Corregidora

Corregidora de Gayl Jones aux Éditions Dalva

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Madeleine Nasalik

“ Ça t’apporte quoi le blues ?

Ça m’aide à expliquer l’inexplicable. ”

Dans le Kentucky, sur la scène d’un cabaret, une femme chante le blues.

Soirée après soirée, sa voix puissante envoûte le public majoritairement masculin, jusqu’à rendre fou de jalousie son homme.

Un soir, avec violence, il va commettre l’irréparable.

Dans sa chute, Ursa va perdre l’enfant qu’elle portait, mettant fin à la génération suivante.

“ […] ce chemin était tracé d’avance dans ma vie – le chemin de la stérilité. ”

La génération qui comme elle et les femmes avant elles avaient le devoir de transmettre l’histoire de Corregidora, cet homme dont elles étaient les esclaves au Brésil. Un homme qui a longtemps abusé d’elles avant qu’elles acquièrent quelques miettes de pouvoir et de liberté.

“ – Quand j’raconte t’avise jamais de demander si c’est des menteries. Ils se sont arrangés pour pas laisser la moindre trace – qu’on puisse rien retenir contre eux. Alors moi j’en laisse, des traces. Toi aussi tu vas en laisser. Et tes enfants après toi. Et quand viendra l’heure de présenter les preuves, faudra qu’on ait des preuves à présenter. C’est pour cette raison qu’ils ont tout brûlé tous les papiers, pour pas laisser de preuves. ”

Elle avait cinq ans quand sa grand-mère l’avait mise en garde.

Ne pouvant à son tour donner la vie, il lui reste le blues et sa voix pour transmettre leur Histoire.

Mais plus que tout, il lui faudra s’émanciper des hommes qui font d’elle un objet sexuel malgré les contradictions qui la hantent et la passion qui ne cesse de la tourmenter, entre le désir d’être aimé et la peur d’être à nouveau maltraitée.

Tout comme au cabaret où Ursa se produit chaque soir, des notes de blues voyagent entre ces pages, donnant un chant de douleur et de complaintes rauques, témoignant de la souffrance des femmes sur plusieurs générations qu’elle soit passée ou présente, avec toujours ce besoin de s’affranchir des hommes, de leur regard, de leur emprise et de leur violence.

À travers le portrait d’Ursa, et de toutes les voix des femmes de sa famille, on découvre l’indicible, l’impensable, la vie, l’amour et la haine l’esclavage et la liberté durement acquise. Une histoire pleine d’espoir et de rage, où l’on se transmet d’une femme à une autre, les souvenirs anciens pour ne pas oublier aussi douloureux soient-ils et permettre enfin de s’émanciper d’une manière ou d’une autre des hommes même s’il est parfois difficile d’aimer avec passion tout en restant libre.

Un blues littéraire stylé, cruellement beau, traduit pour la première fois en français, grâce aux éditions Dalva, une maison qui met à l’honneur les plumes féminines contemporaine.

Ce qu’en dit Richard Ford : « Gayl Jones est un mouvement littéraire à elle seule. Ses livres sont dramatiques, charnels, sexuellement violents, éloquents et durs. »

Ce qu’en dit James Baldwin : « Corregidora est le portrait le plus brutalement honnête de ce qui a animé, et anime encore, l’âme des hommes et des femmes noires. »

Ce qu’en a dit Toni Morrison : « Personne, plus jamais n’écrira de la même façon sur les femmes noires après ce roman. ”

Pour info :

Née en 1949 dans le Kentucky, Gayl Jones, repérée par Toni Morrison qui devient son éditrice, publie Corregidora, son premier roman, en 1975. Elle est immédiatement acclamée par le monde des lettres américain. Ce premier livre est d’emblée considéré un classique contemporain, étudié par les élèves américains, tandis que l’autrice écrit cinq autres romans, trois recueils de poésie et enseigne à l’université avant de choisir de vivre à l’écart du monde.

Après un silence de près de 22 ans, son dernier roman est paru en 2021 aux États-Unis.

2 réflexions sur “Corregidora

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