“ Un autre tambour ”

Un autre tambour de William Melville Kelley aux Éditions Delcourt

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Lisa Rosenbaum

” En juin 1957, pour des raisons qui restent à éclaircir, tous les habitants noirs quittèrent l’État. Ce dernier constitue un cas unique dans l’Union, du fait qu’il ne compte pas un seul membre de la race noire parmi ses citoyens. “

Dans le Sud profond des États-Unis, en 1957, de bon matin Tucker Caliban se conduit de manière étrange. Il commence par répandre du sel sur son champ, puis abat sa vache et son cheval pour finir par brûler sa ferme. Une fois ces tâches accomplies, vêtu de son plus beau costume, il quitte la ville.

Le lendemain c’est au tour de tous les autres habitants noirs de déserter la ville.

En fin de journée, cette contrée s’est vidée d’un tiers de sa population et devient une ville de Blancs.

” … personne ne prétend que cette histoire est entièrement vraie. Ça a dû commencer comme ça, mais quelqu’un, ou des tas de gens, ont dû penser qu’ils pouvaient améliorer la vérité, et c’est ce qu’ils ont fait. Et c’est une bien meilleure histoire parce qu’elle est faite à moitié de mensonges. “

C’est ces Blancs, ceux qui restent, les enfants, les hommes et les femmes qui vont après le choc encaissé nous raconter cette histoire.

” N’importe qui, oui, n’importe qui peut briser ses chaînes. Ce courage, aussi profondément enfoui soit-il, attend toujours d’être révélé. Il suffit de savoir l’amadouer et d’employer les mots appropriés, et il surgira, rugissant comme un tigre. “

Ce que j’en dis :

Qu’elle soit vraie ou fausse, cette histoire cache sous ses allures de fable, de bien tristes révélations, qu’elles soient du temps passé ou du temps présent.

À travers la voix des blancs, ce roman choral remonte sur trois générations. L’auteur évoque les questions raciales à travers une histoire étonnante et pose un regard pertinent et avisé sur cette population malgré son jeune âge. À seulement 24 ans, il nous offre un roman surprenant mais au réalisme qui résonne hélas toujours actuellement, le racisme n’étant toujours pas prêt de disparaître.

Publié en 1962 au États-Unis, on ne peut que remercier Kathryn Schulz de lui avoir permis de sortir des oubliettes et féliciter également les Éditions Delcourt de lui avoir donné vie en France.

Un roman de qualité littéraire extraordinaire qui rejoint mon panthéon d’écrivains afro-américains auprès de Toni Morrison et James Baldwin.

” Le géant de la littérature américaine  » à découvrir absolument.

Pour info :

Né à New York en 1937, WILLIAM MELVIN KELLEY a grandi dans le Bronx. Il a 24 ans lorsque paraît son premier roman, Un autre tambour, accueilli en triomphe par la critique.

Comment ce jeune auteur, promis à une brillante carrière, a-t-il disparu de la scène littéraire ? Une décision consciente : la réponse est contenue dans son premier roman en quelque sorte.

En 1966, il couvre le procès des assassins de Malcom X pour le Saturday Evening Post, ce qui éteint ses derniers rêves américains. Anéanti par le verdict, il regagne le Bronx par la West Side Highway, les yeux pleins de larmes et la peur au fond du cœur. Il ne peut se résoudre à écrire que le racisme a encore gagné pour un temps, pas maintenant qu’il est marié et père.

Quand il atteint enfin le Bronx, sa décision est déjà prise, ils vont quitter la «Plantation», pour toujours peut-être. La famille part un temps pour Paris avant de s’installer en Jamaïque jusqu’en 1977.

William Melvin Kelley est l’auteur de quatre romans dont Dem (paru au Castor Astral en 2003) et d’un recueil de nouvelles. En 1988, il écrit et produit le film Excavating Harlem in 2290 avec Steve Bull. Il a aussi contribué à The Beauty that I saw, un film composé à partir de son journal vidéo de Harlem qui a été projeté au Harlem International Film Festival en 2015.

William Melvin Kelley est mort à New York, en 2017.

Je remercie infiniment les éditions Delcourt pour cette pépite littéraire.

7 réflexions sur ““ Un autre tambour ”

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