L’usine à lapins

L’usine à lapins de Larry Brown aux Éditions Gallmeister

Traduit de l’américain par Pierre Furlan

” Le canon du pistolet s’approcha à quinze centimètres de sa cible. Peut-être l’homme dans le fauteuil s’était-il endormi, ou du moins, s’était-il laissé emporter par les effluves parfumés des lotions du coiffeur. Le pistolet fit feu, un sang écarlate gicla sur le coiffeur silencieux. Le choc de la détonation réduisit un instant la musique en silence. “

Pendant qu’un homme se fait descendre dans un salon de coiffure, Arthur la soixantaine tente d’adopter un chaton pour sa femme, Helen, histoire de l’attendrir un peu, n’arrivant plus à la satisfaire au pieu. Perturbé par son impuissance, il craint de la perdre, son épouse étant beaucoup plus jeune que lui. Ce n’est pourtant pas un cadeau, elle est alcoolique, nymphomane et le trompe sans scrupules dès que l’occasion se présente.

” Arthur se demanda pourquoi cet histoire de chat devait s’ajouter à tous les autres problèmes – celui de ses érections et celui de l’alcoolisme d’Helen. Il se disait qu’un souci à la fois aurait dû suffire. Helen avait besoin d’aide, mais elle ne voulait pas en entendre parler. “

C’est en se rendant dans une animalerie qu’il va faire la connaissance d’Eric et de son inséparable Pit- bull.

Autour d’eux gravitent des loosers, hauts en couleur, poursuivis par la poisse, mais aussi par les flics. Ils se démènent pour survivre dans ce sud crasseux, tout en cherchant désespérant l’amour.

Jusqu’à ce qu’une collision accidentelle sème le chaos et entraîne cette contrée dans un véritable bain de sang.

” Et merde, où étaient les flics quand on avait besoin d’eux ? “

Ce que j’en dis :

C’est ma troisième excursion livresque dans les écrits de Larry Brown, et penser qu’un jour mes découvertes prendront fin puisque malheureusement il a quitté ce monde est toujours un déchirement.

Comme d’autres auteurs américains que j’affectionne particulièrement, il avait le talent pour nous offrir des romans noirs où les désespérés, les poissards, les bouseux, les laissés pour compte, étaient mis en lumière dans les coins les plus reculés des États-Unis. Les oubliés de l’Amérique étaient ses stars.

L’usine à lapins son dernier roman, auparavant publié chez Gallimard en 2005 et chez folio en 2008, fait dorénavant partie de la collection totem de chez Gallmeister avec une traduction révisée. Les fans de Larry Brown et de cette maison d’édition ne peuvent que se réjouir.

Derrière cette couverture, assez cocasse, se cache une petite merveille où les bêtes volent parfois la vedette aux humains et se révèlent même parfois bien plus malignes et moins dangereuses malgré les apparences.

L’histoire a beau être très sombre, parfois assez violente, on s’attache à chacun des personnages plus désespérés les uns que les autres. On comprend aisément leurs penchants pour l’alcool et autres substances illicites qui les aident certainement à supporter ces vies de merde. (N’ayons pas peur des mots, on n’est pas chez Disney, mais dans le Mississippi de Larry Brown.)

Et malgré la violence véhiculée dans cette histoire, malgré les rêves brisés, et les âmes perdues, ce récit absolument irrésistible fait sourire assez sournoisement.

Alors même si l’usine à lapins est dorénavant fermée, il ne tient qu’à vous de la faire revivre en vous plongeant dans cette histoire aussi succulente qu’un bon civet.

Des hommes, des femmes, des bêtes, de la picole, de la fumette, et même du sexe, et ouais tout y est, alors surtout ne tardez pas trop, ce serait dommage de passer votre chemin et de rater cette incontournable escapade américaine.

Pour info :

Larry Brown (1951-2004) est né et a vécu dans le Mississippi, près d’Oxford. Passionné par la pêche, la chasse et la lecture plus que par les études, il a exercé des métiers aussi divers que bûcheron, peintre en bâtiment ou droguiste, puis pompier pendant dix-sept ans, avant de se consacrer uniquement à la littérature. Il est le seul écrivain à avoir reçu à deux reprises le prestigieux Southern Book Award for Fiction.

Je remercie les éditions Gallmeister pour cet irrésistible aventure américaine.

6 réflexions sur “L’usine à lapins

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