“ Paz ”

Paz de Caryl Férey aux Éditions Gallimard

“ L’affaire qui l’occupait sentait la pisse froide. Lautaro avait doublé les récompenses pour obtenir des infos, sans résultat. Les cadavres s’accumulaient. Plus d’une trentaine, dont la moitié hors de sa juridiction, et tous n’avaient sûrement pas encore été découverts : un bombardement de morts, par petits bouts éparpillés comme des munitions à fragmentation touchant la population civile. Les médias n’étaient pas au courant, focalisés sur les premières élections depuis les accords de paix. Ça ne durerait pas.  »

Lautaro Bagader est chef de la police criminelle de Bogota, il est aussi le fils du Procureur général de la Fiscalia et le frère d’un ancien du FARC, aujourd’hui disparu.

À la veille des élections présidentielles, des corps mutilés sont retrouvés qui n’est pas sans rappeler les massacres de la Violencia des années 50.

” – Nous soupçonnons une organisation criminelle de grande envergure d’être l’auteur de ces massacres : le Clan du Golfe est la première sur notre liste. (…)

– La paix a été signé par presque tous les belligérants ; vous vous doutez bien que si vous ou vos tueurs êtes responsables de ces massacres, aucune négociation politique et judiciaire ne sera admise. “

Diane Duzan, une journaliste d’investigation à El Espectador insatisfaite des informations de la police, au sujet de tous ces morts retrouvés à travers le pays, décide de mener sa propre enquête.

” Le processus de paix n’avait pas changé grand-chose, il n’y avait jamais eu autant de coca cultivée dans le pays – plus de trois cent mille hectares. La proximité avec la frontière équatorienne faisait de Nariño un passage obligé pour le trafic de drogue, rendu plus dangereux par la dissidence des combattants d’extrême gauche et l’arrivée des cartels mexicains sur le territoire. La guerre pour le contrôle de la production tuait les hommes mieux que les mauvais alcool et les balles perdues des bars où les raspachines se réunissaient le week-end , un hécatombe qui frappait les pères et voyait les fils s’engager parmi les combattants des différentes forces armées, pour le malheur des veuves chefs de famille. “

Au cœur de la Colombie, une fois encore la violence et la corruption font rage, tout comme la drogue et la prostitution dans un climat politique sous haute tension.

À travers cette tragédie familiale aux allures shakespeariennes, Caryl Férey nous plonge dans les coulisses historiques de l’horreur colombienne.

Ce que j’en dis :

Absolument fan de ce baroudeur depuis la lecture de Mapuche, puis Zulu, et ainsi de suite … il était certain que je prendrais grand plaisir en m’aventurant dans son dernier roman, Paz. J’ai enfilé mon gilet pare-balle par précaution puisqu’il était question de Violencia et bien à l’abri dans mon salon, j’ai filé direction la Colombie.

A peine arrivée, j’en ai pris plein les yeux, de même que Lautaro, se réveillant la main sur les fesses d’une femme… Ça commence fort, mais le meilleur reste à venir.

Enfin le meilleur pour le lecteur, car pour ceux qui se baladent dans cette histoire, c’est pas gagné. La violence est omniprésente, en même temps vu le contexte on y est préparé.

Et quoiqu’en disent certaines mauvaises langues (à mon avis des jaloux qui écrivent avec leurs pieds ) ce thriller c’est une « tuerie ».

Bien sûr, c’est brutal, et même si le processus de paix est en cours, il est certain que ce n’est pas simple pour les colombiens.

Caryl Férey nous épargne du mieux possible en minimisant autant que faire se peut certaines situations mais s’il veut rester crédible, lui qui n’hésite pas à enquêter sur place, à se rendre sur le terrain avec ses acolytes, il ne peut évidemment pas tout supprimer sinon quel intérêt.

Alors si tout comme moi, vous aimez ceux qui écrivent avec leurs tripes mais aussi leur cœur, ce livre est fait pour vous comme il le fut pour moi, et ce n’est pas quelques scènes un peu hard qui vont vous empêcher de découvrir ce voyage en Colombie. Y’a de la haine, de la corruption, de la prostitution, des massacres, des trahisons, une famille divisée, mais y’a aussi de l’amour, ça laisse un peu d’espoir non ?

C’est signé Caryl Férey, de la bonne came de Colombie pure et dure.

Pour info :

Paz est disponible en version audio, lue par Michel Vigné, depuis le 10 octobre 2019 dans la collection Écoutez Lire.

2 CD MP3 / 20 h d’écoute environ.

Biographie (Emprunté sur le site des Étonnants voyageurs)

L’idole du romancier Caryl Ferey n’est pas un homme de lettres : c’est Joe Strummer, le mythique leader des Clash, dont le punk contestataire a bercé son adolescence. Un « modèle d’éthique » dont il envie l’intransigeance et la droiture morale et avec lequel il partage une véritable rage, palpable dans chacun de ses polars.

Dopé au rock, Caryl Ferey se lance à 17 ans dans l’écriture d’une saga « romantico-destroy » : un pavé impubliable, sorte de road-movie à la Mad Max, magnifiant les aventures et les excès de son adolescence bretonne. L’excès est l’un des leitmotiv de sa vie : il en fera l’éloge en 2006 dans un court recueil de textes publié par Gallimard. Méprisant le « confort bourgeois », avide de mouvement, de rencontres, Caryl Ferey s’embarque sitôt majeur dans un tour du monde qui le conduira en Océanie, sur les traces du grand Brel, autre figure importante de son panthéon personnel.

Il tombe alors amoureux de la Nouvelle-Zélande : le « pays du long nuage blanc » sera dix ans plus tard le décor des deux thrillers au lyrisme brutal et aux dialogues ciselés, Haka (1998, « ressuscité » chez Folio Policier en 2003) et Utu (2004), qui l’imposent dans le milieu du polar français. Loin des clichés édéniques, ces deux romans mettent en scène les durs à cuire Jack Fitzgerald et Paul Osbourne, flics des antipodes, en butte aux relents du passé colonial du pays du « kiwi » et aux violences du libéralisme à tout crin des années 1980. Après le Prix SNCF du polar français reçu en 2005 pour Utu, Zulu, dont l’action se situe cette fois dans l’Afrique du Sud post-apartheid, lui vaut en 2008 une ribambelle de distinctions : Prix des Lecteurs des Quais du Polar de Lyon, Grand Prix du Roman Noir Français au festival du film policier de Beaune, prix Nouvel Obs du roman noir, prix des lectrice du magazine Elle… Une adaptation pour le cinéma est présentée a Cannes en 2013, gros succès.

Caryl Ferey sévit aussi régulièrement sur les ondes : il écrit de nombreuses pièces radiophoniques pour France Culture. En novembre 2008, la station a notamment diffusé en direct sa fiction « Crevasses », une création post-apocalyptique mêlant théâtre, musique, rap et slam, à laquelle ont collaboré la rappeuse Casey et l’écrivain Jean-Bernard Pouy. Friand d’expérimentations, Caryl Ferey s’est également frotté à Internet, en écrivant le texte de la web-fiction Muti proposé sur le site du Monde lors de la Coupe du Monde de football de 2010 : un véritable roman-feuilleton interactif entrainant l’internaute dans les bas-fonds de Cape Town…

Après ses polars sud-américains, Mapuche en 2013, opus noir et déjanté sur la communauté indigène Mapuche, Condor, roman engagé qui nous transporte dans une folle enquête à travers les grands espaces chiliens, Caryl Ferey est parti se perdre en Sibérie pour nous livrer l’étonnant Norilsk : récit de ses « vacances » par -30° dans une ville minière en autarcie, réputée la plus poluée du monde.
Mais le prolifique écrivain globe-trotter est déjà de retour avec un polar, publié chez Série Noire, Plus jamais seul. L’occasion de rapatrier son héros préféré en Bretagne : le truculent McCash. Cet ex-flic borgne, inspiré par un camarade d’école ayant perdu un oeil dans un accident de moto, est un héros récurrent de Caryl Ferey. McCash, aussi attachant que cynique, décide d’enquêter sur la mort de son meilleur ami. Une enquête qui va le conduire jusqu’en Méditerranée, où il aura fort à faire face aux trafiquants d’être humains et exploiteurs de toute espèce. Un roman noir et engagé où on retrouve les préoccupations politiques de Caryl Ferey, mais où on rit aussi beaucoup !

Je remercie les Éditions Gallimard pour cette virée colombienne sous haute tension.

4 réflexions sur ““ Paz ”

  1. Hé, ce n’est pas facile d’écrire avec ses pieds ! PTDR

    Je ne PAZerai pas mon tour pour ce roman que je veux découvrir et ensuite, il serait plus que temps que je fasse Mapuche (et pas ma pute) parce que là, j’ai du retard (mais je suis en règle de Haka, Utu et Zulu) 🙂

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    1. dealerdelignes

      T’as essayé d’écrire avec tes pieds ? J’ai failli sortit mon flingue mais heureusement je l’avais laissé au vestiaire, quelle jalouse cette vilaine auteure 😹😹bon moi c’est hala et utile et d’autres aussi mais ça va ils sont tous là, tu adorera enfin j’espère 🤞🏻🤞🏻

      Aimé par 1 personne

      1. Non, mais quand je suis en forme, je sais attraper des trucs avec mes pieds nus. Des origines du singe sont encore en moi ! PTDR

        Tu donnes le nom de cette vilaine par MP ou c’est un secret d’état ?? 😆

        Bon, ben, yapuka le lire ! 😉

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      2. dealerdelignes

        Hélène Gestern, elle a écrit eux sur la photo…. j’ai vraiment pas aimé ses propos surtout à une table ronde, c’était violent et vraiment pas correct de la part d’une auteure, elle jouait à Gerard Collard

        Aimé par 1 personne

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