Mécanique mort

Mécanique mort de Sébastien Raizer à la Série Noire de Gallimard

“ Retourner enterrer ses morts, sans toucher à rien.

Effleurer le monde, comme un fantôme.

Ne rien déranger. Ne rien bousculer, ne provoquer aucun désordre dans la mécanique des gens et des choses.

Ne tuer personne, Ne pas se faire tuer.

NO DIRTY BALLAST ”

Après trois ans passés au bout du monde en Asie, et une longue traversée en cargo, Dimitri Gallois est de retour dans sa ville natale à Thionville.

Trois ans en arrière, il avait enfin découvert la vérité sur la disparition de son père ( voir précédent roman LES NUITS ROUGES, ici), mais avait dû également faire ses adieux à son frère.

Cet éloignement lui a apporté un besoin de faire la paix avec lui-même mais aussi avec son passé.

“ Il y avait sa vie au cours des trois années précédentes. Un millier d’aubes, des millards de soleils. Ce qu’il a appris, ce qu’il a perdu, celui qu’il est devenu. Cela forme un tout, harmonieux et disparate, tangible et invisible. Il s’interdit de le disperser, de le céder aux vents, aux marées, aux déserts et à l’asphalte, et se promet de le garder compacté en lui comme un soleil noir. ”

Mais son retour ne passe pas inaperçu et très vite, il se retrouve face à Nesrine Bichiki, la sœur du dealer qu’il a jadis tué, prête à assouvir sa vengeance, même si elle est désormais à la tête d’un vaste réseau de distribution de drogue fournit par la mafia albanaise basée en Allemagne.

“ Son passé le hantait et lui échappait. Et il était en route pour se le réapproprier. C’était son unique problème. Le reste ne serait qu’une succession de détails auxquels il faudrait, systématiquement, apporter la meilleure solution. ”

Entre la légalité et l’illégalité, la frontière est mince, et une fois la mécanique lancée, il est parfois difficile d’échapper à une certaine violence qui conduit parfois à la mort, même si le besoin impérial de faire la paix lui permettra peut-être d’éviter le pire.

Retrouver la plume de Sébastien Raizer, c’est un peu comme se retrouver au cœur de son endroit préféré sur terre, c’est juste un pur bonheur.

En alliant, noirceur et poésie, il entraîne ses lecteurs dans une course infernale à travers une mécanique d’écriture mortelle, où la fulgurance de certains passages permettront d’apporter une dose d’humanité et d’apaisement dans toute cette violence. Une plume noire mais toujours lumineuse où l’humour et même l’amour y trouveront une place de choix à travers des personnages solaires.

Une intrigue qui l’amène à poser un certain regard avisé sur la planète en crise profonde face à la course folle du capitalisme, et malgré la colère qui l’habite, sa méditation zen quotidienne lui permet de nous offrir un roman noir extraordinaire, survolté, où la vengeance et le pardon s’allient pour apporter la paix, la violence n’étant pas toujours une option indispensable même si elle reste incontournable dans certaines situations.

Du grand art à la Série Noire, tout comme j’aime.

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