Cimetière d’étoiles

Cimetière d’étoiles de Richard Morgiēve aux Éditions Joëlle Losfeld

“ Ray Charles chantait : I Can’t Stop Loving You. Des conneries de nègre qui ne voyait que dalle. Il faisait plutôt froid, l’air était sec et râpait les poumons. Arrivé par ici, on rêvait vite de grenouilles et de pluie – peu de temps après, on ne pensait qu’à se barrer. El Paso, ce n’était qu’une ville fantôme avec des gens encore vivant piégés dedans. Vivre à El Paso, c’était une punition. ”

El Paso, guère accueillante cette ville du Texas, c’est d’ailleurs ici qu’un serial killer surnommé Le Dindon officiait il y a une huitaine d’année. Vivre par ici peut s’avérer périlleux, voir mortel, il n’est donc pas surprenant d’y retrouver le corps d’un marine sans vie.

Et bien sûr, les meilleurs lieutenants de police de la ville, Rollie Fletcher et Will Drake se retrouvent sur l’affaire.

“ ( Ce que les gens oubliaient, y compris les spécialistes en criminologie, c’était que dans toute affaire criminelle, il y avait du comique, du dérisoire. Fletcher et Drake, eux ne l’oubliaient pas car ils avaient conscience d’être des bouffons et de mener une vie de bouffons. Ils croyaient savoir qu’ils ne se feraient jamais avoir par le tragique, qu’ils crèveraient en pitres, le cœur sale et l’amertume aux coins de leurs sourires étoilés… On verrait bien.) ”

Ils traînent une sacré réputation, c’est clair, mais ils sont tenaces ces deux-là même si parfois ils ont tendance à utiliser des substances illicites et à remplir les cimetières plus vite que les croques-morts. Et c’est à bord de leur Cercueil qu’ils poursuivent les criminels.

“ Certains les appelaient lui et Drake, « Les morts–vivants ». Personne ne les appelait « Les braves types » ou « Les bons vivants ». On avait ce qu’on méritait. Il n’y avait pas d’injustice. ”

Même si c’est discutable, ils ont leurs méthodes pour obtenir des résultats et toujours avec humour, alors même si on est loin d’Hollywood, ils risquent de laisser dans leur sillage, une pluie d’étoiles mortes.

“ Fletcher et Drake trouvaient naturel qu’on aime pas les flics. Eux ne s’aimaient pas. Quand aux autres flics, ils pouvaient tous crever. ”

Ce que j’en dis :

Cimetière d’étoiles, c’est tout à fait le genre de livre que tu n’as pas envie de finir mais que tu ne peux pas t’empêcher de dévorer puisque dès les premières pages t’es déjà complètement accro. En même temps c’était à prévoir, le Cherokee, précédent roman de l’auteur t’avait déjà fait cet effet. (Ma chronique ici)

Quand t’es comme moi accro à certaines séries policières assez borderlines où les flics n’ont pas peur de sortir des limites imposées par leur hiérarchie et le règlement pour obtenir des résultats, tu ne peux que tomber sous le charme de ce duo déjanté. Que ce soit l’albinos qui philosophe à longueur de journée nous faisant partager ses pensées ou son collègue et son répertoire musical et cinématographique, il y a de la culture entre ses deux-là, même si à première vue, ça crève pas les yeux.

Le casting qui les accompagne est plutôt corsé dans le genre dérangé.

“ Par ici à El Paso, les gens se faisaient tellement chier qu’ils cancanaient un peu plus que partout ailleurs, trouvaient des surnoms aux gens et aux choses pour meubler leur ennui, distraire le temps. ”

Les personnages se suivent, se bousculent au portillon d’El Paso. On y croisera hélas, tôt ou tard “ Le Dindon ” ce serial killer qui avait déjà fait parler de lui dans Le Cherokee, mais aussi Burt, Le Lama, accompagné de son pote El Gnono, un nain armurier, Le Fisc, Henry “ le dépiauteur ” mais aussi deux autres flics du FBI, surnommés “ Les Aspirateurs ” clin d’œil à HOOVER.

De quoi vous faire passer de sacré moment de rigolade où même l’amour pointera le bout de son nez au milieu de cette enquête où les cadavres tombent comme des mouches.

Richard Morgiève possède une verve extraordinaire, un humour caustique qui ferait pâlir certains scénaristes qui ne lui arrivent pas à la cheville, un style unique, où tu te surprends à sourire malgré la noirceur de l’histoire ou la dureté de certaines scènes.

– […] Mens pas… Raconte dans l’ordre sinon je t’arrache une dent… Souris, que je choisisse laquelle.

Est-ce un western, un polar, un roman noir ? un peu tout ça en fait. C’est pas américain et pourtant c’est tout aussi bon.

T’as à peine terminé, que t’as juste envie de rembobiner l’histoire et de te te refaire une deuxième séance, histoire de voir si t’as pas oublié un truc en route et retrouver ces deux vautours pour une nouvelle chevauchée fantastique, car dans cette ambiance poussiéreuse et déglinguée c’était pas toujours simple de les suivre.

Je pourrais poursuivre les éloges pour te convaincre ou pointer Le tueur sur ta tête pour te pousser à filer en librairie, et t’acheter ce Cimetière d’étoiles, mais je te fais confiance, car toi aussi t’as besoin de te changer les idées avec une bonne dose d’encre noire, alors n’attend pas le couvre-feu, fonce chez ton dealer.

Pour info :

Richard Morgiève est un écrivain et scénariste français.

Deux drames marquent très tôt sa vie, et de façon définitive, le décès de sa mère lorsqu’il avait sept ans et le suicide de son père six ans plus tard.
Rendu à lui-même dès sa majorité, il vit de petits travaux en tous genres, dont déménageur de caves et d’appartements abandonnés, métier qu’il exercera jusqu’à 29 ans : libre au volant de sa camionnette avec Marie-Jo et la bande…
Cependant les mots de ne jamais le quitter, depuis l’enfance ils tournent en lui et l’écriture le sauve. En 1970 paraît un premier recueil de poésie à compte d’auteur, mais écœuré par ce système ( payer pour se lire ) il se jure de ne plus écrire avant 10 ans. En 1980 il a arrêté son travail de déménageur et publie Allez les Verts. Depuis il n’a cessé d’écrire, comme romancier, scénariste, dialoguiste pour le cinéma et la TV, avec notamment l’adaptation de son roman Fausto.

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld pour ce western contemporain de haut vol ♥️

5 réflexions sur “Cimetière d’étoiles

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