Fille perdue

Fille perdue d’Adeline Ysac aux éditions de La Manufacture de livres

“ Après ce qui c’est passé, on lui a promis la maison de redressement. ”

Il aura suffit d’un geste déplacé sur son corps pour qu’Anicette cette petite fille si choyée par sa famille se retrouve bannie de sa maison.

Anicette, cette jeune innocente a osé se caresser, un indicible péché pour cette famille de nantis hyper croyants.

“ Et par sa faute, sa très grande faute, les Bru, quincailliers de père en fils, pignon sur rue, de l’oseille plein les poches, sont prisonniers du regard des autres. ”

Elle sera donc confiée à des religieuses qui tenteront de chasser le vice qui l’habite. Elle sera condamnée à grandir entre les murs de « l’institution » au côté des filles de mères de mauvaise vie, celle qui sont nées sans père ou qui ne correspondent pas à ce qu’on attend d’elles. Et si la foi n’opère pas, il reste toujours la possibilité de les remettre entre les mains de médecins parisiens.

“ Faut-il craindre les docteurs ? Quels docteurs ? La folle à lier l’ignore.

Des médecins font des miracles, d’autres des saletés. Que cache la phrase d’Irina ? ”

Ce que j’en dis :

En commençant ce roman, je suis immédiatement séduite par l’écriture, tout en étant loin d’imaginer que l’auteure Adeline Yzac allait m’entraîner vers des faits historiques passés sous silence notamment la pratique de l’excision pratiquée en France à la fin du XlX éme siècle.

À travers le destin brisé de cette petite fille, qui va se retrouver exclue de sa famille, enfermée chez les sœurs, puis mutilée, on découvre cette histoire terriblement poignante et absolument aberrante.

Une époque où sous couvert d’esprits moralisateurs, la science pratiquait des actes de barbarie sur le corps des femmes pour les priver de toute inhibition.

Un récit fort, porté par une plume pleine de cachet, rendant cette histoire authentique , nous emportant vers un passé peu reluisant où l’on se rends compte que la femme est depuis bien longtemps privée d’agir avec son corps à sa guise sans être jugée coupable d’immoralité.

Hélas, des pratiques toujours en cours dans certains pays.

Voilà un roman qui devrait figurer aux programmes des lycéens, pour que chacun prenne conscience du long chemin parcouru et de celui qu’il reste encore à faire pour la liberté des femmes à travers le monde.

Pour info :

Après des études de lettres, d’espagnol et de linguistique, Adeline Yzac exerce différents métiers puis prend le chemin du conte avant d’emprunter celui de l’écriture de récits et de romans pour les adultes et la jeunesse. Installée à Montpellier, où elle a ouvert son atelier d’écrivaine (un lieu qui ressemble à un atelier de peintre), elle a publié une trentaine d’ouvrages, elle propose chantiers de réécriture et travaille à la question de la transmission de la langue. Son œuvre lui a valu plusieurs récompenses dont le Prix Alain Fournier.

Je remercie les Éditions de La Manufacture de livres et l’agence Trames pour ce récit bouleversant.

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