de l’aube et Aline pour cette poignante lecture.