L’âme du fusil

L’âme du fusil d’Elsa Marpeau aux Éditions Gallimard

“ La mort ne me fait pas peur. Comme disait mon père : « Quand c’est l’heure, c’est l’heure. »

J’ai bien moins peur de la mort que de suivre la piste sanglante de la fin de cet été-là. Maintenant que les années ont apaisé les mémoires, que les faits se sont effilochés, qu’ils sont devenus de vagues souvenirs, aux contours flous, je voudrais raconter les choses comme elles ont eu lieu, tout simplement, dans leur vérité. Redresser les fils tordus de la vérité. ”

Après vingt ans de dur labeur, Philippe a été licencié. Du temps à perdre, il en a maintenant à revendre. Heureusement il lui reste sa femme, son fils, ses copains et surtout la chasse.

“ Et pour être honnête, il y avait des activités qui m’intéressaient davantage que le sexe. La chasse en faisait partie. Elle offrait tellement plus. Du soleil, du vent, de longues périodes de concentration suivies d’une brusque décharge d’adrénaline sauf que, contrairement à la copulation, on pouvait recommencer la séquence indéfiniment. Si on avait mesuré le taux de sérotonine libérée dans l’une et l’autre activité, on aurait sans doute, dans mon cas en tout cas, pu prouver à quel point tirer un coup de fusil procure plus de plaisir que de tirer un coup. ”

Alors lorsque ce parisien débarque, Philippe a tout le loisir pour l’espionner et surtout le surveiller, ça devient très vite une obsession, persuadé qu’il allait se passer un truc, forcément…

“ […] ces petites broutilles me remplissaient entièrement un après-midi. Je les notais dans un carnet, je collectionnais des faits, des preuves. J’avais la prémonition qu’il nous amenait le chaos. ”

Mais verra- t’il à temps le drame qui s’annonce dans sa ligne de mire ?

Elsa Marpeau est également scénariste et ça se sent dans son écriture, elle va à l’essentiel, tout en nous offrant une intrigue sous haute tension à travers ses personnages qui ne manquent pas d’étoffes.

Tel un bon film noir, l’âme du fusil nous happe pour nous laisser au final, scotché sans rien avoir vu venir, ayant imaginé certains faits pour en découvrir des biens pires.

Un scénario à la hauteur et une écriture toujours aussi belle et qui s’adapte à merveille à la langue de ces campagnards et particulièrement à celle de ce taiseux qui nous confie son histoire.

Une histoire où la fierté des hommes attachés à leur campagne transpire entre ses pages, tout en nous rappelant qu’un être humain avec un fusil en main, qu’il soit chasseur ou pas, peut difficilement éviter une tragédie quand la jalousie se pointe dans sa ligne de mire.

Pas étonnant que la noire de chez Gallimard accueille cette plume noire de qualité supérieure.

J’ai adoré et pourtant suis loin de porter les chasseurs dans mon cœur, mais celui-ci fera l’exception.

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette chasse démoniaque.

Pour info :

Retrouvez son précédent roman : son autre mort et sa bio ici

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