Un arche de lumière

Un arche de lumière de Dermot Bolger aux Éditions Joëlle Losfeld

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

“ Quand elle l’aida à s’habiller, le matin de son mariage, la mère d’Eva trahit son malaise en lui prenant la main et en lui disant d’un ton sérieux : « Il y a une chose que tu ne dois jamais perdre de vue. Quoi que la vie te réserve, promets-moi de te battre bec et ongles pour le droit au bonheur.» ”

Avant que les mots bien avisés de sa mère lui reviennent en mémoire, Eva fut mariée à Freddie, pendant près de vingt-trois ans et lui donna même deux enfants, Une fille, Hazel et un garçon, Francis.

À l‘aube des années 1950, se séparer était impensable pour la bienséance Irlandaise, dans une société qui ne reconnaît pas le divorce, surtout chez les bourgeois.

Freddie Fitzgerald issue de cette caste bourgeoise, fut pourtant bien obligé de laisser partir Eva, lorsque celle-ci choisit de reprendre sa liberté.

“ Elle se retrouvait peut-être sans le sou, pourtant être séparée de son mari lui procurait suffisamment de consolation pour rendre la vie de nouveau enthousiasmante. À Dublin, elle rencontrait continuellement des gens comme elle, des esprits libres, bien qu’hésitant parfois à révéler leurs croyances personnelles. Des alliés si différents les uns des autres que réunis ils pouvaient s’affronter, de jeunes artistes exaltés et des fonctionnaires apparemment guindés, camouflant leur idéalisme derrière le conservatisme de façade dont, en public, ils étaient obligés de faire preuve. ”

Enfin libérée de son rôle d’épouse, elle continuera à être une mère aimante, proche de ses enfants et même très protectrice envers Francis qui s’avère être bien plus fragile et qui doit cacher son homosexualité, pour éviter toutes répercussions du côté de son père et de la population Irlandaise.

“ Maintenant que Francis et Hazel avaient pris leur indépendance, Eva craignait de se laisser aller à se sentir vieille et à s’apitoyer sur son sort. Mais depuis son arrivée en Espagne, elle avait compris qu’elle restait au fond d’elle-même un minuscule pétale content de s’envoler au gré de la quête qu’elle poursuivait afin de découvrir sa raison d’être sur cette terre. ”

Loin de sa prison domestique, Eva commence une vie de bohème à Dublin, en passant par le Maroc, L’Espagne, le Kenya où sa fille s’est installée avec son mari et sa fille, Alex, revenant à Londres, par intermittence pour finir en Irlande dans le comté de Wexford.

“ […] elle n’éprouvait aucune nostalgie, pour ce qui avait été, par intermittence, sa maison pendant plus d’un demi-siècle. La nostalgie était un sentiment dangereux qui servait d’excuse devant la peur du changement. ”

Très attachée à son indépendance, préférant parfois la compagnie des animaux, elle n’en demeura pas moins une belle personne à l’écoute des autres, toujours très accueillante, aimant les échanges et les longues discussions, avec ses enfants, sa petite fille, ses hôtes et parfois ses fantômes qui lui susurraient parfois à l’oreille : « Crache un peu de vie un peu plus loin.»

Jusqu’à son dernier refuge, cette « Arche de lumière », une caravane blottie en pleine nature où elle fera une dernière rencontre qui nous permettra de connaître son histoire, sa vie de femme libre, où elle s’est battue jusqu’à la fin pour « Son droit au bonheur.»

Tout comme Paul Éluard le dit : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » et lorsque Dermot Bolger rencontra la première fois Sheila Fitzgerald, un premier rendez-vous qui sera suivi de bien d’autres, il était loin de se douter que cette belle personne, emplie d’empathie prendrait vie sous les traits d’Eva dans ce magnifique roman qu’il a pris grand soin d’écrire et de réécrire pendant dix ans.

Et même si comme il le précise lui-même, Une arche de lumière est une fiction, inspirée du vécu de cette femme, on ressent la nature extraordinaire de cette femme, et on aimerait avoir eu le privilège de la rencontrer.

Fiction ou pas ce roman est magnifique et pour ceux qui connaissent mon indépendance ne seront pas surpris que j’ai tant d’admiration pour cette femme libre, au parcours aussi atypique qu’exceptionnel, possédant de l’empathie et une volonté incroyable pour faire en sorte de toujours aller bien malgré les épreuves qu’elle traverse, gardant près de son cœur ses chers disparus, poursuivant vaille que vaille sa route.

J’attendais ce rendez-vous littéraire avec l’impatience que vous connaissez, de plus en plus amoureuse de la littérature irlandaise, loin d’imaginer à quel point ce roman allait me boulverser, mais aussi me conforter dans mes choix de vie, tout en m’aidant à toujours croire au bonheur, car même après la douleur il reste toujours un chemin qui nous y mène à ce bonheur que ce soit à travers un livre, une balade, un souvenir, il suffit juste d’ouvrir la porte de son cœur, comme Sheila, comme Eva…

Il suffit (par exemple) juste de se laisser porter jusquUne arche de lumière et se laisser porter par la magnifique plume de Dermot Bolger, pour avoir rendez-vous avec la beauté littéraire.

C’est publié par Joëlle Losfeld et c’est un pur bonheur.

5 réflexions sur “Un arche de lumière

    1. dealerdelignes

      Je n’ai pas lu le premier et sincèrement je n’y ai jamais pensé, c’est précisé je ne sais plus où que c’était pas une suite, c’est la vie d’Eva (dans l’arche) que l’on découvre apparemment dans le précédent, moi je t’invite vraiment à le lire.

      Aimé par 1 personne

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