Nickel Boys

Nickel Boys de Colson Whitehead aux Éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” Tandis qu’ils se changeaient, Elwood s’efforça de ne pas trop regarder les marques sur le corps des autres, les longues cicatrices irrégulières et les traces peut-être dues à des brûlures. Il ne revit jamais Franklin et Bill après ça. Il y a à plus de six cent élèves à Nickel ; les Blancs en bas de la colline et les Noirs en haut. […] Ils gagnèrent les quartiers des élèves noirs. Les épaules d’Elwood se relâchèrent. Il avait peur d’un établissement dirigé par des hommes tels que Spencer – des hommes qui aimaient formuler des menaces et en savouraient l’effet -, mais peut-être le personnel de couleur protégerait-il les siens. Et si ces gens se révélaient aussi méchants que les Blancs, Elwood se rassurait en se disant qu’il ne s’était jamais autorisé le type de transgressions pour lequel les autres s’étaient fait pincer. Il n’avait qu’à continuer à faire ce qu’il avait toujours fait : bien se conduire. “

Elwood, ce jeune noir fervent de Martin Luther King et de ses messages de paix, n’était absolument pas prédestiné à séjourner à Nickel Acadamy. Mais hélas, le jour où il se rendait à l’université pour y faire de brillantes études, il fut arrêté à bord d’une voiture volée. Il n’était que passager, mais sa couleur de peau le conduisit évidemment tout droit vers une terrible erreur judiciaire .

Après un jugement rapide, il est condamné et envoyé directement en maison de correction. Un endroit qui va s’avérer sordide.

” Les pensionnaires étaient appelés élèves, et non détenus, pour les distinguer des criminels violents qui peuplaient les prisons. Ici, se dit Elwood, les criminels violents étaient du côté du personnel. “

Très vite, Elwood va se rendre compte des agissements des surveillants, qui infligent les pires sévices aux pensionnaires. Certaines disparitions deviennent inquiétantes.

Seul l’amitié qui le lie à Turner, l’aidera à ne pas perdre tous ses espoirs de sortir un jour de cet endroit.

Ce que j’en dis :

Après le fabuleux Underground Railroad couronné en 2017 par le prix Pulitzer, et largement salué par les lecteurs, Colson Whitehead reçoit la même distinction pour Nickel Boys en 2020, et de ce fait s’inscrit dans la lignée des rares romanciers distingués à deux reprises pour ce fabuleux prix, tout comme William Faulkner et John Updike.

Tout comme lors de son précédent roman, l’auteur base son histoire sur des faits réels qui se sont déroulés dans la ” Arthur. G. Dozier School for boy “ à Marianna en Floride qui a enfin fermé ses portes en 2011.

C’est seulement en 2010, 109 ans après l’ouverture de ce centre de détention qui maltraita de manière atroce des enfants, que des révélations apparurent et bousculèrent l’Amérique. Pas loin de 98 enfants y seraient morts, et enterrés dans le petit bois proche du lieu.

C’est après avoir vu un reportage sur cet endroit que Colson décide d’écrire cette bouleversante fiction.

À travers ce roman, une fois de plus on est confronté de plein fouet à l’injustice que subissent depuis trop longtemps les Noirs aux États-Unis. Une haine raciale qui perdure encore de nos jours malgré l’abolition de la ségrégation.

Et c’est avec Elwood mais également Turner, son ami que nous voyagerons entre les années 60 et les années 80, de la détention à la liberté retrouvée, entre espoir pour l’un, et résignation pour l’autre, vers un final inattendu et déchirant.

En véritable conteur, l’auteur nous permet de découvrir un pan d’Histoire peu glorieux de l’Amérique, pour témoigner tout en gardant toujours un brin d’espoir que cela change un jour.

Un bel hommage à tous ces enfants perdus qui renaissent sous la plume de Colson Whitehead pour ne pas les oublier.

Un véritable devoir de mémoire à découvrir absolument.

Pour info :

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération.

Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce récit extrêmement bouleversant.

8 réflexions sur “Nickel Boys

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