Sur les terres des loups

Sur les terres des loups de Cherie Dimaline aux Éditions Buchet Chastel

Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné

Longtemps après que le sel d’os apporté avec soin de la lointaine rivière Rouge eut été réduit en poussière, que les mots avec lesquels on l’avait répandu ne furent même plus un murmure et que le dialecte dans lequel on les avait prononcés fut remplacé par le français commun, les histoires mettant en scène le rougarou empêchaient la communauté de rompre son cercle, de dépasser les bornes. Quand les gens oubliaient ce qu’ils avaient souhaité au départ – un endroit où habiter, une communauté épanouie -, lui s’en souvenait et, à pas feutrés, il revenait la nuit, aussi léger que la poussière d’étoiles, sur la route asphaltée depuis peu. Et le rougarou, le cœur rempli de ses propres légendes mais le ventre vide, réapparaissait pour hanter ses terres. Mais aussi pour chasser.

Sur les bords du lac Huron, après avoir été chassé de l’île Drummond en 1828, vivent des sang-mêlé, enfants de coureurs des bois français et de mères issues des Premières Nations, ainsi que des Métis originaires de Manitoba.

Une fois de plus, ils se retrouvent obligés de défendre leur territoire, petit à petit volé par les nouveaux arrivants, réussissant tant bien que mal à sauvegarder le village, Arcand, au bout d’une route de terre.

C’est dans ce village que vivaient Joan et son mari Victor. Mais depuis un an, elle est seule. Victor a disparu un soir après une dispute où il avait tenté de la convaincre de vendre la terre de ses ancêtres à des promoteurs.

Joan, ne peut s’empêcher de penser à une légende de son enfance disant que si tu agissais mal, tu risquais d’être enlevé par le Rougarou.

Et lorsqu’un soir après une soirée un peu trop arrosée, une voix familière sortant d’une tente évangélique l’attire et la confronte à un homme ressemblant étrangement à Victor, qui prétend être le révérend Eugene Wolf, des doutes l’assaillent.

Aidée de son neveu et de la Chamane du village, elle suivra les traces de cet homme même si elle doit se confronter au Rougarou pour retrouver son homme et mettre un terme à ce projet d’expropriation qui menace une fois de plus sa communauté.

“ Quelle que soit la communauté qui les revendique, les rougarous se distinguent par quelques traits particuliers. Ils ont une drôle d’odeur, mélange de pelage mouillé et de sueur humaine. Ce sont des hommes qui se métamorphosent en animaux pour différentes raisons – chaque conteur à sa version. ”

J’ai à peine quitté les terres indiennes, gardant une tendresse particulière Pour celui qui veille rencontré dans le dernier roman de Louise Erdrich, que je me retrouve Sur les terres des loups, emportée par la belle plume de Cherie Dimaline qui aborde à sa manière le combat d’une femme, prête à tout pour retrouver son amour perdu, et surtout garder la terre de son peuple que des promoteurs sans scrupules espèrent leur arracher, se cachant sournoisement derrières des évangélistes endoctrinés qui prennent parfois les allures du Rougarou, tant redouté, cette créature mi-homme mi-loup issu des légendes de son enfance.

Un récit captivant qui nous confronte aux sorts qui sont réservés aux autochtones, tout en nous faisant découvrir le mythe du Rougarou.

Alliant l’imaginaire et l’Histoire, l’auteure nous embarque dans une chasse à l’homme au côté d’une femme courageuse très attachée à ses racines qui refuse d’abdiquer face au destin qu’on tente de lui imposer.

Une voix de la communauté Métis de la baie Géorgienne au Canada qui rejoint tous les écrivains porte-parole du peuple “ Amérindien ” qui grâce à leurs récits, nous permettent d’en découvrir un peu plus sur leur culture, leurs traditions, leurs Histoires si riches et nous aident à ne jamais les oublier.

Un roman formidable, une aventure extraordinaire qui ne manque ni d’humour ni d’émotions que je vous invite vivement à découvrir.

Pour info :

Cherie Dimaline est originaire de la communauté autochtone Métis de la baie Georgienne au Canada.

Elle a grandi entre Toronto et la baie, bercée par les histoires de son peuple.

Tour à tour assistante de magicien, conservatrice de musée, directrice d’un fonds d’investissement et d’un centre d’accueil pour les femmes, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

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