Nous avons les mains rouges

Nous avons les mains rouges De Jean Meckert aux Éditions Joëlle Losfeld

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche

 » – L’homme est une espèce bizarre qui veut sa sécurité. Il tue son aujourd’hui pour asseoir son demain. Il prostitue sa semaine pour assurer son dimanche. Il peint sa vie en gris ardoise, il invite chacun à venir uriner dessus, pour peu qu’on lui promette une vieillesse à coupons de rente. En vérité, je me soucie peu de la race des fonctionnaires. Entre le cloporte et la punaise, la place qu’on lui fait est encore trop honorable. Qui pense à son demain ignore la liberté. Et c’est une gentillesse à lui faire que de lui écraser la tête à coup de talon. Le mieux est encore de s’asseoir dessus ! “

Lorsque Laurent sort de prison, il ne s’attendait pas à trouver si tôt un emploi, ni même un foyer.

M. D’Essartaut, chef d’un maquis et père de deux jeunes filles lui offre la possibilité de rejoindre sa scierie.

Très vite, il va s’apercevoir que son nouveau patron, aidé de quelques acolytes et du pasteur Bertod continuent depuis deux ans, malgré la Libération, une épuration qu’ils pensent juste. Lors d’opérations punitives, ils s’attaquent aux divers trafiquants et profiteurs de la région.

” – Nous avons les mains rouges ! dit-il. Il nous faudrait un bain de justice et de pureté pour les laver. À toi, Laurent, nouveau parmi nous, neuf aussi dans le monde nouveau d’après la tourmente, de nous dire si tu crois encore à la justice et à la pureté. “

Jusqu’à ce que la mort de l’un d’eux, divise le groupe, les amenant à pratiquer le terrorisme, à commettre des meurtres, remettant en cause tout ce pour quoi ils se battaient et les conduisant vers une nouvelle tragédie.

Ce que j’en dis :

Qu’il fut bon de découvrir enfin cette belle plume.

Quelle chance d’avoir entre les mains un texte si fort à l’écriture singulière.

On ne peut que remercier les Éditions Joëlle Losfeld pour la publication des introuvables et des inédits de Jean Meckert.

Présenté par Stéfanie Delestré et Hervé Delouche, Nous avons les mains rouges, nous entraîne dans l’après-guerre aux côtés de résistants rebelles qui continuent la lutte, n’acceptant pas la fatalité.

Tel un cri de rage, ce récit saisissant écrit en 1947, s’impose par sa force, son style et font de ce roman un incontournable à découvrir expressément.

À travers les yeux de Laurent, en alliant suspens, Histoire, à travers des personnages forts, nous conduisant vers une fin sombre et déchirante, Jean Meckert nous offre un roman noir, profondément humain, d’un réalisme surprenant.

Une œuvre remarquable à savourer comme il se doit.

Pour info :

Jean Meckert naît à Paris en 1910. Mobilisé en 1939, il est interné en Suisse en 1940 à la suite de la débâcle et y écrit son premier roman, Les coups, que Gallimard accepte immédiatement.

Suivront plusieurs autres titres, tous salués par des grands noms de la littérature française tels que Raymond Queneau, André Gide, Roger Martin du Gard, Maurice Nadeau, Jean-Jacques Pauvert… ou plus récemment Manchette et Annie Le Brun.

Dès 1950, Marcel Duhamel le fait venir à la Série Noire où il s’impose, sous le nom d’Amila, comme l’un des meilleurs auteurs de polar français. 

Je remercie les Éditions Joëlle Losfeld de m’avoir donné l’occasion de découvrir cette merveille.

4 réflexions sur “Nous avons les mains rouges

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s