Jazz à l’âme

Jazz à l’âme de William Melvin Kelley aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Moreau

En plus d’être black, Ludlow Whashington est aveugle. Et lorsque qu’il atteint l’âge de cinq ans, il sera abandonné par sa famille dans un institut pour aveugles.

À peine arrivé, il comprend que vivre ici sera difficile.

Endurant quotidiennement des mauvais traitements, il sera épargné grâce à ses prodigieux talents de musicien.

Il quitte l’institut à ses seize ans pour rejoindre un orchestre qui se produisait dans un café à New Marsails.

« Il joue comme un Dieu, ce soir ! Il a le swing dans la peau ce petit ! »

N’ayant pas du tout été préparé à ce qui l’attend dans le monde, il découvre la vie à tâtons.

Malgré tout, il devient rapidement un pionnier du Jazz et part très vite à la conquête des scènes New-yorkaises, devenant une véritable icône.

” – On racontait que j’avais débarqué à New-York et que j’aurais inventé le jazz moderne. “

Quelques années, après la guerre, il quitte les orchestres et forme son premier groupe.

” L’un dans l’autre, ça s’est plutôt bien passé, pendant un temps… “

Mais la musique ne suffit pas à combler tous les manques et très vite ses démons intime le rattrapent.

Blessé à jamais par son enfance volée, meurtri par les trahisons amoureuses, Ludlow perd pieds, et craque en pleine représentation…

” J’ai pas honte du tout. J’ai disjoncté. En fait, j’ai craqué plusieurs fois. “

Le rideau tombe, la gloire s’en est allée, seuls les connaisseurs se souviendront.

Ce que j’en dis :

Roulement de tambour depuis l’annonce du deuxième roman de William Melvin Kelley publié aux Éditions Delcourt, à qui l’on doit une profonde reconnaissance pour nous permettre de découvrir ce formidable auteur oublié de la littérature américaine jusqu’à présent.

Depuis ” Un autre tambour “ (ma chronique ici), j’attendais patiemment Jazz à l’âme, afin de retrouver ce conteur d’histoire qui n’hésite pas à dénoncer les ravages de la ségrégation aux États-Unis.

À travers ce récit, présenté de manière originale en introduisant au début des nouveaux chapitres des extraits d’interviews, on suit le parcours de Ludlow, notre Jazzman le personnage central, depuis son enfance jusqu’à sa vie d’adulte.

Manquant cruellement d’éducation après avoir grandi à l’orphelinat, Ludlow, malheureusement aveugle, découvre à tâtons la vie, accompagnée de sa précieuse musique, dont il espère qu’elle lui ouvrira des portes et le tiendra éloignée de la rue.

Un homme blessé par son douloureux passé, qui s’accroche à sa musique comme une bouée de sauvetage, gardant l’espoir de rencontrer un jour une femme aimante, malgré ses nombreuses déceptions.

Souvent touchant, parfois détestable, l’histoire de cet homme ne peut laisser indifférent face à cette vie tourmentée et cette double injustice à gérer due à son handicap et sa couleur de peau.

Une histoire bouleversante portée par une plume élégante, sans pathos, sans longueur allant à l’essentiel tout en nous offrant un récit intense que l’on quitte les larmes aux yeux, le Jazz à l’âme.

Pour info :

Né à New York en 1937, WILLIAM MELVIN KELLEY a grandi dans le Bronx. Il a 24 ans lorsque paraît son premier roman, Un autre tambour, accueilli en triomphe par la critique.

Comment ce jeune auteur, promis à une brillante carrière, a-t-il disparu de la scène littéraire ? Une décision consciente : la réponse est contenue dans son premier roman en quelque sorte.

En 1966, il couvre le procès des assassins de Malcom X pour le Saturday Evening Post, ce qui éteint ses derniers rêves américains. Anéanti par le verdict, il regagne le Bronx par la West Side Highway, les yeux pleins de larmes et la peur au fond du cœur. Il ne peut se résoudre à écrire que le racisme a encore gagné pour un temps, pas maintenant qu’il est marié et père.

Quand il atteint enfin le Bronx, sa décision est déjà prise, ils vont quitter la «Plantation», pour toujours peut-être. La famille part un temps pour Paris avant de s’installer en Jamaïque jusqu’en 1977.

William Melvin Kelley est l’auteur de quatre romans dont Dem (paru au Castor Astral en 2003) et d’un recueil de nouvelles. En 1988, il écrit et produit le film Excavating Harlem in 2290 avec Steve Bull. Il a aussi contribué à The Beauty that I saw, un film composé à partir de son journal vidéo de Harlem qui a été projeté au Harlem International Film Festival en 2015.

William Melvin Kelley est mort à New York, en 2017.

Je remercie infiniment les éditions Delcourt pour cette nouvelle pépite littéraire.

2 réflexions sur “Jazz à l’âme

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