» La femme secrète « 

La femme secrète d’ Anna Ekberg aux Éditions Le Cherche Midi

 » Le silence est total dans le commissariat. Chacun dresse l’oreille. Quelque part, le téléphone sonne, mais personne ne décroche, personne ne voudrait rater ce moment. C’est ici et maintenant que l’histoire s’écrit. Les gens reparleront de cet événement pendant des années. Ce soir quand les agents de police regagneront leur foyer, ils s’assiéront à la table du dîner et rapporteront les événements de la journée à leur petite famille. Les enfants écouteront, muets, les yeux écarquillés, l’histoire de la chute de la puissante famille Söderberg…

– Je suis coupable… je l’ai tué… « 


Le ton est donné, mais avant de connaître le secret de la famille Söderberg, nous allons faire la connaissance de Louise Andersen restauratrice sur une petite île de Bornholm, au Danemark, et de Johachim un écrivain avec qui elle partage sa vie. Ils vivent une belle histoire d’amour en parfaite harmonie jusqu’au jour où un homme débarque et remet tout en question.

 » Rien n’est vraiment comme on l’imagine, la vérité est tout autre, il ne faut pas croire ce que les gens racontent, Il ne faut jamais faire confiance au narrateur.  » 

Louise n’est apparement pas la femme qu’elle-même croyait être. En même temps ses souvenirs ont disparu, quelques années se sont enfuies de sa mémoire, mais le nouveau costume qu’on tente de lui faire porter ne lui sied pas du tout.


 » C’est tellement étrange…Les souvenirs qu’elle a, il ne faut pas qu’elle en parle. Quant à ceux qu’elle n’a pas, ils en parlent à longueur de temps. « 

De son coté, Johachim s’interroge, il est prêt à tout pour découvrir la vérité.

« Non… En vérité, il n’en sait rien. Il sait juste qu’il faut mettre un point final à tout cela. Il est écrivain, et les histoires il les mène jusqu’au dénouement. Il veut mettre un terme à sa douleur.  » 

Ne dit-on pas que  » Toute fortune est bâtie sur un crime. » , alors que cache la fortune de cette famille. Que cache cette amnésie? Johachim va-t’il le découvrir? Qui se cache derrière « La femme secrète » ? Leur amour va-t’il survivre ? Ou cette histoire aussi folle soit-elle servira juste à étayer son prochain roman ?

Page après page, de multiples rebondissements créent une intrigue magistrale. Le suspens est grandiose, la tension intense et d’un réalisme surprenant.

« Un puzzle fabriqué par un fou. »

Que ce soit Louise ou Helene, l’auteur nous offre un magnifique portrait de femme à la dérive en quête de vérité. Une femme courageuse, prête à tout pour se souvenir et mettre à jour les secrets qu’elle découvre, si longtemps cachés.

Un premier roman qui tient toutes ses promesses, que ce soit pour tout le suspens dont Il  regorge à tomber, le rythme de rebondissements incessants, les personnages attachants, une histoire incroyable, captivante jusqu’au final. Un roman absolument génial, une construction du récit envoûtante, un style brillant, qui pourrait très bien être inspiré d’une histoire vraie tellement le récit est crédible.

 


Je ne vous en dirai pas plus, j’espère sincèrement que vous lui accorderez toute l’attention qu’il mérite. Une lecture addictive que vous ne pourrez pas quitter avant la fameuse derniére page. Comme moi vous serez comblés par ce nouveau talent et espérerez le retrouver très vite.

La femme secrète à s’offrir pour les prochaines vacances, un livre à la hauteur de toutes les espérances, un moment de lecture absolument génial.

Belle couv’, titre attirant, et au final : épatant. Ce livre a tout pour plaire.

Anna Ekberg, elle aussi  » Une femme secrète », la preuve ci-dessous :
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à mon tour qu » Anna Ekberg est le pseudonyme sous lequel écrivent Anders Rønnow Klarlund et Jacob Weinreich. Ils ont à eux deux créé un thriller d’amour unique et fantastique. Un livre qui mélange admirablement les émotions brutes dans un suspens psychologique. Une nouvelle combinaison détonnante.

Anders Rønnow est né en 1971 à Copenhague au Danemark. Il a précédemment travaillé comme cinéaste et scénariste. En 2009 il fait ses débuts de romancier.

Jacob Weinreich est né en 1972 à Hasle au Danemark. Il vit à Copenhague, avec sa femme et ses trois enfants. Il a écrit plus de 25 livres pour enfants et adolescents , des scénarios de films, des drames pour la radio des podcasts et des romans.
Ils ont déjà écrit ensemble sous le pseudonyme A.J.Kasinski, « Le dernier homme bon » et « Le sommeil et la mort » tous deux aus Éditions Lattès, également disponible en format poche.

Je remercie Catherine et les Editions Le Cherche Midi pour cette lecture fantastique.
 

 

 » Une mère « 

Une mère d‘Alejandro Palomas aux Éditions Le Cherche Midi 


 » Tout dans notre vie a un sens; toutes les fins sont aussi des commencements. Mais sur le moment nous ne le savons pas.  »   Mitch Albom

 

À Barcelone, un 31 décembre, on s’apprête à fêter la Saint-Sylvestre. Chez Amélia, la table est dressée, elle attend en compagnie de son fils Fernando leurs invités : la famille. Ses deux filles,  Sylvia et Emma ; Olga la compagne d’Emma et l’oncle Eduardo. Cette année tous seront présents, même les absents ont leur place autour de cette table, un couvert de plus pour ne pas oublier…



 » Un jour de novembre étrangement doux, quelque-chose s’est produit et ensuite il n’y a plus eu de retour en arrière possible: un petit boulon de l’échafaudage qui nous maintenait au-dessus du réel s’est dévissé, est tombé dans le vide et a dévalé la rue. Nous l’avons entendu rouler sur le bitume sans y attacher d’importance. C’était une erreur. »

Est-ce l’alcool qui délient les langues ce soir ou un besoin de se libérer d’une certaine culpabilité qui pèse parfois un peu trop ?



 » Nous avons cru à ce qu’on croit parce que quelqu’un dans un coin de notre histoire, nous dessine des cartes au trésor avec de fausses pistes. Puis, quand ces cartes nous mènent au coffre promis, les verrous sautent et c’est la surprise. Au fil du temps, on apprend que les cartes sont celles de celui qui les dessine et non de celui qui part à la chasse, et que la vie sourit davantage à celui qui dessine le mieux qu’à celui qui met le plus d’ardeur à sa quête. 

Alejandro Palomas nous offre à travers ce magnifique premier roman le portrait d’une famille espagnol hors norme. À travers cette histoire gigogne, mélangeant les époques on fait connaissance avec chacun des personnages présents ou pas à cette soirée. Un récit à tiroir chargé de souvenirs et de regrets aussi. La vie de chacun s’entrecroise de manière assez rocambolesque. L’histoire passionne et fascine, on s’attache à tous les membres de cette famille. On rit et pourtant parfois c’est dramatique.

« Il faut dire que ça fait  partie des choses qu’on fait plutôt bien dans la famille: rire de la situation quand les tonalités dramatiques frisent la catastrophe et que l’abîme du danger nous appelle, de tout l’attrait de sa noirceur. »

Une écriture maitrisée, une ambiance digne des films de Pedro Almodóvar, ce livre se déguste, se savoure. Un sens de la dérision, une prose truculente font de ce livre une divine comédie espagnol absolument fabuleuse, touchante, et pleine d’humanité. Il ne manque ni d’amour ni d’humour, et ce romantisme échevelé m’a conquise. Un superbe moment de lecture que je vous recommande quand la morosité s’installe. Une lecture aussi belle que divertissante qui ne se refuse pas.
À découvrir absolument.


 » – Pew, raconte-moi une histoire

– Quel genre d’histoire, petite ? 

– Une histoire qui finit bien

– Cela n’existe pas. 

– Quoi, les fins heureuses? 

— Les fins.  »  extrait de garder la flamme de Jeanette Winterson 

J’espère retrouver prochainement la plume d’Alejandro Palomas. Que ce premier roman n’est que le début de son parcours d’écrivain.

Alejandro Palomas

D’abord traducteur des ouvrages de Gertrude Stein, Katherine Mansfield, Willa Cather ou encore Jack London, Alejandro Palomas devient ensuite journaliste et scénariste ‒ il a été finaliste de nombreux prix littéraires en Espagne. Énorme succès dans ce pays, traduit dans une dizaine de langues, Une mère est son premier roman publié en France.


Je remercie Catherine et les Éditions Cherche Midi pour cette divine lecture aussi déjantée qu’émouvante . 

 

 

« La vengeance des mères « 

La Vengeance des mères de Jim Fergus aux Éditions Cherche Midi

« C’est la musique d’un monde sauvage, le portrait de ses paysages, avec ses plaines ondoyantes, ses torrents impétueux, le murmure de ses sources, le vent qui soupire dans les herbes et crie dans la prairie enneigée. On y entend le hurlement des loups, les troupeaux de bisons qui martèlent le sol. On y reconnait les saisons qui passent d’une génération à l’autre, se fondent dans l’histoire sans âge de ce pays et de son peuple. »



Seize ans après ‘Mille femmes blanches‘ le tout premier roman de Jim Fergus, je me replonge avec bonheur dans la suite de cette terrible histoire divinement contée. Cette suite n’était pas du tout prévue au départ, mais c’était sans compter sur la passion de Jim. De retour dans l’ouest, il reprit ses recherches et décida de continuer ce premier roman, l’histoire se poursuit et sera même suivie par un troisième récit, très prochainement j’espère.

Pour écrire ‘Mille femmes blanches’ ce premier roman vivifiant et retrouver la piste des Cheyennes, Jim Fergus a sillonné seul avec ses chiens le Middle West.


Une trilogie au final qui sera digne des plus beaux hommages que l’on peut rendre à ce peuple indien.
« Maudit soit l’état américain! Maudite soit son armée! Cette humanité de sauvages, les blancs comme les indiens! Et le bon Dieu dans les cieux. Faut pas prendre ça à la légère la vengeance d’une mère, vous allez voir ce que vous allez voir… » (extrait des journaux intimes de Margaret Kelly)




À travers les journaux intimes de quelques femmes blanches, ces fameuses femmes américaines échangées contre des chevaux un an auparavant qui ont survécu au massacre, et de nouvelles fraichement arrivées, ce récit choral se révèle, souvenirs après souvenirs. Auprès de ces femmes courageuses, nous allons vivre une aventure extraordinaire dans les plaines sauvages, et nous les accompagnerons dans cette lutte pour leur survie et la survie du peuple indien qu’elles ne souhaitent plus quitter.Et l’on s’aperçoit que les sauvages ne sont pas ceux que l’on croyait.

« Je me rends compte qu’ils passent une grande partie de leurs temps à courir et à fuir, dans le but somme toute modeste de rester libres. « 

Jim Fergus nous offre une histoire époustouflante, un magnifique hymne à la liberté, une ode à la nature, un véritable hommage au peuple indien et au sang-mêlés. L’histoire d’une lutte acharnée de ces hommes et de ces femmes privés de leur terre et de leur liberté. Sous sa plume d’un grand conteur apparaissent de magnifiques portraits de femmes blanches et indiennes, tous terriblement attachants à qui on n’a pas laissé le choix.
« S’adapter ou périr », telle sera leur devise…
« Il ne nous reste plus de larmes aujourd’hui à verser… Mais peut-être que ce n’est que partie remise. »
Un véritable chef-d’œuvre que Jim Harrison a qualifié de « Splendide », dignement salué par la critique et par moi-même. Passionnée comme je le suis, par ce peuple, par leur histoire, je ne peux que vous inciter à découvrir ces deux sublimes romans et de patienter pour le final en découvrant ses autres romans tout aussi magnifiques et de lire également la plume de son grand ami Jim Harrison disparu en mars 2016.


Jim Fergus, né de mère française et de père américain. Suite à un voyage avec son père pendant son enfance dans l’ouest américain, il se passionnera pour la culture Cheyenne. Il perds ses parents à l’âge de 16 ans et part vivre dans le Colorado où il poursuivra ses études. Avant de se consacrer entièrement à l’écriture, il fut professeur de Tennis .Le hasard fit bien les choses, un jour, quelqu’un emménage prés de chez lui. Ce nouveau voisin n’est autre que Jim Harrison qui deviendra un véritable ami et lui donnera de précieux conseils pour sa carrière d’écrivain. Une amitié qui s’est peu à peu enracinée au fil du temps sur cette terre qu’ils aimaient tant. Jim Harrison l’a d’ailleurs accompagné à Paris pour le lancement de Mille femmes blanches en 1990.
Jim Fergus est également l’auteur de « La fille sauvage » (2004)  » Marie Blanche « (2011) « Espaces sauvages « (2011) « Chrysis« (2013) Mon Amérique (2013) tous publiés au Cherche Midi. À découvrir absolument.


Je remercie Jim Fergus et les éditions Le Cherche Midi pour ce fabuleux voyage en terre Indienne