Arpenter la nuit

Arpenter la nuit de Leila Mottley aux Éditions Albin Michel

Collection Terres d’Amérique

Traduit de l’américain par Pauline Loquin

“ Personne ne nous attend nulle part et ça nous va très bien comme ça. Alé fait partie des chanceuses. […] elle n’a jamais connu la faim. Ici, il y a différents degrés de survie, et à chaque fois que je la prends dans mes bras ou que je la regarde faire du skate sur le trottoir, je peux sentir la puissance de ses battements de cœur. Mais qu’on ait de la chance ou pas, on doit quand même travailler pour rester en vie les bons comme les mauvais jours pendant que là-bas quelqu’un est rayé de la carte, réduit à une poignée de cendres éparpillées autour de la baie. ”

Bien qu’elle n’ait que dix sept ans, Kiara doit se résoudre à trouver du travail. Depuis qu’elle et son frère se sont retrouvés seuls, complètement livrés à eux-mêmes depuis la mort d’un parent et de l’emprisonnement de l’autre, leur vie est devenue une vraie tragédie . L’expulsion de leur appartement n’est plus qu’une question de temps à moins que Kiara ne trouve une solution, son frère étant déjà plongé dans sa musique, elle doit se démener pour deux et même pour trois, la voisine ayant laissé son gamin derrière elle.

Alors Kiara arpente la nuit, malgré sa jeunesse, insouciante du danger et des prédateurs qui errent dans l’obscurité.

Et puis un soir, une rencontre suivi d’un malentendu, va plonger Kiara vers une voie dangereuse, immorale mais qui rapporte les dollars dont elle a tant besoin.

“ Je crois que je suis passée à côté du moment où on bascule dans une partie de bras de fer avec son bonheur. ”

Arpenter la nuit, vendre son corps, éviter les coups, éviter les balles…

Arpenter la nuit, pour ne pas mourir de faim, arpenter la nuit pour ne pas perdre son toit…

Arpenter la nuit, éviter la police, jusqu’à l’impensable…

“ La mort est toujours une possibilité quand on fait le trottoir, mais ça n’avait pas l’air si réel jusqu’à maintenant, jusqu’à ce que j’apprenne qu’Alé aurait pu être en train d’organiser l’enterrement de sa sœur et que je devienne un mémento de ce qui est peut-être arrivé. ”

Arpenter la nuit, rejoindre la noirceur de la ville, assez semblable à la noirceur de sa vie, où il était si bon pourtant d’y laisser entrer la lumière et même quelques couleurs dans un temps pas si lointain, avant que tout lui échappe.

“ En rentrant des cours je trouvais désormais Marcus assis sur notre coin de tapis avec du carton et des tubes étalés devant lui, prêt à me tendre un pinceau. C’était la plus belle chose qu’il pouvait faire pour moi, m’offrir des couleurs. Parfois j’osais même imaginer que je pourrais devenir davantage que la sœur de Marcus, que je pourrais devenir le genre d’artiste qui met un cadre autour de ses œuvres. ”

Dès les premières pages, la plume de cette jeune auteure nous percute, avec son écriture à la fois brute et raffinée, violente et passionnée, où se côtoient la noirceur et la poésie.

D’emblée on s’attache à Kiara, on tremble pour elle, on espère pour elle, on s’insurge pour elle, sachant très bien que là-bas en Amérique c’est comme ça que ça peut se passer pour une jeune fille noire livrée à elle-même.

Leila Mottley aborde de nombreux sujets à travers cette histoire bouleversante, qu’il soit question des drames familiaux, des montants des loyers (non réglementés aux USA) des arrestations ciblées, de l’abus de pouvoir, de la violence envers les femmes, de la prostitution en passant par la drogue et même l’amitié sans oublier l’amour, tout est lié et donne une réelle vision de la vie de Kiara confrontée trop jeune à un univers emplit de violence juste pour qu’elle puisse survivre un jour de plus bien loin du rêve américain et toujours raconté sans une once de pathos.

À seulement 17 ans, Leila Mottley fait une entrée remarquable, vraiment extraordinaire avec ce premier roman époustouflant tiré d’un véritable scandale touchant certains membres de la police d’Oakland et de la baie de San Francisco. Après cette lecture, il vous sera difficile de ne pas penser à Kiara, cette jeune héroïne lorsque le moment d’Arpenter la nuit viendra et que vous apercevrez au loin des silhouettes en attente de jour meilleur.

C’est terriblement émouvant mais qu’est-ce que c’est beau d’Arpenter la nuit à travers cette plume de toute beauté.

Une nouvelle étoile est née.

Une auteure à suivre éternellement.

Pour info :

Leila Mottley est une auteure et poétesse américaine de dix-neuf ans, originaire d’Oakland en Californie.

Arpenter la nuit, qu’elle a écrit à l’âge de dix-sept ans, a suscité l’enthousiasme d’éditeurs du monde entier.

Sa publication apparaît déjà comme un événement et l’acte de naissance d’une formidable carrière d’écrivain.

2 réflexions sur “Arpenter la nuit

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