Lieutenant Versiga

Lieutenant Versiga de Raphaël Malkin aux Éditions Marchialy

“ Il y en avait tout un baluchon, et ce n’était certainement pas les restes d’un lièvre. Ce n’était pas non plus les restes d’un opossum ni d’un rat musqué, autres espèces qui peuplaient les parages. Leur taille. Leur forme. Ce crâne. Ce que les chasseurs venaient de découvrir n’était autre que l’ultime trace d’une vie humaine. Ici, quelqu’un était mort. ”

La découverte de ce sac d’os par des chasseurs laisse à penser qu’une enquête sera ouverte. Évidemment ce sera le cas, mais devant l’ampleur du travail et puisqu’il s’agit apparemment des restes macabres d’une femme noire, ce dossier va rejoindre l’innombrable pile d’affaires non résolues.

“ Après plusieurs semaines de recherches harassantes, il n’avait pas la moindre piste. Pas la queue d’un indice. […] L’inspecteur en chef ne pouvait pas le croire. Quelque part, des gens devaient forcément se demander où elle était. Personne ne peut être entièrement anonyme. Ces gens devaient exister, se répétait-il en boucle. Mais il n’avait rien. Si les vents soufflaient dans son dos, il se trouvait malheureusement dans un désert. Après quelques semaines d’enquête qui lui avaient semblé défiler comme autant d’années, il se résolut à passer à autre chose. C’était la fatalité de son métier : les affaires s’empilaient, une nouvelle urgence chassait la précédente. Tant pis. ”

Il faudra attendre pas loin d’une cinquantaine d’années, mais c’est surtout grâce à la ténacité d’un lieutenant de police qui se consacre sur son temps libre à élucider des cold cases, pour qu’enfin on puisse donner un nom à cette femme et obtenir les aveux de son meurtrier.

“ Des années plus tard, alors qu’il se trouve sur le siège passager d’une voiture traversant le Texas, l’inspecteur Versiga est habité par la même ardeur. Engagement civique sur son temps libre ou inspecteur de police, il s’agit du même sacerdoce. Darren Versiga à la passion des oubliés. Il veut les retrouver, parce que personne, selon lui, ne mérite d’être abandonné aux ténèbres. Cela peut paraître présomptueux, mais il a l’impression de rendre service à l’humanité. ”

Plus qu’un travail, un devoir qui pousse le lieutenant Versiga à remettre en cause ses convictions les plus profondes.

Comme disait Voltaire : « Aux vivants nous devons le respect. Aux morts, nous devons la vérité. »

Tout en nous offrant une véritable quête sur la résolution d’une vieille affaire qui jusque-là était oubliée, Raphaël Malkin nous offre en parallèle le portrait du lieutenant Versiga, presque une autobiographie de ce flic hors norme, qui a été également boxeur professionnel, champion de tir, et a survécu avec sa famille à l’ouragan Katharina. On y découvre l’envers du décor des enquêtes policières, et toujours cette discrimination face à la population des gens de couleurs. Mais grâce à l’obsession du lieutenant Versiga, cet enquêteur chevronné, pour ce cold case, la vérité sera enfin révélée, permettant d’élucider de nombreux meurtres liés au même criminel, un véritable serial killer, Samuel Little.

Un récit parfois un peu trop journalistique, mais qui n’en demeure pas moins passionnant. Un bel hommage à un homme qui n’hésite pas à mettre sa vie personnelle de côté pour faire honneur à l’insigne qu’il porte avec fierté, possédant une conscience professionnelle qui se fait de plus en plus rare.

Pour info :

Jeune journaliste français écumant les rues de Paris et le monde, Raphaël Malkin poursuit sa quête d’histoires détonantes. Né en 1987 à Paris, il est journaliste à Vanity Fair. Il rencontre le lieutenant Versiga alors qu’il est en reportage aux États-Unis pour le magazine Society.

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