Black Flies

Black Flies de Shannon Burke aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais ( État) par Diniz Galhos

« Faut être préparé. C’est pas Disneyland, ici. On est à New York, mon vieux ! »

À peine arrivée, Ollie Cross qui fait ses débuts d’ambulancier à New-York dans un des quartiers les plus hard de la ville, se retrouve confronté à une violence inimaginable. Lui qui est là pour sauver des vies doit faire face moralement et physiquement à des scènes d’une grande agressivité .

C’est pour acquérir une certaine expérience de terrain, approfondir ses connaissances avant de retenter sa chance en médecine après deux échecs.

“ Une fois sur deux, nous nous retrouvions dans des immeubles condamnés et abandonnés, sans électron chauffage. L’expression « zone de combat » revenait très souvent. Je me suis habitué à cela. Et très vite, sans que je m’en rende compte, ma façon d’être a changé. Je souriais moins. Je parlais d’une voix plus forte, d’un ton plus autoritaire. Je pris l’habitude de donner des ordres aux brancardiers, aux pompiers et aux flics. Régulièrement, nous sauvions la vie de quelqu’un, où nous bavardions avec quelqu’un qui serait mort si nous n’avions pas fait quelque chose de bien précis à un moment précis et j’en étais fier, même si je ne m’en vantais jamais devant les autres ambulanciers. ”

Un travail qui n’est pas sans conséquences sur son psychisme tout comme pour ses collègues qui gardent parfois des traumatismes à vie comme en témoignent certains.

Jour après jours, les sauvetages se multiplient, la violence ne s’arrête jamais, qu’elle soit liée à des crimes, des blessures par balles, des overdoses ou des crises de manque. Sans oublier les braquages des ambulances pour vider leur pharmacie, rien ne leur est épargné.

“ Je m’assis à côté de la fenêtre qui donnait sur Harlem River et le South Bronx, plus à l’est, et je lui fit part de ce qui s’était passé, d’abord brièvement, puis lorsqu’elle parut vraiment s’y intéresser, avec autant de détail possible. Je lui racontais que je voulais devenir médecin, que j’avais demandé à être affecté à Harlem, que j’avais choisi de venir pour aider de mon mieux les personnes qui en avaient le plus besoin. Je lui avouai qu’un an auparavant j’étais un jeune homme sérieux, ambitieux et altruiste, mais aussi négligent et faible. Je lui décrivis les heures de travail sans fin, les visions d’horreur qui se succédaient les unes aux autres et dont les gens nous rendaient parfois coupables, et comment tout cela m’avait changé. Je lui expliquai que l’accumulation de toutes ces choses entraînaient une dégradation morale. […] ”

Jusqu’au jour où son collègue prends une décision lors d’un sauvetage d’un bébé qui vient de voir le jour auprès de sa mère droguée au crack. Une décision qui va tout bousculer et remettre à jamais en question cet acte manqué et les conduire à travers une spirale infernale vers une tragédie…

Deuxième lecture pour moi de ce récit déchirant déjà paru chez Sonatine sous le titre 911, en 2014 et réédité avant l’adaptation cinématographique qui sortira prochainement, avec un casting de malade. Sean Penn, Tye Sheridan, Mike Tyson et Michael Pitt, j’aime autant vous dire que je trépigne d’impatience, étant autant cinéphile que bibliophile.

D’autant plus que l’auteur a très certainement puisé dans sa propre expérience d’ambulancier à New-York pour nous livrer ce roman sans concession, d’une violence incroyable où comme pour les pompiers, sauver des vies est parfois synonyme de danger, et laisse jour après jour sur ces hommes de douloureux séquelles souvent traumatisants à vie, selon les sauvetages auxquels ils se retrouvent impliqués. Et pourtant jour et nuit ils répondent présent auprès des victimes qu’elles méritent leurs attentions ou pas…

C’est un des métiers que j’admire le plus, avec celui de pompiers désormais bien plus accessible à la gente féminine, que j’aurais vraiment aimé exercer, peut-être dans une prochaine vie, allez savoir.

Un récit vraiment percutant, qui nous plonge dans l’univers des ambulanciers new-yorkais, mais aussi au cœur de leurs âmes bousculées à jamais par toutes les horreurs qu’ils rencontrent au quotidien.

C’est comme ça en Amérique, alors accrochez-vous c’est pas toujours sans dangers l’adrénaline littéraire.

Le 911 est à votre écoute, pas besoin d’ordonnance pour monter à bord, il vous suffit juste de bien vous cramponner, la trousse de secours n’est pas loin si votre cœur s’emballe un peu trop vite.

Un livre électrochocs à découvrir de toute urgence.

La colère

La colère de S.A.Cosby aux Éditions Sonatine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Szczeciner

“ À présent, il se rendait compte que ce n’était pas si facile. Et qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. Le seul chemin qui s’ouvrait à eux était sombre comme la mort et pavé de mauvaises intentions. Buddy Lee et lui prétendaient agir au nom de la justice, mais c’est un mensonge. Il s’agissait purement et simplement de vengeance. Or l’expérience, que ce soit en prison ou au-dehors, lui avait appris que la vengeance n’est jamais sans conséquence. […] Ils voulaient la guerre ? Il allait offrir un massacre. ”

Une immense colère a envahi le cœur de ces deux pères, qui viennent respectivement de perdre leurs fils, abattus froidement en pleine rue.

Mais la colère ne s’arrête pas à la perte, elle ne fait que s’ajouter aux regrets de ne pas avoir su les aimer davantage quand il était encore temps, tout ça pour avoir eu du mal à accepter leur homosexualité.

Envahis de culpabilité, ces deux pères que tout oppose, en plus de leur couleur de peau, Ike Randolph est noir alors que Buddy Lee Jenkins est blanc, vont pourtant unir leurs forces pour venger la mort de leurs fils puisque l’enquête de la police n’avance pas.

“ […] La haine. On a tendance à voir la vengeance comme quelque chose de noble, de légitime, c’est juste de la haine déguisée. ”

La violence, ils l’avaient déjà côtoyé dans leur jeunesse, et lui avaient même tournés le dos, mais parfois il y a certaines promesses qu’il est difficile à tenir.

Ike Rabdolph et Billy Lee Jenkins partent en croisade à la recherche des meurtriers de leurs enfants, une véritable quête de rédemption, nourrie par une immense colère, qui ne cesse de grandir et ne pourra s’apaiser qu’une fois la vengeance assouvit.

En 2022, S.A. Cosby faisait une entrée remarquable en France et chez les Éditions Sonatine avec son premier roman : Les routes oubliées traduit par Pierre Szczeciner. Dans une ambiance Fast and Furious, on fait la connaissance de Beauregard Montage bien décidé à laisser son passé criminel derrière lui mais qui se voit contraint de revenir sur cette promesse face au manque d’argent, indispensable pour survivre et envisager un avenir meilleur pour ses enfants.

Déjà là, on découvrait une écriture nerveuse, stylée, vertigineuse, habitée de fureur, et tout comme ses personnages, il récidive pour un deuxième roman tout aussi fort, et confirme son talent pour mettre en avant la situation sociale de l’Amérique qui poussent les américains vers des choix inévitables.

C’est dans une ambiance Sons of Anarchy, qu’il campe son histoire, mettant en scène des gangs, véritables fléaux qui gangrènent le pays et amènent des poussées de violence inimaginable, s’ajoutant à celles liées l’homophobie et au racisme.

Un deuxième roman noir tout aussi percutant, qui ne laisse aucun répit semant dans son sillage toute la colère des hommes, assoiffés de justice.

S.A.Cosby nous entraîne à folle allure au cœur de l’Amérique d’aujourd’hui, où il est bien difficile de ne pas franchir la ligne face à tant haine envers son prochain sous prétexte qu’il soit de couleur ou d’orientation sexuelle différente.

Un auteur engagé comme j’aime et un style bien à lui que j’ai hâte de retrouver, prochainement au cinéma, puisque ce roman noir passera de l’encre à la bobine, pour mon plus grand plaisir. Ça va déchirer sur les écrans de cinéma.

Fais-les pleurer

Fais-les pleurer de Smith Henderson et Jon Marc Smith aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Maxime Berrée

“ Elle l’avait su avant même qu’il apparaisse, à cause de la sensation d’effroi qui l’avait précédé. Elle l’avait senti dans l’atmosphère, dans son cœur. Il était venu pour elle. Pour se venger. ”

Pas moyen de roucouler tranquille, sans qu’un indic débarque et fasse du zèle, vraiment la vie de Diane est loin d’être un long fleuve tranquille.

Diane Harbaugh traîne déjà une sacrée réputation, avec ses interrogatoires musclés pour faire craquer les dealers les plus retords mais à peine arrivée à la DEA, là voilà mise à pied après ce suicide à son domicile de son informateur semant le trouble auprès de sa hiérarchie qui s’interroge sur les relations qu’elle entretenait avec lui.

Comme tous les flics, elle a distribué au long de sa carrière ici et là, ses cartes de visite, et lorsqu’elle reçoit un appel étrange du Mexique, d’un mec qui possède son numéro et soit disant un secret capable de faire tomber un poids lourd du cartel de la drogue, n’ayant plus rien à perdre elle fonce, seule presque de son plein gré de l’autre côté de la frontière.

Réussira t’elle à faire oublier ses déboires, à se racheter si les faits se révèlent exactes ?

C’est sans compter sur le mercenaire du Cartel à ses trousses, les agents de la CIA corrompus qu’elle croisera, ce ne sera pas facile de rester en vie, ni de rester intègre…

Diane Harbaugh, personnage centrale de cette histoire joue aux courses de chevaux et c’est ce qu’elle nous offre, une véritable course, avec des gagnants et des perdants, au cœur de l’enfer du Mexique.

En peloton de tête le cartel, avec en outsider une agente anti-drogue américaine assez coriace, talonnée par un mercenaire flippant, rattrapé par des agents véreux… quarté gagnant ou perdant, toute façon il n’y a qu’une place sur le podium final.

Écrit à quatre main, ce polar de haut vol, ne laisse aucun répit aux lecteurs. Avec une cadence infernale, sûrement pour éviter les balles, avec une tension permanente, des gentils qui deviennent méchants, des méchants qui deviennent gentils, les rôles s’inversent et pourtant tous un but commun, découvrir et protéger ce secret, en prenant divers chemins quitte à tout dezinguer au passage.

Sans foi ni loi, le Mexique s’enflamme.

Fais-les pleurer s’inscrit dans la lignée des grands polars américains qu’on aime voir adaptés au cinéma, avec de l’action, un casting de personnages bien barrés prêts à tout, autant pour mettre fin au trafic de drogue que de faire en sorte qu’il perdure, avec peu voir pas d’humanité mais avec une pointe d’humour même s’il est parfois assez noir.

On peut dire que le duo fonctionne, et j’espère que leur collaboration ne s’arrêtera pas là.

Je ne peux que vous recommander cette course infernal dans l’univers de la drogue, mais attention c’est pas pour les mauviettes.

Les disparus de la Durance

Les disparus de la Durance de Sandrine Destombes aux Éditions Hugo Thriller

“ – Des pieds… Très bien. Vous pouvez m’en dire plus ?

Les plongeurs en ont sorti sept pour l’instant. Ils les stockent à bord en attendant la scientifique.

Mais quand vous dites des pieds….

Ben des pieds, capitaine. Dans des baskets. ”

Un matin, sur les quais bas des Grands- Augustins, un joggeur eut la mauvaise surprise de tomber sur des pieds flottants dans l’eau.

La police fluviale intervient, secondée ensuite par des gardiens de la paix avant l’arrivée des pontes qui seront chargés d’enquêter. Mais sans corps, peut-on vraiment parler de meurtres ?

Pour l’équipe chargée de ce dossier, un long travail d’investigation débute.

“ Cette histoire pourrait me rendre dingue. Quand on pense tenir un modèle, il est démenti le coup d’après. C’est à croire qu’on a autant de coupables que de victimes. ”

Qui est capable de prendre son pieds avec ces rituels si sordides ?

Ça ne va pas être simple à démêler le nœuds de cette enquête, de ne pas perdre pied en cours de route…

“ Donc, on a une personne qui prend son temps. Qui joue avec nos nerfs en établissant un planning qu’elle est seule à connaître. Elle dispose les corps bien en vue et prend d’ailleurs beaucoup de risques pour le faire. Autant dire qu’elle se joue de nous. Comme ça, je dirais qu’elle prend autant de plaisir à exécuter le rituel qu’à nous narguer. ”

Autant vous prévenir, même si une fois commencée ma lecture j’ai été prise dans les filets de l’auteure, impatiente de découvrir le responsable de ces méfaits tordus, je n’ai pas pris mon pied, je n’ai pas vraiment été surprise ni vraiment emballée, d’une part parce que je m’éloigne de plus en plus de ce genre de lecture mais aussi parce que les personnages sont pour moi trop clichés, une nouvelle recrue, une bleue, un flic proche de la retraite… le casting classique donc pas de surprises de ce côté-là. Le scénario est bien construit par contre et garde le suspens jusqu’au final avec une écriture assez fluide, laissant même présager une suite, affaire à suivre peut-être.

C’est le genre qui plaira aux amoureux des thrillers assez basiques, qui aiment les histoires un peu tordues.

À vous de décider si l’aventure vous tente.

Lapin maudit

Lapin Maudit de Chung Bora aux Éditions Matin Calme

Traduit du Coréen par Han Yumi et Hervé Péjaudier

“ Si je peux faire un vœu

Je voudrais être heureux

Mais alors juste un peu

Si je suis trop heureux

Ma peine va me manquer ”

Si vous décidez de vous aventurer entre ces pages pour découvrir ces dix nouvelles coréennes, autant vous prévenir de suite, Âmes sensibles, passez votre chemin…

Par contre si vous aimez les histoires démoniaques, sanguinaires, étonnantes, effrayantes ou même ragoûtantes, ce livre est fait pour vous.

Sachez également que l’auteure rivalise de subtilité pour mine de rien mettre en avant, la douleur et même la culpabilité des femmes, et a une façon bien à elle de parler d’avortement, de grossesse non désirée, de quête d’un père, de harcèlement, de séquestration, et même de cupidité

Chung Bora bouscule avec audace quitte à déranger au passage, avec un style particulier à la sauce coréenne.

Des nouvelles hors-normes bien éloignées de celles que je vénère.

C’est le genre de lecture que je suis contente d’avoir explorée même si j’espère vraiment oublier une nouvelle à jamais, littéralement répugnante pour nous les femmes…

Maintenant c’est vous qui voyez, à vos risques et périls.

Lapin Maudit, finaliste du prestigieux Booker Prize de l’année 2022.

Les nageurs de la nuit

Les nageurs de la nuit de Tomasz Jexrowski aux Éditions La Croisée

Traduit de l’anglais par Laurent Bury

“ Je ne sais pas si j’ai envie que tu lises un jour ceci, mais je sais que j’ai besoin de l’écrire. Parce que tu me hantes depuis trop longtemps. Depuis ce jour, il y a douze mois où j’ai pris l’avion pour m’envoler à travers les épaisseurs de nuages étendues par dessus l’océan. Cela fait un an que je ne t’ai pas vu, un an que je me crois dans les limbes – depuis, je ne fais que me mentir. Et maintenant que je suis bloqué ici, dans la terrible sécurité de l’Amérique, tandis que notre pays s’effondre, je n’ai plus à faire comme si je t’avais effacé de mon esprit. Certaines choses ne peuvent être effacées par le silence. Certaines personnes ont ce pouvoir sur nous, que cela nous plaise ou non. Je commence à le comprendre. Certains êtres, certains événements peuvent nous faire perdre la tête. Comme une guillotine, ils coupent notre vie en deux, ils séparent le vivant et le mort, l’avant et l’après.

C’est par le biais d’une longue lettre que l’on découvre la passion amoureuse de Ludwik pour Janusz, qui prit vie en Pologne pendant un service obligatoire dans un camp de travail alors qu’ils étaient tous deux étudiants.

L’amour interdit, caché a été interrompu par la fuite de Ludwik pour les États-Unis. Dans les années 70 les polonais devaient faire face au régime totalitaire, subissant jour après jour des restrictions et perdant toutes illusions n’ayant guère le choix que de s’enfuir pour retrouver l’espoir d’une vie meilleure.

Loin des yeux mais si près du cœur, l’amour survit à la haine Ludwik n’a pas oublié son passé, ni son amour de jeunesse.

“ Je pense à toi. Le visage que fait resurgir ma mémoire, avec ces contours ébauchés et ses détails précis, ces yeux bleu-gris de la même couleur que la mer Baltique en hiver. Je pense à ton visage quand je me lève, quand je me déplace dans l’obscurité, du lit à la fenêtre, le sol jonché de vêtements comme autant de pensées inachevées. ”

Tomasz Jedrowski nous offre un roman bouleversant emplie de mélancolie dans un style singulier qui nous éblouit.

Une belle histoire d’amour perturbée par le climat politique qui déchire le cœur.

C’est divin, absolument sublime.

“ Peu importe ce qui se produit dans le monde, si brutal ou dystopique que soit l’événement, tout n’est pas perdu s’il y a des gens qui risquent leur vie pour en rapporter des témoignages. Les petites étincelles causent elles aussi des incendies. ”

Free Queens

Free Queens de Marin Ledun à la Série Noire de Gallimard

“ La fugitive jaugea longuement Serena Monnier, avant de se passer la langue sur les lèvres et de s’éclaircir la voix.

– Je m’appelle Jasmine Dooyum, dit-elle d’une voix franche. Je vais bientôt fêter mes quinze ans et je veux vivre. ”

Il y a certaines rencontres qui peuvent changer des vies, c’est le cas pour celle-ci.

Lorsque Serena Monnier se retrouve face à Jasmine Dooyum, qui semble en fuite, elle est loin d’imaginer toute la douleur liée à son histoire. Après l’avoir écouté témoigner sur sa vie de prostituée qui débuta au Niger, la journaliste terriblement bouleversée, décide de rejoindre Lagos pour mener une enquête, après avoir mis à l’abri la jeune fille.

Sur place, elle sera épaulée par des militantes de Free Queens, une ONG qui lutte activement pour le droit des femmes.

Dans le pays, un réseau criminel bien huilé prospère grâce à la prostitution, qui agit sous couvert d’une société de fabrication et de vente de bière.

“ […] Une zone commerciale dite DER. Dangereux, mais Extrêmement Rentable. Un triangle dont le centre névralgique était Kaduna, une des premières villes productives de bière du pays. Les islamistes dézinguaient du catholique régulièrement, les militaires avaient une façon bien à eux de faire régner la loi, la corruption favorisait un climat d’instabilité politique, mais aussi étrange que cela puisse paraître, personne ne touchait au business de la bière. Immunité totale. Comme si elle mettait tout le monde d’accord. ”

Deux jeunes filles sont retrouvées nues sans vie, par le sergent Oni Goje, un homme non corrompu, qui va également de son côté tout mettre en œuvre pour faire éclater la vérité.

Jour après jour l’enquête d’investigation de Serena va la mener au cœur d’un gigantesque réseau de prostitution là où la bière coule à flot, et où les femmes font bien plus que de servir des verres.

Et ce n’est pas l’arrivée de la pandémie mondiale qui empêchera notre journaliste ni le sergent Oni Goje de mener à bien leurs missions, toujours bien décidés à protéger coûte que coûte ces femmes victimes des hommes, de leur soif de pouvoir et d’argent.

En 2021, Marin Ledun s’attaquait à l’industrie du tabac à travers son roman : Leur âme au diable ( Ma chronique ici). Cette fois c’est l’industrie de la bière qui est en cause et qui réussit par l’intermédiaire des femmes et surtout de leur corps à vendre sa production.

Une fois de plus, l’auteur s’attaque au capitalisme et emploie sa plume pour défendre le droit des femmes.

Un nouveau scandale, un nouveau défi, une nouvelle enquête pour pointer du doigt ces mâles assoiffés, de sexe de pouvoir et d’argent, nous offrant au passage un thriller de haut vol extrêmement bien documenté avec des personnages forts, qu’ils soient du bon ou du mauvais côtés de la loi. Avec empathie tout en nous mettant une bonne claque , histoire de bien nous montrer ce qui se cache derrière l’or blond, ce liquide si rafraîchissant, sans aucune pitié. À croire que la noirceur humaine est partout, dans les moindres recoins de la planète et que pour l’argent certains avilissent les femmes sans aucun scrupule.

Marin Ledun, un auteur engagé qui n’a pas peur de tremper sa plume pour servir la cause des femmes et montrer les travers de la société.

Pour vous convaincre voici l’avis de mon pote Philippe :

« Free queens » de Marin Ledun

Ça vous dit de siroter une petite binouze en bord de plage dans un pays exotique genre le Nigeria ? allez c’est parti ; bon par contre oubliez vos tongs mais préférez plutôt les Rangers car ça ne sera pas une lecture de tout repos en mode « coquillage et crustacé , sur la plage abandonné », là abandonné vous le serez, mais avant vous serez passé à tabac.
Ah oui quand même, hardcore le truc !
Elle est où la douceur ? pas dans ce monde de brutes en tous cas . Mais pas d’inquietude Marin Ledun est aux manettes du coup vous avez toute les cartes en main pour passer un bon moment dans cette aventure mouvementée.

Serena Une journaliste fait la connaissance en France d’une adolescente Nigériane prostituée qui a réussi a échapper à ses souteneurs, elle décide de remonter la piste du réseau de proxénétisme , pour cela elle se rend au Nigeria.Dans le même temps le sergent Goje découvre le cadavre de 2 jeunes prostitués dans le Nord du Nigeria.

Difficile de dire qu’il manque quelques choses dans ce roman, c’est du travail d’orfèvre. Marin à travers une enquête minutieuse ou rien n’est laissé au hasard insuffle un côté romanesque qui rend la lecture aussi savoureuse qu’une bonne bière fraiche mais avec quand même pas mal d’amertume.

Basé sur des faits réels cette histoire nous montre un pays gangréné par la corruption ou tout les coups sont permis notamment ceux donnés aux femmes. Avec des personnages féroces et inhumains pour la plupart courageux et tenaces pour les autres.

Les femmes et leurs luttes pour leur respect et leur dignité sont au centre du récit. les pouvoirs en place et leurs impunités , les multinationales et leurs profits à tout prix , la corruption et la violence qui va avec, tout y est et ça fait froid dans le dos. Et là on l’auteur est très fort c’est qu’il n’a pas de parti pris , il expose les faits, nous montrent les gens tels qu’ils sont et nous laissent réfléchir. Et au final le bouquin se dévore comme un très bon reportage avec en plus une bonne dose d’action, de suspens et des personnages hauts en couleurs. En gros c’est un peu comme si on regardait « envoyé spécial » mais filmé par Scorcese.

Donc pour résumé , ça prend aux tripes, c’est rondement mené, on ne s’ennuie pas , on apprend des choses, on cogite pas mal et en refermant le bouquin on se dit qu’il reste du boulot et que le combat continue

Bravo Marin, je vous salue bien bas camarade.
Et vous qui êtes arrivés jusqu’à cette dernière ligne, lisez ce bouquin pis tout les autres qu’il a écrit car c’est du tout bon.

Tokyo Detective

Tokyo Detective de Jake Adelstein aux Éditions Marchialy

Traduit de l’anglais par Doug Headline

[…] « Non, vous n’avez pas besoin de licence, mais peut-être d’une nouvelle qualification professionnelle. »

Il sorti un stylo de sa poche et biffa le mot Kisha (reporter) que j’avais accolé à mon nom, puis écrivit en caractères japonais le mot tantes, qui signifie « détective privé.»

Et en vérité, c’était bel et bien ce que j’étais devenu. C’était mon boulot, à présent. Je devais admettre que ça avait l’air cool, même si ça semblait un peu absurde.

Jake Adelstein, détective privé.

Personnellement, j’ai fait connaissance en premier lieu avec Jake Adelstein à travers la série Tokyo Vice, adaptée de son roman, diffusée sur Canal+, et franchement j’avais adoré cette série. J’étais donc curieuse de poursuivre avec ce nouveau récit.

Tokyo Vice mettait en scène un jeune reporter américain de vingt-quatre ans, qui intègre l’un des plus grand quotidien japonais. Une enquête particulière l’amène à collaborer avec la police locale et à côtoyer les Yakusas. Un polar mafieux à travers une véritable enquête journalistique qui nous montre l’envers du décor de la société nippone.

Tokyo Detective, nous permets de poursuivre l’introspection de Jake Adelstein au Japon, maintenant détective privé, il traque les Yakusas devenus de véritables hommes d’affaires.

Bien loin de l’image idyllique que l’on peut se faire du Japon, on découvre sa face cachée peu reluisante des sociétés écrans, du crime organisé, mais également le business du Pachinko.

“ Quand on entend parler, c’est le paradis, mais quand on le voit, c’est l’enfer.

C’est un dicton qui s’applique à une foule de situations au Japon. Entre ce que l’on vous dira d’une chose et sa réalité, il y a souvent un monde. ”

L’auteur revient également sur le Tsunami et la catastrophe de Fukushima, et là c’est effarant, et également sur le cancer qui l’a touché, tout comme sur l’état de santé de sa meilleure amie, l’amour de sa vie qu’il finira par perdre.

Des enquêtes, des découvertes hallucinantes, un certain nombre d’épreuves personnelles qui vont petit à petit ébranler ses convictions et le conduire vers un autre état d’esprit, une autre voie.

Une lecture qui m’a permis d’en découvrir davantage sur l’auteur et sur l’envers du décor du pays du soleil levant.

Une lecture atypique, fort documentée comme chaque publication des Éditions Marchialy

Un conte parisien violent

Un conte parisien violent de Clément Milian aux Éditions L’Atalante

“ Paris, l’été, putain de canicule, la sueur et les habits qui collent, climat de danger mou, on cherche l’air, on crève sur place, les rats dépriment carrément, et juillet qui a pas commencé. ”

D’entrée, t’es plongé dans l’ambiance, poisseuse, étouffante et tu sens déjà le pire arriver.

L’auteur t’embarque à Paris, en pleine canicule loin des Champs Élysées, mais plutôt vers la Place Stalingrad, repère des zonards en tout genre, sdf, droguée, une véritable cours des miracles où Salomé une jeune adolescente rebelle aime traîner sur son skate.

Salomé, un genre d’Esmeralda des temps modernes, attachée aux bras cassés du coin.

“ À ceux qui lui parlaient de travers, elle répondait par un doigt, et fumait d’un air fier avant de se tirer sur sa planche de Skateboard en faisant une figure – un ollie. ”

Les vacances commencent, livrée à elle-même, elle erre au milieu de ses potes, les loosers, provocante, inconsciente du danger qui la guette.

“ Ici, à deux doigts de chez elle (son appartement donnait sur la place), elle était heureuse. Rayonnante, sur sa planche, elle semblait increvable, même si ça empêchait pas sa sœur d’y aller chaque jour du même refrain, comme quoi tout ça finirait mal. ”

Sa mère hôtesse de l’air s’est envolée, sa grande sœur est amoureuse, et son père, flic de métier semble se foutre de tout royalement.

Sa mère n’est toujours pas rentrée de New-York où un tueur en série semble s’en prendre aux femmes. Voilà de quoi donner à Salomé de quoi s’inquiéter, même si elle semble être bien la seule à s’en faire. Alors pour attirer l’attention, elle se lâche, prends des risques jusqu’à se brûler les ailes.

Sa boule de cristal est brisée, l’avenir incertain…

“ La magie ne prenait vraiment plus. ”

Les Éditions L’Atalante ont encore frappé fort, après avec cette couverture et ce titre c’était clair que t’étais pas dans un roman Feel good, et ça tombe bien ceux-là t’aime pas.

Clément Milian avec un style bien à lui, bref, direct qui claque sa mère et n’épargne ni Salomé ni le lecteur. Autant vous prévenir c’est un conte pour lecteurs avertis qui aiment sortir des sentiers battus, qui n’ont pas peur d’être écorchés au passage, par les mots irrévérencieux parfois épineux. T’es pas dans un conte de fée mais dans un conte de faits divers, bien ancré dans le quotidien de plus en plus glauque et violent de certains quartiers parisiens.

“ Et t’as kiffé ? Vraiment ?

– J’ai trouvé ça bien fait. ”

Et puis cela aurait été dommage de pas avoir rencontré Salomé et sa bande de loosers, Milliard, Mamadou, Moko, Bled, Hub, Hakim, Bouledogue, Sangsue…

Faut pas avoir peur des mots et des maux, comme L’atalante , maison d’éditions d’auteurs pas ordinaires.

Maintenant c’est vous qui voyez si ça vous tente ou pas ?

Ces femmes-là

Ces femmes-là d’Ivy Pochoda aux Éditions Globe

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Adélaïde Pralon

Elle soupire, secoue ses membres, se libère du sentiment claustrophobe provoqué par le chagrin d’une autre. Mais cette fois, elle ne laisse pas le souvenir s’échapper. Elle tourne sur elle-même, embrasse du regard les tombes, les morts, rappels de la violence et des tragédies environnantes. Elle a été idiote d’enfouir la tête dans le sable chaque fois que le passé venait lui taper sur l’épaule, de croire que comme elle n’avait pas été capable d’obtenir la justice pour Lecia, tout était terminé.

Le supplice continue. Toujours. Pour elle et pour toutes les mères qui ont perdu un enfant. Espérer un répit, une délivrance, c’est de la pure folie. Parce que cette violence est partout. Elle vous assaille de tous côtés. ”

Dorian vit à Los Angeles, dans un quartier malfamé loin des étoiles du célèbre boulevard d’Hollywood. Sa fille, sa précieuse étoile a été retrouvée assassinée il y a déjà 14 ans et malheureusement son meurtrier n’a jamais été arrêté. Au total c’est treize femmes, notamment des prostituées qui subiront le même sort, et pourtant ça n’inquiéta personne.

Quinze années ont passées sans nouveaux meurtres, jusqu’à ces dix-huit derniers mois où le même meurtrier semble avoir repris du service. Même rituel, gorge tranchée, sac plastique sur la tête et abandon du corps dans le quartier et une fois encore ça n’interpelle personne mise à part une jeune inspectrice qui ira à contre-courant de ses collègues pour découvrir la vérité.

Après deux excellents romans, Route 62 ( Grand prix de la littérature américaine) et De l’autre côté des docks ( prix Page America) Ivy Pochoda fait son entrée aux Éditions Globe, toujours avec beaucoup de talent et donne la voix à Ces femmes-là, ces femmes qu’on essaye de faire taire, pour toujours et à jamais.

“ Chère Idira, je sais que c’est dur de parler par dessus la fureur parce que c’est la fureur qui parle. Mais vous apprendrez. J’ai quinze ans d’avance sur vous et il n’y a pas un jour où je n’ai pas envie de hurler sur quelqu’un, de planter mon hachoir dans ma main, d’enfoncer mon poing dans un mur. Je devrais avoir des milliers de cicatrices en plus de celle qui est dans mon cœur. Mais ça ne sert à rien. Au fil du temps, on apprend à lâcher prise. C’est comme ça. On arrête de faire du bruit. Sinon, on n’est plus que ça. Du bruit. Une plaie. Un problème. Rien que de la colère inutile. ”

Ces femmes, ces oubliées de l’Amérique, se prénomment Dorian, Feelia, Julianna, Marella et Anneke, une mère, une fille, une voisine, une victime, une inspectrice, toutes liées à ce quartier et à cette histoire, des femmes brisées par le pouvoir et la violence des hommes.

Ivy Pochoda brise le silence, rouvre un Cold case et démarre une nouvelle enquête, qui à notre tour nous obsède, nous révolte, face à tant d’injustice, et nous invite à pousser un cri de colère pour qu’enfin on prenne en considération Ces femmes-là, qu’on les écoute et pour qu’enfin la vérité éclate et laisse un peu de répit et de paix à toutes ses âmes tourmentées, ces héroïnes de la misère, si riche en humanité.

Une fois de plus, Ivy Pochoda m’a conquise, bouleversée, très admirative pour cette femme qui nous offre un regard plein d’empathie en nous plongeant dans le quartier de West Adams auprès de celles que l’Amérique aimerait voir disparaître.

Une auteure américaine à suivre absolument.

“ Elle a sauvé une fille du milieu pour un temps, l’a dévié de sa trajectoire, lui a offert une alternative, un peu de répit avant que la rue l’appelle. Parce qu’elle le fera. Elle le fait toujours. Elle finit toujours par réclamer son dû. ”