Là où chantent les écrevisses

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens aux Éditions Seuil

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville

” Pschitt… Elle craqua l’allumette, enflamma la mèche, et les ténèbres reculèrent jusqu’au coin de la pièce. Mais elle en avait assez vu pour savoir qu’elle ne pouvait rester sans lumière, et le pétrole coûtait de l’argent. Elle ouvrit la bouche pour réguler sa respiration. Il faudrait peut-être que j’aille jusqu’en ville pour me rendre aux autorités. Au moins, on me donnerait à manger et on m’enverrait à l’école. Mais au bout d’une minute de réflexion, elle se dit : Non, je ne peux quand même pas abandonner les mouettes, les goélands, le héron et la cabane. Le marais est ma seule famille. “

Kya n’est pas une jeune fille comme les autres. Avant de se retrouver seule dans la cabane, elle y vivait avec toute sa famille. Puis un matin, sa mère est partie, puis ses frères et sœurs ont fini par suivre le même chemin fuyant à leurs tours cet endroit et ce père assez violent. Même le père un jour n’est jamais rentré…

Alors parfois quand ça devient trop difficile, elle rêve juste un instant à quitter ce lieu déserté par les siens.

Mais que ferait-elle loin de ceux qu’elle aime le plus, loin de ce marais qu’elle admire tant.

” Kya se rappela que sa mère l’encourageait toujours à explorer le marais : « Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. » “

Alors du haut de ses dix ans, elle apprend à survivre seule dans le marais, devenu pour elle son refuge naturel et protecteur avec pour seule compagnie ses oiseaux.

” Dominant le vacarme des vagues qui rugissaient, Kya appela les oiseaux. L’océan était la basse, mouettes et goélands, les sopranos. Piaillant et criant, ils voltigeaient au-dessus du marais et du sable, tandis qu’elle lançait des miettes de tourte et de son petit pain sur la plage. Les pattes dépliées, se tordant le cou pour mieux voir, ils se posèrent. (…) Quand le berlingot fut vide, elle pensa ne jamais pouvoir surmonter sa douleur, elle avait trop peur que les mouettes et les goélands l’abandonnent comme tous les autres. Mais les oiseaux se posèrent sur la plage non loin d’elle et entreprirent de lisser les plumes de leurs ailes déployées. Elle s’assit en regrettant de ne pas pouvoir les rassembler pour les emmener dormir dans la véranda. Elle se les imagina blottis dans son lit, une masse duveteuse de plumes tièdes, tout contre elle sous les couvertures. “

Au cours de ses pérégrinations, elle fera la connaissance de Tate, qui partage la même passion qu’elle pour les marais. Ce jeune homme doux cultivé va lui apprendre à lire, et lui fera découvrir la science et même la poésie. Une rencontre qui la changera à jamais et l’éloignera un temps de la solitude jusqu’au départ de Tate pour l’université.

Un nouvel abandon qui la rendra vulnérable, et fera d’elle une proie facile pour le tombeur de la ville qui ne rêve que de s’encanailler avec celle qu’ils appellent tous la fille du marais.

Quand surviendra, une nouvelle tragédie, une fois de plus elle devra affronter le mépris des habitants de cette ville qui ne l’ont jamais adopté.

Ce que j’en dis :

J’étais loin d’imaginer me sentir aussi proche de cette fille des marais, Kya, une jeune héroïne, capable dès ses dix ans, même si c’est par la force des choses, de subvenir seule à ses besoins, protégée par la faune et la flore qui l’entoure. Un endroit qu’elle chérit, tout en l’étudiant jour après jour, lui permettant de se cultiver, d’enrichir ses connaissances et de se faire une idée sur les humains, aux comportements tellement proche de certaines espèces animales.

Rejetée, méprisée, par les habitants de Barkley Cove, cette petite ville de Caroline du Nord, mais adoptée par le marais et ses oiseaux, c’est auprès d’eux qu’elle grandira et apprivoisera la solitude.

Ne dit-on pas : « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Jusqu’à cette rencontre, qui changera quelque peu la donne et lui permettra d’accéder au plaisir suprême de la lecture et de l’écriture, et lui donnera par la suite l’opportunité de faire connaître sa passion pour son marais et ses oiseaux, à plus grande échelle…

Delia Owens nous offre un roman extraordinaire, bouleversant, absolument magnifique.

Elle met à profit ses études en zoologie et biologie, à travers ce récit et nous fait cadeau d’une histoire où la nature nous émerveille, où les oiseaux nous ensorcellent, où l’on succombe à l’histoire de cette jeune fille si courageuse.

Un formidable hymne à la nature mais également à la solitude, porté par une plume sublime où la poésie brille et illumine comme les soirs de pleine lune.

Un roman qui nous déchire le cœur tout en nous enchantant et qui ne peut laisser personne indiffèrent devant tant de bravoure, de la part de Kya, autre beauté sauvage du marais.

Pour info :

Delia Owens est née en 1949 en Géorgie, aux Etats-Unis. Diplômée en zoologie et biologie, elle a vécu plus de vingt ans en Afrique et a publié trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, tous best-sellers aux USA. 

Là où chantent les écrevisses est son premier roman. Phénomène d’édition, ce livre a déjà conquis des millions de lecteurs et poursuit son incroyable destinée dans le monde entier. Une adaptation au cinéma est également en cours.

Je remercie Masse Critique de Babelio pour cette lecture de toute beauté qui m’a permis de rencontrer une héroïne inoubliable.

3 réflexions sur “Là où chantent les écrevisses

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