Le silence est ma langue natale

Le silence est ma langue natale de Sulaiman Addonia aux Éditions La croisée

Traduit de l’anglais par Laurent Bury

Asmara, capitale de l’Érythrée est frappée par la guerre, obligeant les hommes et les femmes à fuir, laissant tous leurs biens derrière eux, comme Saba, Hagos et leur mère.

“ Saba pensa à Hagos. Il était devenu davantage que la culpabilité qu’elle portait. Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait pour deux. Elle parlait pour deux, elle étudiait et rêvait pour deux, posait des questions pour deux. Les yeux de Saba étaient les yeux de Hagos, comme tous ses autres sens. Et maintenant en regardant Samhiya, Saba aurait voulu combler l’absence de passion dans la vie de son frère de façon pragmatique, tout comme elle allait chercher de l’eau pour étancher sa soif, lui rapportait de la nourriture du centre de secours et des épinards sauvages pour apaiser sa faim. Tout comme elle tenait le rôle de meilleure amie ainsi que celui de sœur, elle imaginait possible qu’il puisse faire l’amour à travers elle. ”

Confrontés à l’exil, ils se retrouvent dans un camp de réfugiés où se côtoient une foule de personnages d’âges et d’horizons différents, aux traditions multiples.

“ Tout se recycle dans notre camp, le bonheur aussi bien que le désespoir. ”

Auprès de ces déracinés aux destins brisés, ils vont tenter de survivre et apprendre à s’aimer différemment quitte à briser quelques tabous au milieu de la violence où l’espoir a bien du mal à ne pas s’éteindre face au chaos assourdissant et au silence d’Hagos, un homme qui possède pourtant tant de sagesse.

Hagos n’est pas muet. Mais le monde n’est pas préparé à écouter.”

Fortement marqué par les années qu’il a passé dans un camp de réfugiés, Sulaiman Addonia nous livre un récit poignant qui nous emporte au cœur même de l’un de ces camps, où l’on découvre à travers quelques personnages cette survie mais également la violence envers les femmes. Un livre qui bouscule qui nous confronte à la douleur de l’exil pour ces hommes et ces femmes qui ont déjà tant perdu et resteront peut-être à jamais des apatrides.

“ Saba se demanda si cette mort les avait pris par surprise aussi, dans cet endroit censé leur apporter la sécurité. Elle avait adhéré à l’illusion qu’échapper à la guerre c’était échapper à toutes les formes de mort. Autrement pourquoi se donner le mal de s’exiler ici ? ”

Un récit déchirant, admirable qui donne voix au silence des exilés.

Pour info :

Sulaiman Addonia a fui l’Erythrée durant son enfance. Il a passé sa jeunesse dans un camp de réfugiés au Soudan puis a vécu en Arabie saoudite avant de poursuivre ses études à Londres.

Son premier roman, Les amants de la mer rouge (Flammarion, 2009) a été traduit dans plus de vingt langues.

L’auteur vit désormais à Bruxelles, où il a créé le festival littéraire Asmara-Addis.

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