“ Barbès trilogie ”

Barbès trilogie de Marc Villard aux Éditions Gallimard

La nuit tombe sur Barbès. Toutes les familles tassées dans les taudis alentour se scindent en deux groupes bien distincts. Les parents prennent l’air à la fenêtre, dardant un œil sans illusion sur les pitreries de Foucault ou Sabatier pendant que leur rejetons descendent retrouver la rue, les copains, leurs coups foireux, leurs deals de merde. C’est l’heure où Barbès nous la joue Casbah. Les Antillais ne sont pas les derniers à insuffler du relax dans la tension. Ils sortent leurs congas, les filles remuent leur cul et sur les rythmes inversés de Kingston – c’est Dennis Brown qui tient la corde ces temps-ci – font trembler toutes les vitres du Triangle d’or. Des morveux de dix ans aux prunes tirent sur des joints de hasch dans les arrière-cours pendant que l’Hôtel du crack affiche complet, distribuant ses pipes à tous les étages.

Les dingues du rock arpentent les rues, les yeux exorbités, l’angoisse au cœur, répétant telle une litanie à chaque visage connu rencontré :

— T’en as, mec ? “

Barbès, quartier populaire et cosmopolite du nord de Paris, où se côtoient les classes sociales assez défavorisées, bien souvent sans-papiers.

C’est là qu’entre en scène Tramson, un éducateur de rue, sensé protéger les mineurs qu’on lui confie, en gardant un œil sur eux au milieu des drames qui les guettent quotidiennement.

” Tramson marchait, le cœur à la casse, dans les rues naufragées.

Il marchait dans cette félicité mouvante, car il aimait la rue, la nuit, la foule dérisoire et sublime. Il aimantait volontiers son regard à ces yeux qui jaillissaient du néant, leur offrant le don fugitif de son visage sans illusion.

Parfois, dans les rues nègres, il lui venait des doutes quant à cet amour instinctif pour le bitume. Alors l’amant mutait en chasseur. Tramson était dur, obstiné et terriblement sentimental. “

Tel un ange gardien, il prend sous son aile les âmes en déroute, les homos malmenés, les prostituées sous la coupe de mac tortionnaire, où tombées dans l’enfer de la drogue.

Qu’ils se nomment, Fari, Agnès, Félix, Dani, Fred, Samir, Farida, Mélissa, tous tentent de survivre dans cette ville lumière qui en a fait rêver plus d’un mais qui hélas vire bien trop souvent au cauchemar.

La délinquance pullule à Barbès, combines foireuses, meurtres, suicides, prostitution, drogue, la violence en tout genre a pris ses quartiers.

Tramson fait de son mieux, quitte à y perdre son âme car ici au milieu du chaos on s’entraide beaucoup, on s’aime aussi, et on rêve un peu, beaucoup…

Ce que j’en dis :

Quiconque se souvient de Tchao Pantin, magnifique roman d’Alain Page qui fut adapté par la suite au cinéma, où notre regretté Coluche y avait un rôle puissant et tellement touchant au côté de Richard Anconina, devrait lire et apprécier à sa juste valeur cette trilogie qui réunit pour la première fois trois cours romans de Marc Villard.

On se retrouve plonger à Barbès, un quartier de Paris  » crasseux  » dans les années quatre-vingt au côté de paumés qui se retrouvent bien souvent sous la coupe de la mafia locale.

Marc Villard, véritable poète, slam et nous offre des personnages de caractères avec grand style. Des personnages bouleversants auxquels on s’attache forcément.

Au gré des pages, la musique s’invite dans le décors tout comme certains livres très recommandables.

Très cinématographiques et très réalistes, ces scénarios vont à l’essentiel avec élégance en posant un regard acéré sur cette banlieue d’âmes en peine.

Rebelle de la nuit, avait été édité en 1987 par Claude Mesplède au Mascaret. La porte de derrière avait été publié à la Série Noire par Patrick Raynal en 1993. Et enfin Quand la ville mord avait été demandé par Jean-Bernard Pouy pour sa collection Suite Noire en 2006.

Réunis et édités aujourd’hui chez Gallimard suite à la suggestion de Stéfanie Delestré.

Les connaisseurs apprécieront de redécouvrir ces récits, pour les autres je ne peux que vous inviter à découvrir Barbès, Tramson et ses protégés et apprécier cette plume envoûtante qui illumine toute cette noirceur,

Une formidable découverte.

Pour info :

Marc Villard, né à Versailles, a publié 500 nouvelles,16 romans et 10 recueils de poèmes.

Il dirige la collection Polaroid où il édite des novellas de Marcus Malte, Marin Ledun, Carlos Salem, Nicolas Mathieu …

Trois de ses livres ont été adaptés en BD par Chauzy et Peyraud : Rouge est ma couleur, La guitare de Bo Diddley et Bird. 

La cinéaste Dominique Cabrera a réalisé un film d’après son texte Quand la ville mord. Il est lui-même scénariste du film Neige de Juliet Berto.

Derniers ouvrages parus : Barbès trilogie (Gallimard), Terre promise (La Manufacture de Livres).

Je remercie Babelio et les Éditions Gallimard pour cette virée épique et sublime à Barbès.

2 réflexions sur ““ Barbès trilogie ”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s