Tous complices

Tous complices de Benoit Marchisio aux éditions Les Arènes Equinox

“ Vingt et une vitesses, selle soudée, deux paires de suspensions : c’est tout ce qu’Abel a retenu . […] Abel a devant lui son futur outil de travail. Il est livreur, oui. Mais surtout micro entrepreneur. Il a le statut depuis peu, ča lui cinq minutes sur le site de la chambre de commerce et d’industrie. Il a finalement opté pour cette forme de société parce qu’il n’en pouvait plus des contraintes du salariat, même occasionnel. […] Il est son propre patron, maître de son destin. ”

Avec l’intention d’aider sa mère financièrement, Abel se lance dans la livraison de repas à domicile et devient micro entrepreneur, persuadé d’avoir fait le bon choix. Mais pour commencer il doit également télécharger : l’Appli, qui lui permettra de recevoir des commandes qu’il devra livrer en un temps records pour être sûr d’être payer.

Des collègues. Il en croise de nombreux sur son chemin. Beaucoup sont voûtés sur leur vélo vieillissant, mais certains sont d’une élégance folle. Filiformes sur leur cadre fuselé, ils foncent comme des fusées et fondent dans le trafic fluide de cette fin de journée. Bientôt, Abel sera comme eux : rapide, précis et irrattrapable.

Lui qui habite de l’autre côté du périphérique, il prends plaisir à découvrir Paris et ses quartiers sur son vélo low-cost. Certains immeubles le fascinent, il se sent presque privilégié d’y pénétrer même si le plus souvent il ne voit guère plus que l’entrée des appartements.

Il va vite se retrouver face à des livreurs mineurs, ou des sans-papiers, le monde parallèle des livreurs clandestins, et fera la connaissance de Lena une sans-abri qui leur donne un coup de main pour réparer leurs deux roues. Le désenchantement commence.

Sans parler des challenges de l’Appli, véritables jeux de dupes.

[…] Non, il est sûr : il n’a fait aucune erreur. Il n’aurait pas pu aller plus vite. Même s’il était monté sur les trottoirs, avait coupé les ronds-points, adopté un comportement délirant – en plus des risques qu’il a déjà pris à griller les feux rouges et les priorités, sans cesse poussé par les trois notes à pédaler en surrégime – il aurait livré aussi rapidement. Le problème, c’est le temps d’attente entre les commandes. Si lui n’a pas fait d’erreur, c’est que l’Appli l’a volontairement fait patienter pour éviter qu’il touche la prime mise en jeu. ”

Et puis il y a cet avocat qui cherche à se faire un nom, et puis cette vidéo qui met le feu aux poudres, et ce journaliste qui ne semble pas étouffer par les scrupules.

Ce boulot prends des allures de cauchemar, les dégradations de travail s’enchaînent, il est peut-être temps de libérer sa colère.

Il a toute les infos pour déclencher la révolte et démarrer les livraisons à domicile très spéciales.

Ce que j’en dis :

Alors que Marin Ledun s’attaque à l’industrie du Tabac à travers son dernier roman noir, Benoit Marchisio nous plonge dans l’enfer des livreurs de repas qui pédalent sans relâche pour assouvir les envies gustatives de la population à toute heure du jour et de la nuit. En plus d’être mal payés, ils sont également maltraités physiquement et moralement subissant sans parfois s’en rendre compte le harcèlement lié à ce travail harassant.

Depuis la pandémie, un nouveau marché s’est développé, lucratif pour certains comme pour tous les dérivés de L’Appli style Deliveroo, Uber Eat et compagnie mais une belle arnaque pour tous ceux qui ont besoin de passer par ces plateformes pour ne pas voir leurs commerces s’éteindre et une question de survie pour toutes ces personnes qui se sont tournées vers ce travail de livreur, n’ayant plus de ressources. Une revenu d’appoint mais à quel prix ?

Benoit Marchisio nous ouvre les yeux et nous livre une fiction qui rejoint la dure réalité de notre société uberisée.

Un bel hommage à tous ces travailleurs précaires.

C’est extrêmement fort, bluffant parfois violent mais ne sommes-nous pas TOUS COMPLICES ?

Méfions nous, la révolution est en marche et même masquée elle risque de nous livrer un futur qui risque bien de nous étouffer avant la première bouchée.

Pensez-y quand vous passerez votre prochaine commande, ce qui ne sera toujours pas mon cas en ce qui me concerne.

Ce menu révolutionnaire est livré par Équinox complice de la littérature que donne du sens au chaos.

À dévorer sans modération.

Pour info :

Benoit Marchisio a 33 ans. Après plusieurs collaborations avec des magazines de cinéma (SoFilm, Première) il participe à la rédaction d’un ouvrage collectif sur le travail de Paul Verhoeven. En 2017, sort son premier essai, Génération Propaganda (Playlist Society) qui raconte la trajectoire fulgurante de Propaganda Films crée en 1986 par six réalisateurs et producteurs, dont David Fincher. Depuis 2014, il travaille chez France Télévisions.

Je remercie les Arènes pour ce roman noir social explosif.

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