Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes de Lionel Shriver aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Gibert

Serenata et Remington forment un couple de sexagénaires plutôt unis. Serenata a pourtant toujours été assez individualiste, réussissant malgré tout à fonder une famille, même si elle est loin de se considérer comme une mère parfaite, elle a trouvé un certain équilibre dans son couple. Seulement voilà, les douleurs liés à la vieillesse et aux mauvais états de ses genoux ne lui permettent plus la pratique de tous les sports qu’elle aimait tant. Fini la course à pieds et même pour le vélo ça devient compliqué.

“ La douleur est de façon déconcertante une chose intime. Il semble inconcevable qu’elle ait pu vivre pareille épreuve sans que les centaines de sportifs amateurs qui empruntaient cette voie s’en aperçoivent. La douleur vous isole, car si on ne la ressent pas, on n’y pense pas et si on la ressent, on ne peut penser à autre chose. Cet état vous sépare à ce point des autres qu’on peut l’assimiler à une sorte de confinement solitaire. Personne ne s’intéressait à ce qu’elle vivait et elle comprenait cette indifférence aussi, parce qu’elle était devenue une personne inutile, un fardeau plus lourd encore que Carlisle. ”

Là voilà donc, on ne peut plus surprise lorsque Remington qui n’a jamais pratiqué de sport lui annonce qu’il courra prochainement un marathon.

Elle, la grande sportive de la maison qui doit mettre son corps au repos, assiste avec un certain regard ironique aux entraînements de son époux, qui s’est en plus laissé embobiner par une coach sportive surnommée Bambi, en plus du matériel sportif exorbitant acquis au fil des jours.

“ L’acquisition était venue s’ajouter au nombre des dépenses exorbitantes, Remington étant désormais prôné de cette impulsion typiquement américaine qui consiste à dépenser beaucoup sans en avoir les moyens. ”

C’était déjà pas facile de raccrocher pour Serenata mais entourée dorénavant des amis sportifs de Remington, ça deviendrait presque une torture.

Le couple va-t-il réussir à surmonter cette compétition d’égo ? Un véritable marathon est en marche pour ces sexagénaires, une course contre la montre face au temps qui passe, à la vieillesse qui les rattrape, aux habitudes qu’il faut changer…

Lionel Shriver met à nue la vie d’un couple de sexagénaires avec une certaine ironie, explorant de nombreux thèmes tels que la vieillesse, la famille, le sport, le culte du corps, la dure acceptation du temps qui passe et des nouvelles règles de vie qu’imposent les douleurs des corps usés. Véritable marathon de mots pour décrire la place importante que le sport peut prendre au sein d’un couple qu’il soit pratiqué ou en passe de devenir un lointain souvenir.

Un regard juste sur ce couple qui doit accepter que la jeunesse s’en est allée, et qu’il faut mettre son corps au repos pour faire encore un bout de chemin ensemble.

Pour info

Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York.

Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast.

Après Il faut qu’on parle de Kevin (Belfond, 2006 ; J’ai Lu, 2008), lauréat de l’Orange Prize en 2005, La Double Vie d’Irina (Belfond, 2009), Double faute (Belfond, 2010), Tout ça pour quoi ? (Belfond, 2012 ; J’ai Lu, 2014), Big Brother (Belfond, 2014 ; J’ai Lu, 2016) et Les Mandible, une famille (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019), Propriétés privées ( Belfond 2020 ; Pocket 2021) Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes est son huitième roman traduit en français.

Lionel Shriver vit entre Londres et New York avec son mari, jazzman renommé.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce marathon de mots aussi caustique que réaliste.

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