Frakas

Frakas de Thomas Cantaloube aux Éditions Gallimard / Série Noire

“ – Qu’est-ce que vous écrivez ? Ce que vous constatez ou ce qui fait plaisir au maximum de gens ?

Luc avait été tenté de prendre la mouche, mais la bouderie n’était pas son style.

– Mademoiselle, j’ai changé de travail récemment pour ne plus avoir à choisir entre la vérité et son reflet déformé.

La jeune femme avait continué à le dévisager. Elle était habituée à voir défiler des bras cassés échoués sous les tropiques pour toutes les mauvaises raisons du monde. Appartenait-il à cette engeance ?

Mon métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie, avant déclaré Blanchard, sentencieux, avant d’ajouter en souriant : Ce n’est pas de moi, c’est d’Albert Londres, le saint patron des reporters, mais j’y crois ! ”

Voilà l’extrait idéal pour vous présenter Frakas de Thomas Cantaloube, qui a été correspondant à l’étranger, puis grand reporter de presse écrite avant de s’aventurer dans la rédaction de son premier roman : Requiem pour la république, récompensé par de nombreux prix, notamment le prix Landerneau en 2019, mais aussi le prix 20 Minutes /Quai du polar 2020.

Persuadée à tort que ce roman noir (Requiem pour la république) serait trop politique à mon goût, je suis passée à côté du premier volume, mais je compte bien réparer cette erreur prochainement, puisque : Frakas , m’a complètement bluffé.

C’est tout à fait le genre de récit terriblement captivant de bout en bout, apportant au passage quelques connaissances historiques, des événements méconnus du début de la V° république qu’on nommera plus tard le « Françafrique».

Et c’est en compagnie des personnages atypiques que j’ai eu plaisir à découvrir, faisant enfin connaissance avec la plume de l’auteur.

Extrait : « – On se calme ! Intervint Antoine, qui sentait l’atmosphère s’échauffer de nouveau.

– Comme ça, vous êtes devenus inséparables tous les deux ? Ironisa Volkstrom. Le truand qui s’est fait la belle de la Santé et le flic défroqué, vous faites un sacré tandem .

– Nous avons des intérêts communs, répliqua Lucchesi, vexé. »

L’enquête sert de couverture à l’auteur, pour dénoncer les travers de l’Etat français, ses magouilles et ses crimes en tout genre.

Extrait : « […] Je vois que vous connaissez déjà beaucoup de monde, déclara son hôte avec une pointe de surprise dans la voix. Votre reportage ne sera que meilleur !

Blanchard en doutait sérieusement. Il commençait même à se demander où il avait mis les pieds. Personne ne se précipitait pour lui parler, et il voyait mal briser la glace avec tous ces notables en les interrogeant, un verre de pétillant à la main, sur Moumié et la guerre qui se déroulait en brousse à coup de napalm, de camps de concentration et de charniers. »

Thomas Cantaloube signe un roman de guerre absolument magistral, aussi captivant que passionnant.

On peut que se réjouir que cette brillante plume se consacrera dorénavant à l’écriture et qu’il ait été accueilli par Gallimard et sa Série noire.

Le genre d’auteur qui me réconcilie avec l’Histoire et confirme tout le mal que je pense de tous ces politiciens, ces requins aux dents longues.

Extrait : « Je me suis toujours tenu à l’écart de la politique, mais ce que je voyais durant mes déplacements m’a fait prendre conscience d’une injustice fondamentale : le Cameroun est un pays riche, mais les habitants demeurent pauvres. Comment est-ce possible ? »

Entre un débat politique et un roman, je choisirai toujours un roman évidemment et très certainement un de la veine de ceux de Thomas Cantaloube.

Et ça tombe bien j’ai encore Requiem… qui m’attend.

Pour info :

Thomas Cantaloube est un journaliste et écrivain.

Diplômé de Sciences-Po Paris (1992) et du Centre de formation des journalistes (1995), il commence sa carrière aux « Cahiers du cinéma ». En 1997, il s’installe à Los Angeles en tant que journaliste pigiste. Là, il collabore aux Cahiers du Cinéma, à La Tribune, à L’Événement du jeudi, à BFM, à Croissance, à RAGE et à L’Humanité, dont il devient le correspondant aux États-Unis.

En 1999, à la faveur de la nouvelle formule de l’Humanité et de son ouverture à des journalistes non-communistes, il rentre en France et devient Rédacteur en chef adjoint de l’Humanité Hebdo. En parallèle de son travail de coordination, il effectue des reportages en Afrique, en Amérique du Sud et en Australie.

En 2001, en désaccord avec la ligne éditoriale du journal, il le quitte à la faveur d’un plan social et prend une année sabbatique, durant laquelle il effectue un tour du monde en onze mois, treize pays et trois continents.

En 2003, il part s’installer à Washington D.C. en tant que correspondant free-lance pour Le Parisien, Marianne et La Vie.

En 2008, il rentre en France pour participer au lancement de Mediapart. Pendant douze ans, il couvre l’actualité internationale pour le journal, effectuant de multiples reportages à l’étranger.

En janvier 2019, il publie son premier roman, « Requiem pour une république », une plongé dans les débuts de la Ve République sur fond de guerre d’Algérie entre 1959 et 1961. L’ouvrage est salué par la presse, de nombreux blogs consacrés au polar et obtient six prix littéraires dont le Prix Landerneau du Polar 2019 et le Prix des lecteurs du Quais du polar 2020.

En mars 2020, il quitte Mediapart pour se consacrer à l’écriture de fiction, romans et scénarios.

Je remercie les Éditions Gallimard pour ce roman terriblement bluffant.

11 réflexions sur “Frakas

      1. Oui, mais on juge toujours les gouts de chiottes des autres à l’aulne des nôtres, que l’on croit supérieur à ceux des autres 😆

        Je reconnais que certains ont des gouts de chiottes, mais bon, ce sont les leurs ! C’était pas ton père qui était contre le fait que tu lises tout le temps ? Il n’aimait pas la littérature ?

        Aimé par 1 personne

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