“ Dans les eaux du Grand Nord ”

Dans les eaux du Grand Nord de Ian McGuire aux Éditions 10/18

Traduit de l’anglais par Laurent Bury

” Il y a vingt ans, les eaux où nous sommes enceinte moment étaient aussi pleines de baleines, mais à présent, les bêtes sont toutes parties vers le Nord, loin des harpons. Comment le leur reprocher ? Les baleines sont des animaux intelligents. Elles connaissent les lieux les plus sûrs, où il y a le plus de glace, et où il est le plus dangereux pour nous de les suivre. Bien sûr, l’avenir, c’est la vapeur. Avec un navire à vapeur assez puissant, nous pourrions les chasser jusqu’au bout de la terre. “

Le Volunteer, un baleinier du Yorkshire est sur le point de prendre la mer, vers les eaux riches du Grand Nord, avec à son bord une belle bande de matelots en tout genre. Embarque également, Patrick Summer, un ancien chirurgien de l’armée britannique qui traîne une mauvaise réputation.

Espérant trouver un peu de répit à bord, il était loin d’imaginer l’aventure auquel il allait être confronté.

À la découverte d’un jeune mousse assassiné brutalement dans une cabine, il prends conscience que le mal à l’état pur est parmi eux. Et il pense avoir deviner qui est ce meurtrier.

” Le capitaine blêmit de rage, son trouble est profond. Il n’a encore jamais entendu parler d’un meurtre sur un baleinier : les bagarres entre membres d’équipage sont monnaie courante, bien sûr, et même les coups de couteau, en de rares occasions, mais pas les assassinats, surtout un enfant. Et il faut que cela se produise maintenant, pour sa dernière expédition, comme si le Percival ne suffisait pas à ternir à jamais sa réputation. “

L’expédition commence à prendre une tournure différente et dévoile peu à peu ses véritables objectifs.

Des confrontations semblent inévitable et risquent de mettre en danger tout l’équipage dans les ténèbres et le gel de l’hiver arctique.

” Ils entrent de nuit dans le détroit de Lancaster. Au sud, l’eau est dégagée, mais au nord, le paysage est granuleux et monotone, composé d’icebergs et d’étendues de glace fondue, lissées par endroits par le vent qu’îles sculpte, accidentées ailleurs, brutalisées et soulevées en mastodontes à l’affût par l’alternance des saisons et par la dynamique des températures et des marées. “

Ce que j’en dis :

N’ayant pas lu Moby Dick de Melville, je n’aurai pas l’audace de le comparer avec ce récit même si je suis persuadée que le thème principal abordé est identique, je pensais bien évidemment aux baleiniers.

Embarquée à bord du Volunteer aux côtés de marins sans foi ni loi, qui se révèlent parfois des brutes sanguinaires, je découvre une aventure glaciale.

L’action est au rendez-vous et le suspens autour de ce meurtre abominable agrémente ce roman d’aventure d’une intrigue effrayante et révèle l’avidité de certains êtres sans scrupules.

Un récit captivant, avec un final qui marque la fin d’une grande époque pour les chasseurs de baleines.

Véritable dépaysement, ce voyage donne parfois le mal de mer face à toute cette violence qu’elle soit due aux humains ou au climat polaire.

Un formidable roman d’aventure à lire au coin du feu.

Pour Info :

Ian McGuire a grandi près de Hull, en Angleterre, et étudié dans les universités de Manchester et de Virginie.
Il a cofondé le Centre pour la Nouvelle Écriture à l’université de Manchester et enseigne actuellement l’écriture créative à l’université de Nord Texas.
Ses écrits ont été publiés dans le Chicago Review et le Paris Review
Dans les eaux du Grand Nord est son premier roman à paraître en France. 

Je remercie les Éditions 10/18 pour ce fabuleux voyage.

“ L’étoile du Nord ”

L’étoile du Nord de D.B. John aux Éditions Les Arènes

Traduit de l’anglais par Antoine Chainas

« Ne restez pas passif. Dressez -vous contre le menteur qui prétend que vous êtes libres et prospères alors qu’en vérité la pauvreté et les chaînes vous accablent. Frères et sœurs, Kim Jong-il est un tyran ! Sa cruauté ne connaît pas de limites, sa soif de pouvoir non plus. Pendant que vous mourrez de faim et de froid, il vit dans le luxe des palaces tel un empereur… »

À Georgetown, Jenna poursuit sa carrière d’enseignante, sans pour autant oublier sa sœur jumelle Soo-min, mystérieusement disparue, il y a une douzaine d’années sur une plage entre la Corée du Nord et du Sud.

Au plus profond d’elle-même, elle sait qu’elle est vivante.

Alors le jour où la CIA vient la recruter pour ses connaissances géopolitiques sur ce pays opaque et dangereux, elle saisit cette opportunité car elle sent qu’elle pourra accéder à une foule de renseignements inestimables qui pourraient bien l’aider à retrouver sa sœur.

” Je vais devoir accéder à la salle de contrôle du satellite au niveau le plus confidentiel. “

À l’autre bout du monde, à Pyongyang, en Corée du Nord, le lieutenant-colonel Cho est envoyé à New-York sous haute escorte, pour négocier avec les États-Unis. Juste avant son départ, il découvre un secret sur sa propre famille qui risque de le faire passer pour un traître auprès de la nation s’il voit le jour. Cho se voit dans l’obligation de réfléchir à un plan d’évasion pour échapper à la police secrète déjà sur sa piste.

” Il arrive parfois qu’une écume de vérité affleure dans un océan de mensonge. “

Plus loin au Nord, près de la frontière chinoise, Mme Moon se lance dans une entreprise risquée et téméraire de marché noir. Si elle réussit, sa vie sera changée à jamais. Si elle échoue, la mort sera au rendez-vous. Au cœur de la pauvreté, elle devra s’allier avec le Bowibu, la police secrète de sécurité de l’état, absolument impitoyable mais terriblement corruptible.

” La principale source de revenu du pays provenait du crime organisé. “

Une espionne d’un côté, un traitre de l’autre sans oublier une criminelle, trois destins qui vont se croiser dans le pays le plus secret du monde : la Corée du Nord.

Ce que j’en dis :

J’étais loin d’imaginer, que ce roman noir d’espionnage allait à ce point me bouleverser. En même temps s’il est dans l’écurie d’Aurélien Masson, on ne peut que s’attendre à de la bonne came. Et puis traduit, par Antoine Chainas, un auteur que j’apprécie énormément donne un poids supplémentaire à la qualité du récit. Vu sa qualité d’écriture dans ses propres romans noirs, j’aime à penser qu’il ne va pas traduire n’importe quoi juste pour le plaisir d’avoir son nom dans le bouquin.

Me voilà donc en route pour une virée en Corée du Nord, moi l’adepte inconditionnelle des USA.

Il va s’en dire à quel point j’ai été surprise, au bout de quelques pages, d’être autant embarqué dans cette histoire rondement orchestrée.

L’histoire prend forme, les personnages s’installent et page après page un suspens implacable grandit et nous fait voyager entre les États-Unis et la Corée du Nord sans jamais nous perdre, à travers une histoire époustouflante qui monte petit à petit en puissance vers l’impensable.

On découvre la face cachée et abominable d’un pays dirigé par un tyran. Un récit qui nous dévoile la cruauté du régime Nord-coréen, l’oppression d’un peuple sous une dictature effrayante.

À travers ces trois voix, et une intrigue basée sur des faits réels, ce récit rythmé est absolument captivant.

On ne peut rester insensible aux personnages et à leurs aventures et l’on s’y attache forcément.

Il est rare, très rare que je succombe à ce point pour un thriller, et je ne saurais faire autrement que de vivement vous le recommander.

Un roman dense, puissant, effrayant, grandiose, passionnant qui vous ne donneras pas spécialement envie de visiter ce pays mais qui vous laissera un sacré souvenir après sa lecture, c’est obligatoire.

Si vous ne devez lire qu’un thriller ce mois-ci, choisissez celui-ci, faites-moi confiance.

Pour info :

D. B. John est né au pays de Galles. Il déménage à Berlin en 2009 pour écrire son premier roman, Flight to Berlin, puis s’installe en Corée du Sud où il effectue de nombreux voyages en Corée du Nord.

En 2015 il écrit La fille aux sept noms, le témoignage d’une nord-coréenne qui a fui clandestinement son pays.

Ces expériences lui inspirent l’intrigue de L’Étoile du Nord.


Il vit désormais à Londres.

Je remercie les Éditions Les arènes pour ce roman noir inoubliable.

“ Un homme parfait ”

Un homme parfait de Jo Jakeman aux Éditions Marabout

Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Charlotte Faraday

À l’entrée du crématorium, de simples bouquets ont été déposés. Le Canon de Pachelbel s’échappe d’un haut-parleur invisible. Tout a été orchestré pour blanchir le spectre de la mort et couvrir les odeurs de décomposition. Une sorte de trou normand entre le décès et la veillée. Naomi a réservé une salle à Old Bell, mais je n’irai pas, craignant que l’alcool délie ma langue et me fasse sourire – réaction proscrite en la circonstance. (…) Un étranger pose sa main glacée sur mon coude. Je-ce-que-vous-ressentez, semble-t-il me dire. Comment pourrait-il savoir ? Seules Naomi, Ruby et moi sommes convaincues que Phillip Rochester a obtenu la mort qu’il méritait.  »

En général, assister à un enterrement n’est guère réjouissant, mais apparemment cet homme ne laisse pas derrière lui de veuve éplorée. Et pourtant on y croise la dernière petite amie et deux ex-épouses, et peu voir pas de larmes sur leurs visages. Qu’a-t-il pu faire à ces femmes pour qu’elles restent si insensibles ?

Seraient-elles responsables de sa mort ?

Pour le savoir, il va falloir remonter le temps et creuser un peu pour découvrir ce que nous cachent ces trois femmes.

Ce que j’en dis :

L’homme parfait n’existe pas, il n’y a qu’à demander à ses ex pour obtenir des aveux complets. Et en ce qui concerne Phillip Rochester, véritable pervers narcissique, trois femmes ayant profité de ses largesses machiavéliques se sont rapprochées et ont saisi une opportunité pour mettre un point final à leur calvaire…

Mais chut, n’en disons pas plus sur ce thriller psychologique absolument démoniaque.

Du présent on retourne dans le passé de manière plutôt originale pour découvrir le fin mot de cette histoire. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne s’ennuie pas. Une tension permanente accompagne ce récit, et on aimerait parfois briser les genoux de cet odieux connard.

Une écriture qui ne manque pas de piquant, un brin d’humour caustique, pas mal de suspense, et des personnages assez réalistes donnent à ce thriller toute la substance nécessaire pour vous faire passer un bon moment de lecture et pourrait même vous donner quelques idées pour vous débarrasser d’un ex encombrant…

Une lecture idéale pour tous ceux qui rêvent de voir brûler leur ex en enfer et pour tous les fans des thrillers psychologiques.

Pour info :

Jo Jakeman est née à Chypre. Elle a travaillé de nombreuses années à la City de Londres avant de s’installer dans le Derbyshire où elle vit avec son mari et ses enfants. Ce thriller est son premier roman.

Je remercie Nadia et les éditions Marabout pour ce thriller diabolique.

“ Mes nuits apaches ”

Mes nuits apaches d’ Olivier Martinelli aux Éditions Robert Laffont

Illustrations de Topolino

Collection Les passe-murailles

” Mon père avait gâché ma vie. Ma grand-mère venait de bousiller mes dimanches.

L’adolescence n’est jamais une période facile à traverser. Et pour Jonas qui vient de perdre son père et sa grand-mère en peu de temps, ce ne sera pas une partie de plaisir.

Pour lui, la famille c’est fini.

«  Trois personnes, c’était si peu. Trois personnes, ça ne faisait pas une famille. “

Commence alors le début d’un long tunnel, jalonné de déceptions, de pertes et de frustrations jusqu’à ce qu’une étincelle illumine son chemin.

” Le rock a déboulé dans ma vie. Pour la première fois, j’envisageais de participer à cette aventure, d’en être l’un des acteurs. “

Désormais, tout va changer. Nouveau look, nouvelles filles pour des nuits électriques en route vers l’avenir.

Ce que j’en dis :

Une fois de plus, Masse Critique de Babelio m’a permis de découvrir un roman d’une collection atypique. ” Les Passe-Murailles ” qui revisite les classiques littéraires à travers des romans au récits à cheval entre rêve et réalité.

Si j’ai apprécié les illustrations, je n’ai pas été plus que ça charmé par le récit qui à mon sens s’adresse à un public plutôt jeune. Un style littéraire assez simple qui manque un peu de relief.

L’histoire est sympa et reflète bien l’univers des adolescents souvent perdus à cette époque pas simple à traverser.

Jonas a trouvé sa planche de salut dans le rock et donne un peu d’espoir à tous les rêveurs.

Un livre à faire découvrir à la jeunesse en manque d’inspiration.

Pour info :

Olivier Martinelli

Olivier Martinelli est né en 1967 et vit à Sète. Auteur de plusieurs romans et de nombreuses nouvelles, il a été lauréat du prix des Lecteurs de Deauville en 2012 avec La nuit ne dure pas et a obtenu le prix de la ZEC avec L’Ombre des années sereines en 2016. L’Homme de miel, son dernier roman, a été « coup de coeur » de quarante librairies en France et en Belgique.
 

Marc Topolino est né à Sète quelques jours après la mort d’Otis Redding. Depuis, il ne cesse de dessiner sur les feuilles et les arbres, de peindre sur les tableaux et sur les toits.

Marc Topolino

Je remercie Masse Critique de Babelio pour cette découverte.

“ La troisième Hemingway ”

La troisième Hemingway de Paula McLain aux Éditions Presse de la Cité

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Hertz

” Il était vêtu d’un tee-shirt déchiré et d’un short rescapé d’un fond de caisse à poissons – ce qui ne mettait pas particulièrement à son avantage. Quoi qu’il en soit, c’était bien lui. Une mèche de cheveux châtain foncé, presque noire, tombait d’un côté de ses lunettes rondes à monture d’acier. Il me surprit en train de le dévisager, et nos regards se croisèrent un dixième de seconde, puis il lissa distraitement sa moustache et reprit la lecture d’une pile de lettres. (…) Ce que je voyais m’impressionnait, mais je n’avais pas l’intention de me jeter à sa tête ni de lui avouer que sa photo me servait à marquer la page du roman policier que j’avais dans mon sac. “

Fin 1936, quand Martha Gellhorn la jeune romancière rencontre pour la première fois, Ernest Hemingway, elle a vingt-sept ans et une solide réputation de globe-trotteuse l’a précède.

Hemingway est en passe de devenir le monstre sacré de la littérature américaine.

Martha est célibataire mais à déjà une certaine expérience avec les hommes, lui en est déjà à son deuxième mariage.

Une complicité purement intellectuelle s’installe entre eux, mais la guerre a le pouvoir de déclencher les passions.

Martha a beau être amoureuse, elle n’en demeure pas moins lucide.

Je ne voulais pas lui faire de mal. Je savais seulement une chose : Ernest était un soleil qui brillait si fort qu’il m’éclipserait même sans le vouloir. Il était trop célèbre, trop avancé dans sa propre carrière, trop sûr de ce qu’il voulait. Il était aussi trop marié, trop enraciné dans la vie qu’il s’était forgée à Key West. Trop habité, trop impressionnant.

Trop Hemingway. “

De New-York bohème à l’Espagne ravagée par le franquisme, les amis deviennent amants, et Martha fait ses débuts en tant que reporters de guerre, tout en continuant d’écrire.

Au gré de leurs allées et venues à travers le monde, entre l’Amerique, l’Europe et Cuba, dans un monde à feu et à sang, leur rivalité littéraire ne cesse de croître et entache leur amour.

Comment se fait-il qu’un homme ait le droit de penser à sa carrière sans qu’on lui demande de rendre des comptes, alors qu’une femme qui ne laisse pas tout tomber pour rester chez elle est considérée comme une égoïste ? “

Les deux époux ne tarderont pas à goûter aux fruits amers de la vie conjugale…

Ce que j’en dis :

Bien plus, qu’une histoire d’amour , Paula McLain nous offre un formidable portrait de femme indépendante qui refusera de rester dans l’ombre d’un homme, même si elle en est fortement éprise. Elle y avait pourtant cru à son idylle avec Hemingway mais son âme de grande aventurière ne l’ayant jamais quittée, elle n’hésitera pas à tout mettre en danger pour pouvoir écrire et devenir à force de ténacité,, la première femme reporters de guerre.

Même si j’ai nettement préféré son premier roman Madame Hemingway, j’ai apprécié découvrir cette femme volontaire, déterminée qui refusera se soumettre à la volonté d’un homme, même célèbre et restera fidèle à ses idées.

Une lecture agréable qui nous fait également découvrir l’illustre Hemingway, même si le récit est partagé entre fiction et réalité.

Un roman qui rend hommage à une femme extraordinaire à travers une histoire plutôt passionnante.

Pour info :

Diplômée en poésie de l’université du Michigan, boursière du prestigieux National Endowment for the Arts, Paula McLain est l’auteur de deux recueils de poèmes, d’un essai, d’un roman jamais traduit en français (A Ticket to Ride) et d’une biographie romancée, Madame Hemingway, qui lui a valu les honneurs.

Elle vit avec ses enfants à Cleveland, dans l’Ohio.

Je remercie Masse Critique Babelio pour cette découverte.

“ Les femmes de Heart Spring Mountain ”

Les femmes de Heart Spring Mountain de Robin MacArthur aux éditions Albin Michel

Traduit de l’américain par France Camus-Pichon

” Vale trinque, son verre à elle contre son bourbon à lui: « Ils s’en sortiront, là-haut », assure-t-elle. Elle vient du Vermont – d’un appartement aux murs bleus surplombant la rivière. Les ouragans ne montent pas jusque là. C’est l’un de ces lieux étrangement épargnés : par les araignées et les serpents venimeux, les tornades, les tremblements de terre, les glissements de terrain. Mais le plan suivant montre un mobile home – revêtement de plastique vert, volets noirsemporté par les flots. « Merde », murmure-t-elle (…) Bonnie, la mère de Vale, vit justement dans l’une de ces villes en bordures de rivière qui sont actuellement dévastées par les inondations…

En août 2011, un nouvel ouragan s’abat sur les État-Unis, le Vermont ne sera pas épargné, et offre à présent un triste spectacle de désolation.

Loin de là, à la NouvelleOrléans, Vale suit les informations avec intérêt, même si elle a quitté cette région depuis plusieurs années, et tourné le dos à sa famille. Sa mère y vit toujours, et elle vient d’apprendre sa disparition lors du passage de la tempête. Une inquiétude la gagne et ne lui laisse d’autres choix que de rentrer à Heart Spring Mountain, sa ville natale.

Elle adore cette ville – sa douce chaleur, sa musique, sa lumière. Et elle déteste sa ville natale – son silence, sa blancheur, ses nids-de-poule, les gens qu’elle y a laissés.

« Bonnie », murmure-y-elle.

Le lendemain matin, elle enfile ses bottes, mets quelques affaires dans son sac à dos, retire de l’argent et part à pied vers la gare routière de Loyola Avenue. “

Elle va y retrouver les femmes qui ont bercé son enfance, la vieille Hazel que la mémoire fuit et Deb, toujours fidèle à ses idéaux hippies.

Vale contemple par la vitre les champs, un silo gris, une grange rouge, le ruban étincelant de la Silver Creek qui leur fait des clins d’œil entre les arbres. Chaque centimètre est familier, mais dans chaque carré de paysage quelque chose a changé, est comme renversé ou sculpté différemment. À force de vivre à la Nouvelle-Orléans, on finit par s’habituer à la menace des ouragans, à l’affaissement mais indéniable des terres. À constater l’impermanence du sol, des arbres, des murs, de sa propre peau.

Mais ici ? Elle est habituée à ce que les choses soient immuables. “

Sa mère reste introuvable, mais jour après jour Vale découvre les secrets des générations de femmes qui l’ ont précédées et décèle un attachement féroce pour cette terre qu’elle a tant cherché à fuir.

” Une citation de No Word for Time lui vient alors à l’esprit, une phrase qu’elle a lue le matin même : « Peu importe le sol que vous foulez, il devrait être sacré, car la terre tout entière est sacrée. » Elle ferme les yeux. Sent la terre solide et fertile sous ses pieds, et entend résonner à ses oreilles l’eau qui court sur les galets de la rivière. “

Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. “

Ce que j’en dis :

Retrouver une auteure, découverte en 2017 à travers le plus merveilleux recueil de nouvelles de ma vie de lectrice, Le cœur sauvage, (retrouvez ma chronique ici) était prémisse d’un moment de lecture intensément délicieux, et je ne me suis pas trompée.

On retrouve le Vermont, état cher à l’auteur, réputé pour ses paysages naturels et ses nombreuses forêts. Le dernier ouragan ne l’a pas épargné, dévastant au passage certaines zones rurales et la vie des habitants déjà malmenée.

C’est ici, au cœur du désastre que l’on va découvrir trois générations de femmes, à travers un roman choral où le passé s’invite dans le présent et nous révèle certains secrets de famille. À travers ces flash-back, habités par certaines croyances, la vie de ces femmes prends forme et envahit Vale d’une douce nostalgie et l’aide à mieux comprendre sa mère dont elle s’était éloignée.

Robin MacArthur est une merveilleuse conteuse, sa plume est un enchantement. Elle dégage une musicalité particulière qui transporte et envoûte les lecteurs. Elle donne à ses personnages féminins une force sauvage et aux plus rebelles une belle âme. Même cabossées , les femmes demeurent de grandes battantes.

En deux livres, l’auteure s’impose remarquablement dans le paysage de la littérature américaine. Elle nous touche, nous bouleverse aux fils des pages avec autant d’émotions que ce soit dans ce roman où dans son recueil de nouvelles.

Cette femme du Vermont n’a pas fini de nous éblouir et je n’ai qu’une hâte, celle de la retrouver très vite.

Je salue au passage la très belle couverture et la magnifique traduction qui m’a permis ce nouveau voyage livresque dans le Vermont aux côtés de femmes admirables.

Un nouveau coup de cœur pour cette écrivaine talentueuse que je vous encourage à découvrir.

Pour info :

Robin MacArthur est originaire du Vermont, où elle vit toujours aujourd’hui.

Elle a créé avec son mari un groupe de musique folk baptisé Red Heart the Ticker, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires.

Régulièrement comparée à Annie Proulx et Anthony Doerr, elle s’impose en deux livres seulement comme un des jeunes écrivains les plus prometteurs de sa génération.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cette sublime balade livresque dans le Vermont en compagnie de femmes comme j’aime.

“ Le chant des revenants ”

Le chant des revenants de Jesmyn Ward aux Éditions Belfond

Traduit de l’américain par Charles Recoursé

” « Toutes les choses ont un pouvoir. »

Il a cogné sur une bûche.

« C’est mon arrière- grand-père qui me l’a appris. »

La bûche s’est fendue.

« Il disait qu’il y’a un esprit dans chaque chose. Dans les arbres, dans la lune, dans le soleil, dans les animaux. Il disait que c’est le soleil le plus important et il lui avait donné un nom : Aba. Mais on a besoin de tous les esprits, de tous les esprits de toutes les choses, pour qu’il y ait un équilibre. Pour que les récoltes poussent, que les animaux se reproduisent et qu’ils engraissent avant qu’on les mange. » (…) « Il faut un équilibre des esprits. Et un corps, c’est pareil, il m’a dit. » ”

Jojo est toujours à l’écoute quand son grand-père, Pop lui parle. C’est lui qui tente de lui donner une bonne éducation avec Mam sa grand-mère puisque sa mère Leonie, une toxicomane n’est pas à la hauteur.

Il vit avec sa mère et sa sœur, Michaela, chez leurs grands-parents dans une ferme du Mississippi.

Mam se meurt d’un cancer. Le père des enfants, un homme blanc séjourne en prison. Il ne reste plus que Pop pour soutenir la famille et faire de Jojo un homme.

Jusqu’au jour où le père est enfin libéré. Leonie embarque ses enfants et part avec une amie, direction Parchman, le centre pénitencier du Mississippi, pour retrouver son homme. Un voyage dangereux, encombrés de fantômes qui va une fois de plus malmener ces enfants.

” Il y a des gens : minuscules et distincts. Ils volent et marchent et flottent et courent. Ils sont seuls. Ils sont plusieurs. Ils se baladent sur le sommets. Ils nagent dans les rivières et dans la mer. Ils marchent en se tenant la main dans les parcs, dans les squares, disparaissent dans les bâtiments. Ils ne se taisent jamais. Leur chant est omniprésent : leur bouche ne remue pas et pourtant ça émane d’eux. Une mélodie dans la lumière jaune. Ça émane de la terre noire, des arbres et du ciel toujours éclairé. Ça émane de l’eau. C’est le plus beau chant que j’aie entendu, mais je n’en comprends pas un mot. “

Ce que j’en dis :

J’ai découvert cette formidable auteure à travers son premier roman Bois sauvage, en 2012. Un récit magnifique, marquant l’arrivée d’une nouvelle plume américaine talentueuse saluée d’emblée par le prestigieux prix du National Book Award.

À travers ce nouveau roman, Le chant des revenants, elle nous embarque dans un road-trip très particulier, un voyage dans le temps traversé par des fantômes où se côtoient les vivants et les morts.

Dans sa soif de réparer les injustices, l’auteure donne la voix à ceux partis trop tôt, mais également à ceux qui se battent face au racisme jour après jour.

Un monde brutal s’offre à nous, où sont plongés malgré eux ces deux enfants face à leur mère immature, sans une once d’instinct maternel.

Dans ce roman noir, fidèle aux croyances afro-américaines, le réel côtoie l’irréel, et donne à cette histoire, d’une beauté âpre une aura singulière.

Jesmyn Ward a un talent fou pour nous parler de ses racines, éveiller nos consciences face à cet éternel racisme toujours omniprésent, à travers des histoires touchantes et une plume magnifique où le lyrisme de son écriture illumine toute cette noirceur.

On ne s’étonnera donc pas, qu’elle reçu pour la deuxième fois, le National Book Award.

Un roman puissant, d’une beauté à couper le souffle.

Pour info :

Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l’État du Mississippi.

Issue d’une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d’une bourse pour l’université.

Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c’est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu’elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award. 

Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s’est vu récompensé du MacArthur Genius Grant.

Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award.


Jesmyn Ward vit dans le Mississippi, avec son époux et leurs deux enfants.

Je remercie les Éditions Belfond pour ce roman émouvant où le chant des revenants résonnera en moi fort longtemps.