Monstres anglais

Monstres anglais de James Scudamore aux Éditions La croisée

Traduit de l’anglais par Carine Chichereau

Pendant les vacances le jeune Max séjourne chez ses grands-parents dans le Midlands, ses parents étant retenus à l’étranger pour leur travail. Auprès de son grand-père très aimant qui lui raconte de formidables histoires, il fait le plein de souvenirs inoubliables. Jusqu’au jour où il rejoint le pensionnat sur la colline après les vacances de Noël en 1987.

Même si c’est le début d’une nouvelle aventure, c’est un déchirement pour Max très attaché à ses grands-parents.

Bien sûr il va se faire très vite des amis, et forger des amitiés avec certains pour la vie.

“ Ils m’en ont dit un peu plus sur ce à quoi je devait m’attendre. Je n’ai pas voulu les croire. ”

Et pourtant dans ce pensionnat, Max va découvrir une certaine violence faite de châtiments arbitraires, de règles insondables , un quantité d’abus érigés par ceux censés leur donner une bonne éducation.

« … ai assez que vous pensiez vous en tirez comme ça sans montrer le respect … »

Nous étions muets, au bord de la nausée. On pourrait croire que j’avais depuis longtemps cessé de me poser ce genre de questions, mais non. Pas encore. Comment peuvent-ils faire ça ? J’ai fermé les yeux, afin de limiter ma perception des choses. J’avais beau être arrivé de fraîche date, j’avais compris que nous étions liés par notre détermination à garder le silence. Des années plus tard, je repenserais avec fierté à notre obstination à nous taire, car ainsi nous faisions encore plus honte aux professeurs. Ce qui était vrai. Seulement, ce n’était pas pour ça que nous nous taisions. Nous nous taisions parce que nous étions des enfants terrifiés .

C’est bien des années plus tard, une fois qu’ils sont devenus adultes, qu’un secret éclate au grand jour. Un des professeurs du pensionnat vient d’être mis en examen pour attentat sur mineur.

Pour Max, c’est la douche froide. Qui savait ?

Commence alors pour Max, une véritable introspection auprès de ses amis. Il était loin d’imaginer l’étendue des abus, sans parler des dégâts irréversibles qui pèsent sur certains d’entre-eux.

Se rappelant les précieux conseils de son grand-père : « Dis tout, dis les choses », boulversé il lutte avec sa conscience : « Ce n’était pas mon histoire, ce n’était pas à moi de la raconter. »

Mais il est temps de les libérer de ce poids, même s’il est souvent forcé de lire entre les lignes.

“ Il est évident que ces souvenirs forment la charpente de leur vie. Que prendre le risque d’y toucher, ne serait-ce qu’un peu, pourrait avoir des conséquences catastrophiques. ”

Mais n’oublions pas que : « Rien ne brûle dans la mémoire comme l’injustice. »

Ce que j’en dis :

Vous qui aviez été bouleversé par Jazz à l’âme de William Melvin Kelley, qui retraçait l’histoire de jeunes garçons placés dans une institution (Ma chronique ici) ou encore Nickel Boys de Colson Whitehead ( ma chronique ici), vous ne résisterez pas à découvrir Monstres anglais de James Scudamore.

En voyageant entre le passé et le présent, on découvre à travers cette histoire poignante une belle amitié masculine née dans la tourmente dans un pensionnat d’Angleterre. Un lieu où de jeunes adolescents étaient censés être en sécurité tout en recevant la culture, l’éducation que tout être humain est en droit de revendiquer dans ces institutions.

Mais hélas, derrière ces murs c’est une autre histoire…

Il faudra hélas attendre d’être adulte pour que la vérité éclate, ayant fait entre temps des dégâts psychologiques irréversibles.

James Scudamore nous offre cette histoire avec l’élégance anglaise, il est précautionneux, délicat. Il nous amène avec douceur, sans brutalité vers ces secrets honteux comme s’il hésitait encore à nous les confier, un peu comme Max, mais souhaitant se libérer de ce poids qui l’obsède une fois les faits découverts.

Ce roman est une merveille porté par une écriture magnifique qui dégage une multitude d’émotions où l’on se surprend de passer du rire aux larmes.

C’est magnifiquement construit, présenté avec délicatesse et terriblement émouvant.

Une belle découverte éditée à La Croisée, une fenêtre ouverte sur les belles plumes du monde entier.

Un conseil : ne filer pas à l’anglaise avant de vous aventurer entres ces pages.

Pour info :

JAMES SCUDAMORE est un citoyen du monde, un comportement acquis dans l’enfance qu’il passe notamment au Japon, au Brésil, avant de rejoindre l’île patrie.

Auteur de quatre romans – La Clinique de l’amnésie, Fils d’Heliopolis, Le Dédale du passé, il a reçu le Somerset Maugham Award et a été nominé pour le Costa First Novel Award, le Commonwealth Writers’ Prize, le Dylan Thomas Prize et le Man Booker Prize.

Tous complices

Tous complices de Benoit Marchisio aux éditions Les Arènes Equinox

“ Vingt et une vitesses, selle soudée, deux paires de suspensions : c’est tout ce qu’Abel a retenu . […] Abel a devant lui son futur outil de travail. Il est livreur, oui. Mais surtout micro entrepreneur. Il a le statut depuis peu, ča lui cinq minutes sur le site de la chambre de commerce et d’industrie. Il a finalement opté pour cette forme de société parce qu’il n’en pouvait plus des contraintes du salariat, même occasionnel. […] Il est son propre patron, maître de son destin. ”

Avec l’intention d’aider sa mère financièrement, Abel se lance dans la livraison de repas à domicile et devient micro entrepreneur, persuadé d’avoir fait le bon choix. Mais pour commencer il doit également télécharger : l’Appli, qui lui permettra de recevoir des commandes qu’il devra livrer en un temps records pour être sûr d’être payer.

Des collègues. Il en croise de nombreux sur son chemin. Beaucoup sont voûtés sur leur vélo vieillissant, mais certains sont d’une élégance folle. Filiformes sur leur cadre fuselé, ils foncent comme des fusées et fondent dans le trafic fluide de cette fin de journée. Bientôt, Abel sera comme eux : rapide, précis et irrattrapable.

Lui qui habite de l’autre côté du périphérique, il prends plaisir à découvrir Paris et ses quartiers sur son vélo low-cost. Certains immeubles le fascinent, il se sent presque privilégié d’y pénétrer même si le plus souvent il ne voit guère plus que l’entrée des appartements.

Il va vite se retrouver face à des livreurs mineurs, ou des sans-papiers, le monde parallèle des livreurs clandestins, et fera la connaissance de Lena une sans-abri qui leur donne un coup de main pour réparer leurs deux roues. Le désenchantement commence.

Sans parler des challenges de l’Appli, véritables jeux de dupes.

[…] Non, il est sûr : il n’a fait aucune erreur. Il n’aurait pas pu aller plus vite. Même s’il était monté sur les trottoirs, avait coupé les ronds-points, adopté un comportement délirant – en plus des risques qu’il a déjà pris à griller les feux rouges et les priorités, sans cesse poussé par les trois notes à pédaler en surrégime – il aurait livré aussi rapidement. Le problème, c’est le temps d’attente entre les commandes. Si lui n’a pas fait d’erreur, c’est que l’Appli l’a volontairement fait patienter pour éviter qu’il touche la prime mise en jeu. ”

Et puis il y a cet avocat qui cherche à se faire un nom, et puis cette vidéo qui met le feu aux poudres, et ce journaliste qui ne semble pas étouffer par les scrupules.

Ce boulot prends des allures de cauchemar, les dégradations de travail s’enchaînent, il est peut-être temps de libérer sa colère.

Il a toute les infos pour déclencher la révolte et démarrer les livraisons à domicile très spéciales.

Ce que j’en dis :

Alors que Marin Ledun s’attaque à l’industrie du Tabac à travers son dernier roman noir, Benoit Marchisio nous plonge dans l’enfer des livreurs de repas qui pédalent sans relâche pour assouvir les envies gustatives de la population à toute heure du jour et de la nuit. En plus d’être mal payés, ils sont également maltraités physiquement et moralement subissant sans parfois s’en rendre compte le harcèlement lié à ce travail harassant.

Depuis la pandémie, un nouveau marché s’est développé, lucratif pour certains comme pour tous les dérivés de L’Appli style Deliveroo, Uber Eat et compagnie mais une belle arnaque pour tous ceux qui ont besoin de passer par ces plateformes pour ne pas voir leurs commerces s’éteindre et une question de survie pour toutes ces personnes qui se sont tournées vers ce travail de livreur, n’ayant plus de ressources. Une revenu d’appoint mais à quel prix ?

Benoit Marchisio nous ouvre les yeux et nous livre une fiction qui rejoint la dure réalité de notre société uberisée.

Un bel hommage à tous ces travailleurs précaires.

C’est extrêmement fort, bluffant parfois violent mais ne sommes-nous pas TOUS COMPLICES ?

Méfions nous, la révolution est en marche et même masquée elle risque de nous livrer un futur qui risque bien de nous étouffer avant la première bouchée.

Pensez-y quand vous passerez votre prochaine commande, ce qui ne sera toujours pas mon cas en ce qui me concerne.

Ce menu révolutionnaire est livré par Équinox complice de la littérature que donne du sens au chaos.

À dévorer sans modération.

Pour info :

Benoit Marchisio a 33 ans. Après plusieurs collaborations avec des magazines de cinéma (SoFilm, Première) il participe à la rédaction d’un ouvrage collectif sur le travail de Paul Verhoeven. En 2017, sort son premier essai, Génération Propaganda (Playlist Society) qui raconte la trajectoire fulgurante de Propaganda Films crée en 1986 par six réalisateurs et producteurs, dont David Fincher. Depuis 2014, il travaille chez France Télévisions.

Je remercie les Arènes pour ce roman noir social explosif.

La face nord du cœur

La face nord du cœur de Dolores Redondo à la série noire des éditions Gallimard

Traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet

“ – Amaia Salazar, vingt-cinq ans, a étudié à l’université catholique de Loyola à Boston : droit et sciences sociales et comportementales. S’est spécialisée dans la communication non verbale scientifique et la criminologie, est sortie première de sa promotion. A terminé ses études universitaires quand elle est retournée dans son pays, avant d’entrer dans la police. ”

Amaia Salazar n’est pas une débutante et son CV a tout pour impressionner les pontes du FBI même s’ils ne l’avoueront jamais.

Détachée de la Police forale de Navarre, elle suit une formation de profileuse au siège du FBI dans le cadre d’un échange Europol.

Très vite sa perspicacité est remarquée et lui donne l’opportunité d’intégrer l’équipe de l’agent Dupree.

“ Amaia était une enquêtrice-née. Un de ces êtres doués naturellement de la capacité de discerner la trace du mal. Un privilège douteux, certainement, acquis lors d’un séjour dans son enfer personnel. Elle était caractérielle et irascible, comme tout policier devenu célèbre avant ses vingt-cinq ans ; et, en même temps, tellement tempérée et détachée de la douleur que Dupree se demandait si c’était le mécanisme de défense qu’elle déployait généralement face aux autres, ou si elle ne savait même pas d’où provenait son don. Dans ce dernier cas, elle deviendrait quelqu’un d’extraordinaire. Un être rare qui, si tout se passait comme ils le redoutaient, serait bientôt mis à l’épreuve.

Amaia apporte un regard neuf sur une affaire en cours et ses compétences particulières permettent de mettre à jour le profil d’un tueur en série recherché pour plusieurs meurtres de famille entière.

Ce tueur insaisissable frappe à chaque fois après de grandes catastrophes naturelles.

Alors que le sud des États-Unis s’apprête à subir les affres de l’ouragan Katrina, l’équipe du FBI dont Amaia fait désormais partie, rejoint la Nouvelle- Orléans pour tenter de mettre la main sur ce tueur démoniaque surnommé le Compositeur avant qu’une nouvelle famille soit assassinée.

Une véritable course contre la montre en pleine tempête est engagée. Il leur faudra survivre à l’Ouragan pour qu’enfin les survivants de cette nouvelle catastrophe puissent dormir tranquille après avoir reconstruit tout ce qui a été détruit.

“ […] rien de ce qu’un être humain aurait pu leur transmettre, de son horreur, de son désespoir, ne pouvait les préparer à ce qu’il y avait dehors. […] L’ampleur de la destruction était telle qu’ils s’enfermèrent soudain dans le mutisme, présentant tous les symptômes du choc post-traumatique : balbutiement de mots étouffés, rapide mouvement oculaire de droite à gauche, pâleur, économie de gestes. […] Lorsqu’on prêtait attention, on parvenait à entendre une rumeur lointaine, comme celle qu’on perçoit d’une colline aux environs d’une grande ville. Une rumeur qui indique qu’il y a une vie quelque part, mais si légère qu’un susurrement, le clapotis ou le moteur du Zodiac la faisait disparaître, comme si cela n’avait été qu’un écho, une illusion ou un souvenir de ce que le monde avait été. ”

Ce que j’en dis :

Pour ceux qui avaient déjà été charmé avec la formidable trilogie du Baztán : ( Le gardien invisible. De chair et d’os et Une offrande à la tempête) se feront une joie de retrouver Amaia Salazar pour une nouvelle enquête.

Après avoir résolue une terrible affaire dans le Pays basque espagnol , la voilà désormais dans l’équipe du FBI sur les traces d’un abominable meurtrier qui profite des catastrophes naturelles pour assouvir son besoin de tuer.

S’inspirant de l’affaire John List, ce vendeur d’assurance qui avait tué toute sa famille en 1971 avant de s’engager dans une longue cavale qui prendra seulement fin en 1989, Dolores Redondo nous offre une intrigue policière exceptionnelle.

Bien plus fort qu’un thriller classique, ce récit nous emporte en Louisiane nous faisant vivre l’avant et l’après Katrina à travers une écriture très visuelle et bouleversante qui n’est pas sans nous rappeler les terribles images qui ont suivi à la télévision après cette terrible catastrophe pendant plusieurs jours, les secours tardant à venir.

Pour avoir vécu pas-à-pas, l’après passage de l’ouragan Katrina, l’auteure nous retranscrit avec une vive émotion cette ambiance apocalyptique, mettant en lumière des personnages bouleversants, sans oublier de citer la responsabilité de l’état face aux digues qui ont cédé inondant les quartiers pauvres.

Dolores Redondo nous confronte également au passé D’Ameia, à ses traumatismes liés à son enfance qui ont tendance à resurgir à des moments opportuns mais qui pourraient malgré tout l’aider à y voir plus clair dans cette affaire où certaines croyances mystiques, ces rituels vaudous ensorcellent.

L’auteure nous offre une aventure pleine d’émotions, de suspens, tout en nous confrontant avec un réalisme extraordinaire au pire scénario climatique. Un roman palpitant, une tension permanente, au cœur de la Louisiane avec une enquêtrice que l’on aura grand plaisir à retrouver n’en déplaise à ces misogynes du FBI.

Un voyage littéraire de cette qualité ça ne se refuse pas.

Pour info :

Dolores Redondo, née en 1969, a étudié le droit et les arts culinaires. Entre 2013 et 2014 elle publie la trilogie du Baztan, une série d’enquêtes basée dans les Pyrénées basques, qui s’est vendue à plus d’un million d’exemplaires dans une trentaine de pays. Le premier tome, Le gardien invisible, a été adapté à la télévision (Netflix, 2017). Tout cela je te le donnerai, son nouveau roman, a remporté prix Planeta 2016.

Comme des bêtes

Comme des bêtes de Violaine Bérot aux Éditions Buchet.Chastel

“ Non, franchement je ne m’attendais pas a pareille histoire – même si j’ai toujours pensé qu’il aurait fallu le faire suivre. Quand il s’affolait, il devenait terriblement terrifiant. Je m’en veux de n’avoir pas insisté davantage. De n’avoir pas ramené la mère à la raison. De ne pas être montée jusque chez eux pour lui parler plus longuement. De n’avoir pas réussi à la convaincre. Il fallait qu’il soit suivi. Il le fallait. Ne pas l’avoir fait, on voit à quoi ça a conduit – je ne me pardonne pas de n’avoir pas réussi. ”

Pas loin d’un village isolé, dans la montagne vivent Mariette et son fils surnommé « L’Ours » par les habitants.

Dans ce coin, on peut apercevoir une grotte, très difficile d’accès baptisée la « grotte aux fées ». La rumeur dit que jadis elles y cachaient les bébés qu’elles volaient.

“ Le savent

ceux du monde d’en bas

que nous

les fées

dedans la grotte

vivons cachées.

Le savent

que nous

les fées

depuis toujours

les observons

les regardons

les écoutons

raconter à leurs enfants

de se méfier de nous

les fées. ”

Très vite Mariette protégea son fils, le soustrayant même de l’école où sous prétexte qu’il était différent et ne parlait pas, subissait différente maltraitance, physique et morale.

Les humains qu’il ne supporte pas ne lui manque pas. Il préfère la compagnie des bêtes et semble d’ailleurs posséder un don qui le rapproche d’elles.

Il aurait pu continuer à vivre librement, en marge du village avec sa mère qui prenait soin de lui, si un couple de touristes ne l’avait pas aperçu au cours d’une randonnée avec une petite fille complètement dénudée.

Sa liberté s’envole et il va devoir faire face à ces humains qui se conduisent COMME DES BÊTES .

“ Je l’ai appris par la rumeur. J’avais vu les voitures des gendarmes passer pour se garer au début de leur sentier. Et l’hélico juste après. Moi j’ai pensé à un accident. Les explications, je les ai eues qu’ensuite. […] Ce que j’en pense ? Vous voulez vraiment savoir ce que j’en pense ? Je vous préviens, vous allez pas aimer. Mais moi ça me gêne pas de vous dire vraiment ce que j’en pense. ”

Ce que j’en dis :

Après la découverte en 2018 de son formidable roman : Tombée des nues, qui m’avait scotché autant par l’histoire que par le style d’écriture extraordinaire. je ne pouvais pas passer à côté de ce nouveau récit qui m’a à nouveau complètement subjugué.

Pour nous conter cette histoire, Violaine Bérot donne en premier lieu la voix aux fées, tout en poésie puis suivent celles des habitants du village, des chasseurs, de la maîtresse d’école, du voisin bienveillant, de Mariette la mère… sans nous encombrer des questions, nous donnant juste les réponses, pour comprendre d’où vient cette enfant qui était avec L’Ours.

Pour cet enfant privé de sa voix, les langues se délient. Si certains commencent enfin à éprouver un peu d’empathie envers l’ours, d’autres se comportent toujours comme des bêtes.

Si ce roman peut sembler court, il n’en demeure pas moins intense, captivant et possède un style incroyable nous révélant une fois de plus le comportement désastreux de certains humains face à la différence, qui préfèrent agir avant de se poser les bonnes questions quitte à commettre une erreur de plus. Et c’est avec poésie à travers la légende liée aux fées que le pire reste à découvrir.

Encore une fois, je suis sous le charme de la plume de Violaine Bérot, qui avec peu de mots nous offre une histoire aussi bouleversante qu’étonnante.

Je ne peux que vivement vous recommander cette auteure si discrète et pourtant si talentueuse.

Pour info :

Violaine Bérot vit dans les Pyrénées.

Son parcours éclectique l’a menée de l’informatique à l’élevage de chèvres.

Dans cette vie en soubresauts, une seule constante : écrire.

Cette auteure a déjà publié chez Buchet Chastel trois romans : Des mots jamais dits (2015), Nues sous la lune (2017),Tombée des nues (2018).

Je remercie les Éditions Buchet Chastel pour cette lecture touchante au style unique.

Un dernier ballon pour la route

Un dernier ballon pour la route de Benjamin Dierstein aux Éditions Les Arènes collection Équinox

Il était près de cinq heures du matin quand on a frappé sur les volets du rade, comme deux vieux soiffards en manque de canettes. Au bout de cinq minutes de barouf, la fenêtre du premier s’est ouverte, une tête a dépassé et une petite voix a miaulé :

– Gérard ?

– C’est pas Gérard, que j’ai dit, c’est Didier et Freddie. On a deux gamines sur les bras et une flèche dans l’épaule, alors on a besoin d’un coup de main et surtout d’un petit remontant. ”

Après avoir été viré de l’armée, de la police et même d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits tafs mais surtout picole beaucoup.

Afin de rendre un service à un vieil ami dont la fille a été enlevée, il part avec Didier un copain de beuverie à la recherche de l’enfant.

Lever le coude est la meilleure façon de ne pas baisser les bras (Proverbe de bistrot)

Commence alors un long périple à travers la France rallongé par les arrêts fréquents pour s’hydrater le gosier qui le mèneront jusqu’au village de son enfance.

Un long chemin parsemé de rencontres improbables, des cassos en veux-tu en voilà. Entre les propriétaires terriens mélancoliques, des apaches héroïnomanes, des chasseurs et primes asociaux, des clochards célestes, une fillette qui parle avec les loups, des chèvres dépressives, des barmaids alcooliques, des ouvriers rebelles, des veuves anarchistes des médecins écervelés, des charlatans suicidaires, beaucoup de vaches mortes, et beaucoup de levée de coude, il découvrira une terrible vérité qu’il devra à nouveau noyer dans l’alcool pour tenter de la surmonter.

“ J’avais les yeux qui me démangeaient, les joues sèches d’avoir trop pleuré, et le cœur érodé par le sentiment vert d’une sorte de vide abyssal tout autour de moi, comme si chaque direction que pouvait prendre ma vie à partir de maintenant ne serait qu’un long chemin infini à travers des galaxies désertes. J’ai trouvé malgré tout la force de me lever, sans réveiller mes compère, et je suis sorti dans le matin embrassant l’air humide qui réfrigérait mes papilles. L’herbe comme les arbres étaient trempés, et le ciel avait la couleur sinistre d’un vieux millard abandonné. ”

Ce que j’en dis :

Si Renaud, grand lecteur tombe sur ce bouquin, il se pourrait bien que ça lui plaise, peut-être même qu’il a croisé ces deux loustics au hasard d’un bistrot au coin d’un zinc et qu’il a pris avec eux, un dernier ballon pour la route.

Dans ce western contemporain les cow-boys ne ratent jamais l’entrée d’un saloon, pour se recharger en carburant et même s’ils ont la gâchette facile ils sont toujours prompts à défendre la veuve et l’orphelin surtout face à une bande d’Apache ..

Dans cette histoire, pleine de personnages assez barrés, l’auteur virevolte entre le politiquement incorrect et une prose lyrique, parsemée d’humour noir et nous offre une enquête plutôt arrosée mais qui tient admirablement la route.

En ces temps compliqués, il est bon de croiser la route de Benjamin Dierstein, qui vous offrira une bonne dose d’hilarité, et risque de vous rendre accro à sa prose anti morosité.

Alors vous prendrez bien Un dernier ballon pour la route, sans craindre l’ethylotest puisque la lecture est devenue essentielle, à consommer sans modération.

Et notons qu’en fois encore Les arènes nous servent sur un plateau de quoi abreuver notre cerveau avec panache, alors trinquons nous aussi à ce Shot littéraire qui vaut bien un 18 ans d’âge.

Pour info :

Benjamin Dierstein est né à Lannion.

Il travaille dans le milieu de la musique électronique à Rennes. Entre deux afters, il couche sur papier des histoires tordues et survoltées, remplies de personnages tourmentés par leurs obsessions.

Il a publié son premier roman en 2018 : La sirène qui fume, premier volet d’une trilogie, avec pour toile de fond la fin de règne de la Sarkozie. Le deuxième tome, La Défaite des idoles, a paru en février 2020.

Je remercie Les arènes pour ce breuvage littéraire enivrant.

Ça restera comme une lumière

Ça restera comme une lumière de Sébastien Vidal aux Éditions Le mot et le reste

“ Missoulat. Un peu moins de dix mille habitants et, comme dans toutes les villes, l’envers du décor n’avait pas grand chose à voir avec l’image officielle. La beauté du paysage au-dessus, la laideur des âmes en dessous. Les petites magouilles de notables ventripotents, les histoires de cul, les grandes trahisons, les luttes intestines pour un fragment de pouvoir, pour se trouver un peu dans le halo des projecteurs. […] Missoulat, malgré les apparences, se trouvait à la résurgence des pires défauts humains et à la confluence des agonies douloureuses des fins de lignées, celles qui se pétrifiaient lentement le long des rues remarquablement fleuries, sous les façades ostentatoires de familles anciennes. ”

Si Josselin à bord de sa Lancia n’avait pas fini dans le décor après une rencontre avec un cervidé, il n’aurait peut-être jamais vécu ce qui va suivre. Cette rencontre en amenant une autre, il va faire la connaissance d’ Henri un artiste ferronnier de Missoulat à qui il va demander un coup de main pour libérer sa voiture de cette fâcheuse posture.

Souhaitant se ressourcer après son service militaire effectué au Mali, Josselin était de retour dans cet ville avec l’idée de retrouver trois amis avec qui il avait partagé un bel été, l’année de ses seize ans.

Ayant grand besoin de réconfort après avoir perdu son meilleur ami, mais également un œil, au Mali, il est très sensible à l’attention que lui porte Henri alors qu’ils se connaissent à peine.

Ses retrouvailles attendront quelques jours.

“ Se placer entre les mains invisibles du hasard – le hasard –, ce rendez-vous ne figurant sur aucun agenda. ”

Tout comme lui, ce vieil homme porte quelques cicatrices, la vie n’épargne hélas personne. Alors lorsqu’il découvre que son nouvel ami est harcelé par des hommes de la ville, il n’hésite pas à lui apporter son soutien, quitte à réveiller ses vieux démons.

Il n’en oublie pas pour autant le but de sa venue, et sera même surpris une fois encore de certaines surprises que la vie peut vous réserver.

Ce que j’en dis :

Josselin se retrouve plongé au cœur d’une tragédie politique et familiale, mais pas question de se défiler , même si le chemin vers la rédemption sera plus long.

Attention, tout comme Josselin, vous n’êtes pas à l’abri d’une belle rencontre en vous aventurant entre les pages du nouveau roman de Sébastien Vidal, qui nous avait déjà ébloui avec sa trilogie : Les sentiments noirs, mettant en scène l’adjudant Walt Brewski.

Si Henri l’artiste ferronnier excelle en travaillant le métal, l’auteur lui cisèle son écriture jusqu’à obtenir une magnifique prose.

Tout comme Henri, il soigne sa présentation pour nous offrir une œuvre étonnante.

“ C’était la pièce de vie où toute une existence s’écoulait à la fois cuisine, salle à manger et refuge protégeant des heures hivernales. Le lieu où les volutes de café et les relents de soupes s’incrustaient jusque dans la pierre et dans les poutres constellées de chiures de mouches. C’était l’épicentre des colères noires et des réflexions profondes, la cachette des interminables nuits désertées par le sommeil, parmi l’odeur de la cendre froide endormie dans la panse de la cuisinière des aïeuls. C’était le théâtre des disputes à jamais ancrées dans les fonds abyssaux du passé. ”

Une prose pareille, ça donne envie de tourner les pages, pour découvrir l’histoire de ces deux hommes liés à jamais depuis ce fameux soir où la Lancia de Joss a fini dans le fossé.

Et puis en vous aventurant à Missoulat, vous ferez connaissance avec cette ville où vivent les loups entre eux, avec un chef de meute qui règne en maître.

Et comme Josselin vous pourrez au passage vous ressourcer au cœur de la nature si belle et si accueillante.

“ […] Le promontoire qui s’élevait en face, surmonté d’une crête de pins penchés et encerclés par une couronne de chênes, détenait un charme fou. À sa base, une prairie ensevelis sous un lac de fougère s ocre s’étendait en s’élargissant. Un champ bosselé et large sinuait entre-deux blocs de forêt dense. Il lui fit penser à un fleuve étale s’écoulant de toute sa puissance, une force tranquille traçant un sillon. ”

Une histoire sombre, où le passé rattrape le présent, mettant à jour de douloureux secrets entraînant quelques vengeances tout en libérant certains traumatismes, illuminée par la naissance d’une belle amitié où la transmission du savoir faire d’un homme restera comme une lumière dans le cœur du receveur.

C’est l’histoire des hasards, des retrouvailles, des règlements de compte qui donnent du sens à la vie, pour toujours et à jamais.

Un magnifique roman noir à découvrir dès maintenant aux Éditions Le mot et le reste.

Pour info :

Né en Corrèze, Sébastien Vidal est retourné dans son département de naissance après vingt-quatre années d’aventures en gendarmerie. Son temps libre se partage entre le cinéma, le sport et de nombreuses activités dans la nature préservée de son département, qui lui est chère et essentielle.

Tourbillon

Tourbillon de Shelby Foote aux Éditions Gallimard

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Maurice-Edgar Coindreau et Hervé Belkiri-Deluen

Édition révisée par Marie-Caroline Aubert

“ Vous vous y rendez, et elle gît là en effet, étendue comme une tranche de bœuf pourrie, mais pis encore, personne ne la connaît. C’est un mystère, et vous pensez que cela le restera toujours. Puis le croque-mort se met à farfouiller autour du corps et brandit un petit cœur d’or pendu à une chaînette qui dit Amour– un blanc– Amour–un blanc –et quelqu’un qui la connaissait jette un coup d’œil et lâche tout net :« C’est Sue» et vous commencez à avoir une idée de plus en plus nette de l’affaire, comme un joueur de poker qui découvre son jeu et cherche carte par carte à savoir s’il a une main gagnante ou perdante ou moyenne. ”

– Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Lever la main droite et dites : « Je le jure »

– Je le jure ?

– Vous êtes ici pour nous présenter le roman Tourbillon de Shelby Shoote ?

– Tout a fait.

– Et de quoi nous parle-t-il Shelby dans ce récit ?

– De Beulah Ross que l’on a retrouvé sans vie et du procès qui en découle à l’encontre de Luther Eustis, un fermier quinquagénaire père de trois enfants.

– Est-il vraiment coupable ?

Ça ne fait hélas aucun doute ?

Alors quel est l’interêt de ce récit ?

– Il est capital de connaître l’avis de tous ceux qui les ont rencontrés ou connus afin d’éclairer le jury sur ce drame rural, où la bible justement semble avoir joué un rôle important…

– Dites-m’en davantage, cessez tout ce mystère.

Mais ce serait péché de trop en dire.

– Nous devrons donc écouter à travers ce récit, l’accusé, mais aussi le greffier, le geôlier de la prison, le reporter local, l’épouse de l’accusé , son avocat pour en savoir plus sur ce drame ?

Exactement, mais aussi l’adolescent sourd-muet ?

– Et bien, voilà un procès qui ne manquera pas de piquant,

Je vous le confirme. Shelby Foote nous offre à travers tous ces portraits un véritable spectacle et vous invite à écouter toutes ces voix des gens du Sud dans un véritable tourbillon. Trop longtemps oublié et même jugé scandaleux, ce roman noir est pourtant un véritable chef-d’œuvre de la littérature américaine.

– Vous me conseillez donc de le découvre, sans plus attendre ?

– Absolument et enfin vous découvrirez tous les mystères de cette affaire.

Et je me le procure où ce chef-d’œuvre édité chez Gallimard ?

Dans toute les librairies évidemment, quelle question !

Pour Info :

Shelby Foote est né en novembre 1916 à Greenville dans l’État du Mississippi. Romancier et historien, il a signé six romans, parmi lesquels L’enfant de la fièvre (1975) et L’amour en saison sèche(1978), ainsi qu’une magistrale Histoire de la guerre de Sécession, événement charnière de l’histoire du Sud.

Plus jeune que Faulkner, Shelby Foote est l’auteur d’une œuvre exigeante et forte. Il a consacré sa vie à «dire le Sud», à tenter d’y trouver la vérité : «Pour la trouver, il faut parler, se souvenir. Il faut que tout soit révélé, coûte que coûte», y compris ses fautes, ses crises, bref son humanité.


Shelby Foote est mort le 27 juin 2005 à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Je remercie les Éditions Gallimard pour avoir eu la merveilleuse idée de republier ce grand roman américain

Serial bomber

Serial Bomber de Robert Pobi aux Éditions Les Arènes / Equinox

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Helleu

“ […] – Appelez Whitaker et Page, et dite-leur de revenir au plus vite.

– Très bien. Je leur donne quoi comme explication ? »

C’est à ce moment que Kehoe grilla un fusible pour de bon :

« Dites-leur que ma putain de ville est à feu et à sang ! »

La ville New-York se remet à peine de la pandémie planétaire, qu’elle doit à nouveau faire face à un attentat. Lors d’un gala se déroulant au musée Guggenheim, 702 personnes perdirent la vie, tués net après l’explosion d’une bombe.

Lucas Page ne fut donc pas surpris de voir l’hélicoptère du FBI se poser près de sa résidence de Montauk où il séjournait en famille.

À regret il quitte sa femme et ses enfants pour accompagner le FBI à New-York afin d’apporter ses précieuses compétences à l’enquête et tenter de comprendre comment 702 personnes ont pu être tué en quelques secondes lors de cette soirée au musée.

“ Lucas ouvrit la porte et s’avança dans le tunnel en plastique, dont les dix mètres lui parurent anormalement longs. En franchissant le second seuil, qui donnait sur les lieux proprement dits, il fut soudain transporté dans un lieu familier : l’enfer. ”

Lucas est atteint d’une forme rare du syndrome d’Asperger, qui lui permet de « lire » à rebours une scène de crime et de mémoriser en un seul coup d’œil le moindre détail.

Lui seul semble capable de traquer ce serial bomber. Il n’y a pas une minute à perdre, d’autres bombes pourrait bien mettre la ville à feu et à sang. Il n’y a pas une minute à perdre. Des vies sont en jeu.

Ce que j’en dis :

Tremblez chers lecteurs, vous aurez bientôt entre les mains cette véritable bombe littéraire. Pierre Pobi excelle une fois de plus dans le thriller cinq étoiles, et s’il continue à ce rythme là, on pourrait bien lui en décerner autant que sur le drapeau américain.

Comme je l’espérais après avoir terminé City of Windows (ma chronique ici!, Lucas Page est de retour, et je soupçonne Robert Pobi de se servir de lui comme messager pour balancer un peu sur son pays.

En attendant, Lucas cet homme bionique n’a rien perdu de son talent ni de son humour en toute circonstance et même s’il lui manque quelques morceaux de son anatomie, il donne toujours autant de sa personne pour mettre la main sur ce tueur diabolique et pourtant cette enquête agit sur lui comme un électrochoc, et réveille des souvenirs du passé fort douloureux.

Robert Pobi avec son écriture percutante, ses chapitres courts mais toujours pleins de rebondissements ne nous laisse à peine le temps de respirer et nous entraîne page après page vers un final explosif, c’est le moins qu’on puisse dire. Et quand on croit avoir trouvé, tout comme Lucas, on tombe de haut aux chapitres suivants.

Vous l’avez compris, ce nouvel opus est extra, ne vous en privez surtout pas.

Et toujours publié dans les Arènes d’Equinox, une collection qui accueille les belles plumes du monde entier.

Pour info :

Robert Pobi est l’auteur de thrillers traduits dans plus de quinze pays, notamment L’invisible, sorti en France en 2012. La première enquête de Lucas Page, City of Windows, est parue chez « Equinox» en 2020.

Du bruit dans la nuit

Du bruit dans la nuit de Linwood Barclay aux Éditions Belfond

Traduit de l’anglais (Canada) par Renaud Morin

“ Même une histoire en partie fictive vaudrait mieux que pas d’histoire du tout. ”

On peut dire que Linwood Barclay est plutôt habile pour nous raconter des histoires et très rusé pour accrocher dès les premières pages son lectorat.

D’entrée on se retrouve témoin comme Paul, un professeur d’université, d’une scène macabre, où un homme tente de faire disparaître deux corps. Surpris par Paul, cet homme qui n’est autre qu’un de ses collègues tentera de le tuer.

Huit mois plus tard, Paul toujours en vie mais souffrant de stress post- traumatique, tente de retrouver une vie normale. Encourager par sa femme, qui lui offre pour l’occasion une machine à écrire, Paul se met à l’écriture, pour tenter de comprendre son ancien collègue et évacuer ce traumatisme.

Déjà hanté par les souvenirs de cette terrible soirée, il croit halluciner lorsque la nuit il entend d’étranges bruits semblant venir de cette fameuse machine à écrire qui pousse le vice jusqu’à lui laisser des messages inquiétants.

La folie le guette, ces bruits le tourmentent, Paul va devoir affronter ses pires cauchemars s’il veut mettre fin à la paranoïa qui l’envahit un peu plus chaque jour.

Linwood Barclay nous offre un véritable page-Turner, nous laissant aucun répits jusqu’au final.

Un thriller psychologique qui nous tourmente et nous confronte à un genre humain on ne peut plus démoniaque.

Attendez-vous à quelques surprises très inattendues et à vous retrouver tourmenté à force d’entendre Du bruit dans la nuit.

Un thriller efficace qui répond à toutes les attentes des lecteurs friands de suspense machiavélique.

Pour info :

Auteur de polars incontournable, Linwood Barclay a déjà publié dix-sept romans chez Belfond, dont Cette nuit-là (2009) et sa série consacrée à la ville fictive de Promise Falls – Fausses promesses (2018), Faux amis (2018), Vraie folie (2019) et Champ de tir (2020). Tous sont repris chez J’ai lu.

Je remercie les éditions Belfond pour ce roman au suspense machiavélique.

Amour électrique

Amour électrique de Denis Soula aux Éditions Joëlle Losfeld

“ Je ne me suis jamais habituée. Ma tante me l’avait dit, ça nous tombe dessus ma pauvre et on ne sait pas quoi en faire. Il n’y a pas d’études, pas de formations, pas de professeurs, pas de mentors. Quelques paroles, sortes de prières dans le temps, comme des comptines à présent. Rien de bien précis. Rien de bien raisonnable. Rien qui vaille la peine d’en discuter avec l’abbé ou le médecin. Avant, la vie normale, depuis, la vie des autres. Faisons-nous le bien ? Faisons-nous le mal ? Le reste de mes nuits à me poser la question. ”

Apaiser, soigner, et guérir parfois les corps abîmés. C’est son rôle maintenant. Jugée sorcière, parfois héroïne, charlatane ou combattante du feu, peu lui importe du moment que ça l’aide à gagner sa vie. Elle prête ses mains, les pose sur les corps pour extirper la douleur.

Et puis quoi faire d’autre après ce cataclysme.

C’est là qu’elle a rencontré cette jeune fille, une lycéenne amoureuse pour la première fois d’un de ses camarades de classe.

“ Chaque soir, je m’échappe du pavillon 6, le seul où elle m’autorise à entrer, et je vais retrouver Léo. Je lui cause non-stop, je le touche, je le masse. Aimer, c’est remettre le malheur à plus tard, a écrit le docteur sur un bout de papier que je trimballe dans ma poche sans arriver à le ficher à la poubelle. Je veux bien, mais en moi les deux sentiments, l’amour et le malheur, se mélangent dans la même pensée, la même minute. Espoir et découragement, les montagnes russes. ”

Aidées par une patronne de bar, un militaire baroudeur et un docteur psychologue, elles luttent ensemble contre le mal et vivent dans l’urgence deux amours électriques.

Ce que j’en dis :

Ne vous fiez pas aux apparences, ce roman si court soit-il n’en demeure pas moins intense en émotion et d’une grande force comme l’auteur nous l’a déjà prouvé dans ses précédents romans comme à travers Deux femmes (ma chronique ici).

Amour électrique nous offre le portrait de deux femmes deux rebelles, bousculées par un cataclysme forcées d’aimer dans l’urgence. Unies dans la douleur, capables de tout donner pour adoucir la peine, elles œuvrent pour adoucir la fin.

C’est beau, c’est fort, c’est unique, ça enflamme le cœur et l’esprit et c’est porté par une belle plume absolument électrisante.

Partez au devant de ces deux aventurières, qui malgré leurs fêlures restent éprises de liberté, totalement indomptables.

Pour info :

Écrivain, metteur en ondes aujourd’hui à FIP, Denis Soula réalise également des documentaires pour France Télévision, France Inter ou France Culture.

Producteur de l’émission La Légende du sport diffusée sur le réseau national de France Bleu entre 1997 et 2006, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et romans aux éditions Joëlle Losfeld.

Il est également président d’honneur de Fais-nous rêver, l’agence pour l’éducation par le sport.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce roman où les rebelles restent indomptables.