“ Jolis jolis monstres ”

Jolis jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy aux Éditions Belfond

” La fête, c’est toujours à l’intérieur que ça se passe. Un des premiers trucs que j’apprends depuis que je suis monstre. Plus d’heure pour jouer les arsouilles. Être monstre, c’est 24/24, ça ne se débranche pas au cordon. C’est l’oxygène qui alimente ton caisson. Tu chantes, tu danses, tu exécutes ta chorégraphie et si tu n’as pas ça au fond des tripes, tu peux dézipper ta robe à sequins et la laisser mourir. “

Dans les années 80 à New-York, James fait ses premiers pas sur scène.

Chaque soir, James s’efface, se maquille, se transforme et donne vie à Lady Prudence.

” Lady prudence se dirige vers la rampe. James s’est volatilisé sur la moquette de la loge, flaque d’homme en attente. Lady débarque dans le couloir et les deux nouvelles recrues lui disent. T’es si belle en drag-queen. Lady répond merci. Dans les marches, elle vérifie la boucle de ses bottes. Brillantes comme ses mains de taffetas. Lady se sent belle. Cavalière. À la conquête de son territoire. Elle grimpe rapidement l’escalier comme si Lady devait vite retrouver ses rêves au sommet d’une montagne.

Les voix s’élèvent depuis la salle. Ça pulse en elle comme du cristal. Lady grimpe la dernière marche et sous les lumières, j’apparais tout entière. “

Show must go on … show must go on…

James deviendra l’une des plus belles drag-queens de New-York, une légende des bals, la reine des cabarets, amie fidèle des Club kids et des stars underground.

Jusqu’à l’arrivée de cette saleté de SIDA…

” Keith vient de finir une fresque éléphantesque sans nom, belle et monstrueuse, (…) Mon ami l’a peinte pour les malades. Pour tous les séropos du monde et pour Ryan White, ce jeune collégien hémophile de treize ans, première victime du sang contaminé à qui l’on a interdit l’accès à l’école. Cette fresque est pour eux, pour les pestiférés, pour les salis, pour les montrés du doigt , pour tous les hommes et les femmes qui tomberont en silence, dans l’oubli salaud du monde. “

C’est lors d’une rencontre dans un bar, trois décennies plus tard, que James fera la connaissance de Victor à qui il confiera son histoire.

Victor rêve de monter sur scène, il a tout quitté pour tenter d’y parvenir. Grâce à Victor qui va devenir son mentor, il pourrait bien à son tour, briller sur scène.

Ce que j’en dis :

Amoureuse de la plume de Julien Dufresne-Lamy depuis son précédent récit ” Les indifférents ” (Ma chronique ici), je ne pouvais que me réjouir de ce nouveau roman qui m’embarque pour New-York auprès d’artistes de scène audacieux et audacieuses qui brillent de mille façons sous le feu des projecteurs.

” Pinceaux à ma droite. Pinces à ma gauche. Je me dévisage dans le miroir Hollywood. Face à mes cernes de koala, je vais avoir du boulot ce soir. Je commence par me raser à la lame badigeonnée d’aloe vera. J’efface James. Je décime son torse d’homme, ses avant-bras, le bord de ses mollets pour lui claquer le beignet le temps d’un soir. Devant le miroir, je retire mon jogging en pilou imprimé tartan bleu layette, je deviens théâtrale.

Je deviens Lady Prudence et c’est la nuit qui tombe, monstrueusement. “

À travers deux voix, entre James et Victor, le spectacle se dévoile et donne vie à ces deux êtres qui soir après soir jouent une autre scène de vie.

L’auteur nous plonge dans un univers fascinant, auprès de créatures sublimes travestissant leurs corps mais jamais leurs sentiments.

Ici on sème des paillettes dans les yeux, de l’amour dans les cœurs, du rêve dans les esprits.

On y croise Madonna, David Bowie, et des stars inconnues bourrées de talents multiples.

Et on découvre l’envers du décor, parfois violent où la drogue, les gangs, le sida abîment et broient tant de jolis monstres.

Tout un univers vertigineux qui va presque disparaître à l’arrivée de cette maladie qui va décimer trop de nombreuses stars.

Julien Dufresne Lamy nous offre un véritable feu d’artifice , une envolée littéraire dans l’univers des Drag Queens, une époque aujourd’hui révolue mais qui reste à jamais inoubliable.

Un véritable poète, parfois rebelle, enragé qui rends hommage brillamment à toutes les étoiles, ces artistes de cabarets qui s’illuminent à chaque levée de rideau.

Un véritable coup de foudre pour ce spectacle littéraire, absolument vertigineux.

” – Le principal est que j’étais là. Vivante. J’ai ramassé assez de vie pour être au monde et c’est ton tour maintenant. Profites-en. Mets ton maquillage, enfile tes tenues de soirée. Raconte tes belles histoires. Mais surtout prends soin de toi autant que tu peux.

Avant de partir, je te regarde une dernière fois. Je ne dis rien, mais je sais. Je sais que l’un sans l’autre, nous serions morts.

Ou pire. Inchangés. “

Ambiances musicales :

Comme ils disent, Charles Aznavour

https://www.google.com/url?sa=t&source=web&cd=10&ved=2ahUKEwjlqNj4tNrkAhULJBoKHVZ0DoYQt9IBMAl6BAgNECc&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3D74lbCst-LgE&usg=AOvVaw2adJdYqLcA4tp-cprAK3Cs

Mourir sur scène, Dalida

https://www.youtube.com/watch?v=NN2mxivM8Bo&vidve=5727&autoplay=1

Pour info :

Julien Dufresne-Lamy a trente et un ans et vit à Paris.

Après Les Indifférents (Belfond, 2018), Jolis jolis monstres est son quatrième roman.

Il est aussi l’auteur de plusieurs textes pour la jeunesse.
 

Je remercie les éditions Belfond pour ce fabuleux feu d’artifice littéraire.

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