Harvey

Harvey d’Emma Cline aux Éditions de La Table ronde

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

Sous prétexte que certaines personnes sont riches et célèbres, en contacts réguliers avec la gente féminine, elles s’octroient certains passes droits allant même jusqu’au viol. Et lorsqu’elle se retrouve au banc des accusés, évidemment elle s’insurgent et plaident non coupables.

C’est le cas d’Harvey qui se croit intouchable derrière ces contrats signés où les pauvres brebis sont bien obligées de céder face à ce loup affamé de chair fraîche.

[…] – ma mère est décédée aujourd’hui, disait-il en regardant l’expression de la fille changer. Je me sens très seul, reste assise près de moi une minute, allonge-toi là, à côté de moi. En tapotant le lit d’hôtel, encore et encore. Il agrippait un poignet, en faisant une moue triste – viens, disait-il, viens. Sois une gentille fille, ne sois pas revêche. Je t’ai fait un massage. Tu peux m’en faire un toi aussi. Échange de bons procédés.

Le but était de provoquer une transe ; à force de se répéter, il lançait une espèce de sort, en insistant, encore et encore, sur l’aspect inévitable de ce qui allait se passer. Pour finir, l’autre personne n’avait d’autre choix que d’entrer dans sa réalité. ”

Accompagné de son bracelet électrique qui lui enserre la cheville, il attend son procès, persuadé d’être blanchi aussi aisément qu’un passage chez le dentiste.

Alors que son entourage s’agite et s’inquiète, lui reste confiant, envisageant déjà un nouveau film, tout en profitant d’un shoot antidouleurs à domicile pour calmer ses douleurs chroniques.

“ Il avait oublié qu’il ne devait pas boire d’eau avant cette perfusion […] Ce n’était qu’une des innombrables manières dont le corps médical essayait de vous flanquer la trouille, de vous mettre au pas avec des exigences arbitraires. Voilà pourquoi il était puni, la raison de tout ce cirque : la société ne supportait pas qu’un individu ne se castre pas de son plein gré. Elle devait en faire un exemple. Un sacrifice humain. ”

Après son premier et fabuleux roman : The girls (ma chronique ici) où l’on croisait la famille Manson, Emma Cline est de retour avec une Novella et nous plonge cette fois dans la tête d’Harvey, un odieux pervers narcissique qui pense que tout lui est dû.

Avec subtilité et finesse, sans jamais le nommer, elle nous offre le portrait d’un prédateur sexuel, Weinstein, ce magnat déchu d’hollywood.

Une fiction qui ne manque pas de piquant, ni d’empathie pour la mise à mort d’un homme qui se croit invincible.

Une nouvelle pépite au tableau de cette jeune auteure vraiment très talentueuse.

Pour info :

Emma Cline est née en Californie. Ses écrits de fiction ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du prix Plimpton 2014. The Girls, son premier roman dont les droits ont été achetés par le producteur Scott a été publié dans 34 pays étrangers.

Je remercie les Éditions de La Table ronde pour cette lecture

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