Buveurs de vent

Buveurs de vent de Franck Bouysse aux Éditions Albin Michel

” Quatre ils étaient, un ils formaient, forment, et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase, en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir. “

Certains lieux sur terre cachent de belle histoire, où la nature et les hommes tentent de se partager le territoire, comme par ici dans Le Gour Noir. Une vallée découverte, il y a bien longtemps, où vit une fratrie de trois frères et une sœur, soudée par un lien immuable.

C’est en compagnie de Marc, grand amoureux des livres, de Matthieu très proche des arbres, de Mabel à la beauté sauvage et de Luc, le petit frère un peu cabossé qui n’en demeure pas moins touchant, aimant parler aux animaux en rêvant d’être un jour l’un des leurs, que nous allons découvrir cette histoire.

” Ils n’étaient encore que des gamins défiant le destin, sans autre idéal que ce moment de liberté absolue, dont ils conserveraient le souvenir jusqu’à la mort. Ils se moquaient éperdument du danger, n’imaginant même pas que la corde puisse s’effilocher, encore moins casser. […] Dans le futur, aucun d’entre eux ne pourrait affirmer que le jeu n’en valait pas la chandelle. “

Une vallée de toute beauté assombrit par l’ombre d’un homme, qui survole tel un rapace le Gour Noir, s’étant approprié année après année l’endroit. Il est le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, et l’employeur de la majorité des habitants comme leur père , leur grand-père avant eux.

Joyce, un véritable tyran, adepte de l’abus de pouvoir.

Il suffirait de peu chose pour qu’une révolte surgisse, et si la nature s’en mêle, l’atmosphère déjà électrique pourrait très vite s’embraser.

” Elle arriva du Sud, à la nuit tombée, et s’engouffra dans la vallée, gueule béante, crachant une haleine sableuse, sans odeur ni goût. Elle avait pris naissance on ne sait où et on ne sait comment, en un pays de dunes et de soulèvements. Remontant la rivière comme dans un goulot, courbant, étêtant, déracinant, avec plus ou moins d’aisance selon l’espèce et l’âge des arbres, tout cela dans un terrible fracas. Troupe de géant avançant droit devant sans se soucier de l’endroit où ils posaient leurs pieds, ni de ce qu’ils écrasaient ou épargnaient, et l’on voyait les lumières s’éteindre à leur passage, semblables à des bougies soufflées par une bouche immense. Humains et animaux se cachèrent, au creux d’une tanière, dans un roncier, derrière des murs, tous reclus dans une même peur. Subissant la colère, espérant échapper au châtiment. “

Plus unis que jamais, les buveurs de vent s’accrochent à leurs cordes, résistant coûte que coûte à tout ce qui pourrait les séparer et les éloigner de la vallée du Gour Noir…

” La vie, il faut la laisser déborder tant qu’il y en a. “

Ce que j’en dis :

Quand l’orfèvre de la littérature nous offre un nouveau bijou d’exception, on lui ouvre les portes en grand de notre bibliothèque

Six ans déjà, depuis ma lecture de Grossir le ciel et je constate que comme le bon vin, la plume de Franck Bouysse gagne en saveur et laisse un souvenir délicieux après dégustation.

Toujours aussi pointilleux, cet amoureux des mots, soigne sa présentation comme un grand couturier. Chaque personnage qui s’apprête à entrer en scène, est habillé avec l’élégance des beaux mots de la langue de Molière. Des mots ciselés, pour revêtir chaque costume à la perfection. Et il en est ainsi pendant tout le défilé des personnages, que ce soit la nature, le lieu, les êtres humains ou le règne animal.

Mais cette fois, il nous emmène plus loin, et nous offre un récit construit de manière remarquable où les intrigues tissées dans la toile de l’histoire emprisonnent le lecteur jusqu’au final époustouflant.

D’emblée on s’attache aux Buveurs de vent, nos héros insoumis, unis par des liens indestructibles. La rage au ventre, on les accompagne face à ce tyran qui foudroie tout sur son passage.

Mais on peut compter sur la nature toujours omniprésente dans les romans noirs de Franck Bouysse pour embellir ce lieu où la noirceur tente de s’imposer avec force.

Véritable conte intemporel, Buveurs de vent vous transportera vers un lieu où seul les véritables héros trouveront le chemin de la liberté.

C’est un de mes coups de cœur de cette rentrée qui fait que je lui pardonne (un peu) d’avoir changé de maison…

Retrouvez ma chronique de son précédent et prestigieux roman ” Né d’aucune femme “ ICI

Pour info :

Franck Bouysse est né en 1965 et partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. 

Grossir le ciel a rencontré un succès critique et public et a obtenu le Prix Polar SNCF en 2017 ainsi que le prix Sud Ouest / Lire en poche, le prix polar Michel-Lebrun, le prix Calibre 47 et le prix Polars Pourpres. 

Franck Bouysse est également l’auteur aux éditions de La Manufacture de Livres de Plateau, prix des lecteurs de la foire du livre de Brive, Glaise, et de Né d’aucune femme, prix Psychologies magazine. 

Je remercie les Éditions Albin Michel d’accueillir sur leur scène Franck Bouysse , une plume qui mérite de nombreux podiums.

3 réflexions sur “Buveurs de vent

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