Monstres anglais

Monstres anglais de James Scudamore aux Éditions La croisée

Traduit de l’anglais par Carine Chichereau

Pendant les vacances le jeune Max séjourne chez ses grands-parents dans le Midlands, ses parents étant retenus à l’étranger pour leur travail. Auprès de son grand-père très aimant qui lui raconte de formidables histoires, il fait le plein de souvenirs inoubliables. Jusqu’au jour où il rejoint le pensionnat sur la colline après les vacances de Noël en 1987.

Même si c’est le début d’une nouvelle aventure, c’est un déchirement pour Max très attaché à ses grands-parents.

Bien sûr il va se faire très vite des amis, et forger des amitiés avec certains pour la vie.

“ Ils m’en ont dit un peu plus sur ce à quoi je devait m’attendre. Je n’ai pas voulu les croire. ”

Et pourtant dans ce pensionnat, Max va découvrir une certaine violence faite de châtiments arbitraires, de règles insondables , un quantité d’abus érigés par ceux censés leur donner une bonne éducation.

« … ai assez que vous pensiez vous en tirez comme ça sans montrer le respect … »

Nous étions muets, au bord de la nausée. On pourrait croire que j’avais depuis longtemps cessé de me poser ce genre de questions, mais non. Pas encore. Comment peuvent-ils faire ça ? J’ai fermé les yeux, afin de limiter ma perception des choses. J’avais beau être arrivé de fraîche date, j’avais compris que nous étions liés par notre détermination à garder le silence. Des années plus tard, je repenserais avec fierté à notre obstination à nous taire, car ainsi nous faisions encore plus honte aux professeurs. Ce qui était vrai. Seulement, ce n’était pas pour ça que nous nous taisions. Nous nous taisions parce que nous étions des enfants terrifiés .

C’est bien des années plus tard, une fois qu’ils sont devenus adultes, qu’un secret éclate au grand jour. Un des professeurs du pensionnat vient d’être mis en examen pour attentat sur mineur.

Pour Max, c’est la douche froide. Qui savait ?

Commence alors pour Max, une véritable introspection auprès de ses amis. Il était loin d’imaginer l’étendue des abus, sans parler des dégâts irréversibles qui pèsent sur certains d’entre-eux.

Se rappelant les précieux conseils de son grand-père : « Dis tout, dis les choses », boulversé il lutte avec sa conscience : « Ce n’était pas mon histoire, ce n’était pas à moi de la raconter. »

Mais il est temps de les libérer de ce poids, même s’il est souvent forcé de lire entre les lignes.

“ Il est évident que ces souvenirs forment la charpente de leur vie. Que prendre le risque d’y toucher, ne serait-ce qu’un peu, pourrait avoir des conséquences catastrophiques. ”

Mais n’oublions pas que : « Rien ne brûle dans la mémoire comme l’injustice. »

Ce que j’en dis :

Vous qui aviez été bouleversé par Jazz à l’âme de William Melvin Kelley, qui retraçait l’histoire de jeunes garçons placés dans une institution (Ma chronique ici) ou encore Nickel Boys de Colson Whitehead ( ma chronique ici), vous ne résisterez pas à découvrir Monstres anglais de James Scudamore.

En voyageant entre le passé et le présent, on découvre à travers cette histoire poignante une belle amitié masculine née dans la tourmente dans un pensionnat d’Angleterre. Un lieu où de jeunes adolescents étaient censés être en sécurité tout en recevant la culture, l’éducation que tout être humain est en droit de revendiquer dans ces institutions.

Mais hélas, derrière ces murs c’est une autre histoire…

Il faudra hélas attendre d’être adulte pour que la vérité éclate, ayant fait entre temps des dégâts psychologiques irréversibles.

James Scudamore nous offre cette histoire avec l’élégance anglaise, il est précautionneux, délicat. Il nous amène avec douceur, sans brutalité vers ces secrets honteux comme s’il hésitait encore à nous les confier, un peu comme Max, mais souhaitant se libérer de ce poids qui l’obsède une fois les faits découverts.

Ce roman est une merveille porté par une écriture magnifique qui dégage une multitude d’émotions où l’on se surprend de passer du rire aux larmes.

C’est magnifiquement construit, présenté avec délicatesse et terriblement émouvant.

Une belle découverte éditée à La Croisée, une fenêtre ouverte sur les belles plumes du monde entier.

Un conseil : ne filer pas à l’anglaise avant de vous aventurer entres ces pages.

Pour info :

JAMES SCUDAMORE est un citoyen du monde, un comportement acquis dans l’enfance qu’il passe notamment au Japon, au Brésil, avant de rejoindre l’île patrie.

Auteur de quatre romans – La Clinique de l’amnésie, Fils d’Heliopolis, Le Dédale du passé, il a reçu le Somerset Maugham Award et a été nominé pour le Costa First Novel Award, le Commonwealth Writers’ Prize, le Dylan Thomas Prize et le Man Booker Prize.

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