Médecine blanche pour Crazy Horse

Médecine blanche pour Crazy Horse de Dan O’Brien aux Éditions Le diable Vauvert

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weil

“ […] quand je ferme les yeux, viennent se mêler de plus en plus souvent à tous ces bruits modernes des sons qui me semblent plus naturels : l’agréable monotonie de la répétition d’un grave battement de tambour, une mélopée funèbre chantée au loin par des femmes sauvages, le craquement de l’armoise sous des bottes usées. J’entends le grincement du harnais et de la selle, les pointes de sabre contre les éperons, les grognements complices des chevaux. Lorsque ces sons me reviennent, j’ai l’impression de parcourir le temps aussi sûrement que les marins parcourent la mer et je me prépare aux souvenirs qui sont aujourd’hui ma vie. ”

Le docteur Valentine McGuillycuddy, vit à présent dans un hôtel à San Francisco. Malgré son âge avancé, il exerce toujours et certains soirs lorsque le sommeil tarde à venir, il se souvient des moments forts de sa vie, quand sa femme Fanny était à ses côtés et tout particulièrement de l’époque où ils résidaient dans les Grandes Plaines de l’Amérique du Nord, et notamment du six septembre 1877, ce fameux jour où il vécu un des plus grands moments décisifs de sa vie.

“ C’était le vieux docteur McGraw qui, en me voyant travailler et me façonner à son image, m’avait finalement mis sur la voie qui m’avait conduit jusqu’ici. Si McGraw ne m’avait pas pris à l’écart un soir d’ivresse en me confiant le tourment de sa vie, je n’aurais jamais vu les Grandes Plaines, jamais éprouvé la force d’une vie nomade, jamais eu la chance d’employer mes talents à soigner le dernier chef de guerre de la nation oglala. ”

Depuis 1876 la grande guerre des sioux fait rage, dans l’Ouest de l’Amérique. Avant ce fameux jour, le docteur Valentine fera la connaissance de Crazy Horse dans des circonstances inattendues.

Et lorsque quelques temps plus tard, ils se reverront, le docteur Valentine, chirurgien au Camp Robinson, sera amené à tout faire pour sauver la vie du grand chef indien Crazy Horse, victime d’une tentative de meurtre.

“ Il y avait de l’émeute dans l’air, un risque de tumulte et de guerre. Au loin à l’Est on voyait un groupe de guerrier, coiffés de pleines parures de plumes, avec à leur centre Red Cloud. L’échec observait la scène avec un visage de marbre, comme s’il regardait une pièce dont il connaissait déjà le dénouement. ”

Sous la magnifique plume de Dan O’Brien, le grand chef Crazy Horse et le docteur Valentine renaissent et nous permettent de découvrir un pan d’Histoire, nous entraînant dans les Grandes Plaines, sur les terres des indiens.

Une chevauchée fantastique, en pleine guerre de territoire où les soldats de l’armée américaine combattaient les indiens rebelles, alors qu’un médecin tentait de réparer les dégâts du côté ennemi et dans son camp. Un médecin qui ne supportait pas la violence, même s’il comprenait qu’elle était inévitable.

“ Les petits sioux étaient connus pour leur don pour l’équitation, le tir à l’arc, et le chapardage des viandes mises à sécher. Je les avais observés dans leur camp et je savais que Touch the Clouds avait raison. Toute leur éducation était tournée vers la guerre, le vol des chevaux, l’endurance et le courage. ”

Avec un talent incroyable, Dan O’Brien nous fait revivre ces moments, nous fait part de l’amitié improbable, née entre un médecin et un chef indien.

Il nous transporte au cœur des Grandes Plaines, à l’époque où les hommes s’affrontaient pour un territoire, et où le début de la médecine permettait parfois de sauver des vies.

C’est brillant, d’une réalité incroyable, avec des passages de toute beauté pour nous immerger au cœur des grands espaces, et d’une grande précision pour les personnages, leurs cultures et traditions, sans oublier les réserves indiennes et les camps militaires.

Je regrette que la couverture du format poche ne rende pas davantage justice à ce formidable roman, qui comme semblait le penser Jim Harrison : « À croire que les fantômes des Sioux ont inspiré ce livre ».

Il serait vraiment dommage de passer à côté.

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