Deux cœurs légers

Deux cœurs légers de Sophie Simon aux Éditions Anne Carrière

La vie est ainsi faite que, pour une raison que j’ignore, tout bonheur doit se payer. “

Dans les années 70, dans un coin reculé du Nebraska, Ray, un jeune guitariste tente sa chance en participant à un concours musical. Un homme le repère avant même son passage sur scène et lui donne l’opportunité d’entrée dans la lumière.

Le jeune Ray, débarque alors à Los Angeles où très vite il signe avec une grande compagnie et enregistre son premier album.

Sa carrière s’enflamme, loin du restaurant familial et des ambitions de son père à son égard.

Ray rencontre un succès fou sur scène mais aussi auprès des filles, surtout une en particulier, prénommée Minnie dont le frère Marty, un type plutôt insignifiant, réservé mais qui s’avère être un véritable virtuose à l’harmonica.

Tout se présentait à merveille mais hélas, Ray est noir et Minnie blanche et mineure, sans oublier qu’elle est la fille d’un père tyrannique, un pauvre type qui va hélas séparer nos jeunes amoureux pour quelques années et envoyer Ray derrière les barreaux.

” Il faut avoir le cuir épais pour endurer sans ciller ni s’émouvoir les brimades régulières, pour avancer sans se retourner sur l’idiot qui vient de vous gifler. Pour supporter que son corps soit un spectacle. Un divertissement, une attraction permanente, ouverte à tous et sans jour chômé. Or, pour Marty dont la sensibilité n’avait d’autre cuirasse qu’un manteau de graisse, chaque coup l’enfonçait un peu plus sous terre.

Affligé des mêmes frustrations, des mêmes failles, je crus néanmoins qu’ensemble nous allions nous en sortir. Car, pour ma part, même si elle n’était pas aussi désastreuse d’un strict point de vue existentiel, ma vie ne ressemblait pas à celle dont j’avais rêvé. Mais il y’a des causes perdues d’avance, des ambitions vouées à l’échec, comme des vers dans certains fruits. (…)

Je ne l’ai entendu jouer que des années plus tard, lorsqu’il est venu s’installer chez nous, à Imperial.

Ce jour-là, alors que j’avais perdu mes illusions, j’ai cru que tout s’illuminait de nouveau. “

À sa sortie de prison, Ray reprend le cours de sa vie, retrouve ceux qu’il aime et tente de poursuivre ses rêves brisés en cours de route…

Ce que j’en dis :

Quel plaisir de retrouver cette plume française qui sent bon l’Amérique, autant pour le lieu où se situent ses histoires que pour le style de l’auteure, il n’est donc pas étonnant que je sois tombée sous son charme irrésistible.

Dans ce nouveau roman elle aborde à travers ses personnages bouleversants et toujours très attachants, les difficultés à s’imposer sur les devants de la scène après avoir notamment passé par la case prison mais également les problèmes du racisme, contre lesquels Ray est confronté depuis toujours, ayant toujours vu son père faire profil bas, et ayant toujours eu du mal à le supporter. Il vit avec le rêve de devenir un jour un grand guitariste à succès et ne laissera jamais tomber, même si les responsabilités familiales l’emportent et l’éloignent chaque jour un peu plus de la scène, et de sa passion jusqu’au jour où Marty son beau frère et ami, exorcisera ses vieilles blessures à travers de magnifiques textes qui risquent peut-être de changer leurs destins…

Sophie Simon nous offre un très bon blues littéraire, scandaleusement stylé, pimenté d’humour où la réalité rattrape la fiction avec élégance et beaucoup d’émotion.

Une fois encore, elle confirme son talent d’auteure qu’il serait bon de présenter à un scénariste américain par exemple, notamment Woody Allen, là ce serait la grande classe.

En attendant, laissez-vous porter par sa plume, laissez vous attendrir par ses mots en vous baladant à travers ses pages où la musique et l’amour l’emporte sur la haine.

Vous verrez vous en redemanderai.

Moi j’attends déjà le prochain…

Pour info :

Sophie Simon vit à Paris. Elle a déjà publié deux romans et un recueil de nouvelles aux éditions Lattès.

Ma chronique d’Aimer et prendre l’air (ici)

Je remercie les Éditions Anne Carrière et Sophie pour cette divine dédicace qui recèle une vérité incontestable…

Que tombe le silence

Que tombe le silence de Christophe Guillaumot aux Éditions Liana Levi

 » Six n’écoute pas les droits qui lui sont récités. Il les connaît par cœur. Il beugle, il bave, il veut comprendre. Mais la machine judiciaire s’est mise en branle. Déjà des hommes en tenue blanche investissent les lieux, armés de coton tiges, de fioles et d’un matériel sophistiqué. Son minuscule appartement va être passé au peigne fin.

Mais que cherchent-ils ? “

Alors que Six, un ancien coéquipier de Renato Donatelli, dit le Kanak, s’apprêtait à démissionner avec l’intention de rejoindre sa compagne à New-York, des collègues débarquent et le menottent. Une perquisition dans les règles suie, et une trouvaille va le mettre en fâcheuse posture. Il se retrouve en un instant accusé de meurtre.

Est-ce un coup monté ou un règlement de compte, heureusement il peut compter sur le Kanak, son ami au grand cœur pour enquêter dans l’ombre.

” (…) pour l’heure, les histoires de casinos sont le dernier de ses soucis. Six est retenu dans sa cellule et il doit l’en faire sortir. “

Mais cette fois tout se complique, le sort s’acharne, et des événements tragiques s’enchaînent, personne n’en sortira indemne. Une véritable tornade se déchaîne dans leur vie, avant que tombe le silence…

Ce que j’en dis :

Quand on connaît le Kanak, on est forcément attaché à lui, et on prends grand plaisir à le retrouver.

Cette fois, on s’éloigne quelque peu de la police des jeux, et on s’approche davantage des difficultés rencontrées par les policiers dans leur travail. Un quotidien professionnel souvent difficile à concilier avec la vie privée et qui entraîne bien souvent des dépressions menant parfois au suicide.

L’auteur n’hésite pas également à travers ce polar, à montrer comme il est parfois difficile de ne pas franchir la ligne, de ne pas finir en ripoux, tant les tentations sont à portées de main.

Confrontant le Kanak à son passé, il nous permet de connaître davantage ce personnage inspiré d’un de ses amis trop tôt disparu.

Un bel hommage également à sa ville Toulouse, son fief, qu’il honore de sa plume en en faisant un personnage à part entière.

Un polar bien mené qui gagne en profondeur et confirme le talent de ce flic qui est passé du côté des écrivains à suivre.

Hâte de retrouver cette plume bien armée.

Pour info :

Christophe Guillaumot, né à Annecy en 1970, est commandant de police au SRPJ de Toulouse où il dirige la brigade des courses et jeux.

En 2009, il obtient le prix du Quai des orfèvres pour Chasses à l’homme (Fayard). Avec Abattez les grands arbres (Cairn, 2015 – Points 2018) et La Chance du perdant (Liana Levi 2017 – Points 2018), il impose une série mettant en scène le personnage de Renato Donatelli, dit le Kanak, librement inspiré d’un policier calédonien avec qui il a fait ses premières armes dans la police. 

Que tombe le silence (Liana Levi janvier 2020) confronte le Kanak à des policiers abîmés, à des vies brisées et souligne la dure et implacable réalité de ce métier.

Je remercie les Éditions Liana Levi pour cette plongée dans la tourmente policière.