Aotea

Aotea de Paul Moracchini aux Éditions Buchet.Chastel

” (…) Justin coupe la parole à tout va. Le voilà parti dans l’un de ces récits culino-historiques sur Aotea. Je dois dire que « son île de cœur » réunit beaucoup de qualité qui nous sont chères. C’est un concentré de tous les plus beaux paysages de Nouvelle-Zélande répartis sur trente-cinq kilomètres de côtes. Entre mer et montagne, on y compte une très faible densité de population, à la mentalité rebelle face à la toute-puissante Auckland, qui n’est qu’à quelques miles. Et puis c’est une formidable destination pour la pêche. C’est toujours pareil : là où il y a peu d’hommes, il reste de la place pour la vie. “

C’est sûr cette île paradisiaque découverte par les Maoris, dans un manoir néo-zélandais en cours de rénovation que se retrouve un trio d’amis le temps d’un été. Justin, Bradley et Joshua, trois hommes aux caractères très différents mais liés par certaines passions communes, notamment la pêche.

Ce nouvel été s’annonçait plutôt bien, mais une ombre apparaît au tableau. Cassandra, l’ex-compagne de Bradley a disparu.

Une étrange ambiance s’installe, chacun s’interroge et un climat de suspicion plane sur le manoir.

Et si l’un d’entre-eux était responsable de cette disparition plutôt étrange ?

Je songeais à mes amis, mes deux véritables amis. Je songeais au fait que j’avais réussi à les réunir sous le même toit, et que cet été passé tous les trois ensemble resterait le plus important et le plus beau de toute ma vie. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais su cristalliser ce pur moment d’amitié. Nous étions forts de notre alliance, unis face à l’inconnu. Nous resterions inséparables, soudés, envers et contre tous ! Et toutes les patrouilles de police, tous les drames, tous les malheurs du monde, n’y pourraient rien changer. “

Leur amitié est mise à l’épreuve, et risque d’imploser lorsque la vérité fera surface…

Ce que j’en dis :

Aotea, le magnifique roman de Paul Moracchini, est apparu dans le paysage littéraire juste avant le confinement, caché subitement tel un immense nuage qui recouvrirait cette île pour resurgir enfin une fois l’éclairci revenu après un terrible orage.

Une fois propulsé sur cette île, vous découvrirez des paysages de toute beauté mis en valeur par la plume singulière de l’auteur, tout en partageant la vie de ces trois hommes déjà malmenés par leurs névroses personnelles, qui se retrouvent confrontés à une disparition inquiétante.

Pourtant soudés par une belle amitié, ce trio se redécouvre jour après jour et laisse apparaître quelques failles qu’il sera peut-être difficile à combler.

Cette excursion littéraire nous plonge au cœur de la nature et nous révèle de façon pertinente comment elle façonne les hommes, pouvant parfois les élever au sommet pour subitement les détruire lorsque le destin s’en mêle.

C’est beau, c’est fort et terriblement touchant. Une aventure extraordinaire où le tragique côtoie le sublime, l’amitié côtoie la trahison, un univers paradisiaque où les désenchantés tentent de s’accrocher pour survivre avant la chute qui risque de les détruire.

Une très belle découverte, le genre de roman qui m’enchante autant par son style que par son histoire, alliant douceur et noirceur, aussi captivant qu’intrigant, dans un décor naturel auprès d’êtres tourmentés.

J’ai adoré et il serait vraiment dommage que vous ratiez ce voyage à Aotea en attendant les jours d’après…

Pour info :

Paul-Bernard Moracchini vit entre la Corse et Nice. Auteur-compositeur-interprète de profession, il ne se conforme pas aux cadres d’une carrière bien ordonnée. Il préfère régulièrement prendre la tangente pour se retrouver en pleine nature.

Ancien lauréat du PJE, il a publié son premier roman, La fuite, également aux Éditions Buchet/Chastel.

Je remercie les Éditions Buchet/Chastel pour cette lecture enivrante.

September September

September September de Shelby Foote aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jane Fillion

Traduction révisée par Marie-Claude Aubert

” Demain c’était l’équinoxe d’automne, nous annonçait la météo, et la nouvelle lune.

Puis tout s’est déclenché aux infos de cinq heures trente. Faubus, au cours d’une pause de la conférence réunissant les gouverneurs des États du Sud, à Seattle Island, a été assailli par des journalistes. Il leur a donné enfin les réponses qu’ils attendaient, tout comme nous d’ailleurs. La garde nationale n’étant plus là pour s’y opposer, leur a-t-il dit – et beaucoup de gens partageaient son opinion –, il redoutait « les pires violences » si ces foutus Négros tentaient à nouveau de pénétrer dans le lycée au moment où sonnerait la cloche, le lendemain matin. J’ai regardé Reeny, elle m’a regardé, et tous deux on a interrogé Podjo du regard.

« Très bien, a-t-il dit. C’est le moment. On fera ça demain. » “

Nous sommes en septembre en 1957 aux États-Unis.

À Little Rock, des jeunes noirs s’apprêtent à franchir les portes des lycées jusqu’alors réservés aux blancs.

Au même moment Reeny, Podjo et Rufus, trois apprentis gangsters, véritables pieds nickelés débarquent à Memphis. Ils veulent profiter de l’agitation que va engendrer cette rentrée scolaire qui ne plaît pas à une grande majorité de blancs, pour kidnapper un enfant d’une riche famille du coin.

Ce trio pense avoir élaboré le plan parfait, et espèrent obtenir une rançon faramineuse en s’attaquant à cette famille de nantis.

” C’est ainsi que s’écoula la troisième semaine de septembre, et la lune, en son dernier quartier, n’était plus qu’un mince croissant. Le vendredi, la Mid- South Fair qui durait huit jours ouvrit ses portes, et les enfants me harcelèrent pendant toute la semaine pour que je les emmène à la fête foraine où ils se réjouissaient d’assister aux nombreux spectacles et exhibitions tels que le Lone Ranger, et de monter sur les manèges. Je leur promis, s’ils étaient sages, de les y conduire après l’école le jeudi, jour réservé aux gens de couleur. J’ignorais alors que je ne serais pas en état de le faire.

Nous étions vendredi. Puis viendraient le samedi, le dimanche, et le traditionnel déjeuner chez Tio et Mamma Cindy, qui terminait la semaine. C’est ainsi que les choses se passèrent jusqu’à ce que le malheur s’abatte sur nous. “

Ces trois blancs pas très futés vont pourtant enlever un enfant noir, et ce n’est que le début de cette histoire, la suite est bien pire…

Ce que j’en dis :

Après avoir lu cette pépite américaine, je ne suis pas du tout surprise qu’elle ait rejoint La Noire, divine collection des éditions Gallimard.

Derrière cette intrigue assez classique, se cache un roman noir d’exception, tel un diamant planqué derrière un simple caillou.

À travers des personnages ciselés à la perfection, qui s’expriment à tour de rôle, que ce soit du côté des kidnappeurs ou du côté de la famille de l’enfant, on découvre ce drame.

Une tension extrême grandit au fil des pages, et instaure une profonde inquiétude au lecteur.

Se profile à l’horizon, le pire scénario possible sans oublier en toile de fond, les événements de Little Rock qui amplifient un peu plus le climat d’insécurité et de révolte. Ici et là, les noirs sont mis à mal.

Shelby Foote nous offre un fabuleux roman noir, d’une construction remarquable qui se savoure, se déguste mot après mot, avec douceur, histoire de ne pas en perdre une ligne.

C’est du haut de gamme à dévorer sans modération, surtout après ce confinement où il fait bon de s’offrir des menus littéraires de qualités supérieurs.

Ne le ratez surtout pas, il vous attend chez votre libraire indépendant préféré.

Pour info :

Shelby Foote est né en novembre 1916 à Greenville dans l’État du Mississippi.

Romancier et historien, il a signé six romans, parmi lesquels L’enfant de la fièvre (1975) et L’amour en saison sèche(1978), ainsi qu’une magistrale Histoire de la guerre de Sécession, événement charnière de l’histoire du Sud.

Plus jeune que Faulkner, Shelby Foote est l’auteur d’une œuvre exigeante et forte.

Il a consacré sa vie à «dire le Sud», à tenter d’y trouver la vérité : «Pour la trouver, il faut parler, se souvenir. Il faut que tout soit révélé, coûte que coûte», y compris ses fautes, ses crises, bref son humanité. 

Shelby Foote est mort le 27 juin 2005 à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette divine lecture.

Judy Garland

Judy Garland de Bertrand Tessier aux Éditions de l’Archipel

Bertrand Tessier nous invite à travers son récit à découvrir l’histoire de Judy Garland, celle qu’on appelait «  la petite fiancée de l’Amérique ».

Très tôt, privée de son enfance par sa mère qui sentant une aubaine financière la propulsa sur la scène, tout en la rendant très tôt accro aux amphétamines afin que cette enfant épuisée par sa surcharge de travail puisse faire face et honorer les engagements des contrats cinématographiques.

Du paradis à l’enfer, sa route est déjà toute tracée.

Après le cinéma elle deviendra chanteuse et mènera une nouvelle carrière incroyable, entachée malheureusement par son addiction jusqu’à ce qu’une overdose l’emporte à l’âge de 47 ans.

Un récit très touchant, peut-être un peu trop journalistique par moment, mais qui nous montre l’envers du décor hollywoodien, et le fabuleux parcours d’une petite fille pleine de talents devenue une légende.

L’histoire d’une étoile qui brillera éternellement.

Je remercie Masse Critique de Babelio pour ce récit passionnant.

Pour info :

Né à Nantes en 1960, Bertrand Tessier est journaliste, auteur et réalisateur.

Il collabore aujourd’hui à Paris Match et Gala. Auteur de documentaires diffusés sur France  2 et France  5, il a publié Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique, La Dernière Nuit de Claude François, Grace, la princesse déracinée (L’Archipel, 2011 à 2014), ainsi que des biographies de Jean-Paul Belmondo (Flammarion, 2009 ; Archipoche, 2010), d’Alain Delon et Romy Schneider (Le Rocher, 2010 ; Archipoche, 2012), et plus récemment de Jean-Pierre Melville (Fayard, 2017).

Mothercloud

Mothercloud de Rob Hart aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Michael Belano

” Salut. Je suis Gibson Wells, votre nouveau patron. C’est un plaisir de vous accueillir au sein de la famille. […]

Clous est la solution à tous vos problèmes. C’est un repère familier dans ce monde moderne qui va trop vite. Notre objectif est de venir en aide aux familles et aux gens qui ne peuvent pas aller faire les courses, n’ont pas de magasins près de chez eux, où ne veulent pas prendre le risque de sortir. […]

Chez Cloud, nous sommes fiers de vous offrir un environnement de travail sûr et sécurisé, où vous êtes maître de votre destin. Un large panel de postes vous est proposé, de nos préparateurs – que vous avez vus tout à l’heure – à nos conditionneurs, en passant par notre service d’assistance… “

Il est clair que présenté de la sorte avec vidéo à l’appui, ce service donne envie, tout comme les jobs proposés par la société pour rendre cela possible.

Mais quand est-il vraiment ?

Atteint d’une terrible maladie, et oui le cancer n’épargne pas les riches, ce serait quand même trop injuste qu’il en soit autrement (humour noir, je précise) Gibson Wells notre grand Business Man, à la tête de l’entreprise Mothercloud, nous livre son parcours, depuis son enfance où il a puisé cette idée qui fera de lui un multimilliardaire, jusqu’à ses derniers jours sur terre.

S’invitent dans le décor de cette société et de cette histoire, Paxton et Zinnia, deux employés fraîchement embauchés après un long parcours digne des plus grands combattants.

Paxton, est un ex-petit patron, ruiné, qui semble vouloir remonter la pente mais semble également vouloir régler quelques comptes au passage.

Zinnia, de son côté semble chargée d’une mission particulière. Elle est là pour infiltrer le système, en percer les mystères et peut-être bien le détruire.

Dans cet univers ultra connecté, sous haute surveillance, il leur sera difficile de réaliser leurs projets respectifs en travaillant comme des esclaves tout en essayant de survivre dans ce paradis de l’enfer.

Derrière cette façade d’entreprise idéale, Mothercloud est une machine à broyer, impitoyable avec ceux qui tenteraient une rébellion.

Ce que j’en dis :

 » Toute ressemblance avec une entreprise existante ou ayant existé serait purement fortuite et pure coïncidence… »

Ce n’est écrit nulle part et pourtant,..

C’est dingue mais dès le départ, le nom de l’entreprise dont on ne doit pas prononcer le nom, vous savez un peu comme Voldemort dans la saga Harry Potter, m’est tout de suite apparue, un peu comme si l’auteur avait bossé pour eux et nous faisait entrer dans les coulisses de cette entreprise en caméra cachée, sur le dos d’un drone.

Lire en plus ce récit, en pleine pandémie, confinée à la maison, une parution prévue en mars 2020, me laisse songeuse, et davantage inquiète sur le devenir de notre société et de notre planète.

Rob Hart serait-il un prédicateur ? Un visionnaire ou juste un auteur qui s’inspire de ce qu’il observe tout en nous mettant en garde. Car il l’écrit lui-même dans son roman :

” C’est le marché qui décide.”

Et il suffit d’une catastrophe pour que tout s’enchaîne, tout bascule comme ce fut le cas ici après les Massacres du Black Friday.

Bien sûr c’est une fiction mais qui nous montre, les dangers de ce monde déjà ultra connecté, donc ultra surveillé, où chaque clic, chaque action s’enregistrent et se retrouvent entre les mains d’analystes prêts à tout pour révolutionner le monde.

Une fois de plus, j’ai regretté de ne pas encore avoir lu, 1984 de Georges Orwell, la servante écarlate de Margaret Atwood ou encore Fahrenheit 41 de Ray Bradbury, trois dystopies extraordinaires auxquelles on peut rajouter celle – ci : Mothercloud, sachant qu’elle est davantage plus proche de notre monde actuel.

Véritable roman contemporain d’anticipation qui soulève une foule de questions, et instaurerait presque de nouveaux sentiments d’inquiétude face à l’ampleur du désastre sanitaire actuel qui risque bien d’engendrer une peur qu’il sera difficile à surmonter pour certains d’entre nous et engendrera forcément certains changements de comportements.

En attendant la réouverture de certains vendeurs de mal bouffe, (le clin d’œil ragoûtant dans cette histoire fera doucement sourire les végétariens) et la réouverture de nos chères et précieuses librairies, je vous encourage fortement à lire ce roman afin que chacun d’entre-vous fassent les bon choix quand sera venu le moment de reprendre le chemin de nos vies mis sur pause pour un temps indéterminé.

C’est à lire évidemment avec attention.

Le futur n’est pas si loin, il commence dès demain alors ne tardons plus à prendre de meilleurs décisions.

Pour info :

Éditeur de romans noirs, directeur de communication politique, conseiller municipal à la ville de New York, le trentenaire Rob Hart est également auteur d’une série policière (non traduite en France), de nouvelles publiées dans de nombreuses revues de littérature à suspense, ainsi que dans les Best American Mystery Stories 2018, et co-auteur d’un roman avec James Patterson.

Acheté dans plus de vingt pays et bientôt adapté au cinéma par Ron Howard, MotherCloud est son premier roman à paraître en France.

Rob Hart vit à Staten Island.

Je remercie les Éditions Belfond pour cette dystopie contemporaine terriblement marquante.

Little Louis

Little Louis de Claire Julliard aux Éditions Le mot et le reste

” Chez nous, c’était la nouvelle Babylone, le royaume du crime et de la dépravation à ce qu’on disait. Tout un bas monde se vautrait dans la fange. Mais en vérité, qui connaissait Storyville, à part ceux qui y vivaient ? Pas grand monde pour la bonne raison que le gratin n’y mettait guère les pieds […] Je n’ai jamais été malheureux dans ma ville. Nous, les gosses, on ne s’ennuyait pas. Du matin au soir, on cavalait à droite à gauche. Je crois bien n’être jamais resté en place plus d’une heure. Sauf quand j’écoutais Joe Oliver. Là je ne mouftais plus. J’étais muet, sidéré. Il fallait le voir souffler dans son cornet, un maître. Papa Oliver m’a tant apporté. J’enregistrais mentalement ses gestes, son style, ses morceaux. Tout ce que je sais, c’est dans nos rues que je l’ai appris. La vie, ça se passe dans la rue, dans la pleine lumière ou à la lueur d’un réverbère, pas derrière les persiennes des belles demeures. “

C’est à la Nouvelle-Orléans, à Storyville qu’a grandit Louis Armstrong.

Au départ il est élevé par sa grand-mère, Joséphine pour laquelle il a une grande affection, au point de la considérer comme sa véritable mère. La quitter pour rejoindre et s’occuper de sa mère malade est un véritable déchirement. Malgré tout, il va prendre soin de sa mère et de sa petite sœur malgré son jeune âge, jusqu’à ce fameux soir, où il tira en l’air avec un vieux pistolet chipé chez lui. Un geste malencontreux qui va le conduire direct dans une institution pénitentiaire mais qui s’avérera une véritable planche de salut.

” Joséphine suait sang et eau pour faire de moi un gamin éduqué et responsable. Elle m’apprenait le bien du mal. Quand j’avais fait une bêtise, elle fronçait les sourcils et me traitait de vilain garçon. Elle m’envoyait cueillir une petite branche sur l’arbre de la cour pour me rosser. J’étais déconfit, les larmes prêtes à jaillir. Alors elle éclatait de rire et levait la punition. Hélas, je ne passais pas toujours à travers les gouttes. “

C’est entre ses murs, que sa passion pour la musique va se concrétiser. En intégrant la fanfare dirigée par Peter Davis, qui deviendra son père de substitution, il va perfectionner son talent exceptionnel de cornettiste.

Et même si à sa sortie, il retourne pelleter du charbon pour aider sa famille, chaque soir il joue dans les honky tonks, bouges du quartier chaud de Storyville où le Jazz s’invente aux côtés des voyous et des prostituées.

” Quelque chose était en gestation et se développait un peu partout dans les rues de ma ville, autour de la place Congo qu’on appelait jass ou jazz. Un genre musical dont je percevais les vibrations au plus profond et qui a forgé mon destin. “

La musique ne le quittera plus, et quand à vingt ans, vint le moment de quitter la ville de son enfance, c’est à Chicago qu’il deviendra cet inoubliable artiste et embrassera le monde.

” J’ai grandi dans ce chaos où la frontière entre le bien et le mal n’existait pas. Les macs et les voyous, les artistes et les honnêtes gens trouvaient un terrain d’entente. Tout ça a influencé ma vision de la vie. Pour moi, nous évoluons dans un mouvement circulaire susceptible de renversements, de renouveau et de métamorphoses. J’en suis la preuve vivante. Regardez d’où je viens et ce que je suis aujourd’hui. J’ai connu le pire et le meilleur, du pire j’ai fait ma fortune et celle de mes proches, j’ai cru en mon destin, moi le petit Louis de Black O’ Town. “

Ce que j’en dis :

Mon père était trompettiste et saxophoniste, dans sa jeunesse il jouait dans les bals avec son frère aîné. N’étant pas encore née, je n’ai pas eu la joie de connaître cette époque mais à chacun de mes anniversaires je lui demandais de me jouer ses morceaux préférés.

Tout comme Louis Armstrong, il a rejoint les étoiles depuis bien longtemps et j’ose espérer que si l’occasion se présente, ils s’offrent un bœuf de temps en temps pour se rappeler le bon vieux temps.

En attendant, je sais d’où me vient ma passion pour le jazz, la musique en général et tous ces musiciens d’ici ou d’ailleurs.

Mais revenons à ce magnifique récit, laissons mes souvenirs nostalgiques errer dans mes pensées.

À travers ce récit, c’est toute l’enfance de Louis que l’on découvre, parfois chaotique mais malgré tout, toujours joyeuse.

L’histoire d’un petit garçon qui aurait pu devenir voyou mais qui sera sauvé par sa passion pour la musique.

Un enfant courageux, emplit d’amour et de générosité pour sa famille et ses amis et qui le restera une fois adulte.

Little Louis nous fait redécouvrir la Nouvelle-Orléans du passé, la naissance du jazz, dans un contexte ultra violent de ségrégation et de misère.

En s’inspirant des souvenirs de Louis Armstrong consignés dans Ma vie à la Nouvelle-Orléans [1952] (Coda, 2006, traduit par François Thibaut), et en rajoutant de nombreuses anecdotes, Claire Julliard nous fait cadeau d’un formidable roman sur la jeunesse tumultueuse de Satchmo, l’un des plus grands génies du Jazz.

Un magnifique blues qui nous emporte, nous bouleverse comme cette musique qui véhicule des émotions simple et sincères.

À découvrir absolument en s’accompagnant pourquoi pas d’un bon whisky et des sons merveilleux de la trompette de notre merveilleux Louis Armstrong.

Pour info :

Journaliste littéraire, Claire Julliard est née à Paris.

Elle a longtemps été nègre dans l’édition avant d’écrire ses propres romans.

Elle est notamment l’auteure d’une biographie de Boris Vian, de romans pour la jeunesse parus à l’école des loisirs, de l’Oie sur un lac gelé chez Leo Scheer et des Hors-venus chez Belfond.

Je remercie les Éditions Le mot et le reste et Aurélie de l’agence, un livre à soi pour ce magnifique blues à la Nouvelle-Orléans en compagnie d’un génie.

Les agents

Les agents de Grégoire Courtois aux Éditions Le Quartanier

L’ENDROIT où nous vivons est l’endroit où nous travaillons. Nous sommes des agents.

C’est notre statut, notre identité, notre fierté.

Nous exécutons un travail, devant des machines d’un autre siècle ronronnant comme des animaux domestiques, pendant que, derrière les vitres teintées de notre bureau, une épaisse couverture nuageuse rampe de l’est vers l’ouest. “

Pendant qu’à l’extérieur, le monde semble plongé dans le chaos, au prise de toute les terreurs, sous la coupe de ceux qu’on appelle les chats, les agents travaillent sans relâche dans leurs box blindés, dans les hautes tours de verres, indéfiniment bloqués à moins de plonger vers une mort inévitable.

” L’espoir, c’est ce qui nous fait tenir, les premiers jours, lorsque les parois du box nous paraissent si proches, notre espace si exigu. Et nous mettons quelque temps à abandonner cet espoir, prisonniers que nous sommes des instincts animaux qui nous susurrent à l’oreille que cette vie a un sens. “

Prostrés devant leurs écrans, les agents surveillent la bonne marche du monde qui tourne sans eux.

Ils vivent, si l’on peut appeler cela une vie, accompagnée d’une peur constante, victime de paranoïa, sous l’emprise des instructeurs-machines,

Au moindre écart, c’est la rue qui les attend, châtiment bien pire que la mort.

” Nous ne travaillons pas pour surveiller. Nous surveillons pour travailler.

Sans travail, nous serions laids et sauvages, inutiles et indignes.

C’est ce que nous raconte l’histoire première, et chaque jour nous confirme son exceptionnelle pertinence. “

Pour survivre, ils forment des guildes, qui toutes se livrent une guerre lente et insidieuse. Une guerre impitoyable se joue entre les guildes pour prendre le contrôle de l’étage.

Mais lorsque l’agent remplaçant l’agent suicidé apparaît, à l’allure vieillotte, ils réalisent que leur monde est un leurre, et que la fin est proche.

 » Pourquoi nous laisser imaginer que la vérité existe ? Pourquoi nous laisser avoir peur alors qu’il y a de toute évidence une explication ? Et pourquoi laisser ces gens, là, en bas, s’il y en a ? Ceux qui ont été jetés à la rue, nous pouvons le comprendre, mais les autres ? Ceux qui sont tombés ? Ou ceux qui sont nés sur le sol ? Pourquoi les laisser s’enfoncer dans l’horreur et la honte de n’être rien de plus qu’un chat ?

Et surtout, qu’est-ce qu’un chat, au juste ? . “

Ce que j’en dis :

Il faut parfois laisser mijoter un peu ses pensées pour parvenir à parler d’un roman, pas toujours facile de le décrypter surtout lorsqu’il cache une flopée de messages et entraîne le lecteur vers de nombreuses interrogations.

À mon sens, derrière cette dystopie qui nous invite à découvrir le futur peu reluisant, on se rends compte qu’à force d’avoir remplacé l’homme par des machines, le monde est tombé sous leurs emprises et ne laissent plus de place à la vie, telle qu’on la connaît.

Car en fait, les agents, ne seraient-ils pas ceux qui restent et officient derrière les machines, pour continuer à engranger de l’argent pour les maîtres du monde tout en surveillant ceux qui restent, en protégeant coûte que coûte leurs places pour ne pas finir à la rue, rejoindre les chats, ces SDF, ayant tout perdus, condamnés à errer et à détruire leurs semblables pour survivre.

Un futur qui fait peur, mais qui hélas semble déjà bien en prendre le chemin. Il n’y a qu’à regarder autour de soi.

Un récit surprenant, même si certaines informations restent floues, et m’aurait davantage conquise avec plus de précision sur ce monde extérieur plongé dans le chaos.

Je finirai mon humble avis, par ce dernier extrait :

” Ces visions successives de plus d’une trentaine d’étages, tous identiques, équipés des mêmes box, peuples des mêmes agents, s’activant en temps normal sur les mêmes écrans, illuminés par les mêmes machines, confortent Solveig dans sa résolution de quitter au plus vite cet univers cauchemardesque, sans vie ni beauté, un monde voué au travail et à l’oubli de qui nous sommes et, plus que tout, de qui nous pourrions être.  »

Et par cette remarque que j’avais faite à une réunion de travail, qui m’a valu un avertissement :

« Je ne vis pas pour travailler, je travaille pour vivre. »

Pensez y…

Pour info :

Né en 1978 Grégoire Courtois a publié au Quartanier, Révolution. Suréquipée et Les lois du ciel. Ces deux derniers titres ont été repris en poche par Folio. Les lois du ciel a été remarqué par le New York Times et l’écrivain Brian Evenson l’a inclus dans sa liste des romans d’horreur les plus terrifiants.

Grégoire Courtois vit à Auxerre, où il tient la librairie indépendante Obliques.

Je remercie les Éditions le Quartanier et Camille de l’agence Trames pour cette dystopie surprenante.

Tuer le fils

Tuer le fils de Benoit Séverac aux Éditions de La manufacture de livres

Le scénario de son existence avait été monté à l’envers dès le départ. C’est le père qu’on aurait dû mettre derrière les barreaux quand Mathieu n’était encore qu’un enfant, avant qu’il soit trop tard pour tout le monde. Ça aurait évité à Matthieu de souffrir, à son père de mourir assassiné ; ça aurait fait gagner du temps à la police et aux tribunaux, économiser de l’argent aux contribuables. Seulement voilà, il aurait fallu que quelqu’un ait le courage de signaler les agissements d’un voisin ou d’un ami à la police. Il aurait fallu se dire que ça tournerait vinaigre, un jour ou l’autre et qu’il était encore temps de faire quelque chose. “

Les relations père fils sont bien souvent difficiles, d’autant plus quand le père élève seul son garçon et semble garder envers lui, une rancune tenace.

Le petit gars devient un jeune homme, élevé à la dure, par un père loin d’être aimant.

Alors un jour, Matthieu cherchant à prouver à son paternel qu’il était devenu un homme, commet l’irréparable, un meurtre inutile qui va le conduire direct derrière les barreaux pour quinze ans.

Entre ces murs, il rejoint un atelier d’écriture où il commence à écrire son histoire, encouragé par l’intervenant du cours, un écrivain assez connu.

Le lendemain de sa libération, son père est assassiné et Matthieu fait le coupable idéal.

Mais pour l’inspecteur Cėrisol chargé de l’enquête, rien n’est moins sûr. Il s’interroge et décide de creuser davantage pour comprendre ce qui aurait pu pousser un fils à tuer son père, si vraiment c’est le cas.

” – Ils se sont battus.

– Ça en a tout l’air.

– Ça ne veut pas dire qu’il l’a tué.

-Non, mais ça veut dire qu’il nous a menti en affirmant que son père ne l’avait pas laissé entrer.

Pour la première fois depuis le début de l’enquête, Cérisol sentait qu’ils tenaient quelque chose de palpable, que les fils se tissaient pour se resserrer sur le tueur au lieu de se multiplier. “

Ce que j’en dis :

Connaissant déjà la plume de l’auteur et l’appréciant fortement, c’est confiante que j’ai commencé ce nouveau roman et je n’étais qu’au début d’agréables surprises.

Une chose est certaine, l’auteur ne s’est pas endormi sur ses lauriers et son nouveau polar a grimpé un échelon en intensité, avec des personnages d’une densité surprenante et une histoire on ne peut plus réaliste.

Amis scénaristes vous devriez vous penchez sur cet écrit, au lieu de nous pondre des remakes à n’en plus finir.

Quand à vous, amis lecteurs, vous l’aurez compris, une fois plongée dans ce polar au suspens implacable, au cœur de cette relation père fils assez destructrice, aux côtés d’un flic épicurien et d’un écrivain manipulateur en manque d’inspiration, j’ai eu un mal fou à le lâcher. Mais hélas, chaque histoire a une fin, sans pour autant me laisser sur ma faim mais avec une certaine envie de retrouver l’inspecteur Cérisol pour un nouveau menu cinq étoiles au guide du polar. Je suis sûr que notre regretté Claude Mesplède aurait été d’accord avec moi.

Amoureux du noir c’est à votre tour de découvrir cette plume remarquable.

Pour info :

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il enseigne l’anglais à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse ainsi qu’aux étudiants du Diplôme National d’Œnologie de Toulouse.
Il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité Interprofessionnel des Vins du Sud-Ouest.

Benoît Séverac est membre co-fondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentants trois continents.

Benoît Séverac est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis co-fondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Je remercie la Manufacture de livres et Camille de l’agence Trames pour cette enquête sucrée à la saveur amère, un vrai régal.

Ce qui nous tue

Ce qui nous tue de Tom McAllister aux Éditions Cherche Midi

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Le Bot

” Il est 11 heures. D’ici midi, il aura tué dix-neuf personnes et en aura blessé quarante-cinq. Il est lourdement armé, assez pour en éliminer bien plus, mais son fusil va s’enrayer et l’une des bombes artisanales ne va pas exploser.

(…) Plus tard, les commentateurs se perdront en conjectures. Ils chercheront des raisons. Ils voudront savoir pourquoi. Il le qualifieront de loup solitaire et citeront d’anciens professeurs disant qu’il était intelligent mais timide et qu’ils ne l’auraient jamais cru capable d’une chose pareille. Ils diront : « Personne n’aurait imaginé que ça pouvait arriver ici. » “

En Pennsylvanie, dans le lycée de Seldom Falls, un jeune adolescent débarque armé jusqu’au dents et fait un véritable carnage. Une nouvelle fois, l’Amérique est en deuil.

Anna Crawford, professeure d’anglais, qui venait juste d’être virée pour insubordination et suspecté de complicité, par le FBI.

Rapidement innocentée, elle garde cependant une certaine amertume car le mal est fait, en ayant été de cette manière sous le feu des projecteurs, sa vie va se retrouver changée à jamais.

” Il leur fallait mettre la main sur des suspects, alors ils ont montré des photos d’employés récemment licenciés. Ils ont montré mon visage. Ils ont dit mon nom. « Voici Anna Crawford, ont-ils dit. Elle a récemment été licenciée de son poste de professeur d’anglais pour insubordination. Elle a posté un message en ligne pour dire qu’elle détestait ce lycée … “

Tout autour d’elle, la folie des hommes gagne chaque jour du terrain, et en réponses à ce drame les médias s’enflamment, de nouveaux hashtag apparaissent, de plus en plus d’armes en circulation et de nouvelles lois aussi incompréhensibles que ridicules font surface.

Tout interdire sauf les armes. Interdire les espaces publics. Interdire les bâtiments. Interdire les doigts qui appuient sur la détente. Interdire la colère. Interdire la chair, les organes, l’épanchement de sang. Interdire les femmes et les enf qui constituent des cibles faciles, interdire les hommes qui aiment tirer sur des cibles. Interdire la physique et la vitesse. Interdire les interactions humaines. “

Le monde devient de plus en plus barjot et ça ne semble déranger personne.

Ce que j’en dis :

Dès le départ, l’auteur annonce la couleur, rouge comme le sang qui va couler incessamment sous peu. Le thème est annoncé est sera abordé de différentes manières.

Ce récit atypique, nous présente CE QUI NOUS TUE, et très vite on se rends compte que les armes ne sont pas les seules responsables.

La destruction commence par la bêtise, puis se rajoutent les rumeurs, l’incompétence, les réseaux sociaux, le manque de communication, la folie, la paranoïa, l’indifférence, le harcèlement. La violence est partout et s’infiltre dans chaque brèche jusqu’à l’explosion finale.

À travers cette satyre, pimentée d’une bonne dose d’humour noir, Tom McAllister nous entraîne au côté d’Anna une femme en colère dans un monde qui part à la dérive où la violence devient de plus en plus difficile à éradiquer.

Si j’ai apprécié la construction du récit et cette radiographie de la violence, j’ai eu bien plus de mal à m’accrocher au style et certaines répétitions m’ont quelques peu agacé, ce qui a rendu du coup cette lecture assez laborieuse et j’en ressort mitigée. Pas vraiment conquise sans être complètement déçue,

Un récit étonnant mais qui n’a pas réussi à me captiver autant que je l’espérais.

Pour info :

Tom McAllister vit dans le New Jersey. Ce qui nous tue est son premier roman publié en France.

Je remercie Léa du Picabo river Book Club et les Éditions Cherche Midi pour cette découverte.

Le noir entre les étoiles

Le noir entre les étoiles de Stefan Merrill Block aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Marina Boraso

” Une image à l’écran. Le tourbillon des gyrophares des voitures de police, l’image vacillante et floue. Elle s’est retournée, sans comprendre ce que la journaliste, Tricia Flip d’Action News Six, était en train d’expliquer devant les caméras. Impossible. Voilà le premier mot qui lui a traversé l’esprit, ce mot qui la liait déjà à des centaines de mères comme elle, des mères qui lui inspiraient une forme de pitié abstraite chaque fois qu’une soudaine irruption de violence était rapportée aux informations, survenue en quelque endroit lointain. Impossible – non, a-t-elle pensé, pourquoi ajouter une telle catastrophe à la longue liste de ses soucis, un événement pareil ne pouvait pas se produire chez eux. Et pourtant, le téléphone hurlait déjà dans la cuisine.

Eve a lâché la corbeille, le linge s’est renversé par terre et elle a trébuché dessus en se ruant vers l’appareil. Elle a collé le combiné à son oreille, et ce qui a suivi devait rester à jamais ancré dans sa mémoire. “

Eve n’était pas préparée à vivre un tel moment même si malgré tout elle a du y penser, parfois, comme de nombreuses familles américaines.

Une fusillade a eu lieu dans le lycée de ses enfants, faisant plusieurs victimes dont Oliver son aîné, toujours en vie mais abîmé à jamais.

” Que faisait Oliver à cet endroit ? Une question qu’Eve se gardait bien de soulever, même si la curiosité déraisonnable qu’elle abritait tout près de son cœur ne pouvait se défendre d’y revenir encore et encore. Elle s’était efforcée d’accepter les faits bruts : Oliver se trouvait là, sur la route d’Hector, et ce dernier l’avait visé avec son fusil, avant d’assassiner l’avenir de sa famille. “

Oliver se retrouve plongé dans un coma profond. Sa famille est brisée par ce drame et se désunie jour après jour. Jed, le père, un artiste raté s’enfonce davantage dans une profonde dépression et trouve refuge dans l’alcool. Charlie, le cadet, quitte le Texas et rejoint New-York, rêvant de devenir écrivain, seule Eve reste présente auprès de son aîné, refusant de perdre l’espoir qu’il se réveille.

Dix ans sont passés lorsque de nouveaux examens révèlent chez Oliver, les signes d’une activité cérébrale. Cette nouvelle redonne un brin d’espoir et réunit enfin sa famille à son chevet…

” Le vent se lève à l’ouest, et un spectre de poussière évanescent se dépose sur Bliss, érodant un peu plus les façades de Main Street. Puis le nuage s’envole vers l’est, aspiré par le bleu immaculé du ciel, et s’évanouit dans un soupir, retourné au néant. “

Ce que j’en dis :

Se plonger dans une des dernières parutions de la collection Terres d’Amérique des éditions Albin Michel est toujours pour moi prémisse de lecture époustouflante et celle-ci ne déroge pas à la règle.

Ce n’est pourtant pas un sujet facile, une fusillade dans un lycée, thème souvent abordée dans la littérature américaine, un pays tellement armé qu’il est souvent au proie de telles dérives mortelles, mais Stefan Merrill Block l’aborde avec une extrême délicatesse et nous offre un récit bouleversant.

C’est à travers les voix de ceux qui restent que l’on découvre cette histoire, notamment Eve la mère d’Oliver, présente chaque jour auprès de son fils.

Les dommages collatéraux n’ont pas épargné les membres de cette famille, et chacun à sa manière tente de survivre à ce traumatisme et entame le long processus de résilience.

Chacun essaie de comprendre en se remémorant cette soirée où leurs vies a basculé sans pouvoir éviter de culpabiliser.

Et lorsque Oliver se manifeste par le pouvoir de ses pensées c’est on peu plus émouvant.

Stefan Merrill Block nous offre un second roman ambitieux, captivant, emplit d’humanité d’amour et d’espoir, absolument déchirant.

Une lecture marquante, et une plume remarquable qui m’a follement envie de découvrir l’Histoire de l’oubli, son premier roman.

Un énorme coup de cœur.

Pour info :

Né en 1982, Stefan Merrill Block est originaire du Texas et vit aujourd’hui à Brooklyn.

Son premier roman, Histoire de l’oubli (Albin Michel, 2009), a connu un immense succès, tant critique que commercial.

Traduit en une dizaine de langues, il a été distingué par de multiples récompenses dont le Prix du Meilleur Premier Roman au festival international de littérature de Rome.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour ce roman époustouflant.

Quatorze crocs

Quatorze crocs de Martín Solares aux Éditions Christian Bourgeois

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot

” Le commissaire a soulevé du bout de sa canne la nappe à carreaux rouges et blancs, prêtée par un restaurant voisin, dont on avait recouvert le cadavre. Le mort était un homme d’une trentaine d’années arborant de longues moustaches blondes et un sourire narquois, comme si juste avant de mourir il s’était moqué de son assassin. Mais il y avait autre chose, bien plus impressionnant : le visage de la victime était vert olive. Et, pour couronner le tout, il y avait sur le côté gauche de son cou une série de points rouges de la taille d’un clou. Comme une déchirure. Ou plutôt une morsure. Je n’avais jamais rien vu de tel.

« Quatorze orifices bien alignés, a précisé le commissaire…

À Paris, en 1927, dans le quartier du Marais, on découvre le cadavre d’un homme, comme cela arrive parfois dans les bas-fonds parisiens, mais cette fois, c’est bien plus étrange. Le corps comporte d’étranges blessures et présente une couleur cadavérique plutôt surprenante.

On confie l’affaire à Pierre Le Noir, un enquêteur de renom, membre d’une division secrète de la police parisienne.

” – Après la découverte du cadavre de ce matin, maintenant que des informations circulent à propos de son âge avancé, les rumeurs vont bon train dans les bureaux… Tu peux imaginer… À ce qu’il parait, des créatures nocturnes se baladent plus d’un siècle après leur décès… Des morts sortent de leur demeure pour aller mordre les vivants et boire leur sang…On parle même d’une révolte des trépassés, qui se réveilleraient et refuseraient de retourner dans leur tombe… C’est pour ça que l’éminent docteur Rotondi a annoncé que ce soir il partirait plus tôt. Tu as peur des morts-vivants, toi, Le Noir ? “

Les langues se délient, et les pas des enquêteurs les conduisent vers des migrants illégaux d’une nature plutôt étonnante. Ils devront porter un intérêt particulier au paranormal et frayer avec une bande d’artistes, de grands agitateurs de Paris.

Ils ne vont pas être au bout de leur surprise et devront très certainement remettre en cause certaines croyances sur la vie et la mort.

Ce que j’en dis :

Si J.K Rowlings nous a fait découvrir le monde des sorciers à travers sa formidable saga Harry Potter, Martín Solares nous offre à travers ce polar, la possibilité de découvrir l’univers parallèle des morts-vivants.

Une enquête pleine de surprises où les vivants et les morts se partagent la vedette dans les rues de Paris.

C’est avec un certain plaisir que l’on croisera d’illustres personnages ressuscités pour l’occasion, des criminels en passant par de grands écrivains.

Un voyage entre le réel et l’imaginaire, pimenté d’humour porté par une plume agréable que j’aimerais retrouver à travers une nouvelle enquête.

Une petite récréation livresque fortement appréciée que je vous recommande vivement. À mettre également entre les mains des plus jeunes, fans de fantastique, une belle manière de les amener vers le polar.

Pour info :

Martín Solares, né en 1970 à Tampico, sur le golfe du Mexique, est un éditeur passionné, un animateur enthousiaste d’ateliers littéraires, tel celui de Paris fondé en 2002 à l’Instituto de México, et l’auteur d’une anthologie de nouvelles et de chroniques sur l’impunité des crimes politiques au Mexique : Nuevas líneas de investigación : 21 relatos contra la impunidad (2003), ainsi que du roman Los minutos negros (2007).

« Le romancier Martín Solares a été kidnappé avec un groupe d’artistes mexicains à la frontière entre la France et le Mexique. Les suspects présumés ? Le président Sarkozy et le président Calderón.

Je remercie les Éditions Christian Bourgeois pour cette aventure parisienne mortellement vivante.